Un rêve algérien
Posté le 16.09.2007 par cessenon

Le film de Méhdi Charef "Cartouches gauloises" reprend l'idée contenue dans celui de Jean-Pierre Lledo "Un rêve algérien". Tous les deux expriment leur regret que ne se soit pas construite une Algérie multiethnique. Une différence quand même c'est que Jean-Pierre Lledo s'appuie sur l'engagement d'une minorité d'Européens contre le colonialisme et pour l'indépendance. Mais afin de mieux juger je mets en ligne un article rédigé en 2005.
C’était une initiative heureuse que celle prise le week-end dernier par le ciné-club de Béziers, en partenariat avec l’Association France Algérie et l’Appel des Cent pour la Paix que la programmation, dans le cadre des Rencontres Méditerranéennes, de deux films consacrés à l’Algérie.
Le premier « Le soleil assassiné » d’Abdelkrim Bahloul évoque la vie et la mort de Jean Sénac, poète Pied-Noir qui en 1973 est victime de la montée de l’intégrisme. Européen, homosexuel… malgré la popularité de l’émission de radio qu’il anime il sera rejeté et finalement assassiné.
Le second est dû à Jean-Pierre Lledo et son titre « Un rêve algérien » rend compte de l’objectif du cinéaste. Celui-ci souhaite montrer qu’une Algérie indépendante multiethnique Arabes – Berbères – Juifs – Européens était possible.
Il s’appuie dans sa démonstration sur le retour en Algérie d’Henri Alleg, le directeur du journal Alger Républicain rendu célèbre par son livre « La Question » dans lequel il relate la pratique de la torture à laquelle se livrait l’armée française et dont lui-même a été l’objet.
Dans le film Henri Alleg joue son propre rôle. Il est accueilli par ses amis et collaborateurs d’Alger Républicain, européens ou arabes. Parmi eux on compte Denise et René Duvalet, aujourd’hui retirés à Cazouls les Béziers et présents dans la salle. Henri Alleg se rend à Ouenza où il a soutenu une grève des mineurs de fer, dans la Mitidja où vivait Mme Loup, une femme colon dont la fille Eliette avait rejoint le maquis. Il rencontre d’anciens combattants de l’Armée de Libération Nationale, on le voit à Cherchell, à Oran… Partout l’accueil est chaleureux. Il visite avec nous la sinistre prison Barberousse où il a été incarcéré en même temps que René Domergue, également présent dans la salle.
Lledo est amer, malgré leur engagement pour la cause de l’indépendance algérienne les Européens progressistes n’ont pas trouvé leur place dans l’Algérie indépendante. Celle-ci n’est pas fraternelle, elle est arabo-musulmane et s’il n’y a pour Mohamed aucune difficulté à obtenir la nationalité algérienne quoi qu’il ait collaboré avec le colonialisme, pour Pierre, Paul ou Guillaume, c’est quasiment impossible même s’ils ont pris les armes contre la France ! Il est dommage qu’une certaine crispation de sa part n’ait pas vraiment permis que le dialogue s’instaure après qu’un appelé du contingent a donné son sentiment sur son vécu de 1960 à 1962.
C’est que les Pieds-Noirs qui se prononçaient pour l’indépendance, n’étaient pas la majorité. La cohabitation entre les communautés ne pouvait se faire sur la base des rapports entre Européens et Musulmans qui avaient prévalu jusque là. Les atrocités d’une guerre qui a duré plus de 7 ans et qui s’est inscrite dans 132 ans d’un colonialisme non exempt d’exactions, la politique de terre brûlée menée par l’OAS, en particulier dans l’Oranais, ne pouvaient guère laisser espérer d’autre issue que le départ des Pieds-Noirs !
Ceci étant, nous pouvons souscrire aux arguments de Jean-Pierre Lledo dénonçant la politique de la métropole sur l’Algérie qui mettait le pays en situation de dépendance et d’infériorité. Certes les Pieds-Noirs n’étaient pas tous d’affreux colons faisant suer le burnous des autochtones. Il y avait aussi des exploiteurs parmi les Arabes et des exploités parmi les Européens. Et des villes comme Oran ou Sidi Bel Abbés avaient des municipalités communistes. L’affaire, citée dans le film, des dockers, européens ou arabes, refusant de charger dans le port d’Oran le matériel destiné à la guerre en Indochine est particulièrement révélatrice.
Henri Alleg qui participait au débat qui a suivi la projection du film, un événement exceptionnel dans notre ville a tenu à souligner Annie Piquemal, a apporté son éclairage sur la situation. On avait réussi à convaincre les Pieds-Noirs que seule une Algérie française pouvait leur permettre de rester dans le pays qui était le leur. On les a ainsi menés dans une impasse qui s’est révélée cruellement douloureuse pour eux.
Un peu dommage quand même que le débat n’ait pas vraiment pu se développer comme c’était souhaitable, mais bravo quand même à tous ceux qui ont contribué à permettre ce regard sur une histoire qui n’est pas que celle de l’Algérie mais la nôtre également.
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mahdi le 15.05.2008
recherche jeanne rizzo
née et vécue à ouenza jusqu'en 1970.depuis réside a monpelier
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