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cessenon
Description du blog :
Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ)
Catégorie :
Blog Journal intime
Date de création :
27.04.2006
Dernière mise à jour :
22.07.2008
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Mes grands-parents maternels

Mes grands-parents maternels

Posté le 07.05.2006 par cessenon
Comme ils habitaient Millau je les voyais assez peu, en gros une fois l’an, en général après les vendanges. C’était d’ailleurs toute une expédition.
Au début nous prenions en gare de Cessenon, le train d’intérêt local qui arrivait de Saint-Chinian. Les banquettes étaient certes en bois mais le plafond du compartiment, ripoliné en blanc, avait quelque chose de merveilleux qui évoquait pour moi l’idée de la perfection. Le trajet pour rejoindre à Béziers la gare du Nord, devait durer trois quarts d’heure. Au niveau de Réals nous avions droit à un petit tunnel qui existe encore. Il a un moment servi d’entrepôt pour la base de canoës kayaks.
A Béziers il nous fallait descendre à la gare du Midi, fort éloignée de la gare du Nord. Plus tard nous prenions le car qui nous déposait sur la place de la Citadelle, baptisée place Jean Jaurès. Là il suffisait de traverser le jardin public du plateau des Poètes pour aller prendre le train en direction de Millau.
Je sais qu’il y avait une longue attente et très souvent à la saison de notre voyage annuel il pleuvait. La verrière de la gare n’a pas changé mais elle n’a plus toutefois dans ma tête le même aspect que celui qu’elle avait quand j’étais enfant.
Entre Béziers et Millau nous avions droit à un grand nombre de tunnels. Dans certains d’entre eux des wagons, que la Résistance avait fait dérailler, étaient encore couchés contre la paroi. On les avait simplement dégagés de la voie pour que les convois puissent passer.
Je ne connaissais pas toutes les gares par c½ur mais je n’en étais pas loin ! Je savais qu’à Bédarieux nous n’étions pas encore à la moitié du parcours et qu’à Tournemire on pouvait voir les lumières de Roquefort. Entre temps on était passé au Bousquet d’Orb, aux Cabrils….
Traditionnellement l’oncle Raoul, le mari de Manou, la s½ur cadette de ma mère, venait nous attendre avec son vélo à la gare de Millau que nous atteignions vers 22 h.
Mon grand-père Victor Delpal était Millavois d’origine. Ma grand-mère, Mélanie Aldebert, était née à Rodez. J’ai appris récemment que c’est en allant écouter des concerts dans le kiosque à musique de la préfecture de l’Aveyron que ma grand-mère avait connu mon grand-père qui jouait du clairon dans la clique du régiment dans lequel il effectuait son service militaire.
Mon grand-père avait exercé divers métiers. Il avait travaillé dans une mégisserie. Pendant une période, à la saison du battage, il suivait la batteuse qui se déplaçait de ferme en ferme. Mais ce qui me reste de lui c’est qu’il avait été « pastre » (berger salarié) sur le Larzac.
Ma mère m’a eu montré, du côté de La Cavalerie, le secteur où était le bout de terrain que le propriétaire du troupeau concédait à mon grand-père pour y cultiver quelques légumes. En fait c’était tellement sec qu’il n’y poussait guère que des pois-chiches. Peut-être des pommes de terre quand même.
J’ai deux anecdotes, que je tiens de l’oncle Raoul, qui illustrent le caractère très aveyronnais de mon grand-père. Celui-ci rêvait d’avoir une chèvre à lui dans le troupeau de son patron. Ce dernier était d’accord et pourtant ce rêve de chèvre n’a jamais été réalisé. Comme je demandais des explications à l’oncle, je les ai eues. Mon grand-père allait chaque année au foirail de la place du Mandarou où se tenait le 6 mai un marché aux bestiaux mais voilà m’a raconté mon oncle : « Ton grand-père voulait revenir du foirail avec sa chèvre et ses sous ! » Une variante de l’histoire du beurre et de l’argent du beurre !
La seconde concerne une s½ur de mon grand-père, une personne peu banale pour son époque. C’était Tata Maria et elle était partie au Brésil où elle avait vécu maritalement avec un homme qui avait dû avoir un peu d’argent. Il était question d’un terrain constructible à Rio de Janeiro dont elle aurait pu hériter à la mort de son compagnon et qui faisait fantasmer toute la famille ! En fait d’héritage, les petits-neveux ont eu un couvert en argent, une fourchette et une cuillère donc, le mien et celui de mon frère doivent être quelque part dans la maison de mes parents devenue celle de mon neveu.
Mais je reviens à la deuxième anecdote. Cette Tante Maria fumait, mon grand-père aussi. Seulement voilà, pendant la guerre le tabac était rationné et les femmes n’avaient pas droit à la carte de rationnement. Aussi quand elle rendait visite à son frère et que celui-ci roulait une cigarette, ma grand-mère disait à son mari : « Tu vois bien que ta s½ur a envie de fumer, roule-lui une cigarette. » Mon grand-père s’exécutait mais il mettait si peu de tabac dans le papier qu’à peine l’allumette l’avait enflammé que la cigarette se consumait jusqu’aux lèvres en un instant !
Mon grand-père était très catholique et ne manquait pas la messe le dimanche matin. Enfin… comme il avait à faire, il allait à la première messe. Oui, s’il avait à faire, c’est qu’il avait un bout de terrain, à la périphérie de Millau, aujourd’hui c’est pratiquement dans la ville, tout autour tout est construit. Ce terrain s’appelait Le Vignou et, comme son nom l’indique, il y avait une vigne faite de plusieurs terrasses. Pas vraiment productive ! Il y avait aussi des amandiers et mon grand-père travaillait à bâtir une toute petite maisonnette qui n’a jamais abrité que des lapins et une poule aussi, Zoé, dont j’ai entendu parler sans l’avoir jamais vue. La bâtisse a été démolie au moment de la construction de maisons qui appartiennent à un cousin et une cousine.
En partant au Vignou mon grand-père donnait des consignes strictes à ma grand-mère, celle-ci devait aller à la grande-messe. Comme ma grand-mère était débordée (c'est qu'elle avait trois filles), peut-être aussi parce que le sujet ne la passionnait pas, elle n’y allait pas systématiquement. Peut-être même qu’elle n’y allait pas du tout ! Toutefois elle donnait le change et sortait son chapeau qu’elle mettait bien en évidence sur le lit pour que mon grand-père le voie en rentrant du Vignou. Celui-ci effectuait des contrôles et demandait ce qu’avait dit le curé. Assez coquine, ma grand-mère répondait qu’un peu dure d’oreille elle n’avait pas tout entendu, qu’une partie était en latin… bref l’éternel féminin ne date pas d’aujourd’hui !
Mon grand-père est décédé en 1949. Je ne l’ai donc guère connu. Toutefois un ou deux ans avant sa mort il était resté en pension chez mes parents pendant environ trois mois. Ce qui m’avait surpris c’était de le voir chaque soir réciter sa prière au pied de son lit avant de se coucher. Cela ne faisait pas partie des habitudes de mes ascendants cessenonais. Naturellement pendant son séjour à Cessenon le dimanche il allait à la grand-messe.
Je me rappelle aussi l’odeur d’arnica qu’il y avait dans la chambre que mon frère et moi avions abandonnée à notre grand-père. Je revois aussi sa musette dans lequel il prenait son repas de midi quand, se rendant utile, il partait effectuer des travaux à l’une des vignes de mon père. Il y avait des tas de trésors dans cette musette : du sel dans un récipient ad hoc, des pierres à briquet, de l’amadou, des bouts de ficelle…
Contrairement à ce que j’avais cru comprendre, mon grand-père écrivait correctement. Une cousine m’a remis, il y a peu, une photocopie d’une lettre écrite en 1915 qu’il avait envoyée à sa femme et à ses enfants depuis Toulon où il était mobilisé (comme sergent m’a-t-il semblé lire) au 129ème Régiment Territorial.
Ma grand-mère est morte en 1951, je ne l’ai guère plus connue que son mari, sauf l’été 1950, chez une s½ur de ma mère, mais elle était déjà sur le déclin. Cet été là en effet j’avais passé quelques jours de vacances chez la tante Yvonne et l’oncle Alfred qui l’hébergeaient. J’ai appris beaucoup plus tard que la mère de ma grand-mère étant veuve s’était remariée avec un Cathala et qu’il y avait des enfants d’un second lit. Mais là je n’ai guère plus de précision.
Je revois vaguement le logement de mes grands-parents maternels au bout de la rue Louis Blanc, du côté du pont Lerouge. Un petit logement dans un grand bâtiment. Il y avait une petite cuisine et… deux chambres ? Je ne sais plus. Par contre je me souviens du gros coquillage marin dans lequel on me faisait écouter la mer en le collant contre mon oreille et j’ai aussi la vision d’un réchaud à gaz particulièrement crasseux !



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