Ma permission
Posté le 26.07.2007 par cessenon

Le Kairouan
Oui, nous avions droit à une permission de trois semaines qui coupait notre séjour de vingt six mois en Algérie. Qui a dit que les gouvernements successifs, de Guy Mollet à De Gaulle, n’étaient pas attentionnés avec les soldats du contingent appelés en Afrique du Nord ?
Comme j’avais changé d’unité ma permission n’avait pas été programmée alors que tous ceux de ma classe l’avaient déjà prise. Je ne disais rien bien sûr, souhaitant qu’elle soit retardée au maximum car cela me permettait d’avoir moins de temps à effectuer à son issue.
Finalement je ne suis parti en permission qu’en septembre 1961, au bout de dix-huit mois de service militaire. Au retour de celle-ci il ne me resterait plus que sept ou huit mois à effectuer.
J’avais ce qu’on pouvait appeler une fiancée mais dix-huit mois c’est long ! Enfin pour moi je n’avais pas vraiment le choix. Elle ? C’est plus compliqué, mais à cette époque je ne savais pas !
Curieusement elle m’a proposé que nous nous mariions lors de ma permission. Ma foi comme c’était dans l’air avant et qu’elle aurait droit au versement d’une pension… Quand on n’a pas encore 22 ans !
Partait en permission en même temps que moi Jacques Flotté d’Alençon, comme moi instituteur dans le civil et qui a fini sa carrière d’enseignant comme principal du collège de Dives s/ Mer.
Je me rappelle que nous sommes montés en camions jusqu’à Perrégaux où nous avons pris le train de la ligne Alger / Oran et avons passé une nuit à la Base Arrière. En soirée nous avions eu droit à un film amusant qui nous avait divertis.
Le bateau ? C’était le Kairouan. Un bateau blanc et qui devait rallier non pas Marseille mais Port Vendres. La nuit passée sur un transat a été comme il se doit inconfortable. L’arrivée sur la Côte Vermeille fut un enchantement. Les vignes qui montaient à l’assaut des collines, c’était vraiment très beau !
Sur le mole une jeune femme suivait les opérations d’accostage. C’était elle !
Les retrouvailles ne furent pas l’objet d’effusions excessives. Jacques Flotté avait même été quasiment impressionné par la façon très calme avec laquelle elles s’étaient effectuées !
Nous avions ralliés Béziers en auto-stop. Je n’ai pas le souvenir de l’enchaînement des choses. Je me souviens aussi de l’émerveillement que m’avait valu la vue sur le port de Collioure. Je m’étais promis d’y aller dès que l’occasion se présenterait. Hélas il m’a fallu attendre plus de quarante ans pour le faire, dans le cadre d’un échange scolaire avec l’Allemagne.
J’ai dû arriver à Cessenon dans la journée à moins que ce soit le lendemain ? Je ne sais plus si c’est cette fois que mon père recevait un copain de régiment à lui, un certain Guiraud de Siran avec lequel il avait été à l’initiative d’une pétition contre la mauvaise qualité de la nourriture alors qu’ils étaient à Bizerte. Si c’est cette fois là je revois alors la petite chienne Tou Fou bien dégradée par l’âge !
Ce qui m’a le plus surpris lors de mes premiers jours de permission c’était les coups de feu. Oui c’était la saison de la chasse, peut-être aussi y avait-il un ball-trap, mais en Algérie, les coups de feu…
Donc pour moi c’était la confusion la plus complète qui régnait. Maryse, « L’amie » de mon imminente épouse était fille d’un viticulteur. J’ai été sollicité pour aider à vendanger au domaine qui était du côté de Lespignan me semble-t-il.
Nous nous sommes mariés à Béziers, Maryse et mon frère nous ont servi de témoins. Nous sommes allés manger ensuite à Agde. J’ai toujours eu, j’ai encore, horreur des restaurants ! Enfin mon frère a dû payer, il était d’une générosité maladive.
Quels autres faits marquants de cette permission ? J’étais allé chez le dentiste car une dent s’était cassée sur un pépin de raisin. Naturellement je n’étais pas assuré ou du moins je ne savais pas ce que je devais faire pour me faire rembourser.
A la fin de ma permission, à mon arrivée au Camp Sainte Marthe à Marseille un secrétaire m’a informé qu’il n’y avait pas de bateau avant le surlendemain. J’ai donc bénéficié de deux jours supplémentaires.
Je suis revenu sur Béziers et dans une gare, à Avignon peut-être, j’ai aperçu des collègues qui avaient passé le concours d’entrée de quatrième année à l’Ecole Normale mais qui avaient obligation d’effectuer un certain nombre d’années dans un département déficitaire, l’Yonne en l’occurrence. C’était la rentrée scolaire ils allaient reprendre leur poste pour la troisième année consécutive. Je ne sais pas s’ils changeaient de train ou s’ils étaient simplement descendus du leur.
J’ai pu bénéficier d’une soirée supplémentaire, peut-être deux, en compagnie de mon épouse et… de ma rivale dont j’ignorais toujours le statut ! Oui en fait le mariage qui m’avait été proposé était probablement une solution de ma fiancée pour sortir de la situation dans laquelle elle s’était engagée.
Je me rappelle que nous sommes allés au cinéma voir « Un taxi pour Tobrouk »
Il a bien fallu revenir à Marseille. J’ai observé un arrêt chez mon frère à Montpellier et un de ses collègues m’a ensuite reconduit à la gare avec son scooter en s’excusant de ne pas avoir une mission plus exaltante à remplir. Je l’ai rassuré, je n’avais pas le sentiment de courir un grand risque !
Le retour à Oran s’est effectué sur le Ville d’Alger et je crois que sur le pont je lisais «La condition humaine » de Malraux cependant que les dauphins suivaient en effectuant des sauts, l’avancée du bateau.
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