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Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ) Catégorie : Blog Journal intime Date de création :
27.04.2006 Dernière mise à jour :
08.09.2008
Puisque c'est la Saint-Louis, je mets en ligne un article sur les joutes qui date de 1999.
La photo est d'Annie Menras.
Samedi 10 juillet s’est déroulé à BEZIERS, sur le Canal du Midi, dans le bief du Port Neuf, un tournoi de joutes, le challenge Marcel NICOLLIN, organisé par l’Association des Jouteurs Biterrois. Si le chroniqueur a tout compris, il concernait la catégorie des Lourds - Moyens.
BEZIERS est à la limite occidentale du monde des joutes languedociennes plus centrées sur SETE, AGDE, MEZE, FRONTIGNAN, BALARUC, PALAVAS... Aussi un tournoi de joutes à BEZIERS n’est pas une manifestation banale et ma foi, puisqu’il est rare, autant aller voir l’événement.
Le cadre du tournoi est des plus agréables, des tribunes métalliques ont été dressées devant l’IUT, à l’ombre des platanes, sans doute séculaires, qui bordent le canal. Pourtant, sans être désert, ce n’est pas la grande foule sur ces tribunes. Le groupe musical de MONTAGNAC assure avec bonheur l’ambiance sonore de cet après-midi. Denis et Alain, deux amis reconnus parmi les instrumentistes, m’expliquent qu’ils font cela depuis une dizaine d’années, à raison d’une vingtaine de tournois par saison.
Les barques, aux armes de la ville de BEZIERS, Désiré pour la rouge et Bienvenue pour la bleue, ont fière allure. Dans chacune une équipe de huit rameurs et d’un barreur en permet le déplacement. Dans chacune aussi, deux musiciens, en canotiers enrubannés, jouent, l’un d’un tambour, l’autre d’un hautbois, l’air des joutes de SETE à chaque engagement. C’est une musique aigrelette, différente de celle des joutes de MARTIGUES, inlassablement répétée au cours de l’après-midi.
C’est qu’il y a une soixantaine de concurrents. Aussi il n’y a pas de temps mort. Distantes d’une centaine de mètres les barques se rapprochent à la force des rames, un cri du rameur situé à l’avant, à tribord, commandant à ses coéquipiers de ce bord de rentrer les rames le long du flanc de la barque au moment de la rencontre.
En haut, perchés sur leurs tintaines, les jouteurs, en tenue blanche, avec un polo rayé de bleu en dessous, saluent d’abord en tendant leurs lances et leurs pavois à bout de bras. Puis avant l’affrontement, chacun s’arc-boute et se prépare au choc. Ils ont des chaussettes épaisses aux pieds et, la lance pointée, ils visent le pavois de l’adversaire dans lequel viennent se ficher les retenants.
Pour accéder aux phases ultimes chaque jouteur doit éliminer trois concurrents. Il arrive que les deux protagonistes tombent tous les deux à l’eau. Ils sont alors éliminés tous les deux. Il arrive aussi que le jury disqualifie l’un d’eux, notamment pour avoir tenu sa lance trop loin de sa garde, pour d’autres raisons aussi, pas toujours accessibles au néophyte que je suis. Et ce malgré les explications gentiment fournies par mes voisins de devant qui ont l’air de s’y connaître.
Un canot à moteur circule pour récupérer les lances et pavois tombés à l’eau. Les jouteurs eux regagnent la berge seuls, nageant pour cela dans une eau pas trop ragoûtante. Les ennemis de tout à l’heure se saluent et même souvent s’embrassent quand ils se retrouvent ensemble dans l’élément liquide. C’est tout à fait sympathique ! Le même canot amène les nouveaux concurrents dans les barques où ils attendent leur tour sur les échelles qui sont à la poupe. Le jury s’assure que les deux barques sont également chargées et que les tintaines sont au même niveau. Eventuellement on rajoute un passager.
Parfois l’un des jouteurs lève la lance au moment de l’affrontement. C’est qu’il estime qu’il n’est pas prêt. Les barques vont alors tourner et reviennent ensuite à la charge. Il arrive aussi que le jouteur ne tombe pas à l’eau mais se retrouve sur la tintaine de l’autre barque. Il est bien sûr éliminé. De même si tombe à l’eau simplement son pavois ou sa lance.
Parfois aussi il est demandé à une péniche qui circule sur le canal d’attendre, pour poursuivre sa course, la fin de l’engagement amorcé. C’est ce qui est fait de bonne grâce.
Quatre concurrents restent en lice pour les demi-finales. Avant chacune d’elles, un cérémonial plus élaboré est mis en œuvre : le salut consiste en effet à faire tournoyer la lance. Lors de la première demi-finale les deux candidats tombent à l’eau. La deuxième demi-finale sera donc la finale. C’est Stéphane GOMEZ, de la Nouvelle Lance de MEZE, qui est déclaré vainqueur et qui a droit à un tour d’honneur avant la remise des récompenses.
Une après-midi originale en vérité, ancrée dans une tradition régionale très ancienne, qui sans doute aurait mérité une plus grande affluence.