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cessenon
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Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ)
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Blog Journal intime
Date de création :
27.04.2006
Dernière mise à jour :
22.07.2008
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Le siècle maudit

Le siècle maudit

Posté le 27.07.2006 par cessenon
Le chasseur André Planès du 18ème B.C.A.

C’est le titre d’un ouvrage, écrit par André Planès, un habitant de Saint-Chinian, plus exactement du domaine de Sorteilho, situé au pied du massif de La Grage. Le siècle en question c’est le XXème. Ce qui par-dessus tout a amené l’auteur à choisir ce titre ce sont les guerres qui l’ont marqué.
Dans les deux premières parties de son livre, édité à peu d’exemplaires, André Planès raconte ce qu’il a vécu. C’est incontestablement le plus intéressant.
Planès est un patronyme du cru et le grand-père Antoine habitait déjà le hameau de La Bosque, sur la commune de Pierrerue, où André est né en 1920. Deux épisodes concernant le grand-père paternel sont rapportés. A l’hiver 1868 il part de La Bosque pour aller voir sa promise qui vit à Ichis près de Prémian. Du côté de Montahuc il quitte une botte pour enlever la neige qui y est rentrée. Il aperçoit alors deux loups qui le fixent de manière inquiétante. Il repart sans prendre le temps de remettre sa botte, les loups ne le quitteront qu’à l’entrée de Prémian. Au printemps suivant alors que cette fois il revient de Ichis, il est encore suivi, toujours au niveau de Montahuc, par des loups qui ne le lâcheront que parce qu’à La Bosque la jeunesse a allumé le feu de la Saint-Jean.
Elie Planès, le père d’André, a déjà perdu son plus jeune frère, Janou, à la guerre de 14-18. Lui-même, sergent au 269ème Régiment d’Infanterie est cité à l’ordre de la Division le 18 novembre 1917. Mais ce jour-là il a été gazé et il en mourra en 1932, à l’âge de 46 ans.
De la guerre de son père, André a retenu que celui-ci avait réussi à s’évader alors qu’il venait d’être fait prisonnier et qu’une autre fois, après un corps à corps avec un soldat allemand sur lequel il avait eu le dessus il avait refusé de l’achever d’un coup de sa baïonnette et l’avait laissé repartir, ce qui lui avait valu un « Danke Kamerad ! »
En 1920 La Bosque compte cinq maisons, pas très grandes. Chez les Planès le logement ne comprend que deux pièces d’une superficie totale de 30 m2. Parents et grands-parents dorment dans la même chambre. Ce 26 novembre le berceau d’André a été placé dans la cuisine / salle à manger, entre l’évier et la cheminée.
La mère d’André est vosgienne, son père l’a connue alors qu’il était affecté à la garde de 25 prisonniers allemands. André aura plusieurs fois l’occasion d’aller voir la famille de sa mère en prenant le train pour un trajet d’une douzaine d’heures.
Elie Planès a une spécialité : il sait tailler les oliviers et descend dans la plaine pour se livrer à cette activité. André a 12 ans quand son père meurt, un autre enfant, Maurice, n’a lui que 3 ans. Evidemment cette disparition du père est un drame pour la famille.
André qui fréquente l’école communale de Pierrerue peut quand même passer son certificat d’études mais il n’est pas question de poursuivre ses études au-delà. Toutefois il continue à se cultiver en empruntant des livres que lui fournit son ancien instituteur.
Le 14 juillet 1937, à Saint-Chinian, André défile derrière les drapeaux rouges en chantant l’Internationale. Cela lui vaudra d’essuyer le refus d’une jeune fille de Prades s/ Vernazobres qui ne veut pas danser avec un communiste !
Paradoxalement André, dont les sentiments pacifistes se sont exacerbés, décide de s’engager, pour la durée du service militaire, en devançant l’appel. Il lui faut pour cela suivre une préparation militaire. Elle a lieu au terrain de sports de Saint-Chinian. Au terme de cette préparation, les épreuves sont subies à Bédarieux qui est rallié à bicyclette.
André se retrouve incorporé au 18ème Bataillon de Chasseurs Alpins qui tient garnison à Grasse. Sa mère s’est remariée et une demi-sœur est née. En rejoignant son corps il évoque ses deux ancêtres conscrits, Planès et Peytavi, qui se sont cachés dans les bois pour ne pas être enrôlés dans les armées de Napoléon.
Le chasseur André Planès a été désigné pour suivre à Marseille le peloton de sous-officier quand la guerre est déclarée. C’est d’abord la « drôle de guerre. » Puis, le 16 juin 1940, il est fait prisonnier par les Allemands qui ont tendu une embuscade pas très loin de Remiremont le pays de sa mère. André est impressionné par l’armement et l’organisation de l’ennemi. Rien à voir avec la pagaille qui règne alors dans l’armée française.
Commence ici le récit de la période de captivité qui va durer cinq ans. Après un séjour en Prusse orientale André revient vers l’ouest et est affecté dans diverses fermes, notamment, au sud de Hambourg, chez celle de Heinrich Hastedt avec la famille duquel les rapports sont bons.
André a appris la langue allemande. Cela lui confère un certain pouvoir : auprès de ses camarades prisonniers, auprès des autorités allemandes aussi. Il peut suivre l’évolution du front en lisant les journaux. L’espérance est grande du côté de l’est où l’armée rouge a résisté à Leningrad, à Moscou et a fini par gagner la bataille de Stalingrad.
Un événement éclaire l’état d’esprit de certains. Ne voilà-t-il pas qu’un Français déclare qu’il préfèrerait rester prisonnier un an de plus plutôt que d’être libéré par les Russes ! Il s’en suit une véritable bagarre au terme de laquelle André est encore soupçonné d’être communiste !
Quelques jours avant le 8 mai André et quelques camarades s’évadent pour rejoindre les lignes anglaises qui se sont rapprochées du stalag, évitant ainsi de se trouver dans la zone des combats. Déjà que les prisonniers ont souffert des bombardements alliés !
André ne garde pas rancune aux Allemands, qui reculent sur tous les fronts à présent, et souhaite que le village où il est resté captif ne soit pas l’objet de représailles de la part des vainqueurs. La guerre c’est toujours la guerre et ce sont toujours les mêmes, les petites gens, qui en font les frais !
Evidemment le retour à Béziers le 5 mai 1945 où son jeune frère vient l’accueillir à la gare, puis à La Bosque le lendemain, est source d’émotion.
Dans la troisième partie André Planès philosophe sur ce XXème finissant. Si le récapitulatif des guerres qui se poursuivent, des problèmes posés à l’humanité, est presque exhaustif, les analyses ne sont pas toujours dégagées des idées qui sont celles de la classe dominante ! Pourtant, et bien qu’il ait trouvé là une source de contradiction avec ses convictions religieuses, André Planès a un moment été membre du parti communiste et a participé aux réunions de la cellule de Saint-Chinian.
Mais il n’est pas débarrassé de certains préjugés : contre les homosexuels par exemple ! Contre la suppression de la peine de mort aussi. Il lui arrive également de ne pas être éloigné de croyances superstitieuses, notamment quand il vante les pouvoirs d’André Lignon en matière de radiesthésie. Certes on peut apprécier les qualités de sourcier de cet habitant de Pierrerue mais de là à prétendre qu’avec son pendule et une carte il peut retrouver une personne ou un animal perdus il y a un fossé que personnellement je me refuse à franchir. Quant à son appréciation sur l’importance militaire des maquis et de la Résistance elle me surprend !
Que mon jugement sur cette troisième partie de son livre « Le siècle maudit » ne m’empêche pas de témoigner ici mon amitié à André Planès qui reste pour moi un personnage très attachant !



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