L’occitan dans les slogans en 1907
Posté le 14.07.2007 par cessenon

Photo Jean-François Cros
C’était le thème de la seconde charradissa de l’édition 2007 de la Festa d’Oc. C’est à Rémy Pech, co-auteur du livre « 1907, les mutins de la République », qu’on avait confié le soin de traiter le sujet. Présenté par son collègue et ami Jean Sagnes, Rémy Pech a rempli sa mission quasiment à la perfection.
Il y avait du monde ce soir là, encore plus que la veille sans doute, dans le cloître de Saint Aphrodise pour écouter l’intervenant. Celui-ci a commencé sa conférence en Lenga Nostre sans qu’aucune protestation pour incompréhension n’ait jailli de l’auditoire. Ah, certes il continuera ensuite son exposé dans la langue… fédérale, mêlant en fait les deux comme le font habituellement les occitanistes !
Donc nous avons eu droit à l’emploi de l’occitan sus las plancardas. La plupart des mots d’ordre étaient connus, Lo darniè crostet étant le plus célèbre. Toutefois nous avons eu des inédits, tel cet appel à l’intervention de Saint Roch à qui il est demandé d’intercéder auprès du Bon Dieu, à cette restriction près qu’il ne doit pas faire seguir son gos, qu’avem pas de pan per lo noirir !
Une fresque des événements de 1907 sera ainsi exposée avec les talents d’un conteur très ancré dans une approche populaire qui n’excluait pas la rigueur de l’historien. On apprend par exemple qu’à Pépieux, village du Minervois, les participants à la manifestation du 9 juin à Montpellier ont fait le trajet à pied !
Ce n’est pas que Monseigneur de Cabrières, évêque du diocèse, qui offre l’hospitalité de la cathédrale aux manifestants, les écoles laïques sont également réquisitionnées pour les héberger !
A partir de la question occitane c’est l’histoire de l’épopée du printemps de 1907 qui a été développée avec talent. Le rapprochement avec la situation actuelle, en tenant compte de ses différences, a pu être fait. On retrouvera des accents similaires à 1907 en 1976 quand est distribué un tract reprenant le « Qui nous sommes » publié dans le Tocsin et plus tard en 1987 dans le « Volem viure al pais » et le manifeste « Mon pais escorjat ».
A l’image de Marcellin Albert, Rémy Pech a des qualités de comédien ! Il interpelle un mainatge que fasià de bruch et accuse le Pape de perturber sa conférence en faisant sonner les cloches de Saint Aphrodise ! Le Tocsin en quelque sorte.
On va passer sur le déroulement de l’exposé, d’une grande richesse, fourmillant d’analyses, de détails, d’anecdotes… L’orateur a su puiser dans le registre des souvenirs du peuple pour rendre très vivante sa prestation.
Qu’on me permette une critique et elle s’adresse également à Jean Sagnes, d’autant que ce dernier est d’accord avec ce point de vue. Pourquoi n’avoir pas éclairé plus nettement le public sur la nature de la crise ? A savoir un mécanisme de surproduction tel qu’en génère le système capitaliste. Car les mesures prises avec les lois adoptées ne règleront pas durablement le problème et des phases de mévente du vin continueront à émailler le 20ème siècle.
Le débat qui a suivi a mis en évidence l’intérêt des personnes présentes pour la période évoquée, avec la personnalité de Marcellin Albert. Nous allons rapporter ici l’appréciation de Rémy Pech sur Lo Cigal. Ce n’est pas l’affaire des 100 francs qu’il a reçus qui est en cause mais le fait que parti à Paris représenter les viticulteurs il en revient en porte-parole de Clemenceau ! Par ailleurs Jean Sagnes a dressé du personnage controversé un tableau complet qui a passionné l’assistance.
D’autres aspects ont intéressé le public, question sur le regard des autres régions viticoles que le Midi, intervention sur les difficultés actuelles de la viticulture, du monde rural, de l’occitan… dans le contexte mondialisé que nous vivons.
On a envie de citer Yves Rouquette « Res n’a cambiat dempuèi 1907, los parlan plan barjacan et viran en redon ! »
Rémy Pech a plus d’une corde à son arc, outre ses talents d’historien, de conteur, de comédien, d’occitaniste, il sait aussi chanter. Il a interprété pour nous, eh oui, on ne pouvait pas y échapper tant le chant est porteur de symbole, le célèbre « Gloire au 17ème » !
Le livre, bilingue, « Passejada poetica pels jardins de Béziers », de Coleta Derdevet-Meneau, illustré de dessins d’Elisabeth Ozil, a été présenté cependant que le propriétaire de La Colombette a rendu compte de l’orientation prise pour sa production, à savoir, à l’instar de la nouvelle cuisine qui réduit les matières grasses, diminuer le degré alcoolique du vin sans en enlever les propriétés organoleptiques.
Un vin que l’on a pu déguster avant de se séparer.
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