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cessenon
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Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ)
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27.04.2006
Dernière mise à jour :
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La teulièra

La teulièra

Posté le 22.11.2007 par cessenon

Le moignon de la cheminée et les bâtiments diversement reconvertis

C’est par ce vocable qu’on désignait la tuilerie. En fait l’usine produisait aussi des briques. Elle appartenait à la famille Riche. Elle a fermé définitivement au début des années 80 mais elle avait déjà fortement réduit son activité et son personnel.
Elle a dû compter jusqu’à 140 salariés. Des logements avaient été construits pour les ouvriers qui n’avaient pas de maison. On désignait l’ensemble sous le nom assez péjoratif de « Les baraques ». A vrai dire ce n’était pas très confortable : une cuisine et deux ou trois chambres, petites, avec un point d’eau à l’extrémité des allées.
A l’entrée de l’usine étaient le bureau du comptable et le logement du contremaître, en l’occurrence Camille Bayou, le père du futur député maire de Cessenon.
Naturellement qui dit tuilerie dit four. La cheminée, dont il ne reste aujourd’hui qu’un moignon, avait une hauteur de cinquante mètres. J’ai le souvenir, alors que j’étais à l’école maternelle, d’un spécialiste grimpant sans échafaudage le long de la colonne pour la réparer. Il a été dit qu’il avait été par la suite victime d’un accident mortel en restaurant la flèche de la cathédrale de Strasbourg.
Ce four a utilisé le charbon produit par la mine de lignite des Mattes. Je revois Alphonse Miro transportant le combustible avec un tombereau tiré par un cheval. Le chemin qu’il empruntait en était tout noir ! Plus tard c’est du mazout qui a été employé.
L’énergie électrique était fournie par deux usines, celle du Mainard d’abord, celle du Moulin Neuf ensuite.
Pendant longtemps le rebut était évacué par un tombereau et il venait garnir au bord de l’Orb, du côté du cimetière, une décharge que mon père appelait « Los tesses ». On utilisait aussi ce rebut pour combler les trous dans les chemins.
J’ai eu l’occasion de parcourir l’usine le dimanche après-midi avec d’autres enfants alors qu’elle ne fonctionnait pas, sauf les fours qu’on n’arrêtait jamais. Je l’ai vue aussi quelquefois en état de marche avec sa chaîne, ses tapis roulants, ses presses… et des ouvrières qui les servaient. D’immenses séchoirs recevaient tuiles et briques en attente d’être enfournées. Il y avait alors tout un travail de manutention, les ouvriers courant presque en conduisant des brouettes dont l’avant était muni d’un dossier très haut.
Il y a eu trois terriers pour fournir la matière première. Le premier, celui de Fontramy était appelé le vieux terrier. Celui situé au-delà de la Blanquière comportait des terrasses. Ici arrivait une ligne aérienne de wagonnets qui franchissait l’Orb et permettait de transporter l’argile jusqu’au point de réception. Enfin un troisième avait été ouvert du côté de Varailhac.
Je me rappelle le fonctionnement de ces wagonnets et j’ai même passé une après-midi entière à observer leur embarquement sur le câble. J’étais très jeune, moins d’une dizaine d’années sans doute, et j’avais accompagné ma mère qui « levait des bûches » dans le secteur. Sur la plate-forme opérait Péret, enfin c’est ainsi qu’on l’appelait, mais son vrai nom c’était Pla et son prénom Pierre peut-être.
Le terrier formait un immense cratère et un plan incliné, pourvu de rails, permettait de monter les wagonnets chargés de terre à l’aide d’un treuil. En haut la benne était décrochée de son châssis et amenée sur la ligne d’où elle partait pour sa destination. Il y avait ainsi un aller retour incessant des wagonnets. En cas d’urgence l’opérateur pouvait stopper leur déplacement.
Plus tard ce système a été abandonné et c’est une noria de camions qui assurait le ravitaillement de l’usine. Des pelles mécaniques installées, non sans risque, il y eut des accidents, sur les terrasses, étaient en service et les chargeaient.
Le terrier de Fontramy n’avait pas été abandonné car il fournissait une terre qui assurait plus de solidité à la brique ou à la tuile et plus de couleur à cette dernière. La mode des tuiles délavées n’était pas encore là !
Avec la fin de l’exploitation du terrier de Varailhac s’est formé sur la carrière un étang dans lequel il est agréable de se baigner l’été, l’eau y étant argileuse et chaude.
Du côté de La Blanquière on peut voir une baraque de vigne, elle appartenait à Pla le maréchal, avec deux meules en pierre qui servaient à broyer l’argile. L’emplacement d’une première tuilerie sans doute qui avait fonctionné sur le site. D’ailleurs mon oncle Aimé qui avait une vigne sur ce tènement la désignait sous le nom de « La Teulièra ».
Ma dernière visite de l’usine de la tuilerie remonte au printemps 1981. Accompagné de plusieurs collègues j’avais conduit une classe du collège de La Devèze et Jean-Jacques Bullich, qui était alors contremaître, nous avait reçus. Il ne restait que quelque vingt cinq ouvriers, l’usine fonctionnait suivant les trois huit. Elle s’était orientée vers la fabrication d’hourdis. Ceux-ci entraient dans le four où ils étaient séchés puis cuits et sortaient sans qu’il soit besoin de les manipuler.
Malgré ce, victime du prix du pétrole, de l’évolution des techniques de construction, la tuilerie n’a pas tardé à fermer ! Et bien sûr des conflits sociaux, des problèmes d’écologie, n’avaient pas manqué de surgir tout au long de son histoire.



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