De quelques craques restées célèbres
Posté le 27.05.2006 par cessenon
Près du pont de Cessenon « Lo Café de l'Escopinha »
Il y avait à Cessenon, comme sans doute dans tous les villages, des farceurs qui racontaient des craques absolument incroyables. On se demandait d’ailleurs s’ils n’arrivaient pas, quelle que soit l’invraisemblance de leurs propos, à y croire eux mêmes.
Ainsi un certain Cabal prétendait qu’en Algérie le climat était tellement extraordinaire que son neveu, qui y faisait son service militaire, coupait le matin une tranche dans le meilleur d’un chameau, mais que le soir tout avait repoussé et qu’il n’y avait pas trace du beefsteak ainsi dérobé.
Un jour qu’il était à table chez ses beaux-parents à Escagnès, un hameau situé entre Roquebrun et Berlou, les convives avaient été intrigués par des coups donnés dans la châtaigneraie voisine. Le beau-père s’était même inquiété : « N’était-on pas en train de lui couper un arbre ? » Eh non, c’étaient des chercheurs de champignons qui, à coups de hache, abattaient un cèpe... sans doute de taille respectable !
Son beau-père avait un puits dont l’eau, sans qu’il puisse donner une explication au phénomène, titrait 9° au pèse-moût. Au moment des vendanges il devait être tentant d’en rajouter dans les comportes !
Une fois il avait tué des sangliers qui avaient quatre travers de doigts de glace sur le dos. Il donnait une justification à la chose : « Ces sangliers venaient directement de Sibérie ! »
D’ailleurs à propos de sangliers, au cours d’une autre partie de chasse, il y avait eu une véritable hécatombe. Cabal s’était adossé à un rocher devant un passage étroit surplombant un ravin. D’un coup de pied énergique il en avait précipité 17 dans le vide mais, curieusement, on n’en avait retrouvé que 15 lorsqu’on était descendu les récupérer.
Pendant la dernière guerre il était difficile de se procurer des cartouches classiques pour la chasse. Aussi notre Nemrod avait sorti un fusil « à bourre » qui donc se chargeait par le canon. Et comme le plomb était rare il avait utilisé de la semence de tapissier en guise de grenaille. C’est ainsi qu’il avait cloué, par les oreilles, un lièvre au tronc d’un chêne. Naturellement le lièvre s’est agité et, ce faisant, avait déterré sous ses pattes une truffe grosse comme le poing.
Ce même fusil « à bourre » lui avait permis un coup remarquable. Tirant sur un vol de canards il s’est rendu compte qu’il avait oublié d’enlever la baguette qui permettait de le charger. Eh bien ladite baguette avait embroché cinq de ces volatiles.
Il avait d’ailleurs dû avancer dans la rivière pour aller les récupérer. Et comme ses bottes n’étaient pas suffisamment hautes il en était ressorti avec de l’eau dedans et aussi… un kilo d’anguilles dans chacune !
Les coups heureux ne manquaient pas. Ainsi il avait abattu une bécasse qui était tombée en chute libre vers le sol, le bec en avant, un peu à la manière d’une fusée. Et là elle avait atterri sur le râble d’un lièvre qu’elle avait tué sur le coup.
Une année, parti ramasser des asperges sauvages dans un coin favorable où le feu était passé, il avait été confronté à une telle sortie qu’il était revenu chez lui prendre une faux pour être plus opérationnel dans sa cueillette.
Il y a aussi l’histoire de la purge. Victime de constipation Cabal se rend à la pharmacie et le pharmacien lui prescrit un remède particulièrement efficace. Eh oui, en allant à la selle il avait pu constater qu’il y avait des petits pois dans la matière fécale. Or des petits pois il n’en avait pas mangé depuis plus d’un an !
Un autre, pas mal non plus, était un nommé Léporc - enfin c’était son surnom, en fait il s’appelait Maurel - mort tragiquement (en rentrant chez lui à la nuit il s’était trompé de rue et était tombé dans le Cagarot, une manière d’égout à ciel ouvert.)
Longtemps après sa disparition on évoquait encore ses exploits al Café de l’Escopinha. Littéralement « au Café de la Salive. » En fait un endroit où se réunissaient les gens d’un certain âge et où les discussions allaient bon train, ce qui évidemment faisait couler beaucoup de salive !
A l’instar de nombreux Cessenonais, Léporc braconnait. Une fois il s’apprêtait à attacher son filet de pêche à ce qu’il croyait être une branche d’arbre quand il a réalisé qu’il s’agissait de la botte d’un gendarme qui dormait sur la berge !
Il avait un chien qui faisait le guet pendant ses man½uvres illicites. Un chien très subtil : il n’aboyait pas mais avertissait en écrivant sur le sable avec sa patte : « attention gendarme ! » et, ajoutait-il pour faire bonne mesure, « s’il y en avait deux il mettait un S. »
Il racontait encore qu’étant à la pêche, une carpe, qui devait être énorme, avait tiré sa barque et remonté la rivière sur 13 km !
Il lui était arrivé également de pêcher « une brette de sept quarts », c’est à dire un goujon de 875 g ! Oui le quart c’était le quart d’une livre soit 125 g et la brette c’est le nom Occitan du goujon.
Près du pont de Cessenon « Lo Café de l’Escopinha »
A la chasse Léporc avait attrapé deux lièvres dans des conditions particulières. Pris d’un besoin pressant il avait abandonné son fusil pour, selon l’expression consacrée, « poser pantalon ». Devant lui un lièvre est au gîte. Hélas le fusil n’est pas à portée. Qu’à cela ne tienne, sans bouger, sans faire de bruit, il balaie le sol derrière lui avec sa main afin de se saisir d’une pierre. De pierre point, par contre il sent quelque chose de chaud. Eh non ce n’est pas ce que vous imaginez ! Ce sont les oreilles d’un lièvre dont il se saisit et se sert comme d’une massue pour assommer celui qu’il avait aperçu devant lui. Finalement l’affaire se solde par la capture de deux lièvres !
Une autre fois Léporc était encore à la chasse et avait tiré toute la matinée sans rien tuer. Arrive devant lui, dans un carrairon (c’est un passage aménagé dans une vigne pour enlever la récolte), un lièvre qui fonçait tête baissée. Hélas plus de munitions. A la hâte Léporc récupère de la poudre dans sa cartouchière, trouve dans une poche un morceau de suif dont il fait une boule, place le tout dans son fusil et, avec son briquet, met le feu à la poudre. Le coup part, le lièvre est atteint en plein front. Mais que voulez-vous que fasse une boule de suif ? Ce n’est pas du plomb ! Notre lièvre fait demi-tour sans être autrement incommodé par le choc. Et c’est alors qu’il se cogne à un deuxième lièvre qui descendait le même carrairon. Les deux bêtes se sont trouvées collées par la boule de suif, notre chasseur n’a eu qu’à les ramasser comme des escargots !
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