A quels jeux jouions-nous ?
Posté le 02.07.2006 par cessenon

Cela dépendait des saisons, de l’âge, de l’endroit, des circonstances. En gros il y avait les jeux d’hiver, les jeux d’été, les jeux sportifs, les jeux calmes, les jeux de la cour d’école, ceux de la rue, ceux du jeudi, ceux de quand nous étions grands, ceux de quand nous étions plus petits…
Celui qui à coup sûr faisait le plus courir c’était « A barres ». Les uns attrapaient les autres et les alignaient en une chaîne dont ils pouvaient être délivrés si l’un de ceux qui étaient libres touchait celle-ci. Je ne crois pas qu’une telle partie ait jamais connu de fin !
Un jeu qui n’en était pas vraiment un c’était « A l’òli ». Les premiers étaient coincés dans un recoin et les autres s’agglutinaient en formant au-dessus un tas de plus en plus fourni. Les derniers sautaient sur les premiers en criant « A l’òli » c'est-à-dire « A l’huile ».
Question billes, qu’on appelait d’ailleurs des boules, il y avait diverses façons de jouer. L’une d’elles consistait à placer une pièce verticalement, tenue par un peu de terre, et d’essayer de la déquiller en lançant ses billes. Si la pièce tombait elle revenait au tireur, sinon celui qui l’avait placée gardait les billes. La distance à laquelle on tirait variait avec la valeur de la pièce.
J’ai connu deux autres jeux de billes assez largement courus. L’un consistait à pratiquer cinq trous dans le sol, quatre aux sommets d’un carré, le cinquième « la capitale », qu’on désignait par « la capich », au centre. Il fallait être entré dans les cinq trous et, après avoir conquis les villes et sans que vos adversaires vous en prennent une en y entrant à leur tour, toucher ensuite les billes de ceux qui n’en possédaient pas. On défendait l’entrée des villes qu’on avait conquises en visant les billes ennemies qui s’en approchaient. On pouvait avancer de deux doigts à partir d’une ville qui n’était pas la capitale, de quatre pour celle-ci, d’un pan pour la capitale et une ville et de deux pans si on les possédait toutes. En général l’un des trous situés aux sommets du carré était creusé dans un environnement caillouteux et était considéré comme étant « La Rochelle ».
Au moment du Tour de France, mais il faut dire qu’à l’époque les vacances ne commençaient que le 14 juillet, on réalisait des circuits sinueux, des petits remblais délimitant une piste qu’il fallait suivre. Il y avait sur cette piste des traits qui symbolisaient les étapes.
J’ai le souvenir en cette période de fin d’année des interminables activités de tricotin. On utilisait pour cela soit un tuyau en roseau dans lequel on avait découpé deux ou quatre montants formant des créneaux, soit des bobines pourvues de clous. On obtenait ainsi avec de la laine des cordons diversement colorés dont je n’ai jamais connu d’usage.
Tout à fait exceptionnellement à cette saison de la fin de l’année scolaire où les récréations duraient pratiquement toute la journée, il arrivait que les maîtres fassent couler le robinet pour arroser leurs jardins qui étaient à l’arrière des bâtiments. Un ruisseau suivait deux des côtés de la cour et on pouvait faire naviguer de petits bateaux que l’on réalisait dans de l’écorce de pin. Personnellement je n’étais pas habile pour ce genre d’activité mais d’autres, le plus souvent pas très bons élèves, confectionnaient des modèles réduits de barques tout à fait remarquables.
La chaleur incitait à des jeux où il n’y avait pas de dépense physique. On jouait par exemple aux noms de métier. Deux élèves choisissaient un nom de métier, communiquaient la première et la dernière lettre du mot et mimaient le métier. Celui qui trouvait le métier remplaçait l’un des deux, suivant une procédure où entrait le hasard. Il était admis que le métier d’antipantiserpentilope existait vraiment. Quant à ce en quoi il consistait cela restait un mystère et il était impossible de le mimer mais l’annonce du « a » initial et du « e » final amenait nécessairement la solution !
Ah il y avait aussi un jeu intellectuel : « Ringuelette » Un carré était dessiné sur le sol avec ses médianes et ses diagonales. On y jouait à deux, chaque joueur disposait soit de trois pierres soit de trois bouts de bois et il s’agissait de les aligner sur un côté, une médiane ou une diagonale. Hélas l’effort intellectuel n’avait pas à être soutenu, il était facile de comprendre que celui qui commençait était assuré de gagner.
Les garçons aux qualités manuelles confirmées (les non conceptuels a-t-on pu dire d’eux plus tard !) confectionnaient des traîneaux pour lesquels ils utilisaient des roulements à billes récupérés à la tuilerie. Deux à l’arrière, un à l’avant sur un dispositif tournant qui permettait de changer de direction. Les spécialistes oeuvraient longtemps pour obtenir un bolide qu’ils allaient tester ensuite dans la descente de Balos située au nord du village, sous Pisse-Chèvres. Je ne crois pas être jamais guère monté sur ces traîneaux.
Il existait un jeu qui se pratiquait dans ma rue alors peuplée de beaucoup d’enfants. Je ne crois pas qu’il en reste un seul ! Je ne connais pas vraiment l’orthographe mais ça s’appelait « Bòlis » ou « Vòlis ». En quoi consistait ce jeu ? On disposait d’un tronçon de bâton d’une dizaine de centimètres, appointé aux deux bouts comme un crayon. Avec une planche pourvue d’une poignée (cela ressemblait à un hachoir) le lanceur tapait sur un des bouts, le bòlis sautait en l’air et d’un revers de la planche il l’envoyait le plus loin possible. En face on tentait de récupérer le bòlis au vol (il me semble qu’il fallait crier « Bòlis » quand on l’avait attrapé). Celui qui avait réussi le faire le lançait sur la planche qui avait été placée verticalement, dans le sens horizontal. Si elle était touchée celui qui avait lancé le bout de bois devenait le tireur. Je ne crois pas que ce jeu ait jamais été autorisé dans la cour de l’école, il était à l’évidence dangereux.
En haut de ma rue vivait Léon Sanche un garçon qui avait quatre ou cinq ans de plus que moi et qui n’était pas un bon élève. Il était pourtant plein de ressources. Il savait faire des traîneaux, il s’était constitué un petit magot en faisant de la récupération de métaux, notamment de boîtes de conserve en aluminium. Il avait toute une collection de modèles réduits de voitures et nous jouions plus ou moins avec.
Il y avait des jeunes ingénieux. Je me rappelle les charrettes de vendanges faites avec du fil de fer. Certes elles ne roulaient pas car elles n’avaient pas de roues mais tout de même il y avait un cheval, en fil de fer lui aussi.
A partir de la classe de quatrième le football prédominait et on y jouait aux récréations ou avant d’entrer en classe après le repas de midi. Je ne faisais pas partie des premiers couteaux et j’entends Louis Roux, le fils du chef de gare, nettement plus grand que moi, me crier « Pati (c’était le diminutif de mon surnom) laisse ! » pour que je lui permette de shooter.
Naturellement toute la panoplie des jeux classiques était présente : osselets, marelle… La liste n’est pas exhaustive. Il fut une période où, avec l’approche des vacances, nous passions des soirées sur une rue du village qui portait le nom de route de Saint-Chinian et qu’on a baptisée Avenue Raoul Bayou du nom de son ancien député-maire. Nous nous y retrouvions garçons et filles et je me souviens entre autre des parties de « Chameau – chamois » qui s’y déroulaient.
Pour terminer on va citer la construction de cabane qu’en français méridional on désigne par « baraque ». Construction jamais finie, souvent la cible de bandes rivales, destructrices. Ah tiens une fois j’avais failli provoquer un drame. Toute une équipe était rentrée dans un hutte que j’avais faite au bord de l’Orb. J’avais piqué à travers le feuillage avec un roseau que j’avais appointé et ainsi blessé sous un œil André Calas qui s’y trouvait. J’aurais pu l’éborgner !
Le jeudi nous opérions dans un bois de pins qui se trouve sous lo Trauc dels còrbs (le Trou des corbeaux). J’ai ici aussi le souvenir d’un phénomène de physique élémentaire. Dans la plaine, assez loin en contrebas un ouvrier effectuait des travaux. Je voyais nettement son coup de pioche et je n’en entendais le bruit qu’un peu plus tard. Eh oui le son se propage à la vitesse de 340 m/s soit nettement moins que la lumière dont le signal arrive pratiquement instantanément pour une aussi faible distance !
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