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Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ) Catégorie : Blog Journal intime Date de création :
27.04.2006 Dernière mise à jour :
19.08.2008
Là c’est « Les Tudery », une « campagne » qui est sur la commune de Cazedarnes, pas très loin de Fontcaude. Pourquoi vous en parler aujourd’hui ? Parce que voilà j’ai eu l’occasion d’y passer récemment, par deux fois d’ailleurs, en effectuant une randonnée dans le secteur.
Cette randonnée ? Une balade plutôt, le circuit qu’on suit doit compter sept ou huit kilomètres. Le départ est au niveau de la ferme zoo qui se trouve au carrefour des routes qui vont à, ou qui viennent de, Murviel, Cazouls, Cazedarnes et Cessenon.
Là vous prenez le chemin goudronné qui conduit à Carbonel mais je choisis en général de l’abandonner pour faire un détour par Lornovaire qui est un peu à l’ouest. De Lornovaire je reviens vers une superbe bâtisse récemment construite et je continue vers Les Pradasses où, à cause des nombreuses épaves de voitures, un ami disait « ici c’est quarante sous le kilo. »
« Les Tudery » c’est au-delà. Le nom ? Ce serait un patronyme. Il y a un autre Tudery du côté de Saint-Chinian.
Là s’était loué un certain Milo de Totsants, en fait il s’appelait Andrieu, Toussaint étant le prénom de son père.
Ils étaient deux frères, Milo et Gusto, vieux garçons qui avaient vécu à Cessenon et avaient une vigne du côté de La Maurerie dans précisément « La Canal de Totsants » (le talweg des Toussaints). Elle était dans un terrain peu fertile et pour un peu les deux frères consommaient en allant la travailler tout le vin qu’elle produisait, à tel point qu’il aurait été peut-être avantageux de construire la cuve sur son emplacement.
La place aux Tudery n’était pas spécialement pénible. On avait confié à ce Milo de Totsants le soin de promener le grand-père. Oui à cette époque on n’avait pas encore créé les maisons de retraite.
Ce grand-père était passionné par la cueillette des « lachissons » (une espèce de pissenlit). Aussi notre accompagnateur agréé conduisait son client ramasser la précieuse salade de campagne.
Il devait avoir de meilleurs yeux car il la repérait avant le chercheur officiel. Mais il ne se baissait pas pour les ramasser, se contentant de les montrer du bout de son bâton en annonçant : « Mestre, aqui n’avetz un ! » (maître ici vous en avez un !)
Une phrase que nous employions mon frère et moi quand nous étions ensemble en train de désherber au jardin et qu’une mauvaise herbe avait échappé à l’œil vigilant de l’un d’entre nous !
Cécile Cordoba dont le nom de jeune fille est Andrieu, était la nièce de ces Milo et Gusto de Totsants. Bien qu’à cette époque elle n’ait eu que sept ou huit ans elle se souvient des obsèques de chacun d’eux. Pour la circonstance elle avait une robe rouge, ce qui ne déparait pas, ses oncles étaient communistes m’a-t-elle indiqué. Sans doute a-t-elle voulu dire qu’ils votaient communiste.
La balade ? Je la fais passer ensuite par Pech Redon, dont j’ai parlé par ailleurs, et nous redescendons au point de départ en suivant un chemin qui commence à s’embroussailler avant de retrouver celui, goudronné, qui vient de Carbonel.
On laisse sur la droite la « campagne » de Saint Denis qui avait un moment, à la suite d’un legs, appartenu aux sœurs qui occupaient à Cessenon une manière de couvent.
La section de Pézenas de la SPN (Société de Protection de la Nature) proposait ce samedi 12 janvier dans la salle Bonnafous une conférence sur Linné, ce naturaliste suédois dont on a célébré en 2007 le tricentenaire de la naissance.
C’est Jean-Antoine Rioux le successeur de François Hue, à la tête de la SPN du Languedoc-Roussillon, qui s’est chargé de la présenter. Il avait prévu de s’aider d’une diaporama dont la projection a été un moment perturbé par des difficultés informatiques qui ont découragé une partie du public, une trentaine de personnes. Oui on pouvait craindre que les problèmes techniques ne soient pas surmontés. Ils l’ont été par Olivier Rodriguez qui a toutefois dû changer d’ordinateur pour que la séance prévue puisse continuer à se dérouler.
Linné voit le jour la même année que Buffon et les deux scientifiques seront en conflit sur la conception même de leur discipline commune. Carl Linné est décédé en 1778, comme Voltaire et Rousseau avec lequel il entretenait des relations sur la botanique.
Linné était aussi en contact avec les botanistes de Montpellier qui travaillaient sur le célèbre jardin des plantes de la ville, lequel attirait de nombreux étudiants.
Linné est un créationniste, c'est-à-dire qu’il considère que le monde et les êtres vivants qui le peuplent ont été créés tels que nous les connaissons. Dieu a construit, Adam observe, décrit et nomme. Les théories de l’évolution ne sont pas encore nées.
L’exposé de M. Rioux fourmille d’anecdotes sur les différents botanistes du temps de Linné, sur ceux qui ont été directeurs du jardin des plantes de Montpellier notamment.
Si Linné est fixiste, une expression équivalente à celle de créationniste, son œuvre ne manque pas d’intérêt. Il est le fondateur de la systématique, un concept qui englobe et dépasse celui de taxonomie. Elle conduit à un classement et à une hiérarchie dans l’ordre du vivant. On doit à Linné la nomenclature binominale telle qu’elle est utilisée de nos jours. Le premier terme définit le genre, le second, l’épithète, rend compte de l’espèce.
Le conférencier a placé les naturalistes dans diverses catégories : proto-linnéens, pré-linnéens, linnéens, post-linnéens, anti-linnéens. Il a souligné que l’école de Paris, initialement en retard sur celle de Montpellier l’avait devancée avant d’en être rattrapée.
Il a traité de la question des liens entre science, religion, philosophie, politique (et économie.) La démarche scientifique est faite d’hypothèses « falsifiables » c'est-à-dire que l’on peut remettre en cause. En cela elle s’oppose au postulat.
M. Rioux a abordé la problématique de l’évolution. Depuis Lamarck et Darwin des précisions et des correctifs ont été apportés sur les conditions de celle-ci. Progrès par sauts, adaptation au milieu, différenciation entre micro et macro évolution…
Il a au passage montré comment certaines religions pouvaient intégrer les théories sur l’évolution dans leur vision créationniste du monde.
A vrai dire ce n’était pas toujours simple pour un non-spécialiste de tout comprendre mais on nous rendra cette justice, nous avons essayé !
Jusqu’en 1787 les protestants étaient en quelque sorte interdits d’état civil. C’est qu’il n’y avait qu’un seul registre, le registre paroissial, sur lequel n’étaient inscrits que les mariages contractés devant le prêtre.
Mais en Cévennes la défaite des Camisards contre les troupes du roi n’avait pas fait disparaître la foi des huguenots.
A Pont-de-Montvert, comme ailleurs sans doute, on faisait de la Résistance. On refusait de se marier à l’Eglise catholique et comme la bénédiction devant un pasteur de la R.p.R. (la Religion prétendue Réformée) n’était pas reconnue on était considéré comme vivant en concubinage.
Curieusement les protestants qui devaient vivre ensemble passaient un contrat devant un notaire royal. Celui-ci stipulait que l’acte était le prélude à un mariage catholique mais ce n’était en général pas suivi d’effet.
C’est ainsi que Jean Allier et Marie Brès, les lointains ancêtres, côté maternel, de mes filles se sont unis le 7 décembre 1747 selon le rite de la R.p.R.
Il semble que les enfants issus de ces unions conjugales étaient le plus souvent baptisés par un pasteur qui opérait en série. C’est que les pasteurs n’étaient pas très nombreux aux heures sombres de la persécution religieuse.
En 1787 Louis XVI promulgua à Versailles un Edit de Tolérance qui, sans aller jusqu’à accorder à chacun sa liberté de conscience (il faudra pour cela attendre la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789), permettait aux protestants, sans renier leur foi, d’avoir enfin accès à un état civil.
A Pont-de-Montvert on enregistre les déclarations des non-catholiques venus régulariser leur situation auprès du curé de la paroisse ou devant un juge royal qui remplissent la fonction d’officier d’état civil. C’est ainsi que le 24 octobre 1788 Marie Brès rend compte de son statut. Son mari est décédé depuis presque 20 ans !
Voici un extrait des registres du bailliage du Gévaudan qui en fait état :
Devant nous Joseph-François RIVIERE, Conseiller du Roi, Lieutenant-Général au Bailliage du Gévaudan.
Du 24 mois d’octobre 1788 s’est présentée Marie BRES, native du lieu de L’Hermet, paroisse de Grizac, fille légitime majeure de feux Jacques et Suzanne MARTIN dudit lieu, habitant audit lieu de L’Hermet, qui, voulant satisfaire aux dispositions de l’édit du mois de novembre 1787, a déclaré qu’elle avait épousé suivant le rite de la R.p.R. le 7 décembre 1747 Jean ALLIER, fils à feu Pierre et à Izabeau CHAPELLE dudit lieu, décédé le 22 juillet 1769, et que de ce mariage sont issus 3 enfants* et baptisés : Marie, née le 14 juin 1749, Jean, né le 29 avril 1752, et François, né le 13 avril 1760. Le tout fait en présence de sieur François PAGES, sieur Pierre BONICEL, bourgeois, sieurs Jean SERVIERE et Jean ROUVIERE, négociants, habitants du Pont-de-Montvert.
Signés avec nous et notre greffier, ladite BRES ayant déclaré ne savoir le faire de ce requise.
Collationné, du PARC, greffier.
* Le couple avait eu 4 enfants mais l'un d'eux étant décédé la mère n'en fait pas mention.
Pour certains le mot « appareil » renvoie à l’idée de prothèse ! Il n’est de vertu qu’en dehors des appareils et si vous êtes encartés, spécialement au parti communiste, vous avez toutes les tares, tous les défauts !
Les adhérents du pcf ne sont pas, ne peuvent pas être des citoyens, seuls ont le droit de porter ce titre ceux qui n’en sont pas membres.
L’édition du vendredi 11 janvier de L’HERAULT du Jour nous présente les tenants de la thèse. Bien qu’ils habitent Sauvian, Maraussan, ailleurs peut-être, Béziers est leur point de ralliement.
Pauvres Biterrois qui n’êtes pas en mesure de prendre en charge vos problèmes, ces militants arrivent tel Zorro à votre secours. Ils ont un passé pas très ancien, il remonte à la campagne du référendum de 2005, mais tellement brillant selon eux, qu’ils sont incontournables dans le paysage.
Ils sont dégagés de toute contrainte. Ni contrainte énergétique (à bas le nucléaire civil, l’action contre le nucléaire militaire elle est moins porteuse !) ni contrainte alimentaire (fi des sciences et des technologies susceptibles d’apporter une réponse aux besoins de l’humanité.)
Comme en dernière analyse c’est avant tout le parti communiste qui est responsable de tous nos maux, il faut éradiquer le peu qu’il en reste. José Bové s’y est employé, avec assez de bonheur il faut le reconnaître.
Le pcf est accusé de trahison parce que prisonnier de son alliance avec le parti socialiste. De la part de supporters dudit Bové dont les signatures sont venues d’élus de cette dernière formation cela ne manque pas de piquant ! Et de plus Bové, comme les autres, au demeurant chargé de je ne sais quelle mission essentielle pour le devenir de la planète, s’est bien empressé d’apporter son soutien à Ségolène Royal lors du second tour des présidentielles.
La problématique me paraît devoir se situer ailleurs. Le ailleurs c’est la mesure de l’ampleur de la crise douloureuse que traversent la France, l’Europe et le Monde, c’est aussi la recherche de ses causes et partant des solutions à présenter pour la résoudre.
Et là je crois qu’il faut pointer les carences d’un parti révolutionnaire qui avait pourtant en d’autres temps, celui de la Résistance ou de la guerre d’Algérie par exemple, fait la preuve d’un engagement d’un autre niveau.
La fédération de l’Hérault du parti communiste s’est inscrite et s’inscrit toujours, à travers des opérations douteuses à Béziers, dans ces carences là. Je partage la réprobation qui prévaut à ce sujet.
Pour autant faut-il comme on dit jeter l’enfant avec l’eau du bain et condamner tout appareil politique parce que rien ne vaut la démocratie directe, la spontanéité, la valeur intrinsèque de ceux qui délibérément se situent en dehors de toute organisation ?
Ce n’est pas mon opinion et c’est faire preuve d’un anticommunisme tel que j’ai eu l’occasion de le combattre tout au long de ma vie militante que de préconiser l’effacement d’un parti qui s’est construit en 1920 sur une base révolutionnaire !
Une quarantaine de personnes se sont retrouvées ce mercredi 9 janvier au CIRDOC pour assister à la signature d’une convention entre l’agence Sirventés et « La companhia Lo Bramàs ».
Qu’es aquò « Lo Bramàs » ? C’est une association qui rassemble en une même structure Lo Bartas, Laurent Cavalié et La Mal Coiffée, artistes occitans implantés dans l’Aude.
Le public était accueilli par Felip Hammel le tout nouveau directeur du CIRDOC. Il a tout de suite donné la parole aux artistes, plus exactement au groupe Lo Bartàs qui a présenté une partie de son répertoire au cours d’une prestation très rythmée.
Lui a succédé Bernat Giacomo le directeur de l’agence Sirventés dont le siège social est à Aurillac. Celui-ci a précisé le rôle de son organisation qui entend donner au monde du spectacle occitan les moyens de son expression et de son rayonnement.
Après lui Laurent Cavalié a, par la lecture d’un texte rédigé il y a un an, fait une analyse de la situation. La culture et l’identité occitanes ne sont ni figées ni repliées sur une position qu’on pourrait qualifier de xénophobe (référence était faite ici à l’arrivée massive dans notre région de nouveaux habitants qui n’en sont pas originaires.) Il a par ailleurs rappelé ce qu’était une chanson populaire traditionnelle, ses sources, ses vecteurs, ses évolutions…
La signature de la convention s’est faite avec la solennité voulue par les parties prenantes.
Felip Hammel a repris la parole pour présenter les vœux du CIRDOC aux personnes présentes. Il a pour cela utilisé l’occitan que par tranches il a traduit en français. Il a mis en exergue la place du CIRDOC par rapport à la langue occitane, celui-là est à celle-ci ce que la Bibliothèque Nationale est à la langue française n’a-t-il pas craint d’avancer.
Joanda a présenté le programme des activités du CIRDOC pour 2008. Il a en particulier annoncé la tenue à Béziers de la célèbre dictada occitana qui s’y déroulera le 26 janvier prochain.
Ne restait plus qu’à prendre le verre de l’amitié pour clôturer cette soirée qui avait réuni quelques fidèles de la cause occitane.
Les Fargoussières ? C’est un hameau de la commune de Quarante. Y vivent une quinzaine de familles. Le nom est lié à farguièra, un mot occitan qui signifie fougère. On peut y accéder par une petite route perpendiculaire à celle qui relie la N 112 à Cruzy mais on peut aussi venir aux Fargoussières par le chef lieu de commune.
Nous sommes ici sur un plateau assez commode où les vignes occupent la plus grande partie d’une terre rouge, parsemée ici et là de garrigues et de pinèdes. Il reste deux viticulteurs aux Fargoussières, il y a une cinquantaine d’années il devait y en avoir une quinzaine.
On ne cultivait pas que la vigne d’ailleurs, on élevait aussi des troupeaux de moutons avec probablement quelques chèvres dans le lot. Il y avait également des oliviers et aujourd’hui on a en planté à nouveau.
A l’arrivée de la route qui atteint le côté ouest du plateau un panneau signale que passait ici une voie romaine qui reliait Béziers à Cahors.
Il faut creuser bas pour avoir de l’eau. Les puits peuvent avoir une cinquantaine de mètres de profondeur et il n’est pas assuré qu’en été ils puissent permettre l’irrigation des jardins.
Aux Fargoussières habite André Rouanet, un personnage pittoresque. Il est originaire du lieu, y a passé sa vie et à coup sûr a le désir de rester là jusqu’à la fin de ses jours. C’est ce que nous lui souhaitons.
Il est né en 1924. Il a donc connu la période noire de l’Occupation. Il n’a pas été seulement témoin mais acteur et à 18 ans il était engagé dans la Résistance et s’est retrouvé au maquis de La Tourette. Il a d’ailleurs rassemblé un tas d’éléments de cette époque dans une maison qui est un musée. Documents écrits, matériel de propagande, fausses cartes d’identité, munitions, postes de transmission, tenue de prisonnier, bicyclette de femme des années de la guerre… occupent toute la pièce du rez-de-chaussée cependant que l’escalier qui conduit à l’étage est décoré de drapeaux (en particulier celui de l’ARAC), de photos, de pages de journaux...
Bien qu’il l’appelle musée de la Résistance on peut voir de nombreuses autres choses et notamment une riche collection d’outils, pour beaucoup mais pas seulement, viticoles. Machine à soufrer, à sulfater, ciseaux de taille, robinets et trappes de foudres ou de cuve, clous pour fixer des ardoises sur les façades, fers à cheval (tiens l’un d’eux est muni de crampons en caoutchouc !), toradoiras (passe-partout), jougs pour joindre des bœufs ou des vaches, sans compter les pics, le tenailles, les harnais… Ah, les anneaux pour le passage de las tralhas (des rênes) étaient plus chers en verre qu’en métal mais en verre ils ne s’usaient pas !
Des pairòls (chaudrons) voisinent avec les pots en grés pour mettre la graisse ou les confits. Un récipient en cuivre était, nous a expliqué M. Rouanet, destiné à transporter le vin destiné à la vente au détail cependant qu’une cafetière énorme appartenait à un cafetier. Une louche de grande dimension devait servir à puiser l’huile d’olive contenue dans une jarre cependant qu’une autre similaire était peut-être l’outil de travail d’un estamaire (étameur.)
Des sabots sont présents, ceux pourvus d’une tige étaient plus confortables que des bottes affirme notre guide !
On peut voir également sur des étagères tout un ensemble de pierres : rose des sables, œufs de dinosaures fossilisés, corail tubulaire, cristaux divers… et des vestiges de l’occupation romaine : fonds d’amphores, morceaux de tegulae…
Une vraie caverne d’Ali Baba en vérité que ce musée. C’est que de Quarante à « Quarante voleurs » il y a peu !
A l’extérieur sont exposés différents modèles de charrues, y compris des araires en bois que l’on utilisait dans le Pardailhan pour labourer la terre sans la retourner afin d’y semer le célèbre navet. Des meules pour le grain, pour un moulin à huile, des auges pour nourrir les cochons, ont été récupérées et sont présentées au visiteur.
Monsieur Rouanet est un bâtisseur : il a reconstitué à l’identique près du hameau une capitelle que l’on doit pouvoir découvrir plus loin dans la campagne environnante. Il a limité certains espaces avec un mur de pierres sèches, et n’a pas oublié d’indiquer le nombre d’heures consacrées à son travail ainsi que la masse de matériau manipulé.
Il a aussi, près de chez lui, construit un four à pain.
André Rouanet a consacré beaucoup de temps, d’argent aussi, à sa passion. Nous aurions aimé qu’il nous autorise à rendre compte de celle-ci en nous accordant la permission de publier le présent billet !
Le chemin de fer d’intérêt local qui reliait Béziers à Saint-Chinian a atteint Cessenon en 1877. Le chef lieu de canton ne le sera que dix ans plus tard.
La voie ferrée était à écartement normal et à Béziers elle partait de la gare du Nord où aboutissait la ligne Montpellier Béziers qui passait par l’intérieur des terres.
Il n’est pas dans mon propos de faire ici un historique de cette ligne de chemin de fer mais d’évoquer quelques souvenirs que j’en ai ou de rapporter quelques anecdotes qui m’ont été contées.
En 1944 mes parents ayant acheté une maison dans la rue de l’Orb nous étions à quelques dizaines de mètres de la voie qui passait sur le rempart qui protège le village des crues du fleuve.
A chaque passage d’un train tout vibrait dans le secteur. A cette époque il y avait, pour le service des voyageurs, quatre allers retours quotidiens Béziers – Saint-Chinian. Le premier passage, dans le sens Saint-Chinian – Béziers devait avoir lieu vers les 7 h du matin, heure solaire s’entend !
A cette époque ce devaient être des locomotives à vapeur qui tractaient les convois. Plus tard sont venues les Micheline dont le sifflet était fort différent des locomotives à vapeur.
J’ai encore dans ma tête l’image du train avec ses wagons désuets circulant de l’autre côté de Orb, en face de mon jardin au niveau de Limore. Là existait un passage à niveau non gardé où j’avais failli me faire accrocher, alors que je le franchissais à bicyclette, par une Micheline qui allait vers Saint-Chinian.
Un passage à niveau non gardé, il en existait un autre à côté de l’école maternelle de Cessenon. La sœur de mon arrière-grand-père y avait été tuée vers les années 1930. Elle était un peu sourde. Sa petite-fille, Lucienne Azorin, née Paraluelo, m’avait dit que le corps avait été déchiqueté et que les morceaux avaient été rassemblés dans une couverture.
Celui du pont sur l’Orb par contre était équipé de barrières manœuvrées par l’épouse d’un employé de « L’intérêt local » qui avait un logement de fonction situé à quelques dizaines de mètres. Il était dans une maison il était dans une maison qui appartient aujourd’hui à Antoine Mendez. Les barrières s’abaissaient et se relevaient à l’aide d’une manivelle tandis que deux portillons permettaient de traverser la voie, à pied ou en conduisant un vélo à la main. Sans doute distrait, Cazas, je n’ai plus son prénom en tête, un artisan maçon qui habitait de l’autre côté du pont, avait un jour foncé dans la barrière avec sa moto !
Quand nous allions au terrain de football le mercredi après-midi il nous arrivait d’avoir à attendre la fin des manœuvres effectuées en gare de Cessenon.
J’ai aussi le souvenir d’un rond de fumée, fermé, échappé de la cheminée d’une locomotive. Même qu’Henri Milian, émerveillé, avait lâché « Une soucoupe ! » Eh non, ça n’en était pas exactement une !
En quittant Cessenon en direction de Béziers la voie était rectiligne. Je revois, c’était en 1951, disparaître la Micheline qu’avait empruntée ma mère qui se rendait à Millau rendre visite à sa sœur aînée avant qu’elle ne meure.
Emile Maillé m’avait raconté l’opération à laquelle il lui était arrivé de se livrer sur cette portion de voie. Il avait été chauffeur puis mécanicien à « L’intérêt local. » A ce titre il venait quelquefois prendre une rame de wagons foudres mise en place sur une voie que la cave coopérative avait fait construire à l’arrière des bâtiments. En général on offrait au mécanicien et au chauffeur un tonnelet de vin « Lo barral. » Mais ce n’était pas toujours pendant les heures d’ouverture de la coopérative qu’ils venaient accrocher la rame à la locomotive. Alors pour avoir quand même lo barral ils profitaient de la ligne droite où ça ne tanguait pas trop pour percer avec une chignole un des wagons foudres (ils étaient en bois) présenter un récipient sous le jet et boucher la perforation avec une cheville après que celui-ci soit rempli.
L’habitation du chef de gare n’était pas un logement très spacieux. J’ai connu son occupant, Roux, qui avait deux fils, Louis et Georges, peu ou prou de mon âge. Ce Roux a fini sa carrière à Montpellier à la gare de Palavas. J’ai eu mangé chez lui alors qu’il avait déménagé. A Cessenon le bâtiment que la famille occupait a été détruit et est devenu une petite place qui porte le nom de Place du 19 mars 1962. Un bon point pour les édiles qui lui ont donné ce nom !
Henri Pignol avait succédé à Roux comme chef de gare mais il n’habitait pas sur le site.
A Réals la gare n’avait rien d’une gare de triage, c’était une simple station, la bâtisse est toujours debout, mais elle permettait à la jeunesse biterroise de venir passer la journée en campagne le lundi de Pâques.
A l’arrêt de Commeyras Emile Maillé faisait descendre les réfractaires au STO qu’il avait amenés jusque là, cachés dans le caisson avec de l’eau jusqu’aux épaules. Ils rejoignaient ensuite le maquis à pied.
Junior Peytavi qui était né en 1900 se rappelait le passage du train venant de Saint-Chinian bondé des jeunes gens mobilisés pour partir à la guerre de 14. Il évoquait cet événement avec beaucoup de tristesse et un peu de colère aussi. C’est que beaucoup de ceux qui étaient dans ce train ne sont pas revenus !
Georges Borras citait le propriétaire d’un hôtel restaurant installé au Foulon, sous la source qui alimente Cessenon en eau potable. Il venait à la gare du village chercher ses clients avec un âne et une carriole. Il annonçait « Cessenon – le Foulon, la ville la campagne ! »
J’ai emprunté quelquefois ce train pour aller à Millau voir mes grands-parents maternels. Je me souviens aussi de l’avoir pris pour participer à une manifestation viticole qui a eu lieu aux arènes de Béziers au début des années 50.
Le service des voyageurs a été supprimé en janvier 1954. Il faut préciser que la crue du 6 décembre 1953 avait emporté le rempart qui supportait la voie et qu’on a dû déplacer celle-ci contre les maisons pour permettre le passage, très au ralenti, des convois.
Le transport des marchandises ne s’est définitivement arrêté que le 31 octobre 1968 (cf. vote du conseil général de l’Hérault en date du mardi 16 janvier à 12 h 25 : 23 voix pour la suppression et l’exploitation du réseau, contre 8 voix.)
Le tronçon Cazouls les Béziers Saint-Chinian était relié au réseau SNCF à Colombiers par une voie qui existe toujours. Elle appartient au conseil général mais sa gestion a été confiée à une société privée.
De ce transport de marchandises je revois une locomotrice diesel à laquelle en dernier on n’accrochait plus qu’un seul wagon. J’ai aussi le souvenir d’une plaque tournante qui avait été placée dans la cour de la tuilerie et des blogs de marbre de la carrière de Coumiac qu’un camion conduit par Germain Blanc apportait à la gare. Ils partaient nous disait-on pour l’Amérique. Depuis nous avons appris que ce marbre a servi a décorer la chambre rouge de la Maison Blanche !
Ah, encore, et ce sera la fin, une image tout à fait insolite : un employé de « L’intérêt local » cultivait une vigne située au bord de la voie, à peu près au carrefour des routes de Saint-Chinian et de Roquebrun. Il utilisait pour le transport de sa récolte une manière de wagon plat qu’avec des collègues il devait pousser à la main pour le conduire jusqu’à la cave coopérative.
L’approche des élections municipales rend certains fébriles. Cessenon n’échappe pas à la règle et on assiste à la gestation d’au moins une liste concurrente de celle du maire sortant. C’est la démocratie et il n’y a rien à redire à ce sujet. On peut toutefois avoir une opinion sur la situation dans le village.
La situation ? C’est d’abord la crise de la viticulture aggravée ici par un contentieux entre les coopérateurs et l’ancien directeur de la cave. Ce sont aussi les difficultés que connaît le monde rural avec les menaces qui pèsent sur les services publics et, comme partout ailleurs, la détérioration dans les secteurs de l’emploi, de la précarité, du pouvoir d’achat, des dépenses de santé…
Il va de soi qu’une municipalité n’est pas responsable de cet état de fait et qu’elle n’a pas les moyens de résoudre les douloureux problèmes auquel ses administrés sont confrontés. Evidemment il faudrait proposer une analyse de ce qui est en cause et pointer les limites d’un système économique et social en fin de course qui ne répond plus aux besoins de notre temps.
A ce propos il ne serait pas juste de ramener les difficultés aux derniers résultats électoraux. Celles-ci étaient déjà patentes du temps de la gauche plurielle et si Sarkozy ne les a pas aplanies, loin de là, elles étaient antérieures à son élection. On rappellera ici, révélateur de l’ampleur de la crise, que le 21 avril 2002 Le Pen recueillait à Cessenon plus de voix que Chirac et Jospin réunis !
On peut toujours discuter des choix qui sont faits en matière de gestion municipale, on peut aussi regretter telle attitude ou tel comportement, cela n’est certainement pas l’essentiel ! Prétendre que l’on va apporter une solution aux questions posées par la seule vertu de l’apolitisme me paraît pour le moins naïf !
D’ailleurs ceux qui se disent « apolitiques », même s’ils sont de bonne foi, se situent nécessairement dans un certain camp : celui du changement ou celui de la continuité. A vrai dire mon opinion est qu’il faut affronter les réalités en s’opposant à une orientation qui s’en prend aux acquis sociaux et qui, par le manque de moyens accordés, porte atteinte à la souveraineté des communes et à leur efficacité.
Cela s’est sans aucun doute faire de la politique. au sens élevé du terme. « Relatif à l’organisation et à l’exercice du pouvoir temporel dans une société… » dit Le Robert.
Si ces élections municipales pouvaient permettre d’engager le débat là-dessus ce serait une excellente chose ! Cela vaudrait mieux à coup sûr que les lettres anonymes d’une rare violence telles qu’elles ont été diffusées et qui relèvent d’une forme de fascisme engendrée par l’impasse à laquelle est confronté son auteur.
Ce serait mieux aussi que d’escamoter le fond des choses en réduisant la campagne à des aspects seconds ce qui alimenterait inévitablement les querelles de personnes et entretiendrait un climat malsain.
Saint-Blaise ? C’est une « campagne » située sur la commune de Cessenon, un peu avant Réals, sur la droite, en venant du village. De même que Sainte-Lucie, elle avait appartenu à un de Millet et c’est son petit-fils Yves Bergasse qui en avait hérité. Aujourd’hui c’est Gaston Bergasse, un des deux fils d’Yves Bergasse, qui gère le domaine.
Le drame a dû se dérouler entre 1945 et 1950. Vivaient alors à Saint-Blaise, le ramonait, un certain Landes, son épouse et leur fils Jeannot âgé de deux ans. C’était la mésentente au sein du couple. Etait-elle frivole, était-il jaloux ? C’étaient constamment des querelles. Lui menaçait sans cesse des pires choses. Loin de calmer le jeu elle le provoquait lui disant qu’il n’était pas capable de mettre ses menaces à exécution.
Hélas ce soir-là il en fut parfaitement capable : avec je crois un fusil l’homme tua sa femme et se fit justice. L’enfant resta seul toute la nuit dans le ramonetage avec les deux cadavres, un spectacle que découvrirent les ouvriers en arrivant au travail le lendemain matin.
Jeannot Landes fut recueilli par des parents, Mme et M. Vareille, un couple qui n’avait pas d’enfant. J’ignore si c’est ce qu’il avait vécu qui a conditionné la suite mais il était assez handicapé au plan psychique. Il avait un temps travaillé au Centre d’Aide par le Travail Thierry Albouy à Béziers. Il est mort jeune, à moins de soixante ans, alors qu’il était déjà pensionnaire à la maison de retraite de Cessenon.
Les meubles des époux Landes furent vendus aux enchères, lesquelles eurent lieu à la Maison du Peuple qui se trouvait alors Rue des Serpentins. Mon frère qui devait avoir 17 ou 18 ans fut mandaté par mes parents pour voir ce qui pouvait être intéressant à acheter.
Il en revint avec une corbeille dans laquelle on avait réuni tout un tas d’objets sans grande valeur et en fait sans aucune utilité, notamment une lampe à pétrole. Cette corbeille et ces objets restèrent longtemps dans la maison familiale, au second étage, dans une pièce qui servait de débarras. Ce que j’ai pu être passionné par les trésors qu’elle contenait !
Jusqu’à 15 ans, l’année où je suis entré interne à l’Ecole Normale d’Instituteurs de Montpellier, j’avais, comme tous les Cessenonais, vécu à l’heure solaire, qu’on appelait l’heure ancienne ou l’heure vieille en opposition à l’heure nouvelle. L’horloge communale était à l’heure solaire et la cloche égrenait ses pics et ses repics avec une heure de retard sur l’heure légale.
Quand un rendez-vous était pris il fallait préciser de quelle heure il était question « De la nouvelle ou de la vieille ? » Il n’y avait toutefois pas trop de confusion et par exemple on savait que si le rendez-vous était à Béziers il était à coup sûr donné à l’heure légale.
Mais les Cessenonais faisaient en quelque sorte de la résistance et affichaient leur refus de se soumettre à une décision qui prétendait faire que le soleil se lève plus tôt et se couche plus tard !
Evidemment le particularisme concernant l’heure a, ainsi que de nombreux autres, fini par disparaître avec l’uniformisation générale de la société française.
En 1976 a été inventée l’heure d’été. Alors là on vit renaître une opposition qui ne s’était pas manifestée depuis déjà quelques années. Sur les bancs près du pont, au café de l’Escopinha, les langues allaient bon train.
« Ils disent que ça va permettre des économies ? Il fallait avancer l’heure de plus que ça alors ! »
« Tu n’es pas encore couché ? Si tu les écoutais tu devrais pourtant être déjà au lit ! »
Là encore les choses ont fini par rentrer « dans l’ordre » !
Encore heureux que le décalage avec les Etats-Unis soit important sinon on ne vivrait pas … à l’heure allemande mais… à l’heure américaine !
C’est que, exprimant l’hégémonie des USA sur le monde, un humoriste n’avait pas craint de dire « Et qui nous empêcherait à nous Américains de déplacer cette ligne imaginaire qu’est l’équateur ? »