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cessenon
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Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ)
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Blog Journal intime
Date de création :
27.04.2006
Dernière mise à jour :
22.07.2008
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Les activités professionnelles de mes parents

Les activités professionnelles de mes parents

Posté le 28.04.2006 par cessenon
Mes parents et ma fille aînée

Mon père a terminé sa vie professionnelle de la même façon qu’il l’avait commencée : en tant qu’ouvrier agricole.
Celle-ci avait débuté en 1916, alors qu’il avait 12 ans. Son premier emploi, sans doute rémunéré au tarif « femme », avait été chez le patron de son grand-père maternel. Mon père m’avait montré l’endroit de sa première journée de travail : une « campagne » aujourd’hui en ruines, qui s’appelait Flourens mais qu’on désignait plutôt sous le vocable de Le Tros. Sa mère lui avait certes préparé sa « saqueta » c’est à dire la musette avec le casse-croûte du midi, mais il avait eu droit à une attention de son grand-père qui avait apporté à son intention un supplément à son propre repas. Il s’agissait de saucisse qui avait été cuite dans une petite poêle, sans aucun doute sur un feu de sarments.
Avant de partir pour son service militaire il avait travaillé au domaine de Saint-Blaise, là-même ou il a fini sa carrière en 1969. La « còla » (l’équipe) était importante, car en fait elle travaillait aussi sur Sainte-Lucie qui appartenait au même propriétaire.
Parmi les ouvriers il y avait un certain Jantet qui habitait à « La Gipsiera » (La Platrière.) Ce Jantet emportait pour la journée une « tuca » (une courge) évidée dans laquelle il mettait le vin qu’il comptait boire. Il y avait des « savants » dans les rangs de la « còla ». Aussi on pouvait se cultiver et, par exemple, y apprendre que la terre tourne. L’information laissait Jantet sceptique. « La Térra vira quand ai begut la tuca » (La Terre tourne quand j’ai bu la courge) affirmait-il.
Sans doute mon père faisait-il référence à l’expérience réalisée en 1919 au moment de l’éclipse de soleil qui avait permis de valider la théorie de la relativité d’Einstein en même temps qu’elle permettait une mesure de la masse dudit soleil. Voilà ce qu’il en était rapporté par les savants de la « còla » : « Dison qu’an pesat lo solelh – Deviàn aveire una brava romana !» (Ils disent qu’ils ont pesé le soleil – il devaient avoir une grande balance !)
A cette époque mon père écrivait des textes en vers et en Occitan. En fait il en ignorait complètement la graphie et utilisait une graphie en gros phonétique, plus exactement calquée sur le Français. Il avait ainsi décrit le carnaval de Murviel de 1922 tel que le lui avait rapporté Durandeu, le père de celui qui a été maire de la ville. Mais il racontait aussi le quotidien de la « còla » notamment l’affaire des ciseaux de taille du « ramonet » Gingasso qui avaient été empruntés et rendus en mauvais état. « Lo temps era a la buta / Qual se seriá dobtat de parièra disputa / Qualqu’un s’es doncas servit de mas viélhas cisalhas / et me las a tornat pièjer que de tenalhas ! » (Le temps était à se presser / Qui se serait douté de pareille dispute / Quelqu’un s’est donc servi de mes vieilles cisailles / et me les rendues pire que des tenailles !)
Je ne sais pas à la suite de quelles circonstances il s’était retrouvé à travailler quelque temps à la carrière de marbre de Coumiac. S’étant disputé avec son père il avait même logé quelques jours dans la « baraque » de chantier qui s’y trouvait, sa cuisine se limitant à ouvrir des boîtes de conserve, de sardines en particulier !
Après son service militaire, à l’instar de nombreux Cessenonais, mon père était « monté » à Paris. Il y avait exercé divers métiers mais la place qu’il avait occupée le plus longtemps avait été chez un marchand de tissus. Son patron était juif et il en avait gardé, sa vie durant, des relents d’antisémitisme !
Il avait fait un stage de six mois à la Samaritaine chez qui son ami La Lolotte l’avait fait rentrer. Il y avait d’ailleurs entre eux une différence d’appréciation sur la pénibilité du travail dans ce grand magasin. Pour La Lolotte c’était très dur et il serait mort jeune s’il y était resté. Mon père estimait au contraire qu’il ne faisait pratiquement rien ! Allez savoir ! A Cessenon, sur les bancs près du pont, au café de « L’escopinha », les discussions sur le sujet n’ont jamais rapproché les points de vue !
Ma mère aussi, originaire de Millau, était « montée » à Paris où elle a été domestique dans, me semble-t-il, deux maisons. Elle a été chez Mme et M. Castanier je crois puis chez Mme et M. Henzer (dans aucun des deux cas je ne garantis l’orthographe !) C’est d’ailleurs, en allant en vacances chez eux, dans le train de la ligne Paris / Béziers par Neussargues que mes parents se sont connus.
Avant de partir pour Paris, vers l’âge de 17 ans, ma mère avait dû, comme toute bonne Millavoise, travailler plus ou moins dans la ganterie. Je sais qu’elle avait eu une activité originale qui consistait à passer chez les gens pour annoncer les décès. Une activité fatigante disait-elle car il fallait monter et descendre des escaliers toute la journée !
Chez les époux Henzer elle s’occupait des enfants du couple : Jacques pour l’aîné, Bernard pour le plus jeune. C’est d’ailleurs les prénoms qu’elle a donnés à ses deux fils, inversant simplement l’ordre. Je n’ai bien sûr jamais connu les originaux, sauf sur une photo, où ils entourent ma mère, prise sur la plage d’Hendaye. M. Henzer était substitut et Mme Henzer femme au foyer. Ah, j’ai cru comprendre qu’elle avait un amant !
Mes parents se sont mariés à Paris mais ils n’y sont pas restés, ils sont revenus à Cessenon au début des années 30. Ma mère qui comparait le confort qu’elle avait connu à Paris avec ce qu’étaient alors les logements dans les maisons des villages du Biterrois m’a souvent répété : « J’étais mieux chez mes patrons que chez ton père ! »
De retour au village mon père a trouvé rapidement un emploi d’ouvrier agricole à La Grange-Neuve. Quand le travail dans les vignes n’était pas urgent il était employé à l’entretien du parc ou du jardin potager. Parallèlement il a commencé à s’occuper de celui qu’avait cultivé mon arrière-grand-père, lequel arrivait à la fin de sa vie.
Pendant la guerre mon père a été requis pour s’occuper d’un jardin communal. Suivant les consignes des autorités de Vichy les communes devaient créer de tels jardins de façon à assurer une production agricole locale. Ce jardin n’a pas fonctionné très longtemps, assez cependant pour qu’au moment de sa retraite mon père ait pu bénéficier d’un versement au titre d’employé municipal. Des vignes avaient été arrachées et des cultures maraîchères entreprises, non sans résultats satisfaisants mais avec sans doute un problème au niveau de la commercialisation des produits.
Aussi ce terrain fut partagé en parcelles et les gens qui n’avaient pas de jardin ont pu en louer un. Mon père a cessé d’être rémunéré en tant que salarié de la commune mais un arrangement est intervenu. Il devait s’occuper de la distribution de l’eau pour l’irrigation des jardins individuels en échange de l’utilisation de celle-ci pour son propre jardin. Un moteur électrique pompant l’eau d’un puits avait été mis en place. Plus tard un second, moteur puisant dans la rivière, a dû être installé.
J’ai conservé une image de mon frère, chargé de la surveillance du ruisseau qui conduisait le précieux liquide jusque sur nos terres. Il avait placé une grenouille sur un petit radeau et curieusement cette grenouille ne cherchait pas à partir mais restait sur son embarcation qui descendait le courant.
Je savais appuyer sur le bouton vert qui permettait de mettre les moteurs en route et, bien que très jeune, on me confiait la tâche d’aller ouvrir la « baraque » où étaient les commandes et de mettre les moteurs en route.
La baraque existe toujours et elle a joué un rôle particulier en 1944. C’était après le débarquement du 6 juin. Les maquisards avaient fait prisonniers trois soldats allemands. J’ai le souvenir du spectacle, sur la place du village, de trois prisonniers surveillés par des hommes, notamment Lucien Prévost, qui tenaient une mitraillette à la main. Où garder les Allemands ? Eh bien la baraque du jardin communal a, pour une nuit, servi de prison !
Il y avait des problèmes de police que je n’étais pas en mesure de régler. Par exemple Manant, qui était forgeron, s’était fabriqué une clé pour ouvrir la baraque et allait mettre les moteurs en marche en dehors des heures prévues. Tel autre, il s’appelait Alonso, qui avait sa parcelle tout à côté de la baraque d’où partait l’eau, déviait celle-ci pour arroser même quand ce n’était pas son tour. Celui-là fut victime de représailles. Mon père et un de ses amis mirent les moteurs en route et les laissèrent toute la nuit déverser leur eau dans la parcelle du jardinier fraudeur.
Mon grand-père lui-même fut l’objet de mesures coercitives. Il avait en effet l’habitude de prendre de l’eau qui coulait dans « lo besal » (le canal d’irrigation) passant au ras de sa parcelle avec « una asagadoira » (une écope) et de la lancer sur ses légumes au détriment bien sûr de ceux qui arrosaient en aval. L’écope lui fut confisquée par ses voisins de terre. Mon grand-père qui n’avait pas compris qu’il était l’objet de rétorsion avait mis un mot sur le panneau d’affichage demandant qu’on veuille bien lui rendre l’outil « dit asagadoira » (il ne connaissait pas la traduction en Français) qui lui avait été emprunté.
La question de l’eau était un vrai problème. Pour ne pas perdre son tour on arrosait, même en cas de pluie ! Ainsi un des jardiniers amateurs, qui avait interrompu son travail pour cause de trop forte pluie, s’était plaint de ce que le temps l’avait empêché d’arroser !
Comme les parcelles se touchaient tout le monde pouvait juger de la compétence de chacun en matière de jardinage. La Jaquetona avait beaucoup d’ambition mais peu de résultat. Elle avait déclaré : « Je ne veux pas m’amuser à la bricole, je vais faire la grande culture ! » Mon père affirmait qu’elle avait ainsi semé une livre de haricots mais qu’il n’en était sorti que trois graines !
Après la guerre ces jardins furent abandonnés et les terrains replantés en vigne, l’un d’eux restant en luzerne quelque temps.
Mon père ne reprit pas son emploi d’ouvrier agricole à temps plein. Il combinait le travail de son jardin avec quelques journées qu’il effectuait chez deux s½urs, deux vieilles filles assez portées sur la religion, les demoiselles Aïn. Il taillait, déchaussait les ceps, vendangeait, sulfatait, mais le rythme du travail de la vigne lui permettait l’été de se consacrer exclusivement à son jardin, ce qui lui convenait.
En fait il avait un créneau particulier, il « faisait » le plançon : plants de tomates, d’aubergines, de poivrons, de cardes, de céleris, de choux, de choux-fleurs, de poireaux, d’oignons… Les gens venaient le prendre au jardin mais mon père et ma mère tenaient le marché le samedi et le dimanche matin, devant l’église. Aujourd’hui on a érigé, à l’emplacement qu’ils occupaient, une croix venue d’ailleurs. Il n’y avait pas que du plançon à l’étal. On pouvait y trouver des légumes de saison. Je revois les femmes allant à la messe se faisant mettre de côté qui un paquet de carottes, qui une botte d’oignons ou une autre de radis.
Au printemps ma mère passait dans les rues avec une carriole pour livrer de la salade (essentiellement de la rougette et de la sucrine), des radis, des carottes, des « cebetas » (de jeunes oignons)… Je l’accompagnais quelquefois, nous arrêtant chez mes grands-parents pour leur laisser quelques-uns de ces légumes. Au retour ma mère comptait sa recette en faisant sur la table de la cuisine, avec les pièces récoltées, des tas correspondant à leurs diverses valeurs.
Vers le milieu des années 50 il y a eu deux événements qui ont changé l’économie familiale. En décembre 1953 une crue de l’Orb, centennale a-t-on dit par la suite, a complètement ravagé le jardin familial : le cabanon où l’on rangeait les outils a été rasé au niveau du bassin qui le jouxte, le moteur d’arrosage a été limoné, le puits ensablé, les barrières renversées, les arbres fruitiers arrachés, les paillassons emportés, de véritables cratères se sont formés ici et là… bref c’était le désastre !
Après 1954 il y a eu une nouvelle crise cyclique de la viticulture et les Demoiselles Aïn n’ont pas pu garder mon père. Après avoir travaillé quelque temps, de manière non continue, pour un viticulteur, un nommé Berlan, qui avait un peu plus de terres que ses anciennes patronnes, il a finalement été embauché à temps complet à la « campagne » de Saint-Blaise.
Ma mère, qui était très vaillante, s’occupait du jardin et à partir d’une certaine époque allait faire, chaque mardi après-midi, le ménage chez une dame âgée. Il avait même été question que la maison de celle-ci soit donnée en viager à mes parents, avec en échange, obligation de soigner la personne. Mais mon père n’a jamais voulu accepter cette contrainte.
Mes parents avaient par ailleurs acheté deux petites vignes et il y avait là un petit revenu supplémentaire mais, hors le fait que, sauf pour la période de la guerre et des restrictions, nous mangions à notre faim, nous n’avions guère de moyens financiers pour quoi que ce soit. Mon père déclarait avec humour « Nous plaçons tout à la banque d’Angoulême ! » Pour tout dire nous étions dans une situation de pauvreté. Cela ne m’empêchait pas d’être un enfant heureux !



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:: Les commentaires des internautes

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Posté par Kate le 16.01.2008
pas de la même génération, vous viviez bien plus chichement que moi.
Vous parlez de pauvreté et d'enfants heureux.
Mais évidemment que nous étions heureux, nous n'avions "rien", vivions de "rien", seul l'amour, le respect et l'honneur nous portaient et nous marchions la tête haute, le sourire aux lèvres et la joie de vivre.
Bonne soirée.
Je reviendrais, merci de la lecture.


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