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Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ)
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27.04.2006
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Jadis la terre trembla à Sidi Nadji

Jadis la terre trembla à Sidi Nadji

Posté le 05.07.2007 par cessenon
L'actualité (repas à thème au cercle populaire Joseph Lazare le 6 juillet, débat concernant "la repentance" entendu sur France Inter le 4 juillet) me conduit à mettre en ligne un document publié dans en septembre 2002 dans L'HERAULT du Jour. Je précise que René Domergue dont il est question est décédé en février 2006.

La libération de René Domergue (au centre avec une casquette) à Marseille.

Les progressistes biterrois de plus de 65 ans ont à coup sûr entendu parler de René Domergue. Celui-ci, né à Béziers en 1920, avait en effet provoqué émotion et solidarité active lors de son arrestation en 1958. Une arrestation due à son engagement pour l’indépendance de l’Algérie où il avait exercé son métier d’enseignant de 1950 à 1956 avant d’en être expulsé.
René Domergue a rédigé une manière de relation de ce qu’il a vécu pendant la période qui a précédé le soulèvement du 1er novembre 1954, les deux ans qui ont suivi, puis au moment de sa captivité et enfin lors de son retour à Blida après la fin de la guerre. Deux documents complémentaires ont pour titres respectifs « Jadis la terre trembla à Sidi Nadji » et « Le château de Barberousse. »
Dans le premier l’instituteur raconte son installation, après une année d’adaptation passée à l’Ecole Normale d’Alger dans une école de bled située à 120 km au sud ouest de la capitale algérienne. C’est une école neuve, la première construite depuis 120 ans que la France occupe les lieux, qu’investit… Rémy Donat (puisque c’est le nom qu’il donne à son personnage.)
Il y débarque à la rentrée scolaire de 1950 avec sa femme Madeleine et Dominique leur premier enfant. Le récit est très concret et on découvre un univers rural particulièrement désolant. L’administration de cette « commune mixte » est confiée à des notables musulmans avec lesquels Rémy Donat ne tardera pas à entrer en conflit alors qu’il est… bien vu du reste de la population.
C’est que l’instituteur fait ce qu’il peut pour ses élèves et leurs parents. Il crée une cantine scolaire, utilise des méthodes inspirées de la pédagogie Freinet (emploi en classe de l’imprimerie), s’occupe des problèmes de chacun et… intervient pour que le vote à des élections locales qui se déroule dans son école soit démocratique.
Hélas il lui faudra se rendre à l’évidence. En Algérie tout est truqué et il enregistrera la déclaration d’un candidat du MTLD (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques) selon laquelle il n’y avait d’issue dans ce pays que dans un soulèvement armé.
On découvre tout un monde à coup sûr différent de la France même si pour l’heure l’Algérie c’est, officiellement, trois départements français. Ici le colonialisme aggrave encore l’exploitation du capitalisme ordinaire !
La famille Donat reste deux ans à Sidi Nadji puis rejoint Berrouaghia, petite ville pour laquelle Rémy a demandé sa mutation. Il y deviendra secrétaire de la section du PCA (le Parti Communiste Algérien.) Les conflits avec l’administration locale ne sont pas prêts de se terminer !
Le 9 septembre 1954 la terre tremble à Orléansville provoquant des dégâts considérables et quelques centaines de morts. 52 jours plus tard, le 1er novembre 1954, c’est un autre séisme qui va ébranler l’Algérie… et la France. Il devait durer 2 696 jours occasionnant lui aussi, et à une autre échelle, des destructions, des victimes, des morts…
Le PCA est interdit mais ses militants se regroupent dans une organisation nouvelle : les « Combattants de la Libération. » Recrutant dans le milieu européen progressiste, y compris donc parmi les Pieds-Noirs, la participation à la lutte pour l’indépendance du pays est patente. Mais l’Histoire va prendre un certain tournant et finalement c’est autour de l’identité autochtone et musulmane que se construira l’Algérie future.
Rémy Donat est expulsé d’Algérie en avril 56. Après une année sans affectation, mais en conservant son salaire, il obtient un poste d’enseignant dans un Cours Complémentaire de Béziers. C’est dans son logement biterrois qu’un petit matin de la fin des vacances de Pâques deux policiers procèdent à son arrestation.
Il est incarcéré à la Maison d’Arrêt de la ville et la mobilisation pour sa libération est rapidement engagée. Engagée dans Béziers même – et de nombreux Biterrois doivent en avoir le souvenir – engagée aussi dans le milieu enseignant, plus particulièrement dans celui des instituteurs regroupés au sein de leur syndicat, le SNI.
Rémy Donat est transféré à Marseille puis à la prison Barberousse à Alger. Il y restera deux ans, le temps d’un procès dont le jugement sera précisément deux ans de détention. Le récit de la vie à la prison de Barberousse est révélateur du climat qui prévaut en ce moment du côté de la communauté européenne, de la justice, de l’armée… et de l’état d’esprit des hommes politiques en France.
Si Rémy Donat ne subit pas la torture on le doit certainement à la campagne qui est menée, à l’initiative de son épouse Madeleine, en France métropolitaine.
Le deuxième document évoque également le dernier séjour des Donat en Algérie où Rémy enseigne à Blida. Eh non, comme pendant la lutte pour l’indépendance du pays, la place des Européens n’est pas vraiment reconnue. On « arabise » et dans les pires conditions, avec renfort de ceux qu’on n’appelle pas encore les intégristes, venus d’Egypte, du Liban, de Syrie ou d’ailleurs.
En fait Rémy Donat est resté Biterrois. Le dimanche soir il s’intéresse aux résultats de l’équipe de rugby de l’ASB et chaque été la caravane familiale traverse l’Espagne pour rejoindre le Midi natal. Aussi en 1970 Rémy Donat regagne la France et prend un poste de Pegc dans un collège situé à une trentaine de kilomètres de Béziers.
Voilà toute une tranche de vie qui est un point de rencontre avec l’Histoire. Avec plus précisément une période difficile pour les Français qui ont aujourd’hui entre 60 et 70 ans (ce sont ceux qui ont été les « Appelés du contingent »). Les analyses qui sont contenues dans le document méritent d’être connues. Elles permettent de comprendre l’engrenage au terme duquel des jeunes de 20 ans ont perdu entre 26 et 30 mois de leur vie (quand ce n’est pas leur vie elle-même) pour une cause qui n’avait rien de noble.
Aussi on ne peut que souhaiter qu’une maison d’édition accepte de publier l’ouvrage de René Domergue, aujourd’hui retiré à Pézenas.



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