Mon concours d’entrée à l'Ecole Normale d'Instituteurs de Montpellier
Posté le 19.12.2007 par cessenon

Le groupe scolaire de Cessenon
Tel qu’il était dans les années 1950
C’était donc en juin 1955, j’avais eu 15 ans au mois de février. J’étais vraiment très gamin à cette époque !
La veille du concours j’étais allé emprunter chez une institutrice qui était logée dans le groupe scolaire un dictionnaire unilingue d’espagnol que nous pouvions utiliser pour la version que nous devions faire. Je n’avais jamais eu l’occasion de m’en servir !
Camille Allué qui était de Murviel les Béziers, avait apporté son rasoir électrique, la maquina de afeitar avait-il dit ! Il n’a été pris que l’année suivante.
Je ne sais plus dans quel ordre était prévu le déroulement des épreuves. Je me rappelle certaines d’elles.
Le commentaire de texte d’abord. Un texte de Balzac, mais le nom de l’auteur n’était pas cité, extrait de « Eugénie Grandet ». C’était le passage où Grandet annonce à neveu que son père s’est donné la mort et surtout qu’il est ruiné ! Il fallait dire qu’il était cynique, un terme que j’ai employé !
La dictée ? Elle était éliminatoire, si on avait zéro, quels que soient les résultats par ailleurs on ne pouvait pas être pris. C’est Lecouanet qui avait dicté le texte. Il était question d’atomes qui se mouvaient en une étrange bacchanale. Henri Rami qui ne connaissait pas le mot avait écrit je crois « bas canal » ou quelque chose d’approchant.
En espagnol le titre était « El Pim Pam Pum ! » quelque chose que l’on pouvait traduire par « Le jeu de massacre » avec toutefois des variantes au niveau des règles ! Je n’avais pas traduit, j’avais laissé « Pim Pam Poum ». Je n’ai pas dû être trop pénalisé, peut-être même pas du tout.
Il me semble que c’est à l’écrit qu’était l’exposé. On nous lisait un document et sans avoir le droit de prendre des notes il nous fallait en faire un compte-rendu. Je me débrouillais assez bien dans ce domaine. Le sujet était quelque chose qui devait être formulé par « Pays techniquement évolués et pays techniquement arriérés ». C’est Pfister qui avait lu le texte.
Tiens j’ai le souvenir d’André Diguet qui était en short pour cette épreuve, peut-être pour les autres aussi.
Je n’ai pas d’autre souvenir de l’écrit du concours sinon qu’en mathématiques ça avait dû bien se passer !
Pour l’oral j’avais emprunté une planche qui appartenait me semble-t-il au fils de Monsieur Combes, le directeur du cours complémentaire, en vue du modelage. Je n’avais jamais fait de modelage !
Pour l’écrit j’avais été hébergé chez une nièce de ma mère qui logeait avec son mari et son fils route de Palavas. Pour l’oral ils n’étaient pas là mais j’avais eu la maison à ma disposition et j’avais pris mes repas chez les beaux-parents de ma cousine.
Que dire de cet oral ? Eh bien, en mathématique ce ne fut pas vraiment génial. J’avais à démontrer la formule qui permet de calculer l’aire d’un trapèze. C’est vainement que j’ai tenté d’en faire un rectangle ! En fait il suffisait de le couper en deux par une diagonale, de faire apparaître ainsi deux triangles, d’utiliser la formule de l’aire de chacun d’eux et d’additionner !
En français cela s’était très bien passé. Je crois que les examinateurs étaient Messieurs Durand et Buisine. J’avais eu un texte de Voltaire sur le parlement de Toulouse il me semble. J’avais été très à la hauteur m’avait dit Michel Combes qui était passé après moi et qui avait porté jugement à partir des échanges qu’il avait noté entre les examinateurs, ceci alors que j’étais plutôt scientifique que littéraire !
Que restait-il ? L’épreuve de sports. Bien, bénéficiant du barème accordé aux candidats plus jeunes j’avais eu la deuxième note. Et comme celui qui avait eu la meilleure, Marc Valada, n’avait finalement pas été reçu, j’étais le premier ! Oui, j’avais mes chaussures à pointes, mon sac de sports… j’avais eu la sympathie appuyée d’une autorité qui connaissait un des instituteurs que j’avais eus quelques années plus tôt ! Ah, j’avais choisi le grimper à la corde plutôt que le lancement du poids !
En musique évidemment cela n’avait pas été très brillant, j’ai toujours chanté faux, et pour tout dire je n’y ai jamais rien compris ! Il fallait solfier une partition. Certes je savais lire une portée. Quant à solfier ! Encore pire que pour chanter. Pour le chant j’avais eu à interpréter « La petite farandole ». A vrai dire si ce n’était pas aussi bien et de loin, que la prestation de Michel Combes qui chantait en battant la mesure, c’était nettement moins catastrophique que celle d’André Diguet !
Pour ce qui est du dessin il fallait dessiner un morceau de pain avec le matériel de notre choix : crayon, peinture, encre de Chine… J’avais choisi le crayon. Nous avions deux heures pour composer. Dans ce temps là je crois que j’aurais été capable de dessiner toute une flûte découpée en tranches !
Ah, le travail manuel ? J’avais choisi, par défaut, le modelage. J’ai failli avoir des problèmes. Le beau-père de ma cousine germaine m’avait généreusement servi en vin frais sorti du puits de son jardin. J’étais presque pompette et pour un peu j’arrivais en retard à l’Ecole Normale ! J’ai modelé une feuille de figuier. J’ai dû limiter les dégâts !
Je n’ai guère d’autres souvenirs, sinon deux. Une discussion avant les épreuves, avec d’autres candidats, dont Jean-Claude Lévy lequel m’avait fortement impressionné par sa décontraction. Pourtant Jean-Claude Lévy n’avait pas été reçu ! Il avait quand même intégré l’ENG de Montpellier ayant postulé pour un emploi d’instituteur en Guyane où il n’a sans doute jamais mis les pieds !
Le seconde c’est la façon dont j’ai compris que j’avais été reçu. Je remontais à pied pour connaître les résultats et dans le bus qui descendait vers la gare Denis Ladet de Sète, qui n’a pu intégrer l’EN que l’année suivante, m’a fait signe que… oui, je pouvais penser que j’étais sur la liste.
C’est ce que j’ai vérifié sur la porte d’entrée, vitrée, de l’Ecole Normale où étaient affichés les résultats. 17ème sur 20, ouf ! En fait cette année là on a pris 21 normaliens sur les quelque 400 candidats qui s’étaient présentés à l’écrit. Un concours très sélectif donc !
A Cessenon je faisais figure de héros ! Encore que nous ayons été trois à rentrer à l’Ecole Normale d’Instituteurs ou d’Institutrices en 1955 ! Après une éclipse de neuf ans le village fournissait à nouveau des normaliens : outre moi, Aline Galy et Albert Flourens, lequel avait quitté le cours complémentaire de Cessenon en janvier pour celui de Louis Blanc à Béziers, allaient eux aussi être élèves-maitres à la rentrée d’octobre.
Je suis revenu quelques jours au cours complémentaire pour savourer mon succès mais une page de ma vie et de mes études était déjà tournée !
Belles vacances que celles de l’été 1955 !
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Souvenirs
Posté par
maillet le 20.12.2007
Moi qui étais littéraire , j'ai loupé ma version grecque . Repêchée par
les math ! Au bac, en 1939. A l'oral en histoire, la doctrine de
Monroe. V. Hugo en français : ceux
qui vivent..... Et j'ai lutté. Donc vécu....
Vous avez une mémoire
Posté par
Kate le 23.02.2008
extraordinaire !
Jamais je n'ai réussi à grimper à la corde.
Vu mon gabarit sans hésiter, je choisissais le lancement du poids.
Bon week-end.