Luttes de classes dans les vignes
Posté le 21.11.2007 par cessenon

Luttes de classes dans les vignes
Ouvriers et propriétaires à Cruzy de 1900 à 1914
C’est le titre d’une étude fort intéressante effectuée par Jean-Louis Escudier, chercheur au CNRS. Elle examine les mouvements sociaux qui se sont déroulés sur la commune de Cruzy avant, pendant et après les événements de 1907.
Une première grève va éclater à Cruzy en février 1904. Les grévistes demandent une augmentation des salaires. Au domaine de Sériège vient se greffer une revendication spécifique : le renvoi du régisseur Jean Tranier. Celui-ci se livre en effet à des tracasseries envers les membres du syndicat des cultivateurs de Cruzy récemment créé.
Sériège est un immense domaine qui appartient à Alexandre d’Andoque lequel vit à Montpellier. Y sont employés une vingtaine de domestiques gagés (ce sont des célibataires qui sont logés et nourris sur le site) et une soixantaine de journaliers qui viennent chaque jour du village, distant de deux kilomètres. Une permutation de Jean Tranier avec le régisseur d’un autre domaine sera effectuée.
La mévente du vin est déjà là et les propriétaires ont licencié une partie de leur personnel, réduisant au chômage 42 ouvriers de la commune. Une deuxième grève éclate à Cruzy en décembre 1904. A son issue 39 personnes seront embauchées.
La grève a été dure, les gendarmes sont intervenus. On a assisté à l’arrestation et à la condamnation de plusieurs manifestant(e)s à des amendes ou à diverses peines de prison.
En 1905 Alexandre d’Andoque vend Sériège à Edmond Bartissol, un député des P.O. qui vit à Paris. Il est propriétaire de six domaines qui totalisent une production de 45 000 hl de vin. Il ne semble pas qu’il soit jamais venu à Sériège qui est alors géré par Adolphe Turrel, ancien ministre des travaux publics dans le gouvernement de Jules Méline.
Dans son étude Jean-Louis Escudier évoque les tentatives des viticulteurs d’organiser un réseau de commercialisation du vin afin d’assurer un prix rémunérateur. A Béziers on relève le nom d’Antonin Palazy comme promoteur d’une telle opération. Bartissol s’est implanté à Cruzy avec un objectif de même nature cependant qu’à Maraussan c’est une coopérative de vente qui a été mise en place.
Depuis le congrès de la FNTA (Fédération Nationale des Travailleurs de l’Agriculture) qui s’est tenu à Perpignan en 1903 les ouvriers des villages viticoles se sont organisés en syndicats des cultivateurs et terrassiers. Outre la fonction revendicative première, ses militants gèrent des caisses de crédit mutuel et créent des coopératives de consommation (à Cruzy ce sont La Solidarité et L’Emancipatrice).
Sur le plan politique l’axe républicain de défense contre royalistes et cléricaux a peu à peu cédé la place à l’opposition d’un parti socialiste naissant à un parti radical socialiste solidement implanté dans le paysage. Si lors de l’élection partielle de 1904 Jules Razimbaud fils gagne sans surprise le siège de député de la circonscription de Saint-Pons jusque là tenu par son père, à Cruzy Jean-Marie Bron, le candidat socialiste, fait presque jeu égal avec Razimbaud : 110 voix contre 156, cependant que les socialistes conquièrent une série de municipalités dans le secteur, à Capestang notamment.
La grève de 1906 affectera Sériège avec l’annonce du licenciement de 62 des 94 journaliers employés sur le domaine. Elle débute en octobre et se solde par un accord le 13 novembre. Différents faits sont développés dans l’étude : l’affaire du transport des demi-muids de la cave du domaine au port de la Croisade, empêché par les grévistes, la présence de l’armée, le 18ème régiment de chasseurs, la place des femmes dans les manifestations, les poursuites judiciaires et les condamnations.
Deux Cruzyates sont condamnés à de lourdes peines : Augustin Calmette, secrétaire du syndicat des ouvriers agricoles à 15 mois de prison, Michel Malaret à 6 mois. Alors que la révolte du Midi se développera tout au long du printemps 1907 ils resteront incarcérés, Augustin Calmette ne sera libéré de la prison de Nîmes, où on l’a mis par mesure de sécurité, que le 5 décembre 1907 !
Jean-Louis Escudier examine sans complaisance les effets de la CGV (Confédération Générale des Vins) dans la dissolution des revendications spécifiques aux ouvriers agricoles au sein d’une nébuleuse où sont confondus les intérêts des exploités et de leurs exploiteurs.
Cela n’empêchera pas à terme de nouveaux conflits du travail. A Quarante par exemple une grève se déroule en 1912 à l’occasion des traitements contre le mildiou. Elle verra les mêmes ingrédients qu’ailleurs dans le passé : emploi de jaunes, de saisonniers espagnols, intervention de la troupe, tentatives de médiation du sous-préfet…
Entre temps Sériège est revenu dans le giron de la famille d’Andoque. Le 21 décembre 1910 Edmond Bartissol a revendu le domaine à un André d’Andoque et à sa sœur Marie-Madeleine, épouse de Gustave Fayet, pour la somme de 888 500 francs, soit une plus-value de 330 000 francs en cinq ans !
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villette le 04.03.2008
recherche personne ayant servit entre 58 et60 au 18 avec le brigadier chef villette
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