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cessenon
Description du blog :
Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ)
Catégorie :
Blog Journal intime
Date de création :
27.04.2006
Dernière mise à jour :
16.05.2008
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Journal d'un prisonnier de guerre

Journal d'un prisonnier de guerre

Posté le 14.07.2006 par cessenon
Photo d’avant la captivité
François Borras est au milieu en haut


Nous avons eu entre les mains un carnet, délivré par l’autorité militaire allemande, d’un soldat Français fait prisonnier pendant la guerre de 14-18. La couverture est noire et, tout au long des pages qui suivent, le soldat François Borras, originaire de Cessenon, où il est mort le 18 novembre 1970, à l’âge de 82 ans, y tient son journal de bord.
Il était brancardier au 55ème Régiment d’Infanterie (31ème Bataillon, 1ère Compagnie) quand, à la suite de l’encerclement de son unité, il a été fait prisonnier. C’était le 10 juin 1918, à Vignemon dans l’Oise.
Sur la deuxième page figure son itinéraire au début de sa captivité. Le 10 au soir il est emmené à l’arrière où il couche. Le 11 il revient vers les lignes. Le 12 il est à Vandélicourt où il est affecté à transporter les blessés avec des brancardiers Allemands.
Les 13, 14 et 15 juin il séjourne à Vandélicourt. Les 16, 17 et 18 il reste avec le 8ème Chasseurs Allemands placé en réserve à côté de Lassigny. Il suit le 8ème Chasseurs dans ses marches et le 23 il est à la gendarmerie de Wassigny dans l’Aisne. Le 24 François Borras arrive au camp de prisonniers établi à Aisonville qu’il situe dans l’Oise alors que c’est dans l’Aisne.
A partir de la page 4, François Borras tient un registre précis de ce qu’il mange le matin, à midi et le soir. Dans la dernière colonne du tableau qu’il dresse, figure le travail qu’il a dû effectuer dans la journée.
La description de la nourriture fait, en dehors du tableau, l’objet de développements particuliers : « Le thé du matin remplace le café, 1 litre par homme, le soir même chose. La viande salée c’est régulièrement des chevaux de Russie qu’on appelle Poney ou de l’Ours. On fait bouillir ça dans la soupe et on le donne comme ça, avec un peu de sel. Le pâté de sang c’est une pâte de sang sec qu’on mange avec du sel. Le pâté frais est fait avec de la viande [et] est assez bon… Le jeudi on touche du lait, alors les cuisiniers nous en font du fromage qu’on nous donne le vendredi. Le 17 juillet on nous a remplacé le thé par de l’orge grillé. C’est meilleur que le thé. A tous les repas on met un peu de farine dans la soupe, cela remplace la graisse et aussi cela fait un peu plus épais et nourrissant ».
Dans la colonne Travail on note « Repos » pour les six premiers jours. Puis « Travail à la gare » alterne avec « Démolir des abris ». Plus tard au trouve très souvent « Bois », quelquefois « Château » ainsi que « Travail au camp », « Travail en ville »… Une dizaine de jours avant l’armistice du 11 novembre la colonne porte la mention « Repos ». Il arrive que soit inscrite l’indication « Malade, repos ».
Le travail effectué est rémunéré : « Tous les jours qu’on travaille on gagne 8 sous qu’on nous paye tous les 10 jours ». Suit un calendrier des jours de paie entre le 10 juillet et le 31 octobre précisant le nombre de jours travaillés et la somme encaissée. La plus forte paye est le 31 août où pour 10 jours de travail elle s’élève à 4 F. Eh oui, un franc vaut 20 sous ! La plus faible est celle du 31 octobre où pour 4 jours de travail le prisonnier a encaissé 1 F 60. Le compte est toujours bon !
Dans la colonne Travail, François Borras fait état de deux vaccinations qui interviennent les 26 juillet et le 30 août, ce qui lui vaut à chaque fois une matinée de repos. A la page 9 il signale qu’entre le 30 juin et le 4 août il a perdu 10 kg : de 73 il est passé à 63. Mais le 21 octobre il semble avoir repris du poil de la bête puisqu’il pèse alors 69 kg. Toutefois le 12 novembre, encore entre les mains des Allemands, il est hospitalisé à Givet.
L’envoi du courrier est planifié : chaque prisonnier peut expédier 2 lettres et 4 cartes mensuelles. Pour les premières le départ est fixé au 1er et au 15 du mois, pour les secondes les 5, 10, 15 et 25. Un récapitulatif qui couvre la période du 30 juin au 30 septembre figure en page 17. Le courrier adressé à ses parents est mentionné « A la maison ». Il écrit aussi à son frère Victor, qui est à Versailles, ainsi qu’à deux autres personnes (parents ou amis ?) : Marquet de Cazouls et Bascoul Jean.
On devine des moments de déprime, c’est le cas le 15 août : « Le 15 août n’a pas été fête, nous avons travaillé toute la journée et elle m’a été bien longue. Je n’ai pas cessé une minute de penser au pays et aux bons chasselas… Toutes les années, pareil matin, j’allais en cueillir un plein panier au Foulon [un tènement de Cessenon où il avait une vigne] et aujourd’hui j’ai été couper du bois toute la journée. Quel changement. Vivement la fin et la fuite chez soi. [souligné dans le texte] ».
Page 4 le journal fait état d’une mesure prise ainsi que d’une dotation dans le domaine vestimentaire : « Le 4 août… on nous a donné une numéro pour coudre sur sa veste devant et une paire de sabots à chacun ».
Une tentative d’évasion dans le camp est signalée le 16 août « … à 2 H on nous a fait lever, il y en avait deux qui essayaient de se sauver. Alors on a fait l’appel et à 3 H on se recouchait tranquilles ».
La lecture de la presse locale permet à François Borras d’avoir des nouvelles de compatriotes « Dans le journal du 13 août, La Gazette des Ardennes, j’ai trouvé le nom d’Escande Emile et sur celle du 15 celui d’Alfred Pons, tous les deux du 137ème d’Infanterie, prisonniers en Allemagne au camp de Giessen ».
Un paragraphe est consacré aux offices religieux : « Le 16 juillet au matin on nous a conduits à la messe dite par un curé Allemand. Le 8 août après-midi on nous a conduits à l’église entendre un sermon par un curé Français. Le 3 septembre on nous a conduits entendre la messe dite par un curé Français. »
La vie au camp est ponctuée de départs et d’arrivées : « le 10 août il est parti 30 hommes pour un autre camp. Du nombre se trouvait Prades, le brancardier, il y avait deux ans qu’on marchait ensemble… Ce jour il est arrivé trente Italiens en remplacement … le 16 [septembre] après-midi il est arrivé trois compagnies de prisonniers de plus et nous cantonnons ensemble». Il y a de faux départs : « Le 22 août au soir on nous avait annoncé le départ des cinq brancardiers pour le 23 au matin [mais] il y a eu contrordre et on attend toujours ».
Les Allemands eux aussi peuvent être déplacés : « Le 27 juillet tous les gardiens et gradés du camp ont été changés… En même temps nous autres, nous changeons d’adresse en restant au même camp »
A partir d’octobre les prisonniers sont transférés vers les Ardennes. C’est que les Allemands reculent. Déjà, en septembre, sans doute conséquence des difficultés d’approvisionnement, les rations avaient été réduites : « Le dimanche 15 [septembre] nous avons commencé de toucher qu’un repas par jour, à midi. Le soir un peu de casse-croûte et de café et avec cela il fallait arriver au lendemain midi. C’est 24 heures avec une soupe et pas fameuse. Aussi tous les soirs je fais cuire des feuilles de choux ou des betteraves qu’on mange avec du sel. Vous comprenez bien ce que ce doit être mais la faim […] fait tout faire ».
Le 24 octobre notre prisonnier est à Vireux Molhain où il a débarqué à la gare après avoir passé toute la nuit dans le train. Ce sont les civils qui s’occupent de les nourrir : « … tous les jours à 11 H [ils] nous donnaient une soupe faite par eux. Tous les civils apportaient des légumes et de la graisse à la mairie et ensuite il y avait une maison qui [sic] les faisait cuire. C’était une bonne soupe ».
Sans doute que les combats se rapprochent car les civils sont évacués : « Le 29 [octobre] je suis resté au village pour aider les civils à déménager car ils quittent le village ce jour-là. J’ai fait une bonne vie. En arrivant le matin nous avons eu un bon café et un petit verre de Cognac. A midi des haricots verts, des pommes de terre, des oignons à l’huile et au vinaigre. Le soir des pommes de terre bouillies et un morceau de viande fraîche rôtie et un bon café. C’était une véritable fête pour nous… ».
Le savon est une denrée rare et chère : « Le jour de la Toussaint les civils nous ont donné quatre morceaux de savon et une savonnette à chacun… ici qu’on n’en trouve pas, fallait au moins 20 F… rien que pour un morceau. Les Boches nous en offrent 5 F ».
Le 12 François Borras est donc hospitalisé par le major Allemand mais il commente « ce jour-là a été le jour de l’armistice, le plus beau de la vie ». Peut-être ne savait-il pas que l’armistice avait été signé la veille ?
Le lendemain les prisonniers sont libérés : « Le 13 les Boches sont partis en nous laissant rien que les Français seuls et sans ravitaillement, mais cela nous dérangeait guère car les civils étaient là pour une fois ». Faut-il prendre le « pour une fois » comme une allusion aux embusqués de l’arrière ?
François Borras reste à Givet jusqu’au 18 au matin. Commence alors le long rapatriement. Le 18 au soir il est à Vireux où dit-il : « J’ai soupé chez un civil et couché dans un bon lit ». Le 19 il est à Rocroi, le 20 il couche à Rosières. Le 22 il est à Laon dans la citadelle. Il y subit une visite médicale. Le 24 il arrive à Crèvecœur d’où il repart pour Rouen le 26 avec un train sanitaire. La nuit du 27 il dort dans le train au Mans. Après Tours et Limoges il se trouve à Toulouse le 29 à 8 H du soir : « On nous a servi un repas à la gare et de là on nous a conduits passer la nuit dans une caserne ». Enfin : « Parti le 30 par l’express de midi et demi, arrivé à Béziers à 4 H ». C’est ici que s’achève le journal.
Les dernières pages du carnet comportent des adresses. Sans doute s’agit-il de celles de camarades de captivité
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:: Les commentaires des internautes

renseignements
Posté par SEVERINE le 23.12.2007
bonsoir j ai trouver dans les affaires de mon grand pere un bon pour 5 francs de le deuxieme guerre mondiale il ete prisonnier j aurai voulu savoir a quoi cela servait et quelle valeur cela represente t il aujourd hui merci de me donner reponse

merci
Posté par xav le 10.03.2008
Merci d avoir retranscrit ce journal!!


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