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Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ) Catégorie : Blog Journal intime Date de création :
27.04.2006 Dernière mise à jour :
19.08.2008
Le chemin de fer d’intérêt local qui reliait Béziers à Saint-Chinian a atteint Cessenon en 1877. Le chef lieu de canton ne le sera que dix ans plus tard.
La voie ferrée était à écartement normal et à Béziers elle partait de la gare du Nord où aboutissait la ligne Montpellier Béziers qui passait par l’intérieur des terres.
Il n’est pas dans mon propos de faire ici un historique de cette ligne de chemin de fer mais d’évoquer quelques souvenirs que j’en ai ou de rapporter quelques anecdotes qui m’ont été contées.
En 1944 mes parents ayant acheté une maison dans la rue de l’Orb nous étions à quelques dizaines de mètres de la voie qui passait sur le rempart qui protège le village des crues du fleuve.
A chaque passage d’un train tout vibrait dans le secteur. A cette époque il y avait, pour le service des voyageurs, quatre allers retours quotidiens Béziers – Saint-Chinian. Le premier passage, dans le sens Saint-Chinian – Béziers devait avoir lieu vers les 7 h du matin, heure solaire s’entend !
A cette époque ce devaient être des locomotives à vapeur qui tractaient les convois. Plus tard sont venues les Micheline dont le sifflet était fort différent des locomotives à vapeur.
J’ai encore dans ma tête l’image du train avec ses wagons désuets circulant de l’autre côté de Orb, en face de mon jardin au niveau de Limore. Là existait un passage à niveau non gardé où j’avais failli me faire accrocher, alors que je le franchissais à bicyclette, par une Micheline qui allait vers Saint-Chinian.
Un passage à niveau non gardé, il en existait un autre à côté de l’école maternelle de Cessenon. La sœur de mon arrière-grand-père y avait été tuée vers les années 1930. Elle était un peu sourde. Sa petite-fille, Lucienne Azorin, née Paraluelo, m’avait dit que le corps avait été déchiqueté et que les morceaux avaient été rassemblés dans une couverture.
Celui du pont sur l’Orb par contre était équipé de barrières manœuvrées par l’épouse d’un employé de « L’intérêt local » qui avait un logement de fonction situé à quelques dizaines de mètres. Il était dans une maison il était dans une maison qui appartient aujourd’hui à Antoine Mendez. Les barrières s’abaissaient et se relevaient à l’aide d’une manivelle tandis que deux portillons permettaient de traverser la voie, à pied ou en conduisant un vélo à la main. Sans doute distrait, Cazas, je n’ai plus son prénom en tête, un artisan maçon qui habitait de l’autre côté du pont, avait un jour foncé dans la barrière avec sa moto !
Quand nous allions au terrain de football le mercredi après-midi il nous arrivait d’avoir à attendre la fin des manœuvres effectuées en gare de Cessenon.
J’ai aussi le souvenir d’un rond de fumée, fermé, échappé de la cheminée d’une locomotive. Même qu’Henri Milian, émerveillé, avait lâché « Une soucoupe ! » Eh non, ça n’en était pas exactement une !
En quittant Cessenon en direction de Béziers la voie était rectiligne. Je revois, c’était en 1951, disparaître la Micheline qu’avait empruntée ma mère qui se rendait à Millau rendre visite à sa sœur aînée avant qu’elle ne meure.
Emile Maillé m’avait raconté l’opération à laquelle il lui était arrivé de se livrer sur cette portion de voie. Il avait été chauffeur puis mécanicien à « L’intérêt local. » A ce titre il venait quelquefois prendre une rame de wagons foudres mise en place sur une voie que la cave coopérative avait fait construire à l’arrière des bâtiments. En général on offrait au mécanicien et au chauffeur un tonnelet de vin « Lo barral. » Mais ce n’était pas toujours pendant les heures d’ouverture de la coopérative qu’ils venaient accrocher la rame à la locomotive. Alors pour avoir quand même lo barral ils profitaient de la ligne droite où ça ne tanguait pas trop pour percer avec une chignole un des wagons foudres (ils étaient en bois) présenter un récipient sous le jet et boucher la perforation avec une cheville après que celui-ci soit rempli.
L’habitation du chef de gare n’était pas un logement très spacieux. J’ai connu son occupant, Roux, qui avait deux fils, Louis et Georges, peu ou prou de mon âge. Ce Roux a fini sa carrière à Montpellier à la gare de Palavas. J’ai eu mangé chez lui alors qu’il avait déménagé. A Cessenon le bâtiment que la famille occupait a été détruit et est devenu une petite place qui porte le nom de Place du 19 mars 1962. Un bon point pour les édiles qui lui ont donné ce nom !
Henri Pignol avait succédé à Roux comme chef de gare mais il n’habitait pas sur le site.
A Réals la gare n’avait rien d’une gare de triage, c’était une simple station, la bâtisse est toujours debout, mais elle permettait à la jeunesse biterroise de venir passer la journée en campagne le lundi de Pâques.
A l’arrêt de Commeyras Emile Maillé faisait descendre les réfractaires au STO qu’il avait amenés jusque là, cachés dans le caisson avec de l’eau jusqu’aux épaules. Ils rejoignaient ensuite le maquis à pied.
Junior Peytavi qui était né en 1900 se rappelait le passage du train venant de Saint-Chinian bondé des jeunes gens mobilisés pour partir à la guerre de 14. Il évoquait cet événement avec beaucoup de tristesse et un peu de colère aussi. C’est que beaucoup de ceux qui étaient dans ce train ne sont pas revenus !
Georges Borras citait le propriétaire d’un hôtel restaurant installé au Foulon, sous la source qui alimente Cessenon en eau potable. Il venait à la gare du village chercher ses clients avec un âne et une carriole. Il annonçait « Cessenon – le Foulon, la ville la campagne ! »
J’ai emprunté quelquefois ce train pour aller à Millau voir mes grands-parents maternels. Je me souviens aussi de l’avoir pris pour participer à une manifestation viticole qui a eu lieu aux arènes de Béziers au début des années 50.
Le service des voyageurs a été supprimé en janvier 1954. Il faut préciser que la crue du 6 décembre 1953 avait emporté le rempart qui supportait la voie et qu’on a dû déplacer celle-ci contre les maisons pour permettre le passage, très au ralenti, des convois.
Le transport des marchandises ne s’est définitivement arrêté que le 31 octobre 1968 (cf. vote du conseil général de l’Hérault en date du mardi 16 janvier à 12 h 25 : 23 voix pour la suppression et l’exploitation du réseau, contre 8 voix.)
Le tronçon Cazouls les Béziers Saint-Chinian était relié au réseau SNCF à Colombiers par une voie qui existe toujours. Elle appartient au conseil général mais sa gestion a été confiée à une société privée.
De ce transport de marchandises je revois une locomotrice diesel à laquelle en dernier on n’accrochait plus qu’un seul wagon. J’ai aussi le souvenir d’une plaque tournante qui avait été placée dans la cour de la tuilerie et des blogs de marbre de la carrière de Coumiac qu’un camion conduit par Germain Blanc apportait à la gare. Ils partaient nous disait-on pour l’Amérique. Depuis nous avons appris que ce marbre a servi a décorer la chambre rouge de la Maison Blanche !
Ah, encore, et ce sera la fin, une image tout à fait insolite : un employé de « L’intérêt local » cultivait une vigne située au bord de la voie, à peu près au carrefour des routes de Saint-Chinian et de Roquebrun. Il utilisait pour le transport de sa récolte une manière de wagon plat qu’avec des collègues il devait pousser à la main pour le conduire jusqu’à la cave coopérative.
d'autres lignes
Posté par PROUVEZE le 14.07.2008
savez-vous s'il existe un livre ou un site sur les lignes d'intérêt local ou petits trains de la Haute-Garonne ?
merci