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cessenon
Description du blog :
Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ)
Catégorie :
Blog Journal intime
Date de création :
27.04.2006
Dernière mise à jour :
22.07.2008
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Béziat

Béziat

Posté le 24.08.2007 par cessenon
Il s’appelait Raoul Béziat et c’était un collègue de mon père. Ils s’étaient trouvés ensemble à La Grange-Neuve puis à Saint Blaise. Dans les deux campagnes Béziat était ramonet et mon père ouvrier agricole.
Entre ces deux places Béziat avait été un temps contremaître à la mine de lignite des Mattes.
J’ai connu particulièrement Béziat lors des vendanges de 1959. Je charriais cette année là avec Christian Cathala, alias Le Malgache, précisément à Saint Blaise. En tant que ramonet Béziat conduisait le cheval et nous chargions la charrette après avoir sorti les comportes de la vigne avec Christian.
C’est de lui que j’ai appris qu’un cheval dressait les oreilles vers l’avant quand il était en confiance et les repliait vers l’arrière quand il était inquiet.
Béziat était une figure ! Il avait je crois été blessé pendant la guerre de 14 – 18 et devait s’asseoir pour faire ses besoins. Aussi quand c’était nécessaire il nous empruntait un des pals semalièrs. Il le plaçait sur deux ceps de vigne et nous le rendait à la fin de l’opération.
A chaque voyage à la cave il ne manquait pas de boire un coup. Il y avait à ce sujet tout un scénario qui reprenait une séance au tribunal. Je vais essayer de le retrouver sinon intégralement du moins dans l’esprit. Ayant rempli un verre de vin il l’interrogeait d’un « D’où sors-tu ? » Il donnait la réponse « De ce cep généreux ». Il enchaînait ensuite d’un « As-tu tes papiers ? » En l’absence de pièces justificatives la sentence tombait : « Petit polisson va-t-en en prison ! », sentence suivie de son exécution immédiate qui consistait à boire le contenu du verre. Mon père qui travaillait à la cave pendant les vendanges faisait mine de ne pas avoir tout compris et demandait « Cossí dises ? » (Comment tu dis ?) ce qui amenait un bis (voire un ter) et faisait boire à Béziat un deuxième, troisième… verre !
Il vivait à Saint Blaise où il avait ce que nous appellerions aujourd’hui un logement de fonction mais qu’à l’époque on désignait sous le nom de « ramonetatge ». Il y élevait un cochon, une chèvre aussi qui finissait souvent dans la même salaison que le porc !
Tiens il y avait un berger andorran qui venait l’hiver faire paître son troupeau à Saint Blaise. Les ouvriers lui avaient acheté collectivement un agneau et Béziat s’était occupé de le dépecer. Mon père avait noté qu’au moment du partage il manquait le foie, le cœur, les intestins… c’est à dire l’ensemble des abats. Il avait d’ailleurs eu cette réflexion : « Je me demande comment cette bête faisait pour vivre. »
Il y eut une tentative malheureuse. Un renard avait été tué, je ne sais plus dans quelles conditions. Il avait été question de le cuisiner. Pour enlever l’odeur de sauvagine il fallait mettre à tremper l’animal dans l’eau pendant plusieurs jours. A cette fin le renard avait été descendu dans un puits. Hélas la corde s’est cassée et… les os du renard doivent être toujours au fond de ce puits !
Des vendangeurs espagnols étaient venus à Saint Blaise où ils logeaient. Pour améliorer leur ordinaire nous, Béziat, mon père, Edouard Tarral, moi… d’autres sans doute, étions allés faire un coup de filet dans l’Orb tout proche. Béziat avait mangé tout cru un poisson rapporté de la pêche miraculeuse qui avait été obtenue !
L’épouse de Béziat s’appelait Berthe et était naturellement la menaira de la còla. C’était assez cool ! Nous avions droit à quelques détails sur la période prénuptiale. C’est ainsi que nous avions su la tactique du fiancé. Raoul annonçait qu’il avait des bonbons dans sa poche mais voilà… la poche était trouée !
D’ailleurs Béziat avait des rêves oniriques. Il racontait par exemple à une jeune vendangeuse celui de la nuit précédente en ces termes « somiavi qu’èri una semal e que m’avíás emponhat per la cornelièra » (je songeais que j’étais une comporte et que tu m’avais empoigné par une anse).
Béziat circulait à cyclomoteur. Une expédition, à laquelle mon père avait je crois participé, avait été organisée pour rendre visite à une relation que notre homme avait à Bézis, un hameau de la commune d’Olargues. Le bouchon du réservoir faisant défaut, Béziat avait utilisé la bonde d’un tonneau. Comme l’air ne passait pas l’essence avait des difficultés à s’écouler et après quelques hoquets significatifs cela avait été la panne. Arrêt à une station service du côté de Tarassac où le pompiste avait tout de suite trouvé la cause : « Vous avez bouché ça comme une barrique ! »
Béziat n’entendait pas mourir et avait déclaré qu’en cas de décès suspect il faudrait enquêter, à coup sûr ce ne serait pas un suicide ! Non il est mort d’un accident de la circulation, en revenant de Saint-Chinian où, sans doute pas trop à jeun, il était allé encaisser sa pension d’ancien combattant. En somme il a été victime du progrès… et du degré !



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