OMC et AGCS
Posté le 05.10.2007 par cessenon

C’est un public un peu particulier, se reconnaissant dans la mouvance « altermondialiste » (ah oui, le mot prend le pas sur celui d’antimondialiste) qui a assisté mercredi 3 octobre à la projection du film de Vincent Glenn « Pas assez de volume » présenté conjointement par les Amis du Palace et l’Association les Dix Ecluses. Particulier et pas très nombreux, le sujet traité n’est pas encore entré massivement dans les consciences.
Cette projection clôturait six jours de réflexion sur les agressions publicitaires dont les consommateurs sont l’objet et d’ailleurs en prélude en quelque sorte au film lui-même la présentation de différentes versions d’un spot publicitaire éclairait le spectateur sur le conditionnement des esprits.
Mais venons-en au film. Il est en deux parties, le premier est consacré à l’OMC, le second à l’AGCS. Le reproche que je ferais c’est qu’il date un peu et qu’il ne tient pas compte du référendum sur le Traité de Constitution Européenne. Ceci étant il est très instructif et détaillé.
Vincent Glenn a pu promener sa perche et son micro de caméraman dans l’antre du diable. L’OMC c’est l’Organisation Mondiale du Commerce, elle a succédé au GATT et sa raison d’être c’est la libéralisation du commerce des biens et des services à l'échelle mondiale ! Tout un programme.
On apprend que l’objectif de l’OMC est la spécialisation des productions selon les pays : au Brésil le café, à la Norvège le saumon, au Japon l’électronique, à certains pays d’Asie le textile et à la France les produits de luxe et… le vin. Le vin pour notre pays ? Ah bon, on n’aurait pas cru !
Le pouvoir des Rois de France était de droit divin. Là nous avons affaire au sacré saint principe de la concurrence (libre et non faussée disait le projet de TCE). A partir de là on assume. On assume par exemple la faillite des éleveurs de poulets du Sénégal confrontés à l’importation de volailles venues d’ailleurs. On assume celle des producteurs de haricots rouges du Mexique en concurrence avec ceux des USA. Enfin là ce n’est pas l’OMC mais l’ALENA. Toutefois sur le fond il n’y a pas grande différence.
Ah, interrogé sur ce dernier point, le néo-zélandais Mike Moore, un temps directeur général de l’OMC, avoue qu’il n’est pas spécialiste en matière de haricots rouges. Pour le reste la concurrence est favorable aux consommateurs. Son successeur, le Thaïlandais Supachai Panitchpakdi est dans le même registre. A la question de savoir ce qu’il pense du renard libre dans un poulailler libre il répond qu’avec l’OMC les poules ont plus de choix. La réponse se fait sur la vision d’un élevage de volailles en batterie « Vianda de mòrt per òmes fòls » dit Marie Rouanet dans une de ses chansons.
Ça devrait s’arranger, l’OMC a créé un ministère de l’environnement. Ça a comblé d’aise Chirac et Jospin quand ils l’ont appris.
Qui dit libéralisation du commerce dit aussi profit. C’est le mécanisme même du système. Il paraît que cela permet de résoudre les problèmes, celui de l’eau par exemple. Oui, par manque d’eau potable 30 000 personnes meurent chaque jour. Vivendi veille et dans plusieurs pays d’Afrique la question de l’eau a été confiée à ses soins. Ah évidemment la raison d’être de Vivendi n’est pas la philanthropie remarque un professeur de philosophie d’Ouagadougou ! Aussi ça ne se passe pas exactement comme annoncé.
De même sera dénoncée l’affaire des médicaments génériques et de la lutte contre le SIDA par Amina Traoré ancienne ministre du Mali.
Conclusion d’un autre Africain : nous ne voulons ni de ces hommes, ni de ces institutions ni de cette logique.
Une remarque aurait mérité à mon goût un plus long développement : celle qui dit que la réduction des dépenses d’armements permettrait de répondre à de nombreux besoins, celui de la santé, de l’éducation en particulier. Il est vrai qu’un peu plus haut on avait noté que la recherche du profit était satisfaite par le développement des industries de mort.
Mais depuis un moment nous sommes dans le cadre de l’application de l’AGCS. L’AGCS ? L’Accord Général pour le Commerce et les Services. Un des traités de l’OMC qui concerne ce qui dans de nombreux pays européens est un service public. Il faut évoluer et on n’est pas loin d’utiliser les fonds publics pour des entreprises privées qui ont vocation à assurer les mêmes prestations. C’est déjà vrai à Madrid avec l’implantation d’Universités américaines.
Pascal Lamy, devenu directeur général de l’OMC après avoir été commissaire européen ne manque pas d’assurance. On peut même dire de toupet ! Maître de lui, il présente les choses de manière tout à fait positive. Harlem Désir manifeste son désaccord mais quand on met en regard la position qu’il défend à l’Assemblée Européenne et son vote OUI au TCE on ne peut que constater la duplicité d’élus qui se disent de gauche !
Critiques aussi à l’égard de celui qui pourfend le diktat des USA sur le commerce du bœuf aux hormones ou l’entrée dans notre pays de l’amiante mais qui a joué une carte très personnelle lors des dernières élections présidentielles en France. On lui donnera satisfaction sur le Roquefort, ça ne gêne pas vraiment l’OMC !
Une collation attendait dans le hall du Palace les participants à la soirée qui étaient encore en état d’échanger avec le réalisateur. Mais ça faisait déjà beaucoup !
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