Pissa-cabras amont on floris la ginèsta
Posté le 25.05.2007 par cessenon

Pissa-cabras amont on floris la ginèsta ?
Traduction : Pisse-Chèvres là haut où fleurit le genêt
Photo : tiges et fleurs de genêt d'Espagne
Pisse-Chèvres ? C’est le nom d’un tènement de Cessenon qui se trouve, sous Pech Pus, un sommet où a été construite la tour de surveillance des incendies. Les genêts y abondent, c’est ce qui a inspiré le père de l’auteur de ces lignes dans un de ses poèmes écrits en occitan. Pourquoi vous en parler aujourd’hui ? Parce qu’en ce moment les genêts sont en pleine floraison.
Si vous voulez avoir la migraine essayez donc de vous y retrouver dans toutes les espèces qui peuplent notre région ! Sur le pourtour méditerranéen on en compte quelque quatre-vingt-dix : genêt scorpion, genêt poilu, genêt cendré, genêt blanchâtre, genêt de Lobel, genêt de Montpellier, genêt espagnol… Et en plus il en est qui usurpent leur nom ! Ainsi le genêt d’Espagne ne serait pas un genêt ! Allez savoir !
Son nom scientifique est en effet Spartium Junceum (le jonc de Sparte) alors que pour les autres espèces le nom latin générique est Ginestas (c’est à peu près la même chose qu’en Occitan où il est désigné par le mot « ginèsta » mais, on le sait, l’occitan est du Latin populaire).
Le genêt d’Espagne est utilisé pour « végétaliser » les talus de routes, d’autoroutes. Ses fleurs, d’une belle couleur d’or, égaient le paysage et l’embaument d’un parfum soutenu. C’est un arbuste de la famille des papilionacées pouvant atteindre 2 m de hauteur. Il n’a pratiquement pas de feuille mais une tige composée de fibre ligneuse cellulosique. Une fibre qui a été utilisée pour l’élaboration de textiles et ce dès l’Antiquité.
En fait à cette époque on en faisait des voiles de bateau ainsi que des cordages. Plus près de nous, dans l’espace et dans le temps, notamment dans la région de Lodève et ce jusqu’au XIXème siècle, on en fabriquait une toile grossière qui servait à la réalisation d’un vêtement de travail, un survêtement plutôt, la « grisaoude », une manière de blouse fendue sur les côtés.
C’est après la floraison, entre le mois d’août et les vendanges, qu’on coupait les rameaux pour avoir la matière première nécessaire à la réalisation de la toile de genêt. Dans certains endroits on domestiquait des espèces qui avaient été sélectionnées. A Lunas par exemple on les cultivait dans des « ginestières ». Six d’entre elles étaient encore en exploitation en 1829.
Plus récemment, pendant la seconde guerre, on a équipé plusieurs usines pour la fabrication de toile de genêt. C’est le cas à Aspiran, au Moulin des Garrigues, où une unité de production a fonctionné de 1940 à 1960, employant jusqu’à deux cents personnes et consommant jusqu’à trente tonnes de genêts par jour.
Le genêt a pu aussi être ramassé comme fourrage pour les bêtes, avant que ne se forme le fruit, toxique, qui provoquait chez le bétail une espèce d’indigestion appelée « ginestade ».
Les bourgeons peuvent être confits dans le vinaigre à la manière des câpres. On les appelle les câpres allemandes.
S’il fait partie de quelques pharmacopées indigènes, au Moyen Age le genêt avait plutôt mauvaise réputation et ses graines entraient dans la composition de philtres et de mixtures pas toujours catholiques ! Et d’ailleurs le balai que chevauchaient les sorcières était fait avec du genêt. Du genêt à balais évidemment ! On notera que l’étymologie du mot « balai » pourrait venir du Breton « balazn » qui signifie « genêt ».
La toile de genêt a connu également un emploi original : dans les mines on utilisait le caractère antistatique de la fibre de genêt pour la réalisation de tapis transporteurs de charbon : en effet la moindre étincelle pouvait provoquer l'inflammation des particules en suspension dans l'air, le tout suivi d’une explosion pouvant être meurtrière.
En Lozère, sur les terrains granitiques, c’est le genêt purgatif qui domine. Outre les fagots qui servaient à chauffer les fours à pain, on récupere encore les parties ligneuses mortes, les « chalous », qui résultent du passage du feu après un écobuage, comme petit bois.
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:: Les commentaires des internautes
en relisant Chabrol
Posté par
geneviève le 16.06.2008
L'écrivain cévenol JP Chabrol n'amait pas le genêt, particlièrement son odeur . "Odeur de mort" disait-il quand il revenait, à moto, dans son village, en expliquant que le genêt s'installe là où la terre a cessé d'être travaillée.
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