Autour des poèmes de mon père
Posté le 21.12.2007 par cessenon

E qu'i vesi al cloquièr i flotar la bandièra
Photo Guy Bousquet
Oui mon père écrivait des poèmes en occitan. Il n’en connaissait absolument pas la graphie et utilisait la forme française pour les orthographier.
Je lui avais entendu réciter des extraits de celui qu’il avait composé en 1922 et qui rendait compte du carnaval qui avait eu lieu à Murviel les Béziers quelques jours auparavant. Il n’y avait pas assisté, c’était Durandeu, le père de l’ancien maire de la commune, avec lequel il travaillait à la campagne de Saint Blaise, qui lui en avait fait la relation. En voici la première strophe :
Quand del pont de Tauro o del fons de la costa
Vesètz al treslusent de la rota que monta,
Un vièlh clapas d’ostals semblat tombat del cèl
Fa veire als estrangièrs la vila de Murviel
Le texte s’était perdu et mon père ne se souvenait pas de son intégralité. Et voilà qu’un jour, un dimanche, débarque chez mes parents Ludovic Boissin qui apportait deux feuilles dactylographiées le reproduisant. Nous étions à table, Ludovic s’est assis, a dû prendre le dessert et le café, et s’est mis à pleurer en remettant le document à mon père !
Ludovic ? Il était employé de mairie et chaque matin inspectait les WC publics. Comme je le voyais trafiquer régulièrement avec un crochet celui qui était au fond de notre rue je lui avais demandé des explications. Il avait eu ce commentaire : « Les ingénieurs ne savaient pas que la merde "nage" ! » Le mot nage étant employé ici à la place de "flotte" !
Son épouse était campanaire c'est-à-dire qu’elle sonnait les cloches, à une époque où ce n’était pas encore automatisé.
Peut-être est-ce le retour du document qui a inspiré mon père. J’ai un poème qui date d’octobre 1976. Il commence par :
La musa dins mon còr a empiocat la arpa
E m’a dit es per tu que raluqui la lampa.
Mon père avait alors 72 ans et était encore en forme. Je le prenais aux champignons et il avait bon moral. D’ailleurs les deux vers qui suivent en rendent compte :
M’a dit à l’aurelha : reganta pas lo temps
Tant que nos cantaras serem dins lo printemps
Il faisait suivre un crayon et un papier et notait au gré de son inspiration. Lors des repas de fête Georges Borras, l’ami de la famille, chantait des poèmes de mon père. J’ai d’ailleurs une cassette sur laquelle nous l’avions enregistré.
Un jour je les avais emmenés tous les deux effectuer une petite balade qui passait par Mamette. Le propriétaire des lieux, Louis Avérous, était de l’âge de mon père et ils avaient effectué leur service militaire ensemble, à Hyères d’abord, à Bizerte ensuite. Nous l’avons rencontré, mon père et lui se sont salués et ont rappelé leur départ d’Hyères. Les parents de Louis Avérous, sans doute plus fortunés que ceux de mon père, étaient venus dire au revoir à leur fils avant l’embarquement. Ils étaient allés au restaurant et comme mon père était du même village ils l’avaient pris avec eux. Du coup mon père avait improvisé un poème. Lors de cette rencontre il en avait fait état à Louis Avérous en lui demandant s’il s’en souvenait. Oui bien sûr, même que Louis Avérous le lui a récité sur le champ !
Mon père est décédé en mai 1982. Louis Avérous lui a survécu quelque temps. Il avait demandé à Georges qui avait je crois tous les poèmes de mon père de les lui prêter pour les recopier. Craignant qu’ils s’égarent, Georges avait préféré s’occuper lui-même de les reproduire. Bien lui en a prit, Louis Avérous est mort huit jours après qu’il lui ait remis les documents recopiés !
En 2003, bien que déjà à la retraite, j’avais participé à une échange scolaire avec un lycée de Heilbronn la ville allemande jumelée avec Béziers. La collègue qui m’hébergeait m’a demandé si je voulais intervenir dans sa classe pour rendre compte de l’évolution de la société française au cours des dernières décennies, c’était précisément à son programme.
J’ai donc fait une manière de synthèse du sujet, évoquant la disparition en milieu rural de l’occitan. Les élèves de ma collègue m’ont demandé si je pouvais leur dire quelques mots dans cette langue. J’ai récité le début d’un des derniers poèmes de mon père :
Quand m’encamini à l’òrt lo long de la riviera
E qu’i vesi al cloquièr i flotar la bandièra
Sosqui al païsan, païsan d’autrescòps
L’òme à la blòda blava e als pès los esclòps
J’ai été applaudi, c’était la deuxième fois dans ma carrière à la fin d’un cours, et les deux fois c’était en Allemagne !
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magnifique
Posté par
dany le 23.07.2008
beau sujet, je me suis régalée
Ce
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