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Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ) Catégorie : Blog Journal intime Date de création :
27.04.2006 Dernière mise à jour :
19.08.2008
Jean-Louis Bousquet, ci-devant secrétaire fédéral du parti communiste, nous engage à mettre les mains dans le cambouis. Lui ce n’est pas dans le cambouis qu’il a les siennes mais dans autre chose. Une chose… Frêche !
D’ailleurs ce n’est pas que les mains qu’il a dans… la chose mais, comme le dit la parodie populaire d’une chanson célèbre, c’est « les deux pieds, les deux mains… » !
Il est à l’image du coq gaulois qui, comme l’ont fort justement noté nos amis Belges, est un parfait symbole de la France puis qu’il lance son cocorico alors qu’il est sur un tas de fumier !
De son propre aveu « notre » ci-devant secrétaire fédéral y est à 95 % sur le tas. Autant dire qu’il y est jusqu’au cou et qu’il en a dans les yeux aussi, ce qui l’empêche de voir !
D’ailleurs il n’entend rien non plus. Nous lui suggérons d’utiliser les 5 % qui lui restent pour, à l’aide de son auriculaire gauche, se déboucher l’oreille qui est de ce côté-là. Cela lui permettrait d’entendre ce qui se dit des dernières incartades de notre président de région, ce serait mieux pour tous, pour lui d’abord, pour nous aussi !
Dans le cadre de la définition du programme électoral de la liste conduite par Aimé Couquet un atelier s’est tenu sur le thème de la viticulture et de l’occitan mercredi 13 février. Y ont participé une dizaine de personnes.
Béziers est concerné par la question viticole à plusieurs titres. D’abord parce que sur les 10 000 hectares que compte la commune, 2 000 sont consacrés au bâti, ce qui signifie que 8 000 hectares sont des terres agricoles, viticoles pour l’essentiel. Il est au demeurant souhaitable que l’urbanisation se fasse de manière rationnelle sans gaspiller ces terres là !
Béziers appartient par ailleurs à une communauté de communes où la viticulture occupe encore, malgré les difficultés que nous connaissons, une place importante dans l’économie. Evidemment il faut poser avec force la question de ce qui est en cause dans ces difficultés, à savoir « la concurrence libre et non faussée » qui s’exerce au plan mondial à présent. Oui, nous pensons qu’il faut prendre des mesures de protection de la viticulture familiale qui caractérise notre pays.
Il faut ajouter que Béziers a dû sa prospérité passée au fait qu’elle était la capitale du vin. A ce titre elle avait développé tout un réseau d’activités liées à la vigne. La défense de celle-ci conditionne toujours le développement de celle-là.
On ne peut pas dissocier le problème de l’occitan de ces données. Où en est-on à ce niveau ? Plusieurs éléments sont à prendre en considération : le CIRDOC qui pour l’essentiel ne dépend pas de la municipalité, les Calendretas qui se sont créées en marge de l’enseignement public, l’Institut d’Etudes Occitane qui a une antenne sur la ville, l’organisation de la Festa d’Oc.
Soutenir et promouvoir la langue occitane n’est pas faire œuvre passéiste, la laisser mourir serait appauvrir le patrimoine national que nous voulons riche de sa diversité. De même qu’il serait regrettable de voir disparaître une identité régionale dont l’originalité est un atout dans des domaines comme le tourisme ou simplement la qualité de la vie pour les habitants, qu’ils soient autochtones ou nouveaux venus (toujours les bienvenus dirait Louis Bozon !)
Aussi nous entendons prendre en charge cet aspect de notre culture et de notre histoire. Apporter une aide aux associations occitanes nous paraît aller de soit, développer le Off de la Festa d’Oc, en 2007 celui-ci a connu un réel succès tant au plan de la participation que de la qualité des charradissas, nous semble être une orientation à suivre ! Oui, il ne faudrait pas que la Festa d’Oc devienne une entreprise commerciale frelatée où on ne se servirait de l’occitan que comme un prétexte.
Voilà quelques réflexions que j’ai retenues de l’atelier et que j’ai tenté de présenter ce vendredi 15 février lors du meeting électoral de la liste « UNITAIRE, COMMUNISTE, 100% A GAUCHE ET SOLIDAIRE » qui s’est tenu à la Tenda Occitana.
La photo ci-dessus a été prise en février à Béziers dans la rue Robert Keller, une rue qui, comme plusieurs du quartier voisin de La Grangette, porte le nom d’un résistant.
Robert Keller ? C’était un ingénieur des PTT qui avait réussi à mettre sur écoute les liaisons téléphoniques entre Paris et l’Allemagne pendant l’Occupation. Le dispositif était connu sous l’appellation de « Source K ». Arrêté, Robert Keller a été déporté dans un camp de concentration où il est mort en 1945.
Mais revenons à notre photo. Elle montre un superbe cotonéaster, très décoratif avec les nombreuses baies rouges dont il est chargé.
Le terme Cotoneaster provient du grec kydonion ou du latin cotoneus qui signifie « coing » et du suffixe aster, « sauvage » affirme Wikipédia.
Que dire de plus sur le cotonéaster ? Il appartient à la famille des Rosacées. Il a différents cousins dont Cotoneaster interregimus qui est le cotonéaster sauvage d’Europe. Cotoneaster integrifolius lui vit dans l’Himalaya. Il est plus petit que l’arbuste que nous pouvons voir dans les jardins mais nettement plus grand que les cotonéasters cultivés comme bonsaïs ! Oui il paraît que le cotonéaster se prête à son utilisation comme bonsaï !
Ah, comme proche parent du cotonéaster il faut citer aussi le pyracanthe ou buisson ardent, l’arbre de Moïse de la Bible ! Il est épineux et employé pour former des haies difficiles à franchir.
On peut penser, cela avait été rétorqué aux pacifistes qui en 2001 avaient demandé à la personnalité qui conduisait la liste de gauche aux municipales que Béziers s’inscrive dans la liste des villes de paix, qu’il s’agit là d’une question philosophique fort éloignée du quotidien des Biterrois.
On peut avoir, c’est mon cas, une autre appréciation et estimer que le droit à la paix est un droit fondamental, qu’il devrait figurer en article premier de la déclaration universelle des droits de l’homme.
Certes une municipalité n’a pas le pouvoir de décider de la politique étrangère de la France ni de sa politique de défense. Elle peut néanmoins sensibiliser ses administrés à un problème qui, avec la conjoncture internationale et les capacités de destruction qui résultent de la course aux armements nucléaires, a pris une dimension nouvelle et inquiétante.
Il n’est pas nécessaire d’investir des sommes importantes pour ce faire. Il s’agit avant tout d’une volonté liée à une conviction : la paix est nécessaire à la satisfaction des besoins de l’humanité et, réciproquement faut-il ajouter, la satisfaction de ces besoins est indispensable à la paix.
Alors sans rien retrancher des divers éléments du programme électoral tel qu’il sera présenté
vendredi 15 février à 18 h 30
à la Tenda Occitana
les pacifistes engagés sur la liste conduite par Aimé Couquet mettront l’accent sur cet aspect de la campagne. Ils rappelleront à cette occasion que plusieurs municipalités se sont déjà inscrites parmi les villes de paix et qu’à ce titre elles participent à la décennie de culture de paix et de non-violence prônée par l’ONU et mise en œuvre par l’UNESCO.
Des initiatives pourront être prise dans ce cadre : commission municipale pour la paix, éducation à la paix, aide aux organisations pacifistes, lutte contre les discriminations diverses…
Ajoutons que la soirée de vendredi, dont l’entrée est gratuite, se poursuivra par un dîner et un spectacle festif avec concert auquel participeront divers groupes.
La cabane, en partie démolie, que l’on voit sur la photo se trouve sur la rive gauche de l’Orb, en amont du pont de Réals, à peu près en face du tunnel qui était sur la ligne de chemin de fer d’intérêt local Béziers Saint-Chinian. C’était d’ailleurs le seul tunnel sur cette ligne. Nous sommes là sur le plus beau passage d’un circuit répertorié sous l’appellation « Les bords de l’Orb » dans le topo-guide des randonnées « Balades en terre d’Orb ». La vue sur le fleuve est ici superbe. En témoigne la deuxième photo.
Plus en amont, toujours sur la rive gauche, au niveau de la base de canoës kayaks on découvre les ruines du moulin de La Roque qui ne manquent pas de cachet.
La cabane appartenait à un certain Vignole, garde-chasse et garde-pêche de son état. Il était à ce titre impopulaire dans le secteur car à l’époque beaucoup de gens braconnaient. Outre les nombreuses activités illicites de pêche décrites par ailleurs il se plaçait des pièges (las tendas) pour les oiseaux ainsi que des fers et des collets pour les lapins.
Il n’y a pas de chemin carrossable pour accéder à cette cabane, simplement un sentier. Vignole avait planté tout autour des résineux : sapinettes, cèdres… et y passait peut-être le plus clair de son temps. Immanquablement on le voyait le soir après 18 h revenir à moto à Saint-Chinian où il résidait.
On racontait volontiers l’épisode cocasse qui était arrivé à Noé Cambon. Ce dernier avait placé des fers à lapins tout en haut d’une vigne qu’il avait dans le tènement des Rhonnel. Ayant aperçu depuis le bas un monsieur qui avait l’air de lui voler son matériel il était remonté d’un pas alerte pour l’en empêcher. Dialogue : « C’est à vous ces pièges ? – Oui, ils sont à moi ! – Eh bien vous êtes verbalisé, je suis le garde-chasse ! »
Parmi les maîtres de cours complémentaire que j’ai connus à Cessenon il y a monsieur Donnadieu.
Il nous enseignait l’espagnol et l’histoire géographie en sixième et cinquième. Je l’ai eu ensuite en quatrième où il nous assurait les cours de géologie et encore ceux d’histoire géographie.
C’était un homme plutôt grand, mince, que nous appelions, c’était chargé d’agressivité car il était sévère, Le Long ! Il était originaire de Vieussan où j’ai eu l’occasion d’acheter du vin à son neveu. Celui-ci avait trouvé un slogan pour son commerce : « Pour vivre heureux, pour vivre vieux, buvez du vin de Donnadieu ! »
Monsieur Donnadieu avait un logement de fonction dans le groupe scolaire et un jardin à l’arrière. Il me semble qu’il avait quatre enfants et j’ai eu l’occasion de rencontrer la plus jeune de ses filles lors d’un stage de physique chimie.
Je me rappelle qu’il m’avait commandé des plants de tomates et que, les ayant moi-même pris au jardin, je lui en avais donné beaucoup plus que ce qu’il avait à payer. Il avait déclaré : « Je suis confus ! »
Il a quitté Cessenon en 1953 pour prendre la direction du cours complémentaire de Saint-Chinian et a été remplacé par monsieur Bourdier.
Je me souviens des premières leçons d’espagnol. Il y avait eu la question de l’accent tonique. Je n’avais aucune idée de ce que cela pouvait signifier ! Nous avions eu à souligner la syllabe sur laquelle il portait dans un texte qui avait pour titre « El taller del sastre » (l’atelier du tailleur.) Je n’avais absolument rien compris à la question et je m’étais contenté de souligner les syllabes qui avaient un accent ! En plus j’étais perturbé par le fait que pour moi c’était le mot « taller » qui désignait le tailleur et non « sastre » !
Nous avions un livre qui s’appelait « Primeros pinitos » (Premiers pas). En cinquième lui succédait « Andando » (En marchant).
De la sixième je me souviens des « preguntas / respuestas » qui donnaient par exemple « ¿ Que es esto ? - Esto es un tintero » (Qu’est ceci ? – Ceci est un encrier.)
Un poème qui faisait état de "La escarpada roca" avait valu à Serge Roca le surnom de "La Escarpada" !
J’avais reconnu le monde familial dans lequel je vivais avec les extraits du « Lazarillo de Tormes » premier roman du genre picaresque.
Il y avait aussi des passages de Don Quichotte commentés par monsieur Donnadieu. J’ai le souvenir de celui où le héros se confectionne un heaume avec un panier à salade ou quelque chose d’approchant.
Ah, encore un souvenir de cet « Andando ». Il était décrit la sortie d’une pièce de théâtre et l’un des personnages commentait « ¡ Talente tiene Benavente ! » (Benavente a du talent !) Toutefois un élève avait rapproché le terme « talente » du mot occitan « talent » presque homonyme qui signifie « faim » et comme après le spectacle il était tard, il en avait conclu que l’un des spectateurs avait faim !
J’étais tout à fait capable d’enregistrer une leçon et de la ressortir sans qu’il y manque grand-chose ! Aussi je me rappelle la note de 19,5 obtenue à ma première composition d’histoire.
Ah, un souvenir aussi : les élèves de 6ème et de 5ème étaient tous dans la même salle. Moi qui n’avais que 10 / 11 ans je me retrouvais avec des adolescents qui étaient déjà d’une autre génération, d’une autre état d’esprit aussi. Je fus effrayé le jour où Pierrot Vigne sortit un couteau et le planta sur son bureau en invectivant monsieur Donnadieu d’un « Le Long » !
En 4ème nous eûmes droit à une sortie géologique sur le terrain. C’était un jeudi et nous avions ralliés à bicyclette la passerelle de Varailhac pour observer le méandre d’un ruisseau avec son dépôt dans la partie convexe et le creusement de la rive dans la partie concave.
Nous étions montés au sommet de Pecan, peut-être pour voir l’érosion spectaculaire de certaines parties plus sensibles que d’autres.
Dans les jours qui ont suivi nous avions dû reproduire une carte du site. A cette époque il n’y avait pas au cours complémentaire de moyens de reproduction, même pas un duplicateur à alcool ! Aussi monsieur Donnadieu avait donné l’original à un élève qui, une fois le travail effectué devait faire passer les deux exemplaires à deux autres élèves qui à leur tour… Un des exécutants avait fait une tache d’encre en forme de haricot qu’il n’avait pas eu la possibilité d’éliminer. A partir de ce modèle là les cartes avaient toutes eu leur tâche en forme de haricot !
Je vais encore ajouter un dernier souvenir : ce devait être à la fin de la classe de 4ème, en 1953 donc, c’était presque les vacances, monsieur Donnadieu nous avait fait une leçon, hors programme, sur un atoll, qui m’avait émerveillé !
L’autre jour un avion à réaction qui faisait des arabesques en laissant des traînées dans le ciel du plus beau village de la Galaxie (si, si, il a été homologué !) m’a rappelé ma première confrontation avec un tel phénomène.
Je devais avoir une dizaine d’années, c’était l’après-midi, nous étions en récréation dans la cour de l’école primaire de garçons de Cessenon.
J’avais été le premier intrigué par une trace blanche que laissait derrière lui un corps, dont je ne pouvais pas préciser la forme, qui se déplaçait à une vitesse qui de loin ne paraissait pas excessive.
J’avais signalé le fait autour de moi aux autres gamins. Personne n’avait encore vu une telle chose !
Les supputations sont allées bon train pendant un long moment. Je ne sais pas d’où est venue l’explication mais il a été rapidement acquis qu’il s’agissait d’une planète ! Evidemment ce n’était pas justifié mais affirmé avec tellement d’aplomb, et colporté avec tant de conviction, que ça ne pouvait effectivement qu’être une planète !
On a donc observé la progression de l’objet errant ! Oui à la réflexion c’était bien une planète, du moins au sens de l’étymologie du mot telle qu’elle est donnée par Le Robert : du grec planêtês « errant » !
Comment une planète aurait-elle pu laisser un sillage lors de sa course dans l’espace intersidéral ? Ah, nous ne nous étions pas posé la question ! C’est que nous n’étions pas en mesure de le faire !
Les maîtres ont dû être intrigués de voir les élèves le nez en l’air et ont dû entendre les commentaires que nous faisions.
Ils ne nous laissèrent pas plus longtemps dans notre erreur (dommage, c’était si merveilleux une planète qui circulait avec une traîne extravagante !) Monsieur Bourdier nous fournit la raison de cette traînée : il s’agissait de la trace d’un avion, et d’un avion à réaction plus précisément !
Nous avions à présent une réponse scientifique, pas plus justifiée que la précédente, mais du moment qu’elle venait d’un instituteur elle n’était ni contestée ni contestable !
L’erreur persista cependant quelque temps. Je sais que la ramonette de Saint Blaise, elle s'appelait Murcia, avançait encore quelques jours plus tard comme une évidence l’argument que c’était une planète que nous avions vue !
Deux faits ont interpellé récemment les laïques et les enseignants.
Le premier concerne la déclaration de notre président de la République lors de son intronisation comme chanoine de Saint-Jean-de-Latran.
Citons : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. »
Rien que ça ma chère !
Vous pensiez vous aussi que, conséquence de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, notre République était laïque et qu’elle estimait que la question religieuse était affaire privée. Vous considériez qu’à ce titre elle accordait à chacun le droit de jouir pleinement de sa liberté de conscience, de choisir sa religion ou de choisir de ne pas en avoir, que cela ne regardait en rien la collectivité ?
Eh non ! Nicolas Sarkozy, qui au demeurant fait personnellement des arrangements avec le Ciel, a une autre conception de nos valeurs nationales, fussent-elles ancrées très profondément dans notre histoire !
Le deuxième fait complète et éclaire le premier. Il s’agit de la poursuite devant les tribunaux d’un enseignant qui a giflé un élève.
Ah certes une gifle ne résoudra pas la crise de l’enseignement ! Mais elle est révélatrice de l’impuissance qui résulte de l’incivilité quotidienne à laquelle sont confrontés les personnels d’éducation.
Dans l’état de crise profonde qui caractérise le système éducatif, laquelle n’est en fait qu’un aspect de la crise générale qui affecte notre société, la tentation est grande de rendre l’autre responsable : pour les uns ce sont les enseignants, pour les autres ce sont les élèves ou leurs parents.
Ah c’est tellement plus commode d’accuser Pierre, Paul ou Guillaume que de mesurer l’ampleur des difficultés, d’analyser ce qui est en cause et partant de chercher les solutions aux problèmes.
Force est de constater que la question de la transformation profonde des structures sociales et de leur mécanisme, la recherche du profit le plus grand dans le temps le plus bref, qui font la preuve de leur incapacité à répondre aux besoins de notre temps, est évacuée des débats.
Faire de l’enseignant un bouc émissaire n’est pas quelque chose de nouveau. C’est ainsi que Claude Allègre donnait les enseignants, dont il était le ministre de tutelle, en pâture à l’opinion publique. Ces pelés, ces galeux d’où venait tout le mal !
Quand on refuse d’affronter la réalité il faut bien biaiser pour trouver des explications à une situation devenue parfaitement ingérable !
Alors oui, c’est dans une direction radicalement différente qu’il faut s’engager pour dépasser ce que nous vivons.
Le village était alors plus peuplé qu’aujourd’hui, en ce temps là le calendrier des PTT faisait état d’une population de plus de 2000 habitants. 2123 a-t-on pu lire sur celui-ci pendant plusieurs années.
A cette époque il y avait peu de voitures et on ne connaissait ni hyper, ni supermarché, même pas les supérettes. J’ai connu trois boulangeries, trois bouchers, deux charcutiers et une dizaine d’épiceries. Je me rappelle aussi trois endroits où on vendait du lait (chez Calveyrac, Marguerite Cros, Mme Mendez, alias La Biscotine), sans compter un laitier (Aimé Cros) qui avait des vaches qui ne sortaient pas de leur étable sauf peut-être pour boire.
Nous nous approvisionnions généralement aux deux épiceries les plus proches : Momone dans la rue de La Fontaine Sucrée et le Mayorque, de son vrai nom Raymond Ros, qui était sur la route de Saint-Chinian (aujourd’hui avenue Raoul Bayou) en face de la rue des Quatre Coins. Pour le pain également nous allions au plus près : la boulangerie, aujourd’hui fermée, qu’a longtemps tenue Bernard Sanche et qui avait été ouverte par un certain Llaurens marié avec une Passebosc dont le père était un cousin germain de ma grand-mère.
Momone ne fermait pas son magasin le temps de midi et on pouvait aller chercher ce qui manquait à tout moment. Une pompe permettait de mesurer l’huile extraite d’un fût cependant que les légumes secs (haricots, pois chiches, lentilles, pois cassés…), le café aussi, étaient en vrac dans des casiers en bois. Un tonneau placé verticalement contenait des olives. De la morue, mise à dessaler dans l’eau, attendait le chaland.
J’ai le souvenir d’une cliente, Marcelle Marsinhac, soupçonneuse quant à la quantité de morceaux de sucre échappés d’une boîte qui s’était ouverte. Le Mayorque les avait comptés sous ses yeux pour prouver qu’ils y étaient tous. On trouvait des choses anciennes dans son magasin comme des cruchons en terre, des pots en grès pour les confits ou pour mettre le cochon…
Un peu plus haut, toujours sur la route de Saint-Chinian mais de l’autre côté, il y avait Julie Cordier, une sœur de ma grand-mère, dont la petite épicerie a fermé vers la fin de la guerre. Ma mère s’y procurait des rouleaux de papier qu’elle plaçait en garniture sur le rebord de la cheminée lors du grand nettoyage de printemps ou d’automne.
J’ai connu la période où Mme Sanche, la boulangère, complétait le poids du pain de quatre livres en ajoutant une tranche que nous appelions la tourne. Je la mangeais très souvent avant d’arriver à la maison !
On faisait les courses au compte-gouttes, il n’était pas rare que quelqu’un achète un quart de beurre. Ce n’était pas un quart de kilo mais un quart de livre, soit 125 g ! Il faut préciser qu’à cette époque on n’avait pas de réfrigérateur dans les maisons.
Il y avait deux Docks Méridionaux le Dock d’en bas et le Dock d’en haut qui était tenu par Mme Bonnet, une veuve de guerre qui vivait avec André Déjean. Jouxtant le Dock d’en haut, il y avait un Economat où avait officié Plòvia (le surnom de Jules Pons) avant qu’il ne soit remplacé par Farret, lequel avait également un autre magasin, une manière de quincaillerie / droguerie où on se procurait divers matériaux de construction, situé dans ce qui est aujourd’hui l’avenue de la Gare.
Il y avait aussi le bazar Marty à côté de l’ancienne Poste. On y accédait en descendant quelques marches. Je m’y rendais pour acheter mon matériel de pêche.
Presque à côté de l’épicerie Farret était un marchand de chaussures dont s’occupaient Mme et M. Flourens tandis qu’au début de la rue du Four M Cazes avait installé son bureau de tabac qu’il avait déplacé de l’endroit, excentré, près de la cave coopérative, où il était resté un temps. Lui aussi vendait des articles de pêche.
Mme et M. Cazes avaient été propriétaires d’une épicerie sise dans la rue du Moulin où officiait également une marchande de volailles Mme Barbal. Tiens je me rappelle un autre volailler mais je ne suis pas sûr du nom, Assier peut-être ?
J’ai connu trois cafés : Le Helder et l’Europe (qui ne s’appelait pas ainsi !) qui existent toujours et La Source dont le local a accueilli, après fermeture, l’épicerie Tailhades. J’ai même entendu parler de « La Micheline », une manière de buvette qui se trouvait de l’autre côté du pont et où j’avais vu au cinéma en plein air « Le corbeau ».
Sur la place était Louisou qui tenait La Ruche où avait opéré Emile Taillades, le père de Lucien. Louisou avait par la suite créé la supérette Huit à huit. Sur l’avenue de Béziers était une toute petite épicerie. Ses propriétaires étaient deux sœurs, les demoiselles Barthez (je ne garantis pas l’orthographe !) Je n’ai qu’un vague souvenir du magasin de Célina en activité mais il était resté longtemps sur la porte une plaque publicitaire de je ne sais plus quel produit. Il était à l’emplacement du Crédit Agricole.
Nous avions trois coiffeurs (Raymond Reygade, Martial Azorin, Félicien Cros et Jules Cros, le frère de mon père), deux bourreliers, l’un reconverti en électricien vendeur d’électroménager, quatre maréchaux-ferrants (Pla, Calas, Manant, Cros), un garagiste, Fabre, un réparateur de bicyclettes puis de cyclomoteurs et enfin de matériel agricole, Pierre Enjalbert. Ah oui, il y a eu aussi Victor Sala, le mécano qui officiait dans la rue de la Fontaine sucrée. Je me rappelle qu'il avait repeint en bleu le moteur Conord que lui avait confié mon père. Il me semble que c’est après lui que Lucien Gau a tenu là un atelier de réparation de bicyclettes.
Quel était le nom de l’électricien qui avait sa petite boutique près du Plô d’en Haut ? Maurel m’a-t-on soufflé !
Je n’ai pas connu de tonnelier à temps plein mais j’ai vu le père de monsieur Bourdier qui bricolait dans sa remise et Germain Blanc qui prenait ses congés veille de vendanges pour réparer les comportes.
Ah, il y avait encore une pension de famille. La tenancière, Mme Bastelica, se voyait adjoindre un article défini quand on la désignait. Elle était en effet appelée « La Bastelica. » Je n’ai qu’un très vague souvenir d’un restaurant situé à côté du Plô d’en Haut.
Auriol avait un commerce de produits agricoles à l'emplacement qu’occupent actuellement les établissements Péris.
J’ai décrit par ailleurs l’antre de Marie-Louise des Bonbons et j’avais fait état de la naissance de la Maison de la Presse qu’avait créée mon oncle Jules Cros.
Il y avait trois menuisiers (Riche, Meljac, Cambon) un serrurier, Guiral, un taillandier, Valette, un tailleur (Le Sastre !), un cordonnier (un Andorran), une mercerie, Giral…
Ah par contre pendant longtemps, jusqu’à ce que Joseph Querol crée une poissonnerie, nous n’avions pas de poissonnier. C’est une dame qui venait de Cazouls avec son fils, assez obèse, et qui installait son étal devant la porte de l’église. Parfois venait Louisette de la Mer, une personne particulièrement volumineuse !
J’en oublie sans doute, mais vous pourrez m’aider à compléter mon billet !
Le moment solennel de la communion qui l'était aussi !
Les pratiques religieuses étaient assez réduites pour la majorité des Cessenonais. Toutefois chacun cédait au conformisme et en règle générale les enfants étaient baptisés, faisaient leur communion, plus tard se mariaient à l’église et avaient droit à des obsèques religieuses.
Mon grand-père paternel était assez anticlérical, il citait volontiers l’argument avancé dans les débats théologiques « Las platanas de Mourgues son pas batejadas e se pòrtan plan ! » (Les platanes de Mourgues – deux platanes immenses – ne sont pas baptisés et ils se portent bien !) Cela ne l’avait pas empêché de « faire comme tout le monde ».
Mon père lui n’avait pas fait la communion mais c’est à la suite d’un conflit avec le curé de la paroisse. Si mes souvenirs sont bons celui-ci s’appelait Lartigues. Il avait donné une gifle à mon père. La réponse ne se fit pas attendre, il reçut un coup de pied dans le tibia ! Mon père se trouva exclu du groupe des catéchumènes !
Comme mon grand-père maternel était catholique pratiquant mon père fit sa communion au moment de se marier afin qu’une cérémonie religieuse puisse être célébrée.
C’étaient les femmes qui formaient la majorité des fidèles qui assistaient à la messe. Pour les enterrements la tradition était que les hommes attendent à l’extérieur la sortie de l’église pour former le cortège qui se rendait ensuite au cimetière où avaient lieu les remerciements.
Par la suite ceux-ci ont été reçus sur le parvis de l’église puis à présent à l’intérieur de celle-ci, ce qui a conduit les hommes à assister à la messe d’enterrement. Ce n’est d’ailleurs pas toujours une messe qui est dite car, faute de curé, Cessenon n’a plus qu’un diacre à sa disposition. Si vous tenez absolument à avoir un prêtre il vous faut programmer votre décès !
Ma génération était donc baptisée et faisait sa communion. Je ne crois pas qu’il y ait eu une exception pour ma classe d’âge. Nous suivions une instruction religieuse le jeudi matin. Elle nous était dispensée par le curé Guippert qui avait succédé à l’abbé Segondy.
Je ne révisais pas le sujet mais comme j’avais bonne mémoire j’enregistrais sans difficulté ce qui nous était raconté ! D’autant qu’il y avait des réponses qui ne demandaient pas de subtilité particulière par exemple concernant la question « Dieu est-il un être parfait ? » il fallait simplement dire « Oui, Dieu est un être parfait ! »
Il y avait eu une manière d’épreuves et j’avais été second au classement, la première place était revenue à Lucienne Joval, plus sérieuse que moi dans l’étude des leçons de catéchisme.
Guippert faisait de son mieux et justifiait la foi par des arguments simples. Ainsi à propos du crayon de son calepin il faisait remarquer que quelqu’un l’avait bien fabriqué. Il en était nécessairement de même pour le monde. Nous n’avions pas suffisamment de répartie pour interroger sur qui avait fait celui qui avait fait cela ! Il s’appuyait aussi sur le fait que toutes les civilisations avaient une religion.
Par ailleurs il y avait des obligations liées à notre statut de catéchumènes : nous devions assister à la messe le dimanche matin et aux vêpres le dimanche après-midi. Pour les vêpres, si ce n’étaient pas les enfants du catéchisme, il n’y aurait pas eu grand monde à part quelques bigotes. Pénible cette corvée du dimanche après-midi, ça vous mettait l’après-midi en l’air !
J’ai donc fait ma communion « solennelle » au mois de juin 1952 c'est-à-dire, comme c’était la coutume, l’année de mes 12 ans. Une forte dépense pour mes parents qui n’étaient pas fortunés, c’est le moins qu’on puisse dire ! J’avais manifesté ma mauvaise humeur pour le cierge qui coûtait 400 F et que nous devions abandonner alors qu’il n’en était consommé que quatre ou cinq centimètres ! Cela avait quasiment créé un incident !
Ma grand-mère avait acheté auprès d’un « voyageur » le tissu pour me confectionner le costume de communiant, il me semble que c’est mon frère – il effectuait son service militaire au Tchad à ce moment là – qui m’avait offert une montre qui n’a pas fonctionné très longtemps ! Le cadeau des patronnes de mon père, les demoiselles Aïn, était un crucifix en plâtre…
La semaine précédent la cérémonie nous effectuions une « retraite ». Nous n’allions pas à l’école ces jours-là et nous étions quelque peu encadrés par une dame dévote Mlle Sigé qui nous gardait pendant ce que je pourrais appeler des récréations. Tiens j’ai le souvenir d’une devinette qu’elle nous avait posée : « Je commande à 25 et sans moi Paris serait pris, qui suis-je ? » Eh bien c’est la lettre « a » !
Ah le repas avait eu lieu chez ma tante Rose. Oh, là, là ! Mon père et mon oncle étaient allés à la pêche et il y avait tout un tas de poissons à ce repas : de gros barbeaux je crois, des anguilles aussi…
Mon père avait eu ce commentaire à propos de la tenue de ma mère « On dirait un mannequin de chez Paquin ! » Je ne suis pas sûr que celle-ci avait apprécié !
Ma tante Manou et mon oncle Raoul de Millau étaient venus pour la circonstance.
Le soir de cette journée de communion il y eut l’incendie de la maison de Lucien Taillades. Coup de sirène, tout le monde se mit en état de porter secours. Mon oncle Aimé se changea dans la cuisine et dans la précipitation, sous l’effet peut-être de l’alcool, se retrouva en chemise, un pantalon enlevé mais l’autre pas encore mis, sans slip bien sûr on n’en portait pas dans notre milieu, devant un public assez fourni. Il ne fut pas sourd, ma tante Rose était hors d’elle !
L’incendie ? Il s’était déclaré dans un grenier où on avait rentré du foin. Mon oncle Raoul, plombier-zingueur de son état, avait constaté que les pompiers ne savaient pas manœuvrer correctement la grande échelle. Le feu avait pris dans la partie supérieure de la maison et l’eau des lances inondait copieusement l’épicerie située au rez-de-chaussée ce qui avait fait dire à mon oncle Aimé « los fromatges seràn totes mosits ! » (les fromages seront tous moisis !)
Je n’ai pas dû assister à une messe après cette communion solennelle et son renouvellement la semaine suivante sinon pour un mariage ou des obsèques.
Mon costume de communiant eut une fin malheureuse : je l’ai déchiré en grimpant à la Crotz de la Gardia pour chercher des asperges.
Mes parents furent enterrés civilement, dans ma famille nous avions rompu avec le conformisme ambiant.