Cartouches gauloises
Posté le 15.09.2007 par cessenon

L'affiche du film
L’association « Les amis du Palace » présentait ce jeudi 13 septembre le film de Méhdi Charef « Cartouches gauloises » avec la participation du réalisateur et de l’actrice Zahia Saïd. Le public était nombreux et il faut remercier ceux qui ont été la cheville ouvrière de cette soirée.
Le synopsis ? Nous sommes dans l’Oranais pendant la période qui précède ou qui suit l’indépendance de l’Algérie. Encore que ce n’est pas très structuré au niveau de la chronologie et qu’il n’est pas facile de se situer. Le film commence-t-il avant le cessez-le-feu qui intervient le 19 mars ?
C’est de la fiction s’expliquera Médhi Chérif qui n’a pas voulu faire un film sur la guerre d’Algérie. Il se refuse à porter jugement sur qui est responsable de la guerre, de ses atrocités. Toutefois les images doivent lui avoir échappé, elles sont éloquentes !
Ali (Ali Hamada) a, il serait étonnant qu’il en soit autrement, des copains européens, notamment Nico (Thomas Millet). Mais la situation matérielle n’est pas la même pour tous. Chaque matin Ali fait sa tournée de distribution du journal, L’Echo d’Oran nous a-t-il semblé.
Une cabane en roseaux a été construite par les enfants sous le pont de chemin de fer qui enjambe un oued. C’est là qu’ils se retrouvent quand ils ne jouent pas au foot sur un terrain vague. Les discussions entre eux reflètent l’état d’esprit des parents Le père d’Ali est, selon la terminologie des colonisateurs, un « terroriste ».
L’armée est bien présente. Elle massacre, torture, viole… Nous sommes peut-être avant le 19 mars. Quoique les exactions aient continué au-delà de cette date ! Les femmes cachent et aident les fellaghas. Aïcha (Zahia Saïd) la mère d’Ali est très belle et, en l’absence de son mari, reporte son affection sur son fils.
Un attentat se produit le 14 juillet soit une dizaine de jours après l’indépendance ! Dans les familles Pieds Noirs on prend des dispositions pour quitter le pays. Enfin pas toutes, un couple de personnes âgées décide de rester.
Les représailles commencent à s’exercer sur les Maghrébins qui avaient choisi le camp de la France. Le sort que notre pays a réservé aux harkis illustre cette donnée que la soumission n’est pas payante ! Ceux qui se retrouveront dans les camps de regroupement installés pour les accueillir vivront le même état d’esprit colonialiste et raciste qui avait conduit à la rébellion.
Car si Méhdi Charef regrette le gâchis qui s’est soldé par l’exode de la communauté européenne, celui-ci a des causes objectives qui ont leur source dans 132 ans de colonialisme dont 8 ans d’une guerre pendant laquelle on avait la prétention de régler les problèmes par le recours à la force armée !
C’est un peu le défaut du film que d’avoir voulu évacuer toute analyse de ce qui était en cause dans le drame algérien. Chacun y va de ses doléances : les Pieds Noirs, les harkis, les Algériens… Il manque celles des appelés du contingent, l’un d’eux ayant clairement exprimé lors du débat qu’il n’entendait pas passer l’éponge sur la responsabilité des hommes politiques dans la situation que les jeunes Français de vingt ans ont vécue à cette époque.
Mais cette intervention s’est noyée dans d’autres. Certes Méhdi Charef concède, en citant Albert Camus, que « Le bonheur rend aveugle » Ah, c’est bien ce qui était. Les souffrances du peuple algérien n’étaient vraiment pas prises en considération par les Pieds Noirs. Et presque jusqu’à la fin, et pour certains jusqu’à aujourd’hui, ils n’ont pas compris ce qui était en cause !
Ceci étant, le film est bien fait. Ali est très beau et parfaitement crédible. Certaines répliques ont valeur de symbole : celle du chef de gare par exemple qui estime que les seuls en mesure de le comprendre c’étaient les autochtones. Celle aussi de Nico qui à propos de la cabane, dont Ali va rester le seul « propriétaire », qui estime que c’est aussi « sa » cabane est significative.
Méhdi Charef, qui s’est beaucoup exprimé lors de la discussion, a donné la clé de son film : ce sont les souvenirs d’un enfant de 11 ans qui l’ont guidé. Curieusement il n’a pas entendu parler de l’OAS. Pourtant dans l’Oranais entre le 19 mars et jusqu’après le 5 juillet c’est la politique de la terre brûlée que cette organisation fascisante avait menée !
Naturellement c’est le droit du cinéaste de traiter son propos comme il l’entend. Mais c’est le droit du spectateur de dire ce qu’il en pense, surtout quand il a été confronté à ce qui est décrit.
L’association France / Algérie, partie prenante de cette initiative, avait prévu d’offrir thé à la menthe et pâtisserie orientale, ce qui a permis de continuer la discussion dans une atmosphère conviviale.
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