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Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ) Catégorie : Blog Journal intime Date de création :
27.04.2006 Dernière mise à jour :
08.09.2008
Autant que je me le rappelle cela avait mal commencé. J’ai le souvenir d’un cross-country que M. Bourdier avait organisé pour les garçons du cours complémentaire. Le circuit longeait « Les baraques », les logements des ouvriers de la tuilerie. Eh bien si je n’avais pas fini dernier c’est qu’il y avait derrière moi Robert Sigé un peu handicapé par un certain embonpoint. Je devais avoir 13 ou 14 ans.
C’est sans doute guère plus tard que lors d’épreuves de course de 40 m sur le petit stade devant le groupe scolaire j’avais progressé de manière sensible !
Ce stade s’appelait Léo Lagrange et il avait été créé grâce à la volonté de M. Tournet qui était instituteur et qui a fini sa carrière comme inspecteur départemental de la jeunesse et des sports. Je crois savoir que des prisonniers allemands avaient participé à sa réalisation.
Dans un premier temps la piste était vraiment courte : 150 m. Pour le fond et le demi-fond les coureurs n’arrêtaient pas de tourner. Puis la piste a été allongée jusqu’à ce que son tour atteigne 200 m. La ligne droite permettant les épreuves de sprint s’arrêtait rapidement devant les logements de fonction des enseignants.
Il s’y faisait chaque année au mois de juillet le challenge de la ville de Cessenon, une manifestation sportive populaire qui attirait les gens du village. J’ai pu par la suite mesurer son impact dans le Biterrois et même au-delà chez les gens de ma génération.
Ce que je trouvais le plus spectaculaire c’était le saut en hauteur. Eric Battista, qui a été par la suite champion de France du triple saut, avait bien failli battre le record de France cadet de la spécialité. La barre avait été touchée mais avait failli rester en place sur ses supports. Et d’ailleurs à cette époque le saut était considéré comme valable si l’athlète avait pu sortir de l’aire de réception avant que la barre tombe.
A Cessenon nous n’avions guère l’habitude de voir des hommes de couleur. Il y avait un très bel athlète noir, il s’appelait Mongorin et il est devenu professeur d’éducation physique, qui était remarquable au saut en longueur et au 100 m.
Invariablement la compétition se terminait par les épreuves de relais (4 x 100 m me semble-t-il).
Je sais qu’à plusieurs reprises c’est l’équipe de Clermont l’Hérault, la Clermontaise, qui a remporté le challenge. Les vainqueurs ne manquaient pas d’effectuer un tour d’honneur en portant le trophée. Une année le Club Olympique de Cessenon, le C.O.C., avait été battu in extremis par l’ASPTT de Montpellier grâce à sa victoire dans le 3000 m.
Mais je reviens à l’épisode de cette course de 40 m. J’avais donc battu mes concurrents et Jacky Chavardez qui avait eu l’occasion de faire de la compétition à Béziers avait estimé que je serai appelé à participer à de tels déplacements.
Mon problème c’est que je n’avais pas de maillot de corps que nous appelions d’ailleurs un tricot de peau mais dont le vrai nom doit être débardeur. Je rêvais de ce vêtement sans manche qui me semblait indispensable pour concourir. Je m’ouvris de ce besoin à ma mère mais une telle dépense n’entrait pas dans ses projets.
Finalement il s’avéra que ma sélection en vue de participer à une compétition extérieure n’était que le fruit de l’imagination de Jacky Chavardez.
Là mes souvenirs deviennent plus précis quant aux dates. Nous avions organisé une course de 1000 m entre garçons du cours complémentaire. C’était en 1954, j’avais alors 14 ans. Je m’en sortis très bien. Aussi lors du challenge de l’année j’avais été embauché pour courir le 1000 m.
Il y avait dans cette épreuve, au titre du C.O.C., Jacky Chavardez et Jean-Pierre Clavel lequel s’était déjà illustré sur cette distance. Je me rappelle que j’étais équipé de chaussures à pointes, que j’avais le tricot de peau rouge du C.O.C. et… un trac fou au moment du départ.
Un Marseillais portant un nom arménien (j’ai revu ce nom dans les palmarès que j’ai pu consulter ultérieurement) avait pris la tête et avait distancé les trois Cessenonais. J’étais juste derrière Jacky Chavardez et je revois le moment où il s’est effacé pour me laisser passer. J’ai fini second dans le temps de 3 mn 15 s ce qui n’était pas bien sûr une performance ! (mon record personnel sur cette distance ? Je l’ai établi à Limoux en 1959 avec un temps de 2 mn 39 s et quelques dixièmes !)
Après ce succès j’ai poursuivi une carrière dans le demi-fond et j’avais gagné un cross qui avait eu lieu l’année suivante à Servian, le second étant Jean-Pierre Clavel. Je n’avais toujours pas de tricot de peau mais là nous avions revêtu des maillots jaunes de l’équipe de football.
J’ai remporté le challenge de Cessenon avec l’Association Sportive Biterroise en 1959 et mes exploits se sont arrêtés quelque temps après que je sois parti faire flotter le drapeau français aux confins du Sahara. La dernière compétition à laquelle j’ai participé est un cross organisé dans le cadre d’un championnat militaire qui s’est déroulé à Oran en 1961.