Commerces et Artisanat à Cessenon après la seconde guerre
Posté le 04.02.2008 par cessenon

Le village était alors plus peuplé qu’aujourd’hui, en ce temps là le calendrier des PTT faisait état d’une population de plus de 2000 habitants. 2123 a-t-on pu lire sur celui-ci pendant plusieurs années.
A cette époque il y avait peu de voitures et on ne connaissait ni hyper, ni supermarché, même pas les supérettes. J’ai connu trois boulangeries, trois bouchers, deux charcutiers et une dizaine d’épiceries. Je me rappelle aussi trois endroits où on vendait du lait (chez Calveyrac, Marguerite Cros, Mme Mendez, alias La Biscotine), sans compter un laitier (Aimé Cros) qui avait des vaches qui ne sortaient pas de leur étable sauf peut-être pour boire.
Nous nous approvisionnions généralement aux deux épiceries les plus proches : Momone dans la rue de La Fontaine Sucrée et le Mayorque, de son vrai nom Raymond Ros, qui était sur la route de Saint-Chinian (aujourd’hui avenue Raoul Bayou) en face de la rue des Quatre Coins. Pour le pain également nous allions au plus près : la boulangerie, aujourd’hui fermée, qu’a longtemps tenue Bernard Sanche et qui avait été ouverte par un certain Llaurens marié avec une Passebosc dont le père était un cousin germain de ma grand-mère.
Momone ne fermait pas son magasin le temps de midi et on pouvait aller chercher ce qui manquait à tout moment. Une pompe permettait de mesurer l’huile extraite d’un fût cependant que les légumes secs (haricots, pois chiches, lentilles, pois cassés…), le café aussi, étaient en vrac dans des casiers en bois. Un tonneau placé verticalement contenait des olives. De la morue, mise à dessaler dans l’eau, attendait le chaland.
J’ai le souvenir d’une cliente, Marcelle Marsinhac, soupçonneuse quant à la quantité de morceaux de sucre échappés d’une boîte qui s’était ouverte. Le Mayorque les avait comptés sous ses yeux pour prouver qu’ils y étaient tous. On trouvait des choses anciennes dans son magasin comme des cruchons en terre, des pots en grès pour les confits ou pour mettre le cochon…
Un peu plus haut, toujours sur la route de Saint-Chinian mais de l’autre côté, il y avait Julie Cordier, une sœur de ma grand-mère, dont la petite épicerie a fermé vers la fin de la guerre. Ma mère s’y procurait des rouleaux de papier qu’elle plaçait en garniture sur le rebord de la cheminée lors du grand nettoyage de printemps ou d’automne.
J’ai connu la période où Mme Sanche, la boulangère, complétait le poids du pain de quatre livres en ajoutant une tranche que nous appelions la tourne. Je la mangeais très souvent avant d’arriver à la maison !
On faisait les courses au compte-gouttes, il n’était pas rare que quelqu’un achète un quart de beurre. Ce n’était pas un quart de kilo mais un quart de livre, soit 125 g ! Il faut préciser qu’à cette époque on n’avait pas de réfrigérateur dans les maisons.
Il y avait deux Docks Méridionaux le Dock d’en bas et le Dock d’en haut qui était tenu par Mme Bonnet, une veuve de guerre qui vivait avec André Déjean. Jouxtant le Dock d’en haut, il y avait un Economat où avait officié Plòvia (le surnom de Jules Pons) avant qu’il ne soit remplacé par Farret, lequel avait également un autre magasin, une manière de quincaillerie / droguerie où on se procurait divers matériaux de construction, situé dans ce qui est aujourd’hui l’avenue de la Gare.
Il y avait aussi le bazar Marty à côté de l’ancienne Poste. On y accédait en descendant quelques marches. Je m’y rendais pour acheter mon matériel de pêche.
Presque à côté de l’épicerie Farret était un marchand de chaussures dont s’occupaient Mme et M. Flourens tandis qu’au début de la rue du Four M Cazes avait installé son bureau de tabac qu’il avait déplacé de l’endroit, excentré, près de la cave coopérative, où il était resté un temps. Lui aussi vendait des articles de pêche.
Mme et M. Cazes avaient été propriétaires d’une épicerie sise dans la rue du Moulin où officiait également une marchande de volailles Mme Barbal. Tiens je me rappelle un autre volailler mais je ne suis pas sûr du nom, Assier peut-être ?
J’ai connu trois cafés : Le Helder et l’Europe (qui ne s’appelait pas ainsi !) qui existent toujours et La Source dont le local a accueilli, après fermeture, l’épicerie Tailhades. J’ai même entendu parler de « La Micheline », une manière de buvette qui se trouvait de l’autre côté du pont et où j’avais vu au cinéma en plein air « Le corbeau ».
Sur la place était Louisou qui tenait La Ruche où avait opéré Emile Taillades, le père de Lucien. Louisou avait par la suite créé la supérette Huit à huit. Sur l’avenue de Béziers était une toute petite épicerie. Ses propriétaires étaient deux sœurs, les demoiselles Barthez (je ne garantis pas l’orthographe !) Je n’ai qu’un vague souvenir du magasin de Célina en activité mais il était resté longtemps sur la porte une plaque publicitaire de je ne sais plus quel produit. Il était à l’emplacement du Crédit Agricole.
Nous avions trois coiffeurs (Raymond Reygade, Martial Azorin, Félicien Cros et Jules Cros, le frère de mon père), deux bourreliers, l’un reconverti en électricien vendeur d’électroménager, quatre maréchaux-ferrants (Pla, Calas, Manant, Cros), un garagiste, Fabre, un réparateur de bicyclettes puis de cyclomoteurs et enfin de matériel agricole, Pierre Enjalbert. Ah oui, il y a eu aussi Victor Sala, le mécano qui officiait dans la rue de la Fontaine sucrée. Je me rappelle qu'il avait repeint en bleu le moteur Conord que lui avait confié mon père. Il me semble que c’est après lui que Lucien Gau a tenu là un atelier de réparation de bicyclettes.
Quel était le nom de l’électricien qui avait sa petite boutique près du Plô d’en Haut ? Maurel m’a-t-on soufflé !
Je n’ai pas connu de tonnelier à temps plein mais j’ai vu le père de monsieur Bourdier qui bricolait dans sa remise et Germain Blanc qui prenait ses congés veille de vendanges pour réparer les comportes.
Ah, il y avait encore une pension de famille. La tenancière, Mme Bastelica, se voyait adjoindre un article défini quand on la désignait. Elle était en effet appelée « La Bastelica. » Je n’ai qu’un très vague souvenir d’un restaurant situé à côté du Plô d’en Haut.
Auriol avait un commerce de produits agricoles à l'emplacement qu’occupent actuellement les établissements Péris.
J’ai décrit par ailleurs l’antre de Marie-Louise des Bonbons et j’avais fait état de la naissance de la Maison de la Presse qu’avait créée mon oncle Jules Cros.
Il y avait trois menuisiers (Riche, Meljac, Cambon) un serrurier, Guiral, un taillandier, Valette, un tailleur (Le Sastre !), un cordonnier (un Andorran), une mercerie, Giral…
Ah par contre pendant longtemps, jusqu’à ce que Joseph Querol crée une poissonnerie, nous n’avions pas de poissonnier. C’est une dame qui venait de Cazouls avec son fils, assez obèse, et qui installait son étal devant la porte de l’église. Parfois venait Louisette de la Mer, une personne particulièrement volumineuse !
J’en oublie sans doute, mais vous pourrez m’aider à compléter mon billet !
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:: Les commentaires des internautes
hyper mini
Posté par
geneviève le 04.02.2008
Il me semble qu'il y avait aussi une toute petite épicerie qui siégeait au bas d'un escalier d'une maison côté garage Fabre. Qui s'en souvient?
Très joli ce billet,
Posté par
Kate le 05.02.2008
L'épicerie de mes parents dans les années 60 était similaire à celle que vous décrivez.
Je me souviens encore de l'odeur de l'huile quand mon père activait la pompe.
"Un quart d'huile S.V.P., 50 francs de beurre, 50 gramme de "râpé", 200 grammes de pâtes. La belle balance en cuivre, qu'il fallait astiquer tous les dimanches soir au grand nettoyage. Quelles étaient belles les pâtes dans les énormes tiroirs, elles nous regardaient derrière la vitre.
Elles étaient chaleureuses les épiceries d'antan.
Tout le monde se connaissait, tout le monde se tutoyait, tout le monde se respectait.
Dommage, le mot épicerie je l'avais presque oublié et pourtant il sonne si bien à l'oreille.
Merci pour cette belle lecture.
Bonne soirée.
le poisson, pour la ligne.
Posté par
geneviève le 17.02.2008
Le nom du poissonnier ambulant ? Berton, me semble t'il; il était aussi propriétaire d'un café à Cazouls, fermé depuis de nombreuses années.
L'épicerie Ros
Posté par
Emilie Franceschini le 14.03.2008
C'est très agréable de pouvoir connaître la vie du village à cette époque. Par contre, il faudrait faire attention à ne pas vexer des personnes.
J'ai beaucoup entendu parler de mon grand-père mais c'est bien la première fois qu'on le décrit (physiquement?) comme un usurier!!!
Emilie Franceschini
Petite fille du Mayorque