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cessenon
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Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ)
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Date de création :
27.04.2006
Dernière mise à jour :
08.09.2008
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La crue de 1953

La crue de 1953

Posté le 15.06.2006 par cessenon
Vue de l'Orb en crue

Nous étions en décembre. Le temps était à la pluie en ce début de mois. Il avait fait doux jusque là et il y avait pas mal de choses au jardin, des salades en particulier.
C’est sans doute à partir du samedi 5 qu’il s’est mis à pleuvoir de manière conséquente. La journée du dimanche les choses se sont aggravées. Par moment il pleuvait très fort et quand cela semblait s’arrêter il pleuvait quand même beaucoup.
Je n’avais pas tout à fait 14 ans et j’avais entendu parler de la crue de 1931 qui avait emporté le pont. Le jardin avait été ravagé et en plus on ne pouvait le rejoindre qu’en allant faire le tour par Roquebrun. Depuis on a construit le pont suspendu que nous connaissons et qui est très au-dessus du lit de l’Orb. En attendant qu’il soit fini on avait d’ailleurs installé un bac au niveau du vieux rempart. On voit encore sur le dessus une assise de ciment qui servait à fixer un mécanisme.
Naturellement en ce 6 décembre 1953, comme pour toute crue, les Cessenonais allaient sur le pont pour voir l’aigat. Ils profitaient pour cela des espèces d’accalmies qui, comme je l’ai dit plus haut, n’en étaient pas vraiment. Avec le niveau de l’eau qui augmentait le fleuve « charriait ». C’est l’expression que l’on employait pour désigner le passage de troncs, de branches, de débris divers…
Moi aussi j’allais voir l’aigat et comme les fenêtres de notre maison donnaient côté est sur une rue et côté ouest sur un mur je m’étais installé un moment au fenestron du grenier qui permettait de voir par-dessus le mur en question.
J’ai de là haut assisté à une scène dont j’ai eu les explications plus tard. Mon père et mon oncle Aimé revenaient de vers le jardin. Ils avaient dû avoir l’intention de pêcher au baganaud (un truble). Etait avec eux François Borras qui devait avoir eu le même objectif. Mon oncle Aimé passait près de la rive en frappant le sol avec un bâton. En fait, je l’ai su après, François Borras, qui ne savait pas nager, avait été pris de panique et il s’agissait de le rassurer.
La journée s’est passée pour moi entre le spectacle de la crue depuis le pont ou l’observation des choses depuis mon perchoir. Vers la tombée de la nuit j’avais traversé le pont pour voir si l’eau avait sauté de l’autre côté. Il y avait à cette époque une gravière d’importance située à peu près en face du vieux rempart. Elle était alimentée en électricité et un transformateur avait été construit à cet effet. J’ai assisté de loin à l’éclair lumineux qui a accompagné sa destruction.
Il paraît qu’un arbre a touché le tablier du pont et a provoqué un mouvement de celui-ci parfaitement perceptible pour ceux qui étaient dessus. Personnellement je n’étais pas présent à ce moment là.
Dans les rues qui se finissent en cul de sac au contact du nouveau rempart, l’eau de l’Orb était montée par les boyaux d’évacuation. Elle avait atteint les maisons les plus basses et des caves étaient inondées. Chez moi nous étions à une dizaine de mètres du niveau atteint.
Malgré ce je ne crois pas avoir mal dormi cette nuit là. Le lendemain matin une surprise attendait les habitants du quartier. Une partie du rempart qui protégeait le village s’était effondrée en amont du pont, la voie ferrée était suspendue dans le vide. Je crois que Joseph Farret avait été témoin de la scène. Le rempart ne fut reconstruit qu’en 1957 et je m’étais même embauché sur le chantier comme man½uvre l’été de mon premier bac. Jusque là le train passait au ralenti sur la voie qui avait été déplacée.
Dans la rue des Tendes Hautes qui se trouve du côté du château un viticulteur avait demandé du secours car son cheval se noyait ! On crut d’abord à une plaisanterie tant sa maison était éloignée de l’Orb. Eh non, suite au descellement de blocs de rochers le ruisseau qui vient de La Pairòla, et qu’on appelait Lo Cagaròt, avait bien envahi son écurie.
Je n’ai aucun souvenir précis de la journée du lundi. Je suppose que je suis allé à l’école comme d’habitude même si l’ambiance générale au village était imprégnée de l’inondation catastrophique.
Le mardi il a plu à nouveau et une nouvelle crue, un peu moins forte que celle du dimanche s’est produite. Pour celle du 6 décembre le débit de l’Orb a été évalué à 2500 m3/s c’est à dire plus que celui du Rhin à son embouchure ! La municipalité a pris des mesures pour évacuer ceux qui étaient trop près de l’Orb. C’est ainsi que nous allâmes : mes parents chez la s½ur de mon père, moi chez son frère. Nos voisins d’en face, Mme et M. Alonso, des gens plus très jeunes, d’origine espagnole, furent hébergés chez le notaire.
J’ai retenu de ma nuit chez mon oncle l’emploi d’une expression que je ne connaissais pas. Comme je m’étais levé de bonne heure, ma tante Lucienne avait en effet déclaré que je m’étais réveillé « aux aurores » !
Je ne sais plus si c’est le lendemain ou dans les jours qui suivirent mais une tornade vint encore compléter le désastre : une cinquantaine de toitures furent endommagées. Fort heureusement la nôtre ne fut pas touchée.
Il faut encore signaler le passage d’une horde de quatorze sangliers qui, sans doute dérangés par la crue, traversèrent en partie le village. L’un d’eux fut égorgé à l’aide de ses ciseaux par un viticulteur qui taillait une vigne !
Evidemment les dégâts matériels furent considérables. A Béziers il y eut même deux morts au faubourg. Chez nous au jardin c’était une vision d’apocalypse. Le cabanon des outils avait été rasé au niveau du bassin qui le jouxtait, le puits avait été ensablé, le moteur enlisé, les arbres fruitiers déracinés, les barrières en roseau défoncées et pleines de débris divers que l’on désigne sous le vocable de forralhaca. L’eau avait creusé d’énormes trous dans le jardin. Les paillassons qui protégeaient les semis des gelés avaient été emportés, les châssis étaient abîmés… bref c’est un spectacle de désolation qui se présentait à la vue.
Pendant les vacances de Noël j’ai aidé ma mère à nettoyer une à une les briques, les dégageant du ciment qui y collait afin de pouvoir les réutiliser pour la reconstruction de la cabane, laquelle avait été confiée à Raoul Bascoul, un maçon qui habitait en haut de notre rue.
Le puits ne fut pas curé car après la crue le lit de l’Orb s’était déplacé et se trouvait à présent à une dizaine de mètres du bas du jardin. A partir de 1953 et pendant des années mon père a pompé l’eau dans la « rivière », un petit barrage formé de pierres rassemblées grossièrement, reconstitué chaque année, créait une retenue suffisante.
Autre particularité : des peupliers poussèrent sur le rivage situé entre le fond du jardin et l’Orb. Ils devinrent très hauts et aujourd’hui, plus de cinquante ans après, beaucoup commencent à mourir. J’en avais d’ailleurs planté un en mettant en terre une branche.
Une expertise des pertes subies fut réalisée. Chez nous elles furent évaluées à 200 000 francs. Il s’agissait de francs anciens. Mes parents ne reçurent jamais aucune aide si ce n’est celle… de Monsieur le curé Guippert qui m’accosta dans la rue pour me remettre une somme de 2 000 francs et un royaume. Une cousine de Montpellier et son mari envoyèrent également un mandat du même ordre.
Mon père reconstitua le jardin qui depuis a connu d’autres crues mais jamais de l’ampleur de celle de 1953. En aval de Béziers on a par contre vu depuis des inondations avec des débits plus importants que celui de la crue centennale que nous avons vécue alors.



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