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Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ) Catégorie : Blog Journal intime Date de création :
27.04.2006 Dernière mise à jour :
10.10.2008
Une image parmi d'autres :
Fernandel dans « Le boulanger de Valorgue »
La disparition programmée du Kursaal à Béziers renvoie à ce que représentait, dans les villages d’un peu d’importance, la salle de cinéma. Oui, en règle générale, à partir d’une certaine population, il y avait dans chaque village un cinéma. A Cessenon il s’appelait Le Palace et sa gestion était assurée de manière familiale par les deux viticulteurs qui l’exploitaient en marge de leur activité principale.
En fin de semaine on pouvait choisir entre trois séances : la première le samedi soir, puis deux le dimanche, une en matinée, l’autre en soirée. Traditionnellement les adolescents allaient au cinéma le samedi. Les notables préféraient plutôt la séance du dimanche soir. La salle de cinéma était le lieu privilégié où se retrouvaient les jeunes qui profitaient de l’obscurité pour flirter.
Comme tous les villages viticoles du Biterrois Cessenon avait une société hiérarchisée, aussi la salle était divisée en deux : au fond les Premières, devant les Secondes. A l’entracte on pouvait consommer une boisson dans le bar qui se tenait dans le hall d’entrée. On pouvait aussi acheter quelques confiseries.
On avait droit avant l’entracte à un documentaire et aux actualités cinématographiques. La projection du film proprement dit avait lieu après l’entracte. Les films n’étaient pas toujours de qualité mais n’étaient pas non plus systématiquement médiocres. Les westerns étaient appelés les « films de cow-boys », Fernandel figurait en bonne place mais on trouvait aussi, Raimu dans les œuvres de Pagnol, Charlot, le cinéma italien… il serait vain d’espérer dresser une liste même non exhaustive ! Il y avait de quoi rire, s’émouvoir, fantasmer, réfléchir aussi…
Le spectacle n’était pas seulement sur l’écran, il était aussi dans la salle. Les commentaires fusaient aux moments essentiels. Par exemple quand une idylle déjà amorcée, se concluait par un baiser on pouvait entendre, comme au loto, « Quine ! » Des réflexions amusantes accompagnaient souvent le dialogue des acteurs. Ainsi une fois lors d’une séparation, le monsieur qui partait pour longtemps refusait le café que lui offrait la dame et déclarait : « Je le boirais quand je reviendrai » En écho il y avait eu cette réplique : « Sera freg ! » (Il sera froid !)
A propos de la publicité qui montrait un bonhomme lançant sa pioche sur une cible qu’il atteignait en plein dans le mille, j’ai le souvenir d’un « Qualque còp la mancaras ! » (Une fois ou une autre tu la manqueras !) Tout de suite après était égrené le N° de téléphone de l’agence de publicité : Balzac 0001. Ce qui avait fait dire à un spectateur : « Pour un peu il n’avait pas de numéro ! »
Le titre du film de la semaine était indiqué sur une affiche et annoncé par le crieur public. Certains villages moins importants ne bénéficiaient que du cinéma en plein air, ce qui évidemment ne pouvait avoir lieu qu’en été et forcément la nuit. Les humoristes prétendaient qu’un drap de lit faisait office d’écran et qu’avec les films en cinémascope il fallait en tendre deux.
L’ami Pepone de Murviel m’a indiqué qu’à une époque il fallait apporter sa propre chaise dans la salle où avait lieu la projection. Il a cité aussi l’intervention de ce spectateur qui, pris par le suspense, avait averti le bon qui était menacé par le méchant d’un « Atencion es darrièr la barrica ! » (Attention, il est derrière le tonneau !)
A Saint-Chinian, au temps du cinéma muet, certains, qui peut-être avaient du mal à pratiquer la lecture silencieuse, lisaient à haute voix le texte affiché à l’écran. En fait ce n’était pas vraiment du cinéma muet !
Quand il faisait chaud, et pour les séances en soirée, on laissait ouverte une porte latérale près de laquelle un des propriétaires se tenait en faction pour éviter qu’il n’y ait des rentrées en fraude.
J’ai rarement vu la salle du cinéma aussi pleine à craquer qu’en 44 je crois pour la projection d’un film sur la libération de Paris me semble-t-il. Tous les strapontins étaient occupés !
La salle servait aussi pour les réunions politiques, l’assemblée générale de la cave coopérative, de la distillerie… jusqu’à ce que la commune achète et aménage un local adapté.
A quelle époque le cinéma de Cessenon a-t-il fermé ? Dans les années 60 sans doute ? Aujourd’hui il abrite le garage des pompiers !
Bien sûr la généralisation des postes de télévision dans les foyers a grandement contribué à faire disparaître les salles de cinéma. Il est vrai aussi que les transformations économiques et démographiques, qui ont affecté le monde rural à partir des années 50 ont constitué un bouleversement sans précédent du mode de vie. Mais n’y avait-il pas à se poser des questions sur cette situation et sur ce que représentait ce lieu culturel somme toute unique, sinon original, dans les villages ?