La raison du plus fou... est-elle la meilleure ?
Posté le 01.08.2007 par cessenon

Christian Mazzuchini en psychiatre façon Salvador Dali
Photo Patrici Baccou
C’est à un spectacle absolument désopilant que nous avons assisté lundi 30 juillet à Thézan les Béziers, dans la cour de Mlle Emile plus précisément, et qui était joué dans le cadre du Festival des Nuits de la Terrasse et del Catet.
La pièce est construite à partir d’une réalité historique : les travaux d’un psychiatre catalan, François Tosquelles, qui a mis en application ses conceptions révolutionnaires en matière de traitement des maladies mentales à l’hôpital de Saint Alban en Lozère.
Mais ce n’est pas une thèse de médecine qui nous était proposée ce soir là et le titre, « Psychiatrie / Déconniatrie », ne laissait place à aucune ambiguïté en la matière. D’ailleurs la circulation sur la scène dès le début de la représentation d’un jouet insolite remonté par une mécanique confirmait le peu de prétention de Serge Valletti, metteur en scène et auteur, dans ce domaine.
Christian Mazzuchini, c’est le nom de l’acteur, se présente à nous dans le rôle d’un psychiatre aux propos délirants et pour l’essentiel incompréhensibles bien, ou plutôt justement parce qu’ils ont l’apparence de ce que l’on est habitué à entendre de la bouche de ces praticiens.
On pense tout de suite à Salvador Dali ! D’autant que Christian Mazzuchini s’exprime avec la voix caractéristique, entrecoupée de sifflements dus à l’asthme, du célèbre peintre surréaliste ! La ressemblance s’imposera encore avec les moustaches postiches dont s’affuble l’acteur.
Toute une collection de malades mentaux nous sera présentée, l’interprète enlevant ici ou là un de ses vêtements, en remettant un autre, supprimant sa moustache pour le cas… où on serait tenté de confondre fou et psychiatre.
Beaucoup de ces pensionnaires de l’asile, pardon, l’hôpital psychiatrique, sont complètement déjantés : celui-ci par exemple, outre qu’il s’occupe d’huiler les gonds des portes, a la lourde responsabilité de faire se coucher le soleil. A cette fin il manœuvre une manivelle qu’il fait, le lendemain matin, tourner dans l’autre sens pour qu’il se lève.
Peut-être est-ce un autre, ou le même on ne sait plus, qui se plaint de ce que la nuit les rayons du soleil qui sont de l’autre côté de la Terre pénètrent dans son corps, soit entre ses orteils soit par une autre voie. Dans ce deuxième cas ils sortent par les narines en formant des éclairs certes jolis mais qui quand même l’incommodent.
L’alcoolique non plus n’est pas mal qui rend compte de ses contacts avec… ceux d’en haut. Très compliqués ceux d’en haut : il y a le Père, le Fils, l’Esprit Saint… en fait il y a un tas de gens, dont la mère au statut particulier et Joseph, bien sympathique avec sa barbe.
Ces derniers figurent dans la crèche mais pas Adam et Eve dont la tenue ne le permettrait pas.
On ne peut tenter d’être exhaustif, c’est dommage, mais nous risquerions d’en oublier. On ne va quand même pas passer sous silence la séquence avec Pilepoil, la chienne emmaillotée que le psychiatre transporte dans le panier d’un tricycle bas de cadre, sinon de gamme, sur lequel il arrive. De bonne composition Pilepoil, à l’image d’un patient il se couchera sur le divan du psychiatre et ma foi… la bête donne l’impression d’être partie prenante de l’analyse dont il est quasiment l’objet !
Ah, les analystes qui ne connaissent pas le catalan ? Ils ont rapidement acquis la moitié de la langue car la moitié de ce qui se dit c’est « Me cago en Deo ! » ou « Me cago en la hostia ! »
Ah, bien sûr celui qui, à l’instar de ces jeunes filles qui sortaient en avouant qu’elles n’avaient rien compris, a cherché le message qui était délivré, aura peut-être été un peu dérouté. Pourtant quelques éléments de la doctrine du docteur Tosquelles figuraient dans le texte. Citons : « Sans la reconnaissance de la valeur humaine de la folie, c’est l’homme même qui disparaît. »
Original, la dégustation de vin se faisait à partir des gobelets apportés sur un chariot habituellement utilisé dans les cliniques et hôpitaux pour véhiculer les remèdes. Mais peut-être que nous a été offert du vin médecin ?
On ne va pas dresser la liste de tous les intervenants dans la réalisation du spectacle. Toutefois on ne va oublier ni Karim Dridi pour les images projetées ni Maryline Le Minoux… au nom si bien porté !
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