Charles Caffort et Jules Razimbaud
Posté le 20.06.2006 par cessenon

Lettre dactylographiée de Charles Caffort envoyée le 1er mars 1918
depuis la Chambre des Députés à Joseph Cros
C’étaient deux hommes politiques qui, au début du XX° siècle, briguaient le siège de député dans une circonscription qui devait recouvrir une partie de celle qui est aujourd’hui la V° de l’Hérault. Caffort était d’Olonzac, Razimbaud de Cébazan.
Ce dernier était radical, je n’ai pas de précision sur l’étiquette de Caffort. Peut-être était-il radical lui aussi, à cette époque c’était le parti majoritaire. Les programmes politiques n’étaient pas très alambiqués, le mot d’ordre des partisans de Caffort était même assez simple : « E cridarem totjorn pus fort viva Caffort » (Et nous crierons toujours plus fort vive Caffort.) A quoi répondait chez les supporters de Razimbaud le slogan : « Per nostre Juli s’en totes enrabiats » (Pour notre Jules nous sommes tous enragés.) Une chanson des fans de Razimbaud disait : « Se Charlo nos podià governa, al pais de l’Orb i porien pas manja » (Si Charles pouvait nous gouverner, au pays de l’Orb on ne pourrait pas y manger !) Le refrain ajoutait : « Chuca la codena !» (Suce la couenne !) et le soir du vote, en cas de défaite de Caffort, ses soutiens risquaient de voir une telle inscription sur leur porte.
En 1903 Razimbaud siège à l’assemblée nationale au sein du Groupe de la Gauche Démocratique qui compte alors 118 membres. En 1907 l’intitulé du groupe évolue et devient le Groupe de la Gauche Démocratique Radicale et Radical-Socialiste. Il compte maintenant 156 membres, Adrien Savary a succédé à Emile Combes comme Président du groupe. Parmi les vice-présidents on relève le nom de Maurice Faure.
Les villages sont partagés en deux : il y a en général un café Caffort et un café Razimbaud, une clique Caffort et une clique Razimbaud. On assiste à un phénomène de clientélisme : les viticulteurs Caffort emploient du personnel Caffort, les viticulteurs Razimbaud du personnel Razimbaud.
Il arrivait qu’il y ait des drames familiaux. A Cessenon, la ligne de démarcation au sein d’un couple passait entre l’homme et la femme. Celle-ci, passionnée par Razimbaud, s’était accommodé du choix de son mari car jusque là c’est son candidat qui « sortait. » Mais, à la veille de la Guerre de 14-18, il y eut un retournement de situation et c’est Caffort qui fut élu. Le ton monta entre les époux. Le ton monta entre les époux, l’épouse qui avait préparé deux poissons pour le repas se trouva confrontée au fait que l’un était parfaitement doré tandis que l’autre était franchement brûlé. Elle servi celui-ci à son mari en déclarant « As aquí Caffort ! » Les choses allèrent en s’aggravant, Madame se refusa à Monsieur pendant plusieurs semaines. Le pauvre en était paraît-il tout couvert de boutons ! Au paroxysme de la crise elle ouvrit les robinets des foudres de son viticulteur de mari, ferma la maison à clé et s’en alla en emportant celle-ci. Précisons qu’en ce temps là il n’y avait pas encore de cave coopérative, les gens faisaient donc leur vin chez eux. De plus chaque famille n’avait qu’une clé de la maison. Notre pauvre partisan de Caffort voyait, impuissant, son vin couler dans le caniveau !
Mon grand-père paternel était un ardent supporter de Jules Razimbaud. Et d’ailleurs un frère de mon père, né en 1910, s’appelait Jules en hommage à l’homme public. Aussi lors des élections qui ont précédé la guerre de 14-18, quelle ne fut pas la déconvenue de mon grand-père en apprenant que son fils aîné, mon père, alors âgé d’une dizaine d’années, s’était infiltré dans le café Caffort et avait réussi à boire le punch de la victoire de l’adversaire de son candidat. Et en plus il rentrait un peu « pompette » à la maison !
Mais le pire c’est qu’en représailles, après les résultats, il se retrouva muté dans sa fonction de cantonnier. Jusque là il avait été affecté à une portion de route qui va du pont de Ronnel à celui de Réals. Il se vit déplacé à Cazedarnes, avec obligation d’y résider. Bien que Cazedarnes ne soit distant de Cessenon que de 7 km c’était suffisant pour que ma grand-mère y ait le mal du pays. Aussi le soir mon grand-père l’emmenait jusqu’à un tournant de la route d’où l’on pouvait voir les lumières de Cessenon !
Fort heureusement ce bannissement fut de courte durée. Rencontrant mon grand-père sur la nouvelle portion de route qu’il avait à entretenir, Razimbaud lui demanda ce qu’il faisait là. Après les explications que lui fournit mon grand-père celui-ci se vit réintégrer sur son poste initial.
Charles Caffort dut rester député pendant toute la durée de la guerre de 14-18. J’ai retrouvé, dans les archives familiales, une réponse dactylographiée qu’il fait à mon grand-père à propos d’une demande de démobilisation. Datée du 1er mars 1918, cette lettre de Charles Caffort indique que mon grand-père n’ayant pas quatre enfants (il en avait trois), il ne peut bénéficier des mesures concernant les classes plus anciennes. De même sa demande de sursis en tant que cantonnier n’est pas recevable.
--
:: Poster un commentaire
Ce
blog est hébérgé par centerblog. Créer un blog c'est simple, rapide et gratuit sur centerblog.net !
Signaler un abus