L'annuaire de l'Hérault de 1928
Posté le 30.10.2007 par cessenon

C’est un document très riche que cet « Annuaire ». Il m’a été prêté par Gilles ROUCAYROL, ci-devant viticulteur et Président de la Cave Coopérative de PORTIRAGNES. L’édition date de 1928 et c’est la 110ème année de sa parution. Autant dire que ce n’est pas un « annuaire » au sens que nous lui donnons aujourd’hui. Il s’agit plutôt d’un almanach qui contient des informations sur de multiples sujets.
Au dernier recensement, il date de 1926, la population de l’HERAULT est de 500 000 personnes. Avec presque 66 000 habitants BEZIERS n’est pas écrasée par MONTPELLIER (83 000 h). SETE (encore orthographié CETTE par endroits), qui en compte 37 000 est, comme aujourd’hui, en troisième position. En règle générale la démographie a connu une baisse sensible dans les villages de l’arrière pays. CESSENON par exemple, qui actuellement n’a guère plus de 1600 habitants, en avait presque 2 900 au moment de l’édition. Et encore une chute sensible avait sans doute déjà été enregistrée depuis la Guerre de 14.
Bien que la Sous-Préfecture de SAINT-PONS ait été supprimée en 1926, les renseignements sont classés suivant les quatre Arrondissements de MONTPELLIER, BEZIERS, LODEVE et SAINT-PONS.
A BEZIERS la Sous-Préfecture est Place de la Révolution et le Sous-Préfet est un certain Charles GUILHERMET, Officier de l’Instruction Publique, Officier du Mérite agricole et il a la Croix de Guerre. Le Maire est Emile SUCHON qui a succédé à Pierre VERDIER en 1924. Le deuxième Adjoint est Auguste ALBERTINI lequel, professeur à l’Ecole Pratique, habite Rue Enseigne-ALBERTINI. Parmi les conseillers municipaux on note la présence de Fernand CLAPAREDE, le père d’Emile CLAPAREDE. Tous les deux font commerce d’articles de chais au 52 de l’Avenue GAMBETTA.
Les délibérations du Conseil Municipal en date du 29 novembre 1918 ont changé les noms de plusieurs rues, avenues ou boulevards, et ce en rapport avec les « héros » ou les événements de la guerre qui vient d’être gagnée. Ainsi l’Avenue de PEZENAS s’appelle désormais Avenue G-CLEMENCEAU et le Boulevard Chemin-de-Fer devient le Boulevard de VERDUN.
Le Conseiller Général du 1er canton de BEZIERS est Antoine MOULIN, professeur de collège à la retraite. Il s’agit probablement du père de Jean MOULIN.
Parmi les six députés du département qui siègent à l’Assemblée nationale depuis 1924 j’ai retenu, parce que j’avais entendu parler d’eux, les noms de Edouard BARTHE, J.M. FELIX (Maire d’AGDE), Charles CAFFORT (avocat à OLONZAC). Sur les trois sénateurs, Mario ROUSTAN, auteur d’une loi sur le rapprochement des conjoints fonctionnaires, était connu de l’ancien responsable du Syndicat National des Instituteurs que j’ai été. Particularité : il y avait à cette époque des Conseillers d’arrondissement.
L’annuaire donne les adresses de la plupart des habitants des villes, les plus importantes du moins. Ceux qui s’installent dans l’HERAULT sont invités à communiquer leurs coordonnées à l’Editeur. A BEZIERS quelques 8 000 personnes sont inscrites. Les noms patronymiques les plus courants semblent être FABRE (57), CROS (55), VIDAL (54).
Les propriétaires d’automobiles sont recensés. On en compte environ 4 000 sur le département.
Les numéros de téléphone sont également indiqués. Ils sont peu nombreux et concernent en général ceux pour lesquels la profession rend nécessaire cette technologie nouvelle. Dans plusieurs petits villages : PRADES S / VERNAZOBRES, ROQUEBRUN... il n’y a pas d’abonnés. A PORTIRAGNES (921 h) on n’en compte que deux. Ceux qui veulent téléphoner ont à leur disposition une cabine publique, le plus souvent ouverte de 8 à 12 H et de 14 à 19 H, avec, les jours fériés, une plage d’utilisation possible de 8 H à 11 H.
Les tournées du facteur sont parfois mentionnées. A CESSENON il passe trois fois : à 8 H, 12 H et 19 H. On peut supposer qu’il n’avait pas beaucoup de courrier à distribuer.
Dans les villages figurent les noms de divers fonctionnaires, des instituteurs par exemple. A BERLOU exercent M. et Mme MAUREL, les parents de Jacqueline MAUREL, collaboratrice régulière de LA MARSEILLAISE, par ailleurs ancienne (et peut-être future) Adjointe aux Affaires de Santé dans la Municipalité de BEZIERS. A CESSENON l’auteur a trouvé parmi les cantonniers le nom de son grand-père paternel. L’Ingénieur de l’Equipement est signalé sous le vocable, presque mystérieux, d’Agent-voyer. Celui du Canton de SAINT CHINIAN, resté longtemps en service, avait pour nom JALABERT.
Les professions et les patronymes de ceux qui les exercent sont cités. On y trouve des métiers qui n’existent plus : charrons, bourreliers, forgerons maréchaux-ferrants, ferblantiers, tonneliers et foudriers, sabotiers quelquefois... A CESSENON toujours, le nom du jardinier professionnel (plutôt un plançonnier d’ailleurs) est cité. Il s’appelle CROS et n’est autre que l’arrière-grand-père de votre serviteur.
Les commerces de produits agricoles sont nombreux : fourrages, grains... pour les chevaux ; engrais, insecticides divers, sulfates, soufre... pour la vigne. La même publicité, pour une importante Maison de BEZIERS : la COMPAGNIE AUXILIAIRE VITICOLE, est répétée à l’envi pour chacune des communes du Biterrois.
Si l’agglomération est importante on note la présence d’un vétérinaire. A CESSENON il s’appelle SANJOU et était connu par sa passion pour les testicules de chevaux qu’il venait de châtrer. Après chaque opération il les emportait systématiquement pour les manger ! Toutefois ceci n’est pas écrit dans l’annuaire !
A CESSENON encore on relève l’existence de cinq docteurs. C’est beaucoup si on tient compte qu’à cette époque il n’y avait pas de Sécurité Sociale et si on ajoute le fait que les gens n’allaient pas facilement voir le médecin. Il faut préciser que très souvent ces docteurs étaient propriétaires viticulteurs et avaient donc d’autres revenus que celui de la profession qu’ils affichaient.
Les cafés sont assez abondants mais leur nombre est en diminution par rapport à celui qui m’avait été rapporté pour des périodes plus anciennes. Pour plusieurs communes une information, concernant la Brasserie Générale du Midi, installée à BEZIERS et à RUOMS dans l’ARDECHE, renvoie à un placard publicitaire qui occupe une page entière. Les bouteilles, munies d’un bouchon en porcelaine, complété par une rondelle de caoutchouc, avec le dispositif qui assurait la fermeture, portaient, gravée dans le verre, l’inscription « B. G. M. ».
La grosse affaire de l’Annuaire c’est, dans les pages roses, la liste, par commune, des viticulteurs et de leurs déclarations de récolte. Il y a une foule de petits exploitants dont la production n’excède guère 500 hectolitres. A partir de 1 000 hl on a déjà affaire à un propriétaire aisé. Mais il y a des campagnes qui vinifient 10 000 hl. C’est le cas de celle de COUJAN, à MURVIEL. A BEZIERS même, un certain AZAIS, qui habite 4 Rampe des POILUS, annonce 15 000 hl. On trouve mieux dans le secteur : 16 000 hl pour le Baron de SARRET à COUSSERGUES, sur la commune de MONTBLANC. Dans ma jeunesse la Grange de COUSSERGUES était d’ailleurs souvent citée en exemple. Ce SARRET est toutefois battu cette année là par François GUY, un propriétaire de CASTELNAU de GUERS : 16 200 hl. Le nom de « François GUY » a longtemps figuré, en lettres énormes, à côté des voies ferrées, près de la gare de BEZIERS. A VIAS le Domaine de MEDEILHAN affiche 29 000 hl. Mais le record absolu semble détenu par un Comte de BEAUXHOSTE qui a ses terres sur MARSILLARGUES, à La TAMARIGUIERES plus précisément : 35 000 hl !
A l’opposé les déclarations des communes des Hauts Cantons sont très modestes. A BEDARIEUX on rencontre un exploitant dont la production n’est que de 35 hl. Curieusement, à SAINT-PONS où quatre déclarants seulement sont inscrits, on trouve une Veuve NARBONES, laquelle exploite à La GARGUE, qui indique une récolte de 2 000 hl. Peut-être s’agit-il d’une erreur ?
On notera que les Caves coopératives sont rares en 1928 : à peine une vingtaine. Les distilleries par contre sont plus nombreuses. Naturellement la liste des propriétaires et de leurs disponibilités est précédée de celle des courtiers chargés des achats par les négociants. Ils peuvent être eux-mêmes également viticulteurs. Des informations sont données sur la qualité des vins produits sur la commune citée : caractéristiques du terroir, cépages, degré, propriétés organoleptiques...
Le plupart des communes ont un Bureau de Bienfaisance. Il existe beaucoup de Sociétés, Sociétés de Prévoyance, Mutuelles, Caisses de Secours, de Solidarité, d’Entraide, Associations, Amicales, Cercles, Syndicats divers. Parmi ces derniers citons, et c’est révélateur de l’état d’esprit dans le milieu enseignant, le libellé de celui des Instituteurs. Il s’appelle le Syndicat National des Instituteurs de France et des Colonies. Des Syndicats d’ouvriers agricoles (et terrassiers), celui de SERIGNAN, créé en 1910, semble le plus important en nombre : 430 membres. Celui de MARSILLARGUES, 300 adhérents, date de 1904.
A BEZIERS la Bourse du Travail a été créée en 1890 par délibération du Conseil Municipal. Elle est située 2, Rue RELIN et une subvention de 1200 F par an lui est allouée. Elle comprend un asile de nuit avec un dortoir de 6 places pour les hommes et 8 pour les femmes. Depuis 1903 il est équipé de douches.
A BEZIERS toujours, le siège du Parti Communiste est Rue ETIENNE-MARCEL. Son secrétaire est un certain BOURNELON. Le Parti Fasciste Italien, installé dans les locaux du Consulat Italien, a pignon sur rue, Rue GAVEAU plus précisément.
La presse écrite est abondante. « Le Petit Biterrois » est un hebdomadaire complet : il se veut littéraire, artistique, sportif, agricole, commercial, industriel. « La Vie Biterroise », également hebdomadaire, ajoute aux qualificatifs de littéraire et artistique celui de mondain. A PEZENAS est imprimé « Le Devoir Socialiste », organe hebdomadaire de défense sociale, syndicale, coopérative du Parti Socialiste (S.F.I.O.). « L’ECLAIR », « Le PETIT MERIDIONAL », « La DEPECHE », « Le TELEGRAMME », « Le Midi Socialiste » sont des quotidiens de MONTPELLIER ou de TOULOUSE qui ont un bureau succursale à BEZIERS.
Quelques mots sur les établissements scolaires. L’ancien collège HENRI IV est devenu lycée en 1927. Il y a 440 élèves et son Proviseur s’appelle Charles CONSTANS. Comme pour l’ensemble des établissements du second degré, la liste des différents Professeurs, avec la matière qu’ils enseignent et leur adresse personnelle, est donnée. Les Ecoles Normales sont ouvertes, en 1833 pour celle d’Instituteurs, et en 1845 pour celle d’Institutrices. Dans un premier temps la direction de cette dernière est confiée à des Congréganistes, les promotions n’étaient alors que de 6 élèves. En 1928 cependant l’E.N.G. compte 85 normaliens et l’E.N.F. 90 normaliennes.
Parcourir les pages de l’Annuaire permet de découvrir des choses curieuses. Ainsi on apprend qu’à VIEUSSAN on exploitait non seulement des Mines de manganèse mais aussi des Mines... d’or ! Je pourrais m’arrêter là dessus mais je ne résiste pas au plaisir d’ajouter cette trouvaille : un encart publicitaire (page 731) vante les mérites d’une MANUFACTURE de... pois chiches torréfiés ! Cette fabrique, dont le Siège Social est Rue CHAPTAL à MONTPELLIER, a obtenu un diplôme d’honneur et une médaille d’or.
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