Activité viticole d'un autre temps
Posté le 07.06.2006 par cessenon

Equipe au travail sous le regard de randonneurs visiblement intéressés
Photo Paul Barbazange
Ce vendredi 9 avril on pouvait assister, du côté de Cessenon, à une activité viticole aujourd’hui tombée en désuétude : le greffage d’un malhòl c’est à dire une jeune vigne. Cela avait lieu sur une parcelle appartenant, à Jean-François Favette, située rive gauche du ruisseau de Vessas, au-delà donc de la « campagne » de La Grange-Neuve.
Oui, le greffage n’est plus pratiqué depuis des années par les viticulteurs lesquels plantent à présent ce que l’on désigne sous le vocable de « soudés-greffés ». Le greffage est réalisé en fait dans des pépinières.
On n’a pas toujours greffé la vigne. Pendant des siècles on opérait par simple bouturage ou par marcottage, ce dernier procédé étant appelé provignage. On peut d’ailleurs voir encore ici et là quelques pieds de vigne obtenus par marcottage. En Occitan on appelle cela una somesa.
Le greffage est la parade qui a été trouvée pour combattre le phylloxéra. Ce sont plus précisément ses larves qui en s’attaquant aux racines du cep le font périr. Le phylloxéra est un insecte originaire d’Amérique qui a été introduit accidentellement en France au milieu du XIX° siècle et qui a ruiné son vignoble.
Comment le greffage permet de se protéger des ravages du phylloxéra ? Eh bien le remède a la même source que le mal. On utilise un plant de vigne américain, qui résiste aux larves du phylloxéra, sur lequel on greffe le cépage désiré.
Pendant des dizaines d’années, lorsqu’on renouvelait une vigne, on opérait en deux temps : la première année on mettait en terre les plants américains, la deuxième année, au mois de mars, on procédait à la greffe. Pendant longtemps on a utilisé essentiellement comme plants américains vitis rupestris et vitis riparia, le premier pour les terres maigres, le second pour les terres plus grasses. La situation a ensuite évolué et de nouveaux porte-greffes ont été mis au point.
Il existait des spécialistes et on faisait appel à eux lorsqu’il s’agissait de greffer une vigne. Chaque viticulteur savait quand même greffer et le faisait quand il s’agissait de simplement remplacer quelques ceps manquant. Dans un coin de jardin on produisait par bouturage les plants américains (las barbadas) qui seraient nécessaires à ces opérations.
Pourquoi Jean-François n’a-t-il pas procédé à une plantation classique de soudés-greffés ? Eh bien parce qu’il n’a pas trouvé chez les pépiniéristes la combinaison porte-greffe / cépage qu’il souhaitait pour son terrain qu’il avait fait analyser par un institut d’agronomie. Il est donc revenu à la méthode ancienne.
En 2003 il avait planté des pieds de vignes non greffés, du 161 – 49 R nous a-t-il semblé, et en 2004 il avait sollicité un de ses collègues, qui était spécialiste de la greffe à l’époque où elle se pratiquait, pour réaliser la deuxième phase de l’opération.
C’est à celle-ci que nous avons pu assister. Nous avons pu voir comment s’y prenait le greffeur, Yvon Roume, qui nous a avoué ne pas avoir pratiqué son art depuis peut-être 25 ans. Dans un premier temps, à l’aide d’un sécateur, il coupe le porte-greffe à 7 ou 8 cm du sol. Il fend ensuite la tige ainsi dégagée à l’aide d’un couteau, à lame recourbée, particulièrement bien affûté. Puis, avec le même couteau, il taille, en biseau et en deux coups, le greffon qu’il a préalablement préparé. Ces greffons sont faits d’un morceau de sarment qui comporte deux entre-n½uds. Ils sont entreposés dans un seau à vendange ordinaire, Yvon estimant que c’est plus pratique que le traditionnel seau de greffeur. Il introduit le biseau dans la fente en prenant soin que l’écorce du porte-greffe et celle du greffon soient bien en vis-à-vis. C’est à ce niveau que s’opère la soudure. La responsabilité du greffeur s’arrête là.
Seau, outils et greffons Introduction du greffon sur le porte-greffe
Il faut ensuite attacher le greffon à son porte-greffe grâce à un lien de ficelle déjà coupé à la longueur voulu. C’est aussi une action délicate dont dépend la réussite de la greffe. C’est Jean-François qui s’en charge. Autrefois on pouvait utiliser du raphia, moins onéreux sans doute, mais qui avait le défaut de scier la main
Jean-François attache le greffon sur son porte-greffe
Il ne reste plus qu’à couvrir l’ensemble porte-greffe / greffe. Dans le temps on se contentait de dresser une butte et il fallait deux couvreurs pour suivre, bigòs (une houe à deux pointes) en main, le rythme d’un greffeur. Aujourd’hui on remplit de terre un manchon en plastique qui vient gainer l’ensemble. Dans les pépinières on enduit d’une espèce de paraffine de couleur rouge la jonction porte-greffe / greffe, c’est ce que l’on peut voir dans les vignes récemment plantées.
De temps en temps Yvon estime que le porte-greffe n’est pas assez développé. Il le saute, la greffe ne sera faite que l’année suivante. Il nous précise que la norme pour un greffeur était de 1100 pieds par jour. La parcelle sur laquelle il opère en compte 1300, l’équipe devra revenir samedi matin pour finir.
Comme cela se généralise, la vigne est ici sur échalas. En conséquence un dernier ouvrier place une manière de tuteur, fait d’une tige de bambou, qu’il fixe par un crochet à un des fils de fer déjà tendus.
On ne vous a pas encore parlé du cépage. Jean-François a choisi de l’alicante de Bouschet. C’est un cépage qualifié de « teinturier » car le jus de son raisin est particulièrement rouge. Les caves coopératives encouragent par des bonifications de 2° de teneur en sucre la plantation de ce type de cépage qui donne au vin une robe de couleur soutenue.
Afin que la parcelle soit homologuée Jean-François a dû acheter les greffons. A l’époque on se contentait de choisir, sur une vigne plantée du cépage que l’on désirait reproduire, les plus beaux sarments.
Dans quelques jours on pourra juger de la réussite du « plantier ». Si c’est nécessaire Jean-François pourra l’arroser, il dispose de l’eau de la compagnie du Bas-Rhône Languedoc qui la distribue dans les tènements du secteur.
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