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Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ) Catégorie : Blog Journal intime Date de création :
27.04.2006 Dernière mise à jour :
08.09.2008
Une amie de Sauvian, originaire des Charente, nous a transmis la photocopie d’un extrait de naissance demandé le 28 juillet 1847 par ses ascendants. Il concerne un ancêtre de sa mère. L’expression « extrait de naissance » n’est sans doute pas tout à fait adaptée à la situation car il s’agit d’un enfant trouvé et trouvé plus précisément dans « la boîte » de l’hôpital de La Rochelle le 16 mars 1826. Mais lisez plutôt « la traduction », en écriture actuelle, du document en question.
« Extrait du registre des actes de naissance de la commune de La Rochelle de l’année 1826, déposé au greffe du tribunal civil de la ville.
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Naissance de Hilaire Patrice Arcadias
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L’an mille huit cent vingt six, le seize du mois de mars, sur les onze heures du matin, par devant nous, Michel Augustin Garos, second adjoint au maire de la Rochelle et par lui délégué, par arrêté du vingt cinq avril mille huit cent vingt deux, pour remplir les fonctions d’officier de l’état civil de la commune de La Rochelle, canton d’idem, département de la Charente Inférieure, est comparu Silvain Bonard, journalier de soixante quatre ans demeurant à La Rochelle, lequel nous a présenté un enfant du sexe masculin, trouvé exposé aujourd’hui à quatre heures et demie du matin dans la boîte de l’hospice général, lequel était enveloppé d’un drapeau de boulangère, d’une brassière de laine et un béguin uni ; nous avons donné audit enfant les prénoms de Hilaire Patrice et pour nom de famille Arcadias et l’avons remis au sieur Bonard pour porté audit hospice et y demeurer jusqu'à ce qu’on ait pu parvenir à découvrir ses père et mère. E tout quoi nous avons dressé le procès verbal, en présence de François Burillat, âgé de trente quatre ans et de Adrien Viguié âgé de trente quatre ans, tous deux journaliers demeurant à La Rochelle.
Etant, les déclarants et témoins, déclarent nous avoir signé le présent procès-verbal après qu’il leur en a été fait lecture.
Signé Michel Garos, adjoint.
Certifié conforme par nous, Greffier du tribunal civil de La Rochelle, le 28 juillet 1847.
A. Martin
Vu »
L’intéressant dans l’affaire est surtout le nom donné à l’enfant trouvé, nom rare encore aujourd’hui, le minitel nous apprend que les seuls Arcadias existant sont des descendants de Hilaire Patrice.
Marie-Louise avec son mari, sa belle-fille et ses petits-enfants
devant la caverne d’Ali Baba
Photo aimablement communiquée par Nicole Bénavenq
Marie-Louise ? C’était Marie-Louise des bonbons ! C’est je crois ainsi qu’on l’appelait. Son magasin était à la limite de la place, à côté de la boulangerie Cordier, au départ de l’avenue de Cazedarnes. Le dimanche c’était le rendez-vous des enfants qui allaient y dépenser leur argent de poche.
Des bonbons il y en avait de toute espèce. La regalécia (la réglisse), mais on disait plutôt la régaluche, présentée dans sa forme originelle de bâtons de bois commençait à céder le pas à la réglisse noire, notamment celle qui était enroulée en forme de spirale.
A cette époque on ne lésinait pas sur les colorants et les bonbons qui représentaient des fraises le faisaient toujours quand elles étaient à maturité.
Tout d’un coup me revient le souvenir de la guimauve qui avait l’avantage de pouvoir être mâchée longuement. Un bon rapport qualité / prix quoi ! Evidemment le chewing-gum, parfois désigné sous le vocable de zin-zin-gon, était encore plus performant en la matière !
Bien sûr qu’il devait y avoir aussi des sucettes et des dragées, des boîtes de cachou également, de coco encore !
Pour Noël et le Premier de l’An il y avait des crottes de chocolat et des fondants. Le prix du sachet n’était pas proportionnel à son poids, Marie-Louise expliquant que 100 g c’était plus avantageux que 50 g !
Ces friandises diverses et variées étaient présentées dans des vitrines qui ne se soulevaient que du côté de la marchande. C’est qu’il fallait prendre des mesures contre les éventuels chapardeurs !
A l’entrée à droite étaient les surprises. C’étaient de grands cornets entreposés à la manière d’un bouquet de fleurs dans un récipient qui avait des allures de seau ou de vase.
L’été il y avait de des ice-creams (mais on n’employait pas ce mot) exposés à l’extérieur. Je revois l’enceinte de liège entourée de glace et de sel qui contenait le précieux produit. Il était livré par la maison Antolin de Béziers. A peu près invariablement il y avait du parfum à la vanille et à la fraise, peut-être au chocolat ou au café. Là aussi le cornet simple était plus cher que la moitié du cornet double. J’ai gardé l’image de Marie-Louise plongeant sa cuillère dans la glace et la manœuvrant ensuite pour en faire sortir la boule.
On suivait, peut-être un peu décalé dans le temps, l’évolution des différents couillandres qui étaient mis sur le marché. J’ai connu les décalcomanies, les pistolets à eau, les révolvers à bouchon, à amorce, les oiseaux qui se remplissaient à moitié de liquide et dans lesquels on soufflait pour obtenir une espèce de roucoulement. Il y a eu ces petits appareils en forme de coquille munis d’une lame sur laquelle on appuyait et qui se redressait quand on cessait d’appuyer, provoquant un clic-clac assez sonore.
Les bâtonnets de magnésium étaient également présents. Pour le 14 juillet on pouvait se munir de pétards et de fusées tandis que des masques apparaissaient à l’époque du carnaval.
En fait on pouvait se procurer de tout chez Marie-Louise, y compris des petits bijoux qui n’étaient pas vraiment en or, ni en argent, simplement en fer-blanc !
La Malvoisine et le puits Saint Rustic
Photos Jean-Pierre Quirin
Lors du siège de Minerve en 1210 les Croisés utilisèrent une machine de guerre, la Malvoisine, qui a été reconstituée voici quelques années et placée en aplomb du confluent du Brian et de la Cesse, probablement à l’endroit où l’original avait opéré. Quoique abîmée par le temps elle s’y trouve encore et sa silhouette a quelque chose d’insolite dans le paysage.
Ce n’est pas exactement une catapulte mais un trébuchet. C’est un contrepoids qui permet d’envoyer le projectile, en général une pierre, sur l’ennemi. Le trébuchet fonctionnait à la manière d’une fronde et était plus précis que la catapulte.
Minerve était une citadelle imprenable. Bordée par les gorges du Brian et de la Cesse, le seul passage avec le plateau situé au nord était défendu par le château.
Nous sommes au mois d’août et les assiégés ne disposent que d’un point d’eau, le puits Saint Rustic où ils peuvent accéder par un chemin couvert dont on peut voir aujourd’hui les vestiges. La Malvoine détruira ce chemin couvert et à Minerve on ne dispose plus que de citernes. Mais celles-ci ne tardent pas à être vides.
Il y aura un orage mais l’eau recueillie sera impropre à la consommation à cause des cadavres de rats qui l’ont polluée. Ceux qui tenteront d’en boire seront victimes de dysenterie.
Devant les effets dévastateurs de La Malvoisine un commando (on ne devait pas employer ce terme à l’époque !) tentera de la brûler. Les sentinelles qui sont affectées à sa garde seront égorgées et des fagots mis en place sous l’engin de mort. Hélas toutes les sentinelles n’ont pas été supprimées. L’une d’elles, qui s’était éloignée pour un besoin urgent, donnera l’alarme.
L’affaire est contée de manière émouvante à l’aide de santons au musée Hurepel. C’est en fait toute l’histoire du catharisme et e la Croisade des Albigeois qui nous est présentée ici, toujours à l’aide de santons. On y voit par exemple la file des prisonniers de Bram à qui l’on a crevé les yeux et coupé le nez et qui sont conduits à l’aide d’une corde par celui à qui l’on a laissé un œil !
Minerve se rendra non pas parce qu’elle a été prise mais parce qu’elle a dû se rendre à cause du manque d’eau. Les cathares qui s’étaient mis sous la protection de Guilhem de Minerve préfèreront mourir dans les flammes plutôt que d’abjurer leur foi. Il faut préciser qu’avoir la vie sauve ne les aurait pas menés bien loin, au mur (où ils étaient enchaînés), au pain et à l’eau, ils ne résistaient pas plus de cinq ans à ce régime.
A Minerve en 1210 on assiste ainsi au premier des bûchers collectifs qui seront dressés par la suite sur ordre de ce qui n’est pas encore l’Inquisition.
Ce jour-là, c’était le jeudi 1er novembre, il était un peu plus de 17 h et nous étions un groupe d’une dizaine de marcheurs à terminer une randonnée au départ de Minerve. Nous allions arriver dans le village et nous nous trouvions sur le sentier en corniche que suit le GR 77. Un GR qui part du haut du Saut de Vesoles et rejoint Lagrasse.
Un couple de jeunes gens était installé, matériel d’observation braqué, sous la falaise ouest qui domine la vallée du Brian. Nous avons naturellement demandé des explications. Ces gens s’efforçaient de voir un oiseau rare qui hiberne dans le coin.
Nous avons cherché à en savoir plus. Voici ce que nous avons appris. L’oiseau est un tichodrome échelette. Il vit dans les Alpes (dans les Pyrénées et en Corse également) où il niche.
C’est un oiseau de petite taille : 16 cm d’envergure pour un poids de 15 à 20 g. Il est de couleur grise et se confond avec son environnement. Il a toutefois un jabot blanc et des taches rose vif sur les ailes et la queue. Ses pattes sont petites et un bec recourbé lui permet de se saisir des insectes qui logent dans les anfractuosités des rochers, des murs. Il a un vol caractéristique semblable à celui d’un papillon.
Les falaises du Brian à Minerve sont connues des spécialistes pour accueillir pendant l’hiver quelques spécimens de l’espèce. Nos ornithologues avaient repéré un couple qui circulait dans l’espace aérien.
Le nom scientifique du tichodrome échelette est Tichodroma muraria et on le surnomme Grimpereau des rochers ou des murailles. Tichodrome vient du grec teikhos «muraille», et drome. Il est le seul représentant de la famille des Tichodromadidés.
« Il est totalement inféodé aux parois de pierre qu’il explore méthodiquement à la recherche d’invertébrés » avons-nous pu lire dans le Guide des oiseaux des régions méditerranéennes de Serge Nicolle, Bruno Dubrac et Hervé Michel, un livre d’où nous avons extrait la photo qui illustre le présent billet.
Non pardon, là c’est d’autre chose qu’il s’agit ! Pour tout dire c’est un poème d’Antonio Machado qui évoque le crime de Franco perpétré contre Federico Garcia Lorca.
Oui la photo montre mes grenades à moi, sans majuscule et au pluriel. Elles sont au bout d’une branche qui pend au-dessus du toit du cabanon de mon jardin. Avec l’Orb qui coule devant lui, « c’est un jardin… extraordinaire » aurait dit Trenet.
Mon grenadier ? Il a quelque chose comme vingt cinq ans. Je l’avais planté me semble-t-il en 1982, l’année où mon père est mort. C’est un collègue, Jean Gayraud, tiens il est décédé lui aussi, qui me l’avait fourni.
Ce n’est pas un grenadier greffé aussi les fruits sont plutôt acides. Mais ils sont tellement jolis dans leur écorce qui va du jaune au rouge en passant par toutes les teintes de l’orange. Sans compter les fleurs en forme de pipe qui au printemps embellissent le paysage. Elles entrent dans des compositions florales.
Les grenadiers ne sont pas rares dans le secteur et on en voit à l’abandon sur des talus, en bord de vigne.
J’avais offert des grenades, c’est sa passion, à une amie lyonnaise qui m’avait hébergé lors des Journées du Désarmement Nucléaire de Vénissieux qui s’étaient déroulées à La Toussaint 2003. Je les avais tout simplement cueillies en bord de route du côté de Corneilhan.
Le grenadier serait originaire d’Iran, enfin de Perse plutôt puisque c’est l’ancienne appellation du pays. On en trouvait dans les jardins suspendus de Babylone et on peut voir des grenades sur les bas-reliefs égyptiens. Elles auraient été introduites en Europe par les Berbères et auraient donné son nom à la ville de Grenade. Finalement je n’étais pas si loin que ça avec ma citation !
Les Romains l’avaient connu via les Phéniciens qui l’apportaient du Liban d’où la première partie de son nom scientifique Punica granata. En anglais c’est la pomegranate et en occitan la milgrana ou miugrana.
D’aucuns prétendent que la grenade pourrait être le fruit défendu, celui que le serpent aurait fait manger à Eve. Que n’a-t-on médit sur les pommes qui seraient la cause de nos discordes et de nos pépins ! Mahomet affirmait lui que la grenade chassait la haine et l’envie.
Elle a des tas de vertus médicales. Que ceux qu’inquiète le trou abyssal de la Sécu en prennent bonne note ! Elle augmenterait la libido et aurait quasiment le même effet que le viagra !
Au café le patron offrait du sirop de grenadine aux enfants tandis que les hommes consommaient des demi-panachés ou de la bière.
J’ai le souvenir de deux grenades que Joseph Grasset, Lo Secado, avait données à ma mère pour mon frère et moi. L’une était nettement plus grosse que l’autre et, comme mon frère avait neuf ans de plus que moi je m’attendais à hériter de la plus petite. Il y eut, sinon du commerce, du moins un partage équitable, ma mère coupa chacune en deux et nous eûmes mon frère et moi une moitié de la grosse et une moitié de la petite. J’avais tout simplement été ébloui par cette façon d’opérer !
Après le vignes, devant un bosquet :
La « campagne » de Bramefan
Comme son nom l’indique Bramefan (que l’on peut traduire par affamé, meurt-de-faim) ne désigne pas un tènement fertile. Il existe beaucoup d’endroits qui sont ainsi appelés. On trouve une variante avec Piquetalen.
Le Bramefan dont je vais parler ici est entre Cessenon et Murviel, sur cette dernière commune. C’est une « campagne » située à quelques centaines de mètres au nord de la D 36.
Le domaine appartenait à un certain Gauch, qui était à Montpellier, mais était affermé à Joseph Avérous qui habitait Cessenon. Denis Jean y était ramonet et il vivait là avec Jeanne son épouse.
Le moins qu’on puisse dire est qu’il n’y a guère d’eau à cette campagne, même que régulièrement Jean Denis devait aller avec le cheval et une citerne s’approvisionner à Murviel.
Je n’en connais pas les causes mais dans la première moitié des années 50 un incendie avait ravagé les bâtiments, le cheval avait péri dans l’écurie. J’ai le souvenir d’être allé à bicyclette, voir le spectacle. Un cheval roux qui gisait sur le sol.
Les meubles du couple avaient été brûlés et une quête avait été organisée pour aider financièrement les victimes à les remplacer.
L’histoire que je vais rapporter ici est antérieure à l’événement. Mon oncle Aimé travaillait pour Joseph Avérous. A ce titre il venait à Bramefan distant de cinq ou six kilomètres de Cessenon à bicyclette. Naturellement il emportait son repas de midi dans la saqueta qu’il suspendait à un arbre jusqu’à l’heure de la pause.
Las au moment de manger mon oncle constatait qu’il n’avait pas grand-chose dans sa musette ! Il s’était plaint à ma tante qu’elle ne prévoyait pas assez. Celle-ci avait juré ses grands dieux qu’elle avait mis ce qu’il fallait pour son repas.
Mon oncle eut des doutes. Il soupçonna fort la Jeanne qui, il faut le dire, était soumise à un régime alimentaire un peu sévère, Denis lésinant sur la dépense, alors qu’elle était enceinte et avait besoin de plus que ce dont elle disposait.
Mon oncle se prépara lui-même le repas et le lendemain il constata qu’il manquait une partie de ce qu’il avait mis dans sa gamelle. Il interpella la suspecte et devant ses dénégations rétorqua : « Je me suis préparé moi-même la saqueta et j’ai compté les talhons !» Il avait d’ailleurs prononcé le mot « talhons », qui signifie morceaux, à la française, c'est-à-dire « taillons » alors qu’en occitan il se dit « taillous ».
Puisque j’en suis à l’histoire de Denis et de Jeanne je vais ajouter quelques compléments. Plus tard Denis s’était embauché à Ratiès et ils habitaient au village une petite maison dans la rue des Lavoirs. Je suppose qu’ils ne devaient pas fermer les volets de la chambre. Aussi les nuits de pleine lune il faisait clair dans celle-ci et Jeanne, pensant que c’était le matin, réveillait son mari d’un « Denis, c’est l’heure, lève-toi, il fait jour ! »
Elle avait toujours faim et allait se ravitailler au réfrigérateur.
Je tiens l’anecdote suivante de l’ami Georges Borras qui était un familier du couple. Denis et Jeanne rangeaient leurs économies dans une boîte et le soir leur plaisir était de compter les billets qu’elle contenait.
Ah, je peux ajouter encore que le père de Denis était un viticulteur qui avait un peu de bien, en tout cas, significatif, il avait un cheval. Il devait sans doute y avoir un peu d’argent dans cette maison. Malheureusement Denis avait un frère, Yves, célibataire, qui vivait avec le père. A la mort de celui-ci Denis demanda des comptes d’un « Mais il n’y avait pas d’argent ? » Yves ne s’embarrassa pas de scrupules dans sa réponse : « Mais si tu l’avais trouvé tu ne me l’aurais pas dit ! »
Inscripiton un peu sybilline devant le N° 1 de la rue Chaussouy
Dans la nuit de samedi à dimanche, vers minuit, on pouvait voir un feu de poubelles qui s’était développé à l’angle de la rue Albert Arnaud et de l’avenue Auguste Albertini.
Les flammes étaient hautes, trois mètres peut-être, et le micocoulier sous lequel étaient entreposées les poubelles a souffert de l’incendie. Tout à côté les voitures garées là risquaient de s’enflammer.
Il y avait des gens à leurs fenêtres et d’autres étaient rassemblés sur le trottoir alors qu’arrivaient la police et les pompiers, lesquels ont rapidement maîtrisé la situation.
Nous avons appris par la suite que le feu avait également été mis aux dépôts de poubelles de la rue des Félibres.
Il ne s’agit donc pas d’un accident mais d’un acte volontaire aux conséquences qui auraient pu être dramatiques.
Des inscriptions exprimant à leur façon le mal vivre de jeunes immigrés ont été faites sur les murs de la rue André Chaussouy et sur la place située derrière la boucherie / charcuterie, seul commerce restant au centre de l’Iranget.
Une dame habitant au N° 1 de la rue André Chaussouy a été molestée. Il faut préciser que la porte de l’entrée de l’immeuble ne ferme plus depuis des mois et que des jeunes ont fait du hall et des caves de ce bâtiment leur quartier général.
Selon d’autres informations que nous n’avons pas pu vérifier deux voitures auraient été brûlées récemment dans le quartier
Dans la nuit du dimanche un fric frac a été perpétré dans le bureau de tabacs / marchand de journaux qui se trouve tout à côté. Rappelons à ce sujet qu’en 1999 le buraliste avait été tué, victime d’un casse qui avait mal tourné.
Rappelons aussi qu’en 1996 une jeune femme avait été grièvement blessée par un balle tirée par un jeune en garçon de 25 ans en état de démence. Elle est depuis clouée sur un fauteuil !
Bien sûr nous n’avons pas d’autre élément d’analyse sur ce qui s’est passé ces jours-ci à l’Iranget. Nous ne savons pas en particulier si les auteurs des désordres enregistrés sont le fait de jeunes de la cité ou s’ils viennent d’ailleurs.
Quoi qu’il en soit la vie dans les HLM est rendue désagréable pour les locataires, des personnes souvent âgées, qui doivent subir des comportements qui n’ont sans doute pas pour objectif, et à coup sûr pas pour effet, de poser clairement les problèmes actuels de notre société.
90ème anniversaire de la révolution russe oblige, le cercle populaire Joseph Lazare avait programmé la projection du film « Octobre » de Sergei Eisenstein pour son repas à thème du 2 novembre. Entre trente et quarante personnes y ont assisté.
La projection a été précédée par une présentation du réalisateur, de son œuvre, du film lui-même, assurée par Hugues.
Eisenstein ? Il est né à Riga en 1898. Il abandonne ses études d’ingénieur et s’engage dans l’Armée Rouge en 1917 où on lui demande de mettre ses talents de cinéaste au service du socialisme.
Le plus célèbre de ses films est sans doute Potemkine mais on peut citer aussi Ivan le Terrible, Alexandre Nevski, La Grève...
« Octobre » est tourné en 1927 soit dix ans après les événements de Péétrograd. 11 000 figurants sont embauchés dont de nombreux acteurs de l’époque. Staline censurera mille mètres de bobine, éliminant ainsi de l’écran Trotski, pourtant un des organisateurs du succès des révolutionnaires et par la suite créateur de l’Armée Rouge.
Rappelons le contexte. C’est la guerre, la famine aussi. Le tsar a été destitué en février 1917 et un gouvernement provisoire, dirigé par Kerenski et les menchéviks lui a succédé. Hélas, les problèmes, celui de la paix et du pain, restent non résolus.
En juillet une manifestation des ouvriers de Petrograd est réprimée dans le sang. En août le général Kornilov, commandant la division « sauvage », formée de cosaques, marche sur la ville avec l’objectif de réaliser un coup d’Etat. Le gouvernement provisoire se montre incapable de lui résister, ce sont finalement les bolcheviks qui s’opposent à son entreprise, les soldats envoyés au contact de la division « sauvage » fraternisant avec les cosaques.
Devant l’aggravation des difficultés, le comité bolchevik de la ville adopte la proposition de Lénine d’une prise de pouvoir par une insurrection armée. En peu de jours et avec un nombre réduit de victimes l’opération réussit.
Le congrès des soviets avec les délégués des ouvriers, des paysans, des soldats entérine la prise de pouvoir.
C’est cet épisode décisif, conforme au célèbre ouvrage « Dix jours qui ébranlèrent le monde » de John Reed, qui est présenté dans le film. Décisif pour la Russie, exemplaire pour le prolétariat mondial.
Le film a valeur documentaire et utilise les moyens, forcément réduits, du cinéma de cette époque avec recours à de nombreuses images symboliques.
Il a des résonnances actuelles notamment la mise en évidence des hésitations, les atermoiements, de l’impuissance des courants qui ne sont pas révolutionnaires devant les exigences qui frappent à la porte de l’Histoire.
Sa longueur n’a pas permis de débat. Il était déjà l’heure de passer à table pour déguster le plat adapté aux circonstances : du bortsch dont nous ne pouvons que vanter les mérites !
Andrée et Jean Piacère étaient deux Neffiessois d’adoption décédés, il y a moins d’un an pour la première, plus de deux pour le second. Ils avaient apporté beaucoup à la vie culturelle de la commune au cours des longs séjours qu’ils y avaient effectués.
Le groupe musical « Les voix de la Resclauze » avait organisé une soirée en hommage aux deux disparus. Inspiré des méthodes qu’appliquait Andrée Piacère ils ont construit leur spectacle faits de chants, de poèmes, de textes divers, en lien avec l’évocation des activités qu’avait conduites le couple sur Neffiès.
« Les femmes et le secret », la fable de La Fontaine, fort bien interprétée, a servi d’introduction. Ariane, une petite-fille d’Andrée et Jean, a enchaîné à l’accordéon avec « La java bleue » et « La valse brune ».
Se sont succédé ensuite des interprétations du groupe enchâssées dans le récit des initiatives prises par Jean et Andrée : Toulouse Lautrec, Aragon et Elsa Triolet, 1851, Victor Hugo…
Un intermède permit à Jeanine Rodriguez, ancienne directrice de l’école de Neffiès, de dire son attachement à Andrée pour l’aide apportée aux enfants cependant qu’un ami du couple fit une rétrospective de ce qu’il avait vécu à leur contact.
A Neffiès il est de tradition que les participants au spectacle apportent de quoi se sustenter au moment de l’entracte. Cette fois encore la tradition a été respectée et on pouvait manger et boire au buffet installé au fond de la pièce.
A la reprise il y eut une deuxième fable de même facture que la première au niveau de la qualité de l’interprétation. Là c’était, toujours de La Fontaine, « La jeune veuve ».
Un enregistrement de Jean chantant « Allons au devant de la vie » a rappelé la soirée des 80 ans du couple.
Nous avons beaucoup apprécié le pot-pourri construit avec des chants contre la guerre que nous avions déjà entendus lors du spectacle « Neffiès, un village dans la tourmente » cependant qu’à la régie Olivier Rodriguez projetait sur l’écran la colombe de la paix.
Cette deuxième partie était parfaite et nous avons entendu une nouvelle fois « Souvenirs, souvenirs », le poème qu’Andrée nous avait lu le 10 juin 2005.
La maladie puis le décès ne lui auront pas permis de donner suite à son projet de recherches sur Jacques Reboule, mort en 1605 et inhumé à Sarcelles. Valet de chambre ordinaire du Roy, né à Neffiès, il était commissaire ordinaire de la marine du Ponant.
Après le « Mignonne allons voir si la rose » de Ronsard, coloré avec bonheur par une mise en musique que nous ne connaissions pas, « Elsa » clôturait le spectacle.
La fille cadette de Jean et Andrée a lu une lettre d’une ancienne collègue de celle-ci évoquant ses exigences professionnelles et ajouté quelques mots de remerciements au public présent, assez nombreux comme c’est toujours le cas quand « Les voix de la Resclauze » se produisent !
En français méridional le mot « baraque » a un sens sensiblement différent de celui qu’on lui donne dans la langue « fédérale ».
Une « baraque » de vigne c’est une construction de dimensions modestes, en dur quand même, avec murs maçonnés et toit en tuiles.
Dans la région de Nîmes on les appelle des mas (avec pour diminutif masets ou mazets) bien qu’en Provence l’expression désigne une ferme d’importance.
Chez nous une « baraque » de vigne servait d’abri au viticulteur. Il pouvait y entreposer des outils, des produits tels que soufre, sulfate, engrais… La baraque était conçue pour, à la saison des labours, faire manger le cheval le temps du midi. En général les baraques étaient équipées d’un râtelier et le plus souvent une réserve de foin était prévue sur un plancher qui formait comme un premier étage.
Souvent aussi, dans un angle, était aménagée une cheminée qui permettait au laboureur de faire cuire un morceau de saucisse dans une petite poêle ou un gril accrochés là à demeure. Eventuellement on trouvait dans la baraque une table rudimentaire et une chaise mais qui n’était pas en très bon état.
Il n’était pas rare que l’eau de pluie soit récupérée dans une citerne attenante à l’édifice afin d’avoir sur place le liquide nécessaire à la préparation de la bouillie bordelaise. Celle-ci se faisait dans une auge cylindrique standard, una piala, munie d’un rebord sur lequel on pouvait poser la machine à sulfater.
Mon oncle Aimé avait une petite vigne dans un tènement appelé La Teulièra (La Tuilerie) justement parce qu’avait existé là un four de tuilier. Il utilisait, avec son accord, l’eau de la citerne de son voisin de terre surnommé, à cause de son mauvais caractère, Lo Sergent d’Aiga Roja. Puis je ne sais pour quelle raison la mésentente pris le pas sur les bonnes relations et mon oncle fut « interdit de citerne ». En fait ce fut une vraie guerre à laquelle on assista. Mon oncle fit un trou dans le haut de la citerne pour siphonner le précieux liquide. La riposte ne se fit pas attendre, un croisillon en fer fut placé sur l’orifice. Il y est toujours.
L’oncle Cordier, un peu spécialisé en matière de citernes, fut sollicité pour en bâtir une sur la vigne de l’oncle Aimé, alimentée par un plan incliné qui permettait de recueillir la pluie. Hélas Cordier, alias Le Panard, était déjà âgé et avait perdu la main, sa réalisation n’était pas étanche et elle ne garda jamais l’eau.
Naturellement ces baraques de vigne n’accueillent plus les chevaux de labour, il n’y en a plus. Les nouveaux produits pour le traitement de la vigne ne nécessitent que très peu d’eau et celle-ci est apportée par les tracteurs qui viennent faire l’opération.
Le conseil général a dégagé quelques crédits pour faire peindre, de manière artistique, diverses baraques de vigne. Le résultat est très esthétique. Toutefois la photo qui illustre le présent article ne concerne pas l’une d’elles. Celle-ci était en effet une baraque de jardin et elle est à Cessenon, après le pont sur l’Orb, sur la rive gauche.
Elle est cependant très belle et nous devons la décoration à des élèves de l'école élémentaire de Cessenon, ceux de la classe de Mme Devine (la directrice) plus précisément, les cours élémentaires 1 et 2 nous a-t-on dit.