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cessenon
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Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ)
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Blog Journal intime
Date de création :
27.04.2006
Dernière mise à jour :
08.09.2008
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Chanson des joueurs du Club Olympique Cessenonais

Posté le 04.12.2007 par cessenon
Voici le texte d'une chanson sur les joueurs du Club Olympique de Cessenon qui m'a éé communiqué par Cécile Cordoba. Elle a précisé que l'auteur était secrétaire de mairie et on peut penser que cela a été écrit un peu après la fin de la guerre.


Je vais vous présenter
Sur des airs variés
Les joueurs du C.O. Cessenonais
Par qui nous commençons
Ce pot-pourri de chansons ?
Parbleu c’est par notre capiston…

I- (Air : C’est Dudule)
Autrement dit GRASSET
Et qui est vraiment grasset : La gazelle
Qui parle tout le temps
Mais qui n’est pas méchant : La gazelle
Qui est un peu râleur
Mais c’est un fin joueur
Quand il feinte et s’en va lancer
Son trois quarts aile : la gazelle.

II- (Air : Bing…)
COLL, si tu te rappelles…
COOL tu as toujours des ailes
Et tu joues tout le temps comme un lion
A la poursuite du ballon
Tous les joueurs se mettent à tes trousses
Sans pouvoir te rattraper
Car tu n’as vraiment jamais la frousse
Et joues comme un dératé
COLL si tu te rappelles…
Que tu as toujours des ailes
Le jour où tu auras la taille normal’
Tu seras international !

III- (Air : Rive droite)
C’est PIGNOLET le talonneur
Tous les dimanches, est à l’honneur
Dans la mêlée il se la donne
Au talonnage, il ne craint personne
Quand il prend le ballon
Il crie « Allez Cessenon »
Dans la partie, c’est un démon.

IV- (Air : L’Océan)
Là-bas dans la mêlée, un homme qui se baisse
C’est notre PATATA qui donne des caresses
A son pilier d’en face qui veut le dégonfler
Mais qui n’arrive pas à le faire reculer
Prenez garde joueurs à Joseph CONTRERA
Si celui-ci se fâche, car il n’est pas méchant
Mais si vous l’énervez, il est sans connaissance
Sonnez le tocsin quand PATATA s’élance.

V- (Air : Amor ! Amor !)
MONPHA… MONPHA… MONPHA…
Pour tes débuts comme joueur dans notre équipe
MONPHA… MONPHA…
Dans tous les matchs tu te défends et tu t’expliques
Mais à présent ce qui fait ton malheur
C’est que tu as une oreille en chou-fleur
Mais t’en fais pas cela disparaîtra
Lorsque tu te marieras
Ecoute, mon vieux, vois-tu
Dans le rugby, c’est comme partout, faut de la bouteille
Et ça ne t’arrivera plus
Si désormais tu ne quittes pas ton pare-oreilles.

VI- (Air : Guitare à Chiquita)
Les cheveux frisés, le teint bronzé de la Pampa
Ça c’est Antoine CONTRERA
Fort comme taureau il faut le voir sur le terrain
Avec le ballon dans la main
Quand il attaque il sait où il va
Car il sait jouer Antoine CONTRERA.

VI- (Air : Ça s’est passé un dimanche)
On le surnomme TATAVE
CORDOBA Pierre c’est son nom
Au rugby c’est pas un nave
Surtout quand il prend le ballon
Faut le voir démarrer
Puis feinter… crocheter…
Quand il prend le ballon à la touche
Mais un peu personnel, il se laisse plaquer
Bien souvent sans avoir pu le passer
Mais tout de même TATAVE
Tu fus le roi de la saison.

VIII- (Air : Amis de St-Jean)
Voici l’homme à la masse imposante
TARBOURIECH, butteur émérite
Qui tente le but des 50
Jusqu’à présent sans réussite
Mais il ne perd jamais la tête
Quand il discute règlement
Paraît qu’à présent il prend sa retraite
Car il est père de deux enfants
Lui qui aimait tant, qui aimait tant
De botter les coups francs
Il ne le fera plus, ma foi tant pis
N’en parlons plus.

IX- (Air : Une partie de pétanque)
Qui joue comme un lion
Et marque son essai presque tous les dimanches
C’est ce brave MARTINEZ
Qu’on appelle MICHELOU
Qui retrousse ses manches
Tu nous fais souvent plaisir
Et tu dois le sentir quand le public déclenche
Ses grands cris de joie, lorsque sans émoi
Tu vas marquer sous les bois
L’essai vainqueur qui remonte le cœur
MICHELOU, quelle merveille
C’est épatant
Chaque fois nous émerveille
Par son talent
Si quelquefois tu te fâches
D’un coup de pied
Ne le rends pas ça c’est vache
Dans les mollets.

X- (Air : Jim ! C’est moi Jim !)
C’est SENESCAL le demi de mêlée de l’équipe
Qui ne truque jamais mais qui de temps en temps
Nous fait foutre des coups francs
Il ne dit jamais rien, quand il est sur le terrain
Mais prenez garde à lui
Quand avec le ballon il s’enfuit
Il est malin
Et derrière la mêlée victorieuse
Il fait ce qu’il lui plaît
Et sait se faufiler
Pour aller marquer l’essai.

XI- (Air : Le chant du gardian)
PAULOU, qui joue à l’ouverture
PAULOU ne manque pas d’allure
Quand il joue la tête basse
Il ne peut faire la passe
Mais quand il voit le trou il s’élance
Et personne ne peut l’arrêter
Mais il manque la balle quelle malchance
Sans cela il allait à l’essai
Malgré tout, c’est un joueur
Et le soir, quel bonheur
Son épouse le presse sur son cœur.

XII- (Air : Robin des Bois)
On l’appelle ORTUNO
En première il est tout nouveau
C’est un type Daniel ORTUNO
Qui danse aussi bien le tango
Mais sur l’herbe ne s’occupe que tu ballon
C’est un jeune qui promet et qui deviendra
Un joueur de grande classe quand il saura
Se placer dans les trois quarts
Et suivre l’ouverture quand il part
Et surtout la veille ne pas se coucher trop tard.

XIII- (Air : Le petit vin blanc)
C’est le petit BARTHES
Le jeune trois quarts aile
Qui file comme une gazelle
Et n’a que dix-sept ans
Mais c’est déjà un as
Pour le rugby c’est un drôle
Et du public c’est l’idole
Et tout dernièrement
Il prouva ses talents
Au concours du jeune rugbymen.

XIV- (Air : Sur le chemin du retour)
Le samedi soir, vous voyez
A l’autobus revenant de Bézier
Gaston VIDAL, c’est normal
Qui revient dans son pays natal
Il vient jouer au rugby
Et partout l’on parle de lui
Car pour les demoiselles
C’est le meilleur des trois quarts ailes.

XV- (Air : Totor, t’as tort)
TOTOR, t’as tort, tu t’uses et tu te tues
Pourquoi t’entêtes-tu
A ne pas taper dans le ballon
De suite après la réception
TOTOR t’as…
Tu fais passer le grand frisson
Aux supporters de CESSENON
Pourtant au poste d’arrière
Tu es comme une barrière
Faut pas s’en faire
Même les joueurs que tu plaques sans façon
En perdent la raison
Car pour plaquer, ça s’est ton fort
Vas-y toujours TOTOR.

XVI- (Air : Fleur de Paris)
Chers amis, j’ai terminé mes petites chansons
Qui vous parlent des joueurs de Cessenon
De notre équipe au fier renom
Au Challenge ils sont sortis les grands vainqueurs
Vive le C.O.C., les dirigeants et les joueurs
Et tous ensemble chantons en chœur
Ce sont les joueurs du C.O.C.
Solides comme des rocs
Qui viennent de remporter
De magnifiques succès
Ce sont les rois du rugby
Tous des enfants du pays
Du pays que nous aimons avons passion
De CESSENON

Paroles de G. COULON dédiées au Quinze du C.O.C.




--

La Domitienne cherche sa voie

Posté le 03.12.2007 par cessenon
Devant un auditoire attentif Mme Clavel-Lévêque
commente une carte routière romaine
Photo Laetitia Vitaux

C’est à peu près en ces termes amusants que Monique Clavel-Lévêque a présenté ce samedi 1er décembre le résultat des travaux, sondages plus que fouilles a-t-elle précisé, dans le secteur de Colombier – Nissan lez Ensérune.
La Maison du Malpas qui accueillait pour la circonstance une centaine de personnes affichait complet et il avait été conseillé de réserver pour pouvoir entendre cette conférence.
C’est avec la projection commentée d’une carte routière romaine, en fait une reproduction médiévale d’un original, connue sous le vocable de Table de Peutinger, déposée dans un musée de Vienne, que celle-ci a commencé. Une carte un peu fantaisiste avec toutefois un aspect utilitaire. Par exemple les villes traversées, les distances entre les étapes… sont indiquées.
Le fragment appartient à un tout qui décrit l’ensemble du réseau routier à l’époque antique. Si l’adage affirme que « Tous les chemins mènent à Rome », la conférencière juge plutôt que « Toutes les routes en partent ». Elles sont au nombre d’une douzaine et vers l’est elles atteignent l’Inde, vers l’ouest l’Irlande.
Qui empruntait ces routes ? Monique Clavel-Lévêque cite en premier les fonctionnaires de la République et plus tard de l’Empire (Poste impériale ou cursus publicus). Mais elle sera affectée au déplacement des armées particulièrement dans les périodes troubles comme celle dont les textes font état dans les années 70 Av de notre ère. La Domitienne c’est d’abord une route stratégique. Elle sera évidemment utilisée par les commerçants, les colons romains et les autochtones.
Quand a-t-elle était construite et sur quelle base ? Nous sommes ici au cœur des travaux de recherche de l’équipe de Mme Clavel-Lévêque. L’étude des strates montre que des chars ont circulé, laissant l’empreinte de leurs roues, sur un sol primitif, le substrat, non aménagé. Un chemin creux en quelque sorte qui était sans doute une piste protohistorique, la voie héracléenne peut-être, qu’aurait suivie Hannibal ?
Le tronçon qui a fait ici l’objet de sondages n’est pas très important au regard de la longueur de l’œuvre. La voie Domitienne serait en effet la réalisation la plus considérable de l’humanité à l’époque romaine. Toutefois en datant les matériaux mis à jour dans le secteur, fibules, tessons, pièces de monnaie, morceaux de fer, éléments de maçonnerie… en les confrontant aux textes, aux inscriptions des bornes milliaires, celles figurant sur les gobelets de Vicarello qui les reproduisent, les chercheurs ont pu avancer leur connaissance du sujet.
La plaidoirie de Cicéron lors du procès intenté à Fonteius laisse entendre que la voie Domitienne aurait été construite sous l’autorité de ce dernier alors qu’il était préfet de Narbonne, c'est-à-dire dans les années 70 Av notre ère.
Du côté du Malpas de nouveaux sondages devraient permettre de confirmer que sur des passages malaisés à cause de la pente on avait prévu deux chaussées l’une pour la montée, l’autre pour la descente, des sens uniques en somme ! Le contournement des étangs de Capestang et de Montady est également l’objet d’hypothèses qui demandent à être vérifiées.
Ainsi, après les découvertes lors de la construction du port de Colombiers en 1987, des travaux effectués à Béziers entre Jardiland et Conforama, se précise l’itinéraire tracé par les agrimenseurs (arpenteurs) romains ainsi que diverses caractéristiques de la construction.
Mme Clavel-Lévêque, la présidente du Parc Culturel du Biterrois, et son équipe ont encore à faire pour démêler l’écheveau du réseau routier dans notre région et présenter au grand public, comme c’était le cas ce jour là, leur compréhension des choses.
Ah non, elle ne nous a pas donné l’espoir de nous montrer un beau pavage de la Via Domitia, cela n’existe qu’à l’approche des villes, au passage à gué des fleuves ou des rivières et… dans les bandes dessinées !
Un vin d’honneur, production du domaine des Trois Angles clôturait cette après-midi enrichissante.

A propos de la salle d'Occitanie

Posté le 30.11.2007 par cessenon
A Cessenon, la salle d’Occitanie, lieu de réunion dont dispose présentement la commune, a été aménagée sur un établissement de bains-douches municipaux lui-même construit dans la première moitié des années 50 sur un ancien « magasin ».
L’adjudication avait été emportée par un certain Barbal, un entrepreneur cessenonais. Il avait d’ailleurs eu des inquiétudes lors cette réalisation. Il avait confié à son épouse : « Je fais les douches mais je serai peut-être le premier à prendre le bain ! »
A l’époque cet établissement correspondait à un besoin pour la majorité de la population. Peu de gens avaient en effet chez eux une salle d’eau. Il y avait bien quelques esprits conservateurs, tiens c’était le cas de mon père, qui considéraient que nous avions la rivière et que c’était bien suffisant, mais ils finirent par se faire une raison !
Comme beaucoup de jeunes j’allais prendre ma douche le samedi en fin d’après-midi. C’est Ginot, le garde-champêtre, qui le plus souvent délivrait les billets. On pouvait acheter une petite savonnette et un berlingot de shampoing en plastique transparent que l’on perçait avec un clou de maréchal qui était fourni avec !
Il me semble que l’établissement était également ouvert le dimanche matin.
Naturellement il y avait un côté hommes, à droite, et un côté femmes, à gauche, mais je ne suis pas sûr que la cloison qui délimitait les deux parties montait jusqu’au plafond !
En général ça chantait sous la douche, un vrai concert, certes pas très synchronisé, chacun puisant dans son répertoire personnel sans souci de ce qui était au programme dans la cabine voisine.
Il y a eu, parmi les cartes postales consacrées au village, une vue des bains-douches municipaux avec sur la photo, devant la porte d’entrée, votre serviteur et Jacki Douarche équipé d’un pantalon golf comme en a eu porté à certaines époques.
Les bains-douches municipaux ont été fermés sans doute dans les années 70 mais je ne jure de rien quant à la date.
Ah puisque j’ai parlé de Barbal, je vais ajouter une anecdote. Sa femme tenait un commerce de volailles dans la rue du Moulin à Huile. Elle s’était plaint de son statut qui l’obligeait à rester dedans toute la journée. Utilisant une manière de volapuk dans lequel se mêlaient français, espagnol, occitan, catalan peut-être, elle avait déclaré « J’en un sadoul de ploumer des cambes de piot derrière le comptador ».
Faisant preuve de sollicitude, son mari l’avait consolé d’un « Yo te compreré la télévision » et à l’adresse de sa fille avait ajouté « et tou pétite oun piano » Même que mon père, et mon frère après lui, avaient précisé « un piano mâle », c'est-à-dire un piano à queue ! Mais là je crois qu’ils avaient extrapolé !

Sur Achille Mir

Posté le 28.11.2007 par cessenon
Jan-Francès est absorbé par la composition de sa messe
(Et son âne brait pour être de la partie)


L’été dernier un ami m’a offert un petit livre, trouvé aux puces sans doute, mon ami est amateur de vide-greniers, édité à Carcassonne en 1897. Le titre ? « Lou lutrin de Ladèr ». L’auteur ? Achille Mir.
Qui est Achille Mir ? Un félibre né en 1822 à Escales dans le canton de Lézignan-Corbières. Il serait le véritable créateur de la version connue du Curé de Cucugnan, l’histoire si jolie que raconte Alphonse Daudet dans « Les lettres de Mon Moulin ».
D’ailleurs à Cucugnan, une petite commune de l’Aude située au pied de Quéribus, on peut assister à un montage audiovisuel, qui présente, utilisant les techniques modernes en la matière, l’histoire du sermon de Martin ou Marty, le célèbre curé immortalisé par Daudet.
« Lou lutrin de Ladèr » est une boufounado en tres estapetos (une farce en trois actes ?) L’œuvre, dont le titre originel est « La messo de Ladèr » comporte un glossaire. Elle a été couronnée aux Jeux Floraux de Montpellier (en 1875 semble-t-il). L’édition de 1897, la cinquième, comme celle de 1877, est illustrée par Narcisse Salières et préfacée par un certain Ernest Hamelin. Des éditions postérieures ont été préfacées par Roumanille et Mistral.
Ladèr ? Il s’agit de Ladern-de-Lauquet, une petite commune des Corbières occidentales dans le canton de Saint Hilaire et l’arrondissement de Limoux. Achille Mir était l’ami intime de Jean Costes, négociant à Carcassonne et châtelain de Ladern.
La graphie d’Achille Mir n’est pas orthodoxe et plusieurs mots ne sont pas connus de l’occitaniste peu savant que je suis ! Toutefois j’ai pu comprendre globalement l’histoire, une messe chantée, créée par Jan-Francès, lo cap-mestre dal lutrin, qui se solde par un triomphe auprès des paroissiens ! J’ai trouvé, malgré les difficultés rencontrées, la langue particulièrement savoureuse !
Ah, Achille Mir ? Fils d’un ouvrier agricole il est entré à l’Ecole Normale de Carcassonne qui a vu le jour en 1834. Instituteur à Aigues-Vives de 1842 à 1847, il est muté ensuite à Capendu où il ne reste guère. Il devient directeur de l’école annexe de l’EN de Carcassonne puis obtient un poste dans les classes préparatoires du Petit Séminaire. Il quitte définitivement l'école pour assurer la charge de directeur-comptable de la Manufacture de la Trivalle, laquelle fermera ses portes en 1884.
Voilà pour sa carrière ! Il meurt le 10 août 1901 à Carcassonne. Il avait été nommé « Majoral » (un des cinquante membres du consistoire félibrige) en 1876 et proclamé « Maître en gai savoir » en 1877.

Vente des Biens nationaux à Béziers et Saint-Pons

Posté le 25.11.2007 par cessenon
Il s’agit d’une thèse produite par monsieur Paul Cambon, docteur en Droit, publiée en 1951 par l’imprimerie spéciale du Paysan du Midi.
Rappelons le contexte national. Les caisses du Royaume qui étaient vides avant 1789, ce qui avait conduit à la convocation des Etats Généraux, le sont toujours après le 14 juillet. Aussi le 2 novembre de la même année l’Assemblée Constituante prend un décret au terme duquel les biens ecclésiastiques sont déclarés biens nationaux. Vont s’y ajouter, par le décret du 19 décembre 1789, ceux des domaines de la Couronne.
La vente de ces biens demandant un certain temps, on procède, via les assignats, à une manière d’emprunt. Ceux-ci sont gagés sur la valeur des biens nationaux qui seront vendus « à la chaleur des enchères et à l’extinction des feux » dans les mois qui vont suivre.
En fait il y aura deux phases dans la vente des biens : ceux de première origine qui concernent les biens ecclésiastiques ou des domaines de la Couronne, ceux de seconde origine qui appartenaient aux émigrés.
Le département de l’Hérault est divisé en quatre districts qui recouvrent avec quelques variantes les quatre arrondissements qui ont existé jusqu’en 1926.
A Béziers on enregistre, du 7 janvier 1791 au 15 Brumaire an IV (5 novembre 1795), 435 séances de ventes de biens de première origine. Estimé à 8 671 000 livres l’ensemble des biens vendus atteint, résultat de la dévaluation de l’assignat, l’adjudication de 18 674 00 livres.
A Cessenon, dans le district de Saint-Pons, l’abbaye de Fontcaude fournit les lots les plus importants. La métairie de Cazalviel avec bâtiments, jardins, champs, vignes, garrigues, estimée 7 144 livres, est acquise pour 12 000 par Théron. Celle de La Bousquette avec maison, four, patus, champs, vignes, olivettes et herme de 30 sétérées, échoit pour la somme de 6 025 livres à Moustelon, fermier.
Le domaine de Fontcaude lui-même, avec l’emplacement du cloître de l’église, bâtiments, champs, olivettes, vignes, prés, hermes et garrigues de 69 sétérées est acquis sans concurrent pour 21 355 livres par Tailhade, tailleur d’habits à Vieussan. Ce dernier, n’ayant pas effectué les premiers paiements, le domaine a été revendu à la folle enchère. C’est Bonnet, négociant à Saint-Chinian qui l’emporte après 15 enchères pour une somme de 20 000 livres.
C’est la bourgeoisie qui se taille la part du lion dans les ventes de première origine. Pour la seule commune de Béziers elle acquiert, pour un montant de 3 230 000 livres, 150 des 210 lots mis à la vente. Les 60 lots restant, sont achetés, pour un prix de 1 200 000 livres principalement par des artisans. 14 des 15 domaines vendus à Béziers (Lézigno, La Galinière, Saint-Bauzile, Bourgade, Saint-Pierre-d’Apuyo, métairies des Salles, La Grange-Basse, Saint-Hippolyte, Cabrials, Les Brégines, Mercorent, Saint-Jean-de-Libron, Garissou, Capiscol et Saint-Marcel) viennent dans les mains de bourgeois.
Seul Saint-Jean-de-Libron est acheté par un cordonnier, Pierre Marc qui le morcela presque immédiatement.
Les terres sont le plus souvent adjugées à la bourgeoisie rurale.
Les lois des 6 – 14 août 1792 ordonnent le morcellement des lots afin de permettre leur acquisition par des gens ayant peu de moyens financiers. Ces lois seront appliquées dans le district de Béziers. A Cazouls d’Hérault par exemple 94 lots ont moins de 1 hectare et parmi eux 29 sont formés par le morcellement d’un seul champ.
Une disposition particulière, les bons de 500 livres, contenue dans l’article 2 du décret du 13 septembre 1793, va dans le même sens. « Les chefs de famille non-propriétaires résidant dans les communes où il n’y a pas de terrains communaux, auront la faculté d’acheter des biens d’émigrés, jusqu’à concurrence de 500 livres chacun, payables en vingt annuités sans intérêt »
En application de cette législation les communes devaient dresser dans le délai d’un mois l’état des chefs de famille ou veufs ou veuves ayant des enfants qui n’ont aucune propriété et qui ne sont pas compris sur les rôles des impositions.
A Cessenon, comme en de nombreux autres endroits, on renâcle à cette exécution. Le maire de la commune déclare le 2 Messidor an II « le conseil municipal a reconnu qu’il n’y avait pas lieu de délibérer parce que la commune a des terrains communaux et que si quelque citoyen n’a pas de possessions territoriales, c’est sa faute : il peut en prendre et il lui en sera départi quand il voudra ».
Même attitude à Pierrerue ou le maire répond à l’agent national du district de Saint Pons « Tu sais qu’il y a des communaux vacants dans la commune où tout individu va librement défricher ce qui lui convient. Aussi le présent peut te servir de certificat négatif. Vive la Montagne ! »
En fait la mesure des bons de 500 livres, même quand la liste des indigents a été fournie, ne fut guère suivie d’effet. A Bessan par exemple où ont été recensés 22 indigents, 6 seulement utilisèrent leur bon. Il faut préciser que les acquéreurs n’avaient pas les moyens de se procurer les outils et les animaux nécessaires à l’exploitation de leurs lots. Dans les districts de Béziers et Saint Pons ce fut donc un échec complet.
Dans la thèse de Monsieur Cambon deux anecdotes ont été relevées à propos des biens de deuxième origine.
A Cessenon sont mis en vente des bâtiments ayant appartenu à Stanislas Xavier prince français émigré. Apparemment il s’agit du futur Louis XVIII. Lesdits bâtiments, estimés à 3 180 livres, sont acquis pour 5 200 livres par un Cessenonais du nom de Vernazobres.
A Lespignan 25 femmes se portent acquéreurs de plusieurs des 250 lots provenant de la propriété du duc de Fleury alors que leurs maris ont acheté pour leur propre compte. Il n’est pas précisé toutefois si elles ont fait monter les enchères !
A noter également que des ventes avec ou sans enchères ont été effectuées au chef-lieu du département. Dans ce deuxième cadre, à Cessenon sont adjugés, pour la somme de 198 livres, à un certain Vigne, appartement en forme de grotte et cazal cependant que Riche, un autre Cessenonais, agriculteur de son état, acquiert pour 513 livres une écurie et une petite maison où logeait le vicaire.
Dans le district de Béziers les biens nationaux de première ou deuxième origine représentent 6,2 % de la surface totale. Dans celui de Saint-Pons cette proportion n’est que de 1,5 %.

Des chênes et des hommes

Posté le 23.11.2007 par cessenon
Olivier Rodriguez m'a envoyé les photos qui illustrent le présent billet.
Elles ont été prises sur la commune de Reynés dans les P.O. et le chêne-liège dont elles sont le sujet serait le plus haut du monde. L'occasion de mettre en ligne un article rendant compte d'une conférence sur le thème "Des chênes et des hommes" faite en juillet 2004 par Mme Josiane Ubaud dans le cadre de la Festa d'Oc.


Nous étions entre trente et quarante personnes à écouter, dans des conditions matérielles inconfortables, la première des causeries qui avait lieu ce jeudi 15 juillet, dans le cadre de la Festa d’Oc.
Conditions inconfortables en effet car en l’absence de moyens techniques qui auraient permis de créer une certaine obscurité il n’était guère possible de voir grand chose sur l’écran où étaient projetées les nombreuses diapositives qui étaient présentées.
Par ailleurs le bruit des voitures qui passaient, celui d’un enfant qui pleurait sous la tente où avait lieu la conférence, ne favorisaient guère l’écoute.
Pourtant Mme Josiane Ubaud maîtrisait parfaitement son sujet et l’a présenté avec beaucoup de clarté.
Son sujet ? C’était les différentes espèces de chênes qui peuplent l’espace occitan. On en compte quatre : le chêne vert, le chêne blanc, le chêne au kermès, le chêne-liège.
Le premier est particulièrement apprécié pour ses glands qui donnent à la chair du cochon une saveur particulière. C’est ce qui explique la réputation dont jouit la charcuterie corse. Une seconde utilisation de l’yeuse c’est son écorce, la rusca, qui servait à tanner les cuirs. Elle donnait lieu à toute une activité. Le bois pouvait également servir à fabriquer des outils, notamment des manches. Mme Ubaud nous a montré un rabot en bois de chêne vert.
Elle a signalé que les galles qui, conséquence de la ponte d’insectes, se forment souvent sur les chênes ont servi de billes pour les enfants et de matière première pour l’encre et pour une teinture vermillon.
Le nom latin, Quercus ilex, se décline en euse, alzina… On le retrouve dans la toponymie : Leuzières, Lauzières… ainsi que dans l’anthroponymie : Deleuze, Deleuse…
L’yeuse n’est pas un arbuste mais un arbre véritable pouvant atteindre une dizaine de mètres de hauteur. Il est associé à un concurrent redoutable le pin d’Alep dont les graines peuvent germer en l’absence d’eau.
Le chêne blanc lui pousse jusqu’à 800 mètres. Ses glands sont moins prisés, son feuillage devient roux à l’autonome et tombe au printemps. On dit de ses feuilles qu’elles sont marcescentes, en d’autres termes qu’elles se fanent. A ce stade elles peuvent servir de fourrage, pour les chèvres notamment.
Le chêne blanc c’est Quercus robur mais on l’appelle rore, rove, roire…. Il est lui aussi à l’origine de nombreux noms de lieux : Roueire, Rouvelane… et de personnes : Roure, Rouvre, Rouyre, Rouvière…
A noter qu’un lieu planté de jeunes chênes blancs, éventuellement de jeunes chênes verts, voire de jeunes châtaigniers est une blaca, voir Blaquière, Vidal de la Blache…
Il a plus besoin d’humidité que l’yeuse et pousse donc plutôt à l’ubac qu’à l’adret. Il cohabite avec le pin sylvestre.
Comme le chêne vert il permet la production d’or noir : la rabassa, la truffe si on préfère. Tiens, voilà qu’on découvre le lien avec un outil qui a pour nom lo rabassièr !
Le troisième de la série c’est le chêne au kermès. Il a des tas d’appellations, mais dans le Biterrois c’est lo garrol ou la garrolha. A Cessenon « faire une garrolhada » c’est emmener une fille… pas exactement dans un garrol quand même !
Ses glands sont méprisables et méprisés. Ce qui faisait sa valeur c’est la cochenille qui le parasitait. Elle était récoltée en mai / juin et servait à la confection d’une teinture rouge particulièrement prisée. Mme Ubaud a fait ici tout un développement sur cette cochenille devenue extrêmement rare (mais ce n’est pas à cause des femmes ou des enfants qui la collectaient).
On l’a noté, la conférencière a de la passion pour le chêne-liège. Il est rare chez nous, même si François Charras se rappelle avoir joué quand il était enfant, du côté de Montpellier, au milieu de quelques chênes-lièges. On le rencontre dans les Maures et dans le Roussillon. Il demande pour se développer un sol acide, humide et une certaine température.
Lui c’est Quercus suber et un lieu planté de chênes-lièges est une siurade ou une suvrieras. On peut traduire par suberaie. Saint André de Sorrède dans les Pyrénées Orientales, bien que plus connu pour les manches de fouet en micocoulier, doit son nom aux nombreux chênes-lièges qu’on y rencontre.
L’exploitation du chêne-liège demande travail et patience. Il faut dans un premier temps enlever l’écorce mâle (le travail du desmasclaire) et attendre une dizaine d’années avant de pouvoir récolter la rusca femèla. Il faudra encore faire sécher, bouillir, sécher à nouveau le liège avant d’en faire… des tas de choses (un immense chapelet de pèlerin par exemple !) et des taps (bouchons) en particulier.
Des bouchons en liège il en existe de toutes les qualités et c’est sans doute plus un élément culturel que fonctionnel dans la mise en bouteille et la conservation du vin.
On ne va pas résister au plaisir de rapporter ici une phrase musicale citée par la conférencière : tap tarat taparà pas, tap pas tarat taparà (bouchon abîmé ne bouchera pas, bouchon pas abîmé bouchera), qui imite le roulement du tambour.
A vrai dire l’emploi du liège est très divers et son usage remonte aux Romains qui en faisaient des semelles, en fermaient leurs amphores…
Aujourd’hui les bouchons en liège sont surtout produits au Portugal. On peut s’interroger sur la disparition de cette activité, autrefois lucrative, en Roussillon et dans les Maures.
Mme Ubaud a par ailleurs indiqué que le paysage de garrigue que nous connaissons n’est pas une donnée originelle. Il est le résultat de l’action des hommes qui en coupant le bois pour se chauffer, fabriquer des outils ou essarter en vue de la mise en culture des sols a fait reculer et presque disparaître, la chênaie qui couvrait tout l’espace de la Terre d’Oc.

La teulièra

Posté le 22.11.2007 par cessenon

Le moignon de la cheminée et les bâtiments diversement reconvertis

C’est par ce vocable qu’on désignait la tuilerie. En fait l’usine produisait aussi des briques. Elle appartenait à la famille Riche. Elle a fermé définitivement au début des années 80 mais elle avait déjà fortement réduit son activité et son personnel.
Elle a dû compter jusqu’à 140 salariés. Des logements avaient été construits pour les ouvriers qui n’avaient pas de maison. On désignait l’ensemble sous le nom assez péjoratif de « Les baraques ». A vrai dire ce n’était pas très confortable : une cuisine et deux ou trois chambres, petites, avec un point d’eau à l’extrémité des allées.
A l’entrée de l’usine étaient le bureau du comptable et le logement du contremaître, en l’occurrence Camille Bayou, le père du futur député maire de Cessenon.
Naturellement qui dit tuilerie dit four. La cheminée, dont il ne reste aujourd’hui qu’un moignon, avait une hauteur de cinquante mètres. J’ai le souvenir, alors que j’étais à l’école maternelle, d’un spécialiste grimpant sans échafaudage le long de la colonne pour la réparer. Il a été dit qu’il avait été par la suite victime d’un accident mortel en restaurant la flèche de la cathédrale de Strasbourg.
Ce four a utilisé le charbon produit par la mine de lignite des Mattes. Je revois Alphonse Miro transportant le combustible avec un tombereau tiré par un cheval. Le chemin qu’il empruntait en était tout noir ! Plus tard c’est du mazout qui a été employé.
L’énergie électrique était fournie par deux usines, celle du Mainard d’abord, celle du Moulin Neuf ensuite.
Pendant longtemps le rebut était évacué par un tombereau et il venait garnir au bord de l’Orb, du côté du cimetière, une décharge que mon père appelait « Los tesses ». On utilisait aussi ce rebut pour combler les trous dans les chemins.
J’ai eu l’occasion de parcourir l’usine le dimanche après-midi avec d’autres enfants alors qu’elle ne fonctionnait pas, sauf les fours qu’on n’arrêtait jamais. Je l’ai vue aussi quelquefois en état de marche avec sa chaîne, ses tapis roulants, ses presses… et des ouvrières qui les servaient. D’immenses séchoirs recevaient tuiles et briques en attente d’être enfournées. Il y avait alors tout un travail de manutention, les ouvriers courant presque en conduisant des brouettes dont l’avant était muni d’un dossier très haut.
Il y a eu trois terriers pour fournir la matière première. Le premier, celui de Fontramy était appelé le vieux terrier. Celui situé au-delà de la Blanquière comportait des terrasses. Ici arrivait une ligne aérienne de wagonnets qui franchissait l’Orb et permettait de transporter l’argile jusqu’au point de réception. Enfin un troisième avait été ouvert du côté de Varailhac.
Je me rappelle le fonctionnement de ces wagonnets et j’ai même passé une après-midi entière à observer leur embarquement sur le câble. J’étais très jeune, moins d’une dizaine d’années sans doute, et j’avais accompagné ma mère qui « levait des bûches » dans le secteur. Sur la plate-forme opérait Péret, enfin c’est ainsi qu’on l’appelait, mais son vrai nom c’était Pla et son prénom Pierre peut-être.
Le terrier formait un immense cratère et un plan incliné, pourvu de rails, permettait de monter les wagonnets chargés de terre à l’aide d’un treuil. En haut la benne était décrochée de son châssis et amenée sur la ligne d’où elle partait pour sa destination. Il y avait ainsi un aller retour incessant des wagonnets. En cas d’urgence l’opérateur pouvait stopper leur déplacement.
Plus tard ce système a été abandonné et c’est une noria de camions qui assurait le ravitaillement de l’usine. Des pelles mécaniques installées, non sans risque, il y eut des accidents, sur les terrasses, étaient en service et les chargeaient.
Le terrier de Fontramy n’avait pas été abandonné car il fournissait une terre qui assurait plus de solidité à la brique ou à la tuile et plus de couleur à cette dernière. La mode des tuiles délavées n’était pas encore là !
Avec la fin de l’exploitation du terrier de Varailhac s’est formé sur la carrière un étang dans lequel il est agréable de se baigner l’été, l’eau y étant argileuse et chaude.
Du côté de La Blanquière on peut voir une baraque de vigne, elle appartenait à Pla le maréchal, avec deux meules en pierre qui servaient à broyer l’argile. L’emplacement d’une première tuilerie sans doute qui avait fonctionné sur le site. D’ailleurs mon oncle Aimé qui avait une vigne sur ce tènement la désignait sous le nom de « La Teulièra ».
Ma dernière visite de l’usine de la tuilerie remonte au printemps 1981. Accompagné de plusieurs collègues j’avais conduit une classe du collège de La Devèze et Jean-Jacques Bullich, qui était alors contremaître, nous avait reçus. Il ne restait que quelque vingt cinq ouvriers, l’usine fonctionnait suivant les trois huit. Elle s’était orientée vers la fabrication d’hourdis. Ceux-ci entraient dans le four où ils étaient séchés puis cuits et sortaient sans qu’il soit besoin de les manipuler.
Malgré ce, victime du prix du pétrole, de l’évolution des techniques de construction, la tuilerie n’a pas tardé à fermer ! Et bien sûr des conflits sociaux, des problèmes d’écologie, n’avaient pas manqué de surgir tout au long de son histoire.

Luttes de classes dans les vignes

Posté le 21.11.2007 par cessenon
Luttes de classes dans les vignes
Ouvriers et propriétaires à Cruzy de 1900 à 1914


C’est le titre d’une étude fort intéressante effectuée par Jean-Louis Escudier, chercheur au CNRS. Elle examine les mouvements sociaux qui se sont déroulés sur la commune de Cruzy avant, pendant et après les événements de 1907.
Une première grève va éclater à Cruzy en février 1904. Les grévistes demandent une augmentation des salaires. Au domaine de Sériège vient se greffer une revendication spécifique : le renvoi du régisseur Jean Tranier. Celui-ci se livre en effet à des tracasseries envers les membres du syndicat des cultivateurs de Cruzy récemment créé.
Sériège est un immense domaine qui appartient à Alexandre d’Andoque lequel vit à Montpellier. Y sont employés une vingtaine de domestiques gagés (ce sont des célibataires qui sont logés et nourris sur le site) et une soixantaine de journaliers qui viennent chaque jour du village, distant de deux kilomètres. Une permutation de Jean Tranier avec le régisseur d’un autre domaine sera effectuée.
La mévente du vin est déjà là et les propriétaires ont licencié une partie de leur personnel, réduisant au chômage 42 ouvriers de la commune. Une deuxième grève éclate à Cruzy en décembre 1904. A son issue 39 personnes seront embauchées.
La grève a été dure, les gendarmes sont intervenus. On a assisté à l’arrestation et à la condamnation de plusieurs manifestant(e)s à des amendes ou à diverses peines de prison.
En 1905 Alexandre d’Andoque vend Sériège à Edmond Bartissol, un député des P.O. qui vit à Paris. Il est propriétaire de six domaines qui totalisent une production de 45 000 hl de vin. Il ne semble pas qu’il soit jamais venu à Sériège qui est alors géré par Adolphe Turrel, ancien ministre des travaux publics dans le gouvernement de Jules Méline.
Dans son étude Jean-Louis Escudier évoque les tentatives des viticulteurs d’organiser un réseau de commercialisation du vin afin d’assurer un prix rémunérateur. A Béziers on relève le nom d’Antonin Palazy comme promoteur d’une telle opération. Bartissol s’est implanté à Cruzy avec un objectif de même nature cependant qu’à Maraussan c’est une coopérative de vente qui a été mise en place.
Depuis le congrès de la FNTA (Fédération Nationale des Travailleurs de l’Agriculture) qui s’est tenu à Perpignan en 1903 les ouvriers des villages viticoles se sont organisés en syndicats des cultivateurs et terrassiers. Outre la fonction revendicative première, ses militants gèrent des caisses de crédit mutuel et créent des coopératives de consommation (à Cruzy ce sont La Solidarité et L’Emancipatrice).
Sur le plan politique l’axe républicain de défense contre royalistes et cléricaux a peu à peu cédé la place à l’opposition d’un parti socialiste naissant à un parti radical socialiste solidement implanté dans le paysage. Si lors de l’élection partielle de 1904 Jules Razimbaud fils gagne sans surprise le siège de député de la circonscription de Saint-Pons jusque là tenu par son père, à Cruzy Jean-Marie Bron, le candidat socialiste, fait presque jeu égal avec Razimbaud : 110 voix contre 156, cependant que les socialistes conquièrent une série de municipalités dans le secteur, à Capestang notamment.
La grève de 1906 affectera Sériège avec l’annonce du licenciement de 62 des 94 journaliers employés sur le domaine. Elle débute en octobre et se solde par un accord le 13 novembre. Différents faits sont développés dans l’étude : l’affaire du transport des demi-muids de la cave du domaine au port de la Croisade, empêché par les grévistes, la présence de l’armée, le 18ème régiment de chasseurs, la place des femmes dans les manifestations, les poursuites judiciaires et les condamnations.
Deux Cruzyates sont condamnés à de lourdes peines : Augustin Calmette, secrétaire du syndicat des ouvriers agricoles à 15 mois de prison, Michel Malaret à 6 mois. Alors que la révolte du Midi se développera tout au long du printemps 1907 ils resteront incarcérés, Augustin Calmette ne sera libéré de la prison de Nîmes, où on l’a mis par mesure de sécurité, que le 5 décembre 1907 !
Jean-Louis Escudier examine sans complaisance les effets de la CGV (Confédération Générale des Vins) dans la dissolution des revendications spécifiques aux ouvriers agricoles au sein d’une nébuleuse où sont confondus les intérêts des exploités et de leurs exploiteurs.
Cela n’empêchera pas à terme de nouveaux conflits du travail. A Quarante par exemple une grève se déroule en 1912 à l’occasion des traitements contre le mildiou. Elle verra les mêmes ingrédients qu’ailleurs dans le passé : emploi de jaunes, de saisonniers espagnols, intervention de la troupe, tentatives de médiation du sous-préfet…
Entre temps Sériège est revenu dans le giron de la famille d’Andoque. Le 21 décembre 1910 Edmond Bartissol a revendu le domaine à un André d’Andoque et à sa sœur Marie-Madeleine, épouse de Gustave Fayet, pour la somme de 888 500 francs, soit une plus-value de 330 000 francs en cinq ans !

Journée d’automne des retraités du SNES

Posté le 16.11.2007 par cessenon
Une vue de l'asssitance


C’est Cessenon qui avait été choisi pour cette journée d’automne des retraités du Syndicat National de l’Enseignement du Second degré. On pouvait craindre que le lieu, excentré, aurait découragé les Montpelliérains. Il n’en a rien été : un peu plus de trente personnes, trente deux exactement, ont participé aux travaux de cette A.G.
Ils étaient accueillis ce jeudi 15 novembre dans la salle d’Occitanie par Jacques Cros qui apparemment est ici chez lui. Après quelques mots de présentation du village d’où il est originaire il a laissé la parole à Henri Escudier, le trésorier, qui a dressé un bilan de la situation de la section de l’Hérault des retraités du SNES, présentant les excuses de ceux que la maladie ou d’autres raisons avaient empêché d’être présents. Il a également rendu hommage à Antoine Beille, une figure sétoise du militantisme, ancien responsable du SNES. Il a aussi à travers la correspondance reçue rendu compte de l’état d’esprit qui prévaut. Inquiétudes pour l’avenir et difficultés pour le présent sont les constantes qu’il a relevées.
Lui a succédé Maryse Aigon qui a rappelé la détérioration du pouvoir d’achat des pensions de retraite. Les augmentations annoncées sont loin de compenser la hausse du coût de la vie dans des domaines aussi sensibles que l’alimentation et l’énergie. La question des dépenses de santé, dont sont, plus que d’autres, tributaires les gens du troisième âge, a été également mise en exergue avec les franchises médicales notamment. A été dénoncé également le décrochage des pensions des retraités par rapport aux traitements des actifs.
Dans son intervention Pierre Antonini a évoqué les multiples actions auxquelles les retraités du SNES avaient participé et les divers cadres (FSU, FGR-FP) dans lesquels elles s’étaient inscrites. Il a précisé ce qu’avait apporté le principe de la péréquation et déploré sa remise en cause par le fait que les retraites des fonctionnaires ne sont plus en correspondance avec la valeur du point indiciaire et que ceux qui ont cessé leurs activités professionnelles ne puissent bénéficier des mesures de revalorisation dans leur corps d’origine.
Il a par ailleurs fait état de l’état d’esprit hostile de la part de policiers à l’encontre du corps enseignant qu’il a relevé suite à une affaire dont il a eu à s’occuper en tant que membre de la Ligue des Droits de l’Homme.
L’assemblée a souhaité rendre publique sa condamnation de ce qui s’est produit à cette occasion en même qu’elle a enregistré le manque de sécurité qui prévaut dans certains quartiers.
Elle a également décidé d’un appel à participer aux manifestations du 20 novembre prévues lors de la grève de la fonction publique, soulignant son attachement aux moyens d’un service public de qualité.
Christian Francès, le maire de la commune, est venu en cours de matinée saluer de manière chaleureuse les participants à cette journée. Nous ne nous étendrons pas mais notre ami Jacques a été une nouvelle fois victime d’éloges excessifs de la part du premier magistrat qui a, il faut le préciser, le même âge que lui et qui a rappelé qu’ils s’étaient trouvés ensemble sur les bancs de l’école laïque du village.
Finalement il y avait trois convives de plus que ce qui était annoncé et le restaurateur a dû s’adapter pour servir les vingt neuf personnes qui étaient attablées. Ah, après ce repas, unanimement apprécié, il était difficile de faire s’apitoyer l’opinion publique sur le sort des professeurs retraités !
Conformément au programme, l’après-midi a été consacrée à une visite commentée du village. Certes il y avait du vent et il faisait même franchement froid. Aussi notre guide a eu la sagesse de ne pas trop allonger les choses.
Tout de même il a eu le temps de nous montrer divers éléments d’un patrimoine très riche en même temps qu’il nous a servi un tas d’anecdotes savoureuses sur quelques personnages pittoresques qu’il a connus. Mais on vous l’avait déjà dit, notre camarade est chez lui à Cessenon !

Après l'assemblée de section

Posté le 13.11.2007 par cessenon
Après l’incendie des poubelles sur l’avenue Auguste Albertini
On remarquera la proximité d’une voiture !


Sans avoir eu des conséquences dramatiques, les événements du 3 novembre à l’Iranget ont inquiété les locataires des HLM. Ils s’inscrivent dans une succession de faits qui mettent en lumière l’aggravation de la situation dans ce quartier populaire de Béziers.
On ne peut pas isoler l’incendie des poubelles, les inscriptions, les frics-fracs ou les tentatives (oui, nous avons appris que la pharmacie avait été l’objet d’un début d’effraction) des agissements antérieurs qui demain peuvent se produire à nouveau.
Il ne s’agit ni d’alimenter le courant sécuritaire ni de prôner la constitution de je ne sais quelle milice chargée du maintien de l’ordre. Il s’agit d’affronter une réalité qui empoisonne la vie des gens, des petites gens plus précisément, les autres ayant les moyens de se mettre à l’abri.
Certes la recherche de solutions va se heurter à l’ampleur d’une crise économique et sociale caractérisée par le mal vivre qu’entraînent le chômage, la précarité, l’insuffisance du pouvoir d’achat, la dégradation de l’environnement… la liste n’est pas ici exhaustive.
Mais proposer comme panacée une formule incantatoire du genre « Non au capitalisme » qui serait répétée comme une scie ne ferait pas évoluer la conscience de chacun d’un iota. Certes c’est bien cela qui, en dernier ressort est en cause. Mais il faut articuler l’analyse sur le vécu et là nous avons l’occasion de le faire.
Nous vivons dans un monde où la rapidité d’intervention est décisive. Je vais rappeler à ce sujet la chronologie des événements.
Lundi soir nous avions bureau de section. Je me suis chargé de préparer une invitation à une réunion que j’ai accepté d’accueillir dans mon appartement.
Mardi matin, après m’être rendu dans l’Iranget pour diverses constatations sur les dégâts et les inscriptions, j’ai rédigé un texte que j’ai envoyé par courrier électronique à tous ceux qui, présents à la réunion du bureau, ont une liaison Internet. La seule réponse que j’ai reçue ce jour-là émanait de Pierre Bouis.
Armand Lecoq que j’ai eu par téléphone le lendemain pour autre chose m’a dit approuver le texte que j’ai proposé.
Mercredi soir Paul Barbazange est passé chez moi avec des enveloppes prêtes à recevoir le texte de l’invitation. Il a lu celle-ci, en a approuvé le fond et la forme et nous avons choisi ensemble une date et une heure pour la réunion envisagée.
J’ai utilisé la première partie de mon texte, celle relatant les événements et ce qu’ils m’inspiraient, pour informer les lecteurs de L’HERAULT du Jour de ce qui s’était passé le week-end précédent. Ma relation des faits n’a pas été publiée. Par contre Midi Libre a rendu compte de ce qui s’était produit.
Jeudi Georges Apap a manifesté son désaccord avec l’initiative prise car il la jugeait excessive par rapport aux faits et considérait qu’elle allait dans le sens du courant sécuritaire qu’il dénonce.
Vendredi j’ai reçu de Hugues Bousquet une demande d’amendement (avec lequel je n’étais d’ailleurs pas d’accord) à un texte qui avait été envoyé par La Poste la veille. J’ai fait remarquer avec humour qu’il n’y avait peu de chance qu’on le confonde avec Speedy Gonzalez, la souris le plus rapide du monde mais plutôt avec Hector, le rat le plus lent du Mexique. Pour ceux qui ne connaîtraient pas il s’agit de deux personnages amusants (vraiment !) de bande dessinée.
Lundi à l’assemblée de section Georges Apap a souhaité que la réunion programmée pour le lendemain soit annulée, mettant en balance son engagement au sein du comité de section si satisfaction ne lui était pas donnée.
Outre que matériellement il était impossible d’annuler la réunion il me semble que le mieux aurait été de venir y présenter son point de vue. Quant à la méthode, je m’excuse de le dire de manière aussi carrée, j’ai estimé qu’elle avait des allures de chantage avec des relents de violence à mon encontre ! Le contentieux a selon moi des racines qui se situent ailleurs.
Sur le fond de l’affaire je ne partage pas le point de vue qui consiste à minorer la gravité des choses. Oui il y a un climat d’insécurité, d’agressivité, qui n’est pas supportable. Il appelle à une réflexion sur ce qui est en cause et sur ce que nous pouvons faire pour faire prendre conscience de la nature des difficultés.
J’ajoute que les actes délictueux ne sont pas par essence révolutionnaires mais qu’au contraire ils éloignent des perspectives de changement qui s’imposent. Il me paraît que c’est notre responsabilité de communistes de tenir compte de cette donnée.
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