Du côté de mes grands-parents paternels
Posté le 04.05.2006 par cessenon
Mes grands-parents habitaient « Au château » Il faut entendre par là, le quartier du château dont il ne reste que le donjon que l’on désigne plus communément sous le nom de lo cloquièr (le clocher.) En 1622 une délégation des consuls de Cessenon s’était en effet rendue à Montpellier lors du passage de Louis XIII pour obtenir que la forteresse soit rasée. Celle-ci était source d’ennuis, particulièrement au moment des guerres de religion qui avaient vu la place être l’enjeu des différentes parties. Satisfaction leur fut donnée car la limitation du pouvoir des seigneurs locaux entrait dans la politique de Richelieu. La démolition ne commença toutefois qu’en 1633.
Mes grands-parents s’appelaient Joseph et Marie. Ils s’étaient mariés jeunes et s’étaient « enlevés » ! Cela consistait, quand les futurs époux rencontraient dans leurs familles une opposition à leur mariage, à aller passer trois jours (trois nuits plutôt !) à l’hôtel. Le garçon ramenait sa future femme à son futur beau-père en lui laissant entendre dans quel état il la lui rendait. A cette époque on était exigeant sur le sujet, on mariait donc les jeunes. L’avantage de la méthode c’est qu’on réduisait ainsi les frais de noces puisque le mariage était déjà… consommé !
J’ai entendu raconter cent fois par mon père l’enlèvement de ses parents. Ma grand-mère, qui n’avait pas seize ans, avait mis un tablier blanc et avait rejoint mon grand-père à la gare par une rue pas trop fréquentée. Elle y avait rencontré une amie qui l’avait interrogée sur sa tenue. Voilà ce qu’avait été le dialogue : « On va la Marie ? – M’enlevi ! »
Je ne sais pas si mes grands-parents sont allés jusqu’à Béziers, à l’hôtel des Poètes peut-être où était descendue en août 2002 une amie allemande ? Peut-être même dans la chambre qu’elle occupait ? Je sais que cet hôtel avait servi d’hébergement à un autre couple qui avait renoué dans les années 50 / 60 avec cette tradition d’enlèvement. Mais mon frère prétendait que nos grands-parents s’étaient arrêtés à Réals.
A la même époque un autre Cessenonais, Pòlet de Marti (Petit Paul, fils de Martin), s’était lui aussi enlevé avec sa future femme. Toutefois il avait estimé que c’était du tintouin et de la dépense que d’aller à l’hôtel. Aussi, comme il était pêcheur il avait pris un filet, une poêle, un peu de matière grasse, un gros pain et s’était installé, pour la durée requise, avec sa fiancée dans la grotte du Foulon, en surplomb de l’Orb. Naturellement il n’y avait là aucune commodité ! Mais enfin… Comme ces enlèvements avaient eu lieu en même temps, mes grands-parents, qui avaient opéré de manière plus traditionnelle, ont gardé leur vie durant de bons contacts avec Pòlet de Marti et son épouse.
Contrairement à ce qu’on pourrait penser les conditions de ces unions n’altéraient pas celles-ci et tout se passait dans le calme par la suite.
La maison de mes grands-parents avait été je crois celle des parents de ma grand-mère. On entrait de plain-pied dans la cuisine par la Rue des Remparts. Face à la porte, une fenêtre, pas trop éclairante, donnait sur la Rue des Terrasses. On pouvait accéder à la cave qui ouvrait sur cette rue, par une trappe et une échelle. Mon grand-père laissait souvent son vélo sur cette trappe. Un escalier mal commode permettait d’atteindre l’étage supérieur où il y avait deux chambres dont l’une n’était munie que d’un fenestron.
Le père de ma grand-mère, Passebosc, était descendu du Tarn, de Saint-Amant Soult plus précisément, avec ses frères. La mère de ma grand-mère s’appelait Hortense Sigé et sa famille était de Cessenon depuis plus longtemps. Ce doit être le père de cette Hortense qui avait été tué par un coup de pied de mule à La Grange-Neuve, une « campagne » située sur la rive gauche de l’Orb, où il était « domestique. » C’est ainsi qu’on appelait les ouvriers agricoles qui étaient logés par leurs patrons.
Cette mort avait naturellement été un drame pour la veuve qui avait deux enfants. Il n’y avait pas alors de sécurité sociale et aucun dédommagement n’était prévu en cas d’accident de travail. Par ailleurs il avait fallu quitter le logement, de fonction dirait-on aujourd’hui, qui était occupé à La Grange-Neuve. Les gens avaient plaint cette pauvre femme qui avait traversé le pont pour rejoindre le village, où elle allait vivre à présent, un enfant dans chaque main. Elle avait gagné sa vie comme alisaira (littéralement repasseuse mais peut-être faut-il comprendre blanchisseuse) au service de gens aisés.
Elle avait été invitée à venir à La Grange-Neuve le dimanche avec ses enfants manger la soupe à la table des maîtres. J’ignore si elle a jamais répondu à cette invitation. Un cousin à qui je racontais l’histoire s’est interrogé : « Peut-être que nous y avons encore droit ? »
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Léopold dit Paulet dé marti
Posté par
Gast georges le 16.05.2007
soy lou pichot éfant de Leopold Gast.J'ai bien apprécié et beaucoup ri ainsi que ma soeur Gisèle.Que de souvenirs !
Ce
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