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cessenon
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Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ)
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Blog Journal intime
Date de création :
27.04.2006
Dernière mise à jour :
22.07.2008
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Emouvante recherche

Emouvante recherche

Posté le 28.07.2006 par cessenon
L’histoire que je vais raconter ici est celle de la recherche du site où a été blessé pendant la Guerre Civile d’Espagne, en février / mars 1938, un camarade de la cellule de mon quartier. Il s’agit de Michel Ibanez que les vétérans biterrois du Parti Communiste ne peuvent pas ne pas connaître.
Michel souhaitait vivement, il m’avait demandé cela il y a déjà deux ans, que je l’accompagne en Espagne pour retrouver l’endroit en question. Finalement cela s’est fait les 21 et 22 juin, avec un ami randonneur, Joël, qui habite, dans le même immeuble que Michel, l’appartement juste au-dessus.
Pour commencer je vais vous présenter Michel. Il est né en août 1920 à Causses et Veyran, de parents espagnols. Ceux-ci étaient venus en France pendant la guerre de 14-18 car à cette époque, les hommes étant au front, on manquait de main d’œuvre dans notre pays. Michel est Français mais son père ayant, selon son expression, « la bougeotte », il est tantôt en France, tantôt en Espagne, ce qui d’ailleurs n’est pas la meilleure formule pour sa scolarité.
Le 18 juillet 1936, au moment du Pronunciamiento des généraux félons, Michel se trouve en Espagne, dans la région de Murcia d’où ses parents sont originaires. Très rapidement le père de Michel envisage de rejoindre l’Armée Républicaine. Mais Michel estime qu’il doit rester avec la famille car il y a les frères et les sœurs à nourrir. C’est lui qui partira à sa place.
Il n’a guère plus de 16 ans et il doit tricher sur son âge pour être engagé. Incorporé dans El Quinto Régimiento, un régiment d’élite composé de communistes, il participera aux combats de Jarama et de Guadalajara pour la défense de Madrid et à la terrible bataille de Teruel. C’est après la reprise de cette dernière ville par les nationalistes, en mars 1938 que se situe l’épisode de la blessure de Michel.
Jusqu’ici il n’a rien eu. Replié sur le Sègre avec sa brigade, la 19ème, il est appelé à l’ouest de Séo d’Urgel pour desserrer l’étau de la 42ème Division, constituée d’anarchistes, qui se trouve encerclée. Un convoi d’une vingtaine de camions arrive à Sort, village situé à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Séo d’Urgel. Une partie de la brigade a été déposée à Tremp. C’est à pied qu’une colonne de 4 ou 500 hommes grimpe, par un chemin qui monte progressivement, vers la Sierra d’Aolo qui culmine au Pic de l’Orri (2437m).
De son côté, passant par la France, la 42ème Division a pu se dégager et revenir en Espagne, sans doute plus à l’est. Au cours de sa progression, l’unité de Michel se heurtera à des troupes nationalistes qui occupent sur la Sierra d’Aolo un point stratégique qui permettait d’observer la situation dans la vallée de la Noguera, au niveau de Sort, pour l’heure sous contrôle républicain.
En fait un commando dans lequel se trouve Michel peut déloger à la grenade les soldats des avant-postes Franquistes. Mais ceux-ci ne vont pas très loin, à 100 ou 200 m, sur le versant faisant face à celui conquis puis occupé par les Républicains. S’engage alors une bataille de position qui va durer plusieurs jours. De chaque côté il y a quotidiennement des morts. Les deux camps observent une trêve pour les enlever. Michel, qui avait déjà reçu une balle, laquelle avait au préalable traversé le tronc d’un arbre, dans une cuisse, est plus gravement blessé, le dixième jour de la bataille, par un éclat d’obus de mortier.
Avant d’en venir au récit de notre expédition pour retrouver le site où se sont déroulés ces événements je vais d’abord raconter la suite de ce qui est advenu à Michel. L’obus a touché la colonne vertébrale et il a les jambes paralysées. En quatre heures les brancardiers l’évacuent sur Sort. De là il est amené en ambulance à La Séo d’Urgel où il est opéré. Il sera alimenté par perfusion pendant quatre mois, la première nourriture qu’il peut absorber ce sont des cerises.
Vers la fin de la guerre, qui voit le défilé à Madrid des troupes de Franco, le 1er avril 1939, Michel est à l’hôpital de Lérida. Un convoi sanitaire le rapatriera au camp d’Argelès s/ Mer. Grâce à un gendarme qui acceptera d’écrire à des parents qui se trouvent à Causses et Veyran il peut quitter le camp au bout d’une quinzaine de jours et revient à son village natal où il est hébergé chez une tante. Pendant deux ans sa santé sera médiocre, le docteur de Causses, qui le soigne gratuitement, ne pourra que constater le blocage d’une partie des ses organes vitaux. Il vivra à Causses et Murviel en semi-clandestinité pendant une partie de la guerre.
Mais quand il passe son conseil de révision, il va mieux et est déclaré « Bon pour le service armé », même si une cicatrice profonde au bas du dos et quelques éclats d’obus dans les poumons témoignent encore aujourd’hui de la terrible blessure. En fait c’est le temps des Chantiers de Jeunesse. Michel se retrouve à Marvejols en Lozère puis à L’Ardoise dans le Gard. Ayant participé à des actes de sabotage à La Tamarissière alors qu’il est requis pour le STO il doit se cacher quelque temps. On le retrouvera ensuite, via le Groupe de Latourette, dans l’Armée Française qui va entrer en Allemagne. Michel prend alors un peu sa revanche sur le fascisme.
On notera qu’il n’a retrouvé sa mère que 25 ans après l’avoir quittée. Quant à son père il ne l’a jamais revu. Condamné à mort par un tribunal franquiste, une révision du procès verra une commutation de peine. Il a connu les prisons de Murcia et de Iécla et n’en est sorti, cinq ans plus tard, que pour mourir.
Je reprends le récit de notre expédition. Ce mercredi 21 juin à 6 H 30 Michel et Joël viennent, comme convenu, me chercher chez moi. En route pour l’Espagne, Michel au volant de sa BX. Il faut vous dire qu’il a été camionneur une partie de sa vie.
Nous arrivons sans difficulté à Puicerda où la Guardia civil contrôle notre chauffeur. Nous continuons jusqu’à La Séo d’Urgel où nous nous arrêtons pour faire le point. Sort est à 52 km à l’ouest et c’est sans problème que nous trouvons la route qui y conduit. Une route de montagne avec de nombreux virages. Un arrêt sera observé à un col où est restauré un édifice : « La despoblida de Santa Creu », ce que j’ai traduit, sans être certain du mot despoblida, par « l’Ermitage de Sainte Croix ».
Nous sommes à Sort. La BX garée, nous nous rendons à l’Office de Tourisme. L’hôtesse parle Français et est fort accueillante. Je dispose d’une carte de type IGN qui me permet de situer grossièrement l’endroit que nous cherchons. Il m’apparaît que la seule route qui y mène passe par le versant ouest de la Sierra d’Aolo. Nous choisissons donc de continuer, en remontant la vallée de la Noguera de Paillares, jusqu’au village de Rialp où nous allons trouver un hébergement tout à fait convenable, à l’hôtel Victor.
J’ai appris par la suite que Rialp est la patrie des grands-parents maternels d’Aimé Couquet, son grand-père exerçant dans le coin le métier peu rémunérateur de rémouleur. Même que le couple étant venu faire les vendanges à Cessenon en 1928, la grand-mère n’a jamais voulu repartir en Espagne et avait convaincu son mari de rester en France.
Il est 12 H 15 et le repas n’est servi qu’à partir de 13 H 30. Je propose d’avancer jusqu’au hameau de Roni pour voir si nous pouvons avoir des renseignements sur les événements de 1938 dans le secteur. Autre découverte faite après notre retour, Roni est le village de la mère d’Aline, une amie randonneuse ! Nous avons de la chance, un monsieur de 72 ans connaît le lieu de la bataille. Il avait dix ans à l’époque des événements et a bien entendu la fusillade et la canonnade qui ont duré pendant plusieurs jours. A la fin des opérations, il est allé avec son père récupérer le matériel abandonné sur le terrain, notamment las alambres, c’est à dire les fils de fer, barbelés ou autres.
Michel se situe auprès de notre interlocuteur. Il utilise pour cela le terme, qui se voulait méprisant, par lequel les Franquistes désignaient les Républicains : il était « un Rojo ». Il précise que son unité ne disposait pas de fil de fer barbelé. Il ajoutera plus tard qu’ici les Républicains avaient simplement du fil de fer auquel ils suspendaient des boîtes de conserve vides afin de signaler les tentatives de franchissement des lignes de la part de leurs ennemis. Il complètera encore ses informations en nous racontant qu’ils envoyaient sur leurs adversaires, avec des bandes de toile, découpées dans leurs pantalons, qui leur servaient de fronde, des grenades dégoupillées, serrées dans un lacet mouillé qui se desserrait en séchant, libérant le détonateur.
Le fils du monsieur de Roni est chauffeur de taxi et dispose d’un 4 x 4, mais il n’est pas sûr qu’il soit disponible cet après-midi. Nous notons le numéro de téléphone, nous appellerons depuis l’hôtel, que nous allons rejoindre, pour savoir ce qu’il en est. Michel est très ému par ce premier contact qui ravive en lui des souvenirs.
Notre repas à l’hôtel Victor est des plus corrects : gaspacho froid et morue frite sont délicieux. Un petit incident amusant : les cœurs de « Vache qui rit » qui sont sur la table sont des amuse-gueule qui doivent être consommés en guise d’apéritif. Aussi le patron nous indique qu’il faut commencer si nous voulons que la suite nous soit servie ! Nous nous excusons, expliquant qu’en France le fromage se mange au dessert !
Au téléphone nous apprenons que le chauffeur de taxi de Roni n’est pas libre, il a un ramassage scolaire à effectuer. Toutefois il nous envoie un collègue à qui est expliqué comment trouver le site où nous voulons nous rendre. Un 4 x 4 ne tarde pas à venir nous prendre à l’hôtel. J’indique à notre taxi les raisons de notre recherche. En route vers la Sierra de Aolo. Nous empruntons une route goudronnée qui dessert les stations de ski, en particulier celle de Port Ainé, qui ont été aménagées sur le versant ouest du massif.
Après être montés pendant une dizaine de kilomètres notre chauffeur prend, sur la droite, une piste sur laquelle nous allons rouler encore sur une centaine de mètres. Il se gare après une borne en ciment qui lui sert de repère. Nous descendons à travers la forêt en suivant un ancien tracé encombré de bois mort et de broussaille. Il faut une vingtaine de minutes pour atteindre ce qui, à l’évidence, a été un camp militaire. Un poste de guet a été aménagé vers l’est. Les restes de tranchées, par endroits encore étayées par des troncs de pin, sont visibles sur un espace plat que domine, vers le sud, une masse rocheuse. Des agencements circulaires semblent avoir été des assises de mortiers ou de pièces d’artillerie de montagne.
Déception : Michel ne se reconnaît pas. Il n’avait pas devant lui le panorama de montagnes abruptes que nous découvrons mais un relief en pente douce. Nous sommes perplexes. Pourtant le chauffeur de taxi a trouvé des morceaux de boîtes de munitions. Devant le désappointement de Michel il téléphone, avec son portable, à un oncle, aujourd’hui âgé de 93 ans, qui a participé depuis Sort, et à l’aide de convois de mulets, au ravitaillement des Républicains. Nous sommes bien sur le site de la bataille de « Las Pierras de Aolo ». Notre chauffeur ramassera également des bouts de fils d’un poste de téléphone ou d’un poste à galène. Après m’avoir demandé dans quel camp était Michel il me confiera en aparté son sentiment sur la cruauté de la guerre, qui n’est bonne pour personne, même pas pour les vainqueurs.
Avec Joël nous poursuivons les investigations. Les tas de pierres rencontrés vers l’ouest paraissent être des postes de mitrailleurs. A l’avant de ceux-ci des boîtes de conserves rouillées sont à n’en pas douter les traces de la restauration des occupants. Mais parmi ces boîtes, il en est qui ont une forme, plate et oblongue, qui n’est pas la même que celles que consommaient les Républicains, lesquelles étaient systématiquement cylindriques, indique Michel. Pourtant, derrière la masse rocheuse, une tranchée ressemble à celle qu’il nous a décrite comme étant celle où il était en position avec trois camarades et où il a été blessé.
Michel pourra-t-il accéder jusqu’ici ? Nous en doutons car c’est abrupt et mal commode. D’autant plus qu’il a mal à un pied. Un bel oignon qui a éclaté, ce qui l’a conduit à couper sa chaussure avec son couteau. Il s’est d’ailleurs écorché avec une branche. Je vais faire le tour de la masse rocheuse pour voir si, de ce côté, existe un passage plus facile. C’est pire, il me faut faire de l’escalade pour revenir à l’espace plat. Mais de là haut j’ai vu un panorama en pente douce avec un chemin montant progressivement. Peut-être est-ce celui que Michel a emprunté avec sa brigade ?
Conséquence de son mal au pied et de sa déconvenue Michel n’est pas très bien. Nous ne pouvons pas faire beaucoup plus. Nous sommes contraints de revenir au 4 x 4. Sur le tracé qui y ramène je trouve un éclat d’obus que j’emporte. Il a été depuis, à l’aide d’une tronçonneuse (une espèce de scie à métaux circulaire mue par un moteur électrique), débité en trois morceaux par l’ami Barbazange.
Au retour nous nous arrêtons à Roni, notre chauffeur de taxi, qui lui aussi est déçu, nous conduit chez le père de son collègue. Pour comprendre ce qui se dit, je demande à ceux-ci de s’exprimer en Espagnol car j’ai du mal à suivre la conversation quand elle se fait en Catalan qui est la langue qu’utilisent normalement les gens du pays quand ils parlent entre eux. Ils s’exécutent de bonne grâce. Le descriptif que le monsieur de Roni nous fait du site correspond tout à fait à ce que nous avons vu. S’il nous avait accompagnés, il ne nous aurait pas amenés ailleurs que là où nous nous sommes rendus. Il complète les informations qu’il nous avait données le matin. Les convois de mulets qui ravitaillaient les Franquistes passaient par ici, du moins au moment des événements, car à l’origine les Républicains tenaient encore le secteur. Un accrochage avait déjà eu lieu tout à côté et un mort avait été apporté dans la maison voisine.
Retour à l’hôtel Victor. Le chauffeur, qui a été fort dévoué et qui regrette l’insatisfaction que nous éprouvons, demande 4000 pesetas pour sa course. Ce n’est pas excessif. Généreux, Michel rajoute un excellent pourboire à la somme. Le chauffeur envisage d’effectuer des investigations pour le cas où d’autres clients lui demanderaient de refaire la course.
Pendant que Michel panse son pied nous allons, Joël et moi, avec la BX cette fois, remonter sur le site pour tenter d’y voir plus clair. Tiens voilà qu’après avoir calé, la BX refuse de redémarrer ! Sans doute est-elle noyée. Nous arrivons cependant à la mettre en route. Retour sur la piste où nous avions garé le 4 x 4. En montant je crois comprendre la situation en observant mieux la topologie des lieux. Vers l’ouest, par rapport à la masse rocheuse dont j’ai parlé, il y a une deuxième butte, c’est celle sans doute dont avait parlé Michel et qu’il occupait quand il a été blessé.
De fait nous sommes arrivés sur le site du côté franquiste. C’est ce qui explique que Michel ne se soit pas reconnu. Evidemment les positions respectives des Nationalistes et des Républicains étaient ici contraires à ce qu’étaient les parties du territoire dont ils avaient le contrôle au moment de la bataille. En effet les nationalistes qui contrôlaient l’ouest de la Sierra se trouvaient à l’est tandis que les Républicains qui contrôlaient l’est se trouvaient à l’ouest, ce qui m’avait posé problème pour situer les uns et les autres.
Nous poursuivons un moment sur la piste que nous avons empruntée mais, devant son état médiocre, nous renonçons à continuer. Elle semble venir de Sort mais je ne suis sûr de rien car elle n’apparaît pas sur la carte. Par ailleurs elle devrait mener au pied de la masse rocheuse que les troupes républicaines avaient sans doute contournée par l’ouest. Mais là je ne sais pas du tout ce qu’il en est et s’il existe plus bas une bifurcation qui permet d’atteindre le pied de la falaise que forme, côté sud, ladite masse rocheuse. Il faudrait du temps pour une reconnaissance plus complète des lieux.
Nous redescendons sur Rialp, avec arrêt près d’une fontaine où nous remplissons une gourde. Des vaches grises circulent librement au bord de la route. Nous retrouvons Michel à l’hôtel. Il a soigné son pied et il va mieux. Des jeunes arrivent de faire du rafting et vont enlever leurs combinaisons.
Le repas du soir est aussi correct que celui de midi. Ce sont des tranches de saucisson qui servent d’amuse-gueule. La macédoine de légumes est très fine, et très savoureux el cordero asado. La serveuse, qui ne connaissait pas la traduction française, et qui craignait de ne pas se faire comprendre, avait imité le bêlement de la bête pour nous dire ce qu’il y avait au menu !
Nous nous retrouvons tous les trois dans la chambre 306. Ce pauvre Joël ne dormira guère cette nuit. Comme je m’endors très vite je ne tarde pas à l’incommoder par mes ronflements. Quant à Michel, le tranquillisant que, dans un premier temps, il avait oublié de prendre, et auquel il est habitué, se révèle redoutablement efficace ! Sans compter les problèmes de prostate qui nous font lever Michel et moi au milieu de la nuit.
Lever vers 6 H 30 et petit-déjeuner au bar de l’hôtel à 7 H, il n’était pas possible de le prendre plus tôt. Michel a réglé l’addition la veille au soir avec sa carte bancaire. Le prix de la pension était tout à fait raisonnable, moins de 230 F par personne pour les trois repas et la chambre.
Je propose à Michel que Joël et moi remontions sur le site pour compléter notre compréhension de son agencement et poursuivre nos recherches pour retrouver la tranchée dans laquelle il a été blessé. Ma proposition n’est pas retenue. Michel estime qu’il aurait fallu monter par Sort pour qu’il se reconnaisse. Peut-être, mais ce n’est pas sûr et en tout cas je n’avais aucune indication sur le chemin que nous aurions dû emprunter.
Quoi qu’il en soit, nous prenons la décision de rentrer, en passant par l’Andorre pour le retour. Au passage près de La Séo d’Urgel nous revoyons une montgolfière, déjà aperçue la veille à l’aller. Mais si hier elle était haut et loin dans le ciel, aujourd’hui elle est à côté de nous, à une dizaine de mètres seulement au-dessus d’une des berges du Sègre. Nous pouvons parfaitement distinguer le navigateur dans sa nacelle.
La frontière n’est pas très loin. Dès que nous l’avons franchie nous faisons le plein du véhicule, le sans-plomb coûtant en Andorre environ 5 F le litre. Est-ce ici ou à la sortie de l’Andorre que Michel s’était engagé sur une voie en sens interdit ? Nous devons prudemment reculer pour nous retrouver sur la bonne route. Nous traversons la paroisse de Sant Julià de Lòria qui, par la laideur de ses bâtiments et la hauteur des montagnes qui la surplombent, nous donne un avant-goût d’Andorre-la-Vieille. Michel aura ce mot « Si vous ne me trouvez pas au Madrid (c’est le nom de la copropriété où il habite à Béziers), ne me cherchez pas ici ! ».
Conséquence des chantiers ouverts sur la route, les feux ne manquent pas par ici. Encore un « rojo » dira Michel à plusieurs reprises. Bien que ce ne soit pas encore la pleine saison, la circulation est déjà dense. Curieusement des champs de tabac sont cultivés pratiquement en pleine ville, dans les espaces non encore occupés par de nouveaux immeubles. On a l’impression quand même que le commerce et le fric font de la boulimie dans le domaine de la construction.
Ça tourne encore après Escaldes-Engordani. Ça tourne même beaucoup jusqu’au Port d’Envalira, au-dessous duquel se trouve le Pas de la Case, mais c’est moins encaissé à présent. Joël va se procurer des alcools : Ricard, Martini et eau-de-vie de poire dans un grand magasin où tout le sous-sol est affecté à la vente de bouteilles. On sait, conséquence de l’absence de taxes, que c’est très avantageux d’acheter en Andorre ce genre de produits. Malgré ce, Michel et moi nous nous abstenons de toute dépense.
Nous allons descendre sur Ax-les-Thermes à présent. De nombreuses voitures montent « au ravitaillement ». Ah non, on ne prend pas le tunnel qui permet d’aller à Perpignan. Nous traversons les voies de la gare d’Enveigt puis, plus bas, le village de Mérens, connu grâce à la célèbre race de petits chevaux noirs.
Après Ax-les-Thermes nous attaquons le col de Chioula qui permet d’atteindre le plateau de Sault. La descente sur Quillan est pénible. Avec Joël nous reconnaissons l’embranchement où nous avions, pour cause de route enneigée, fait demi-tour lors de notre expédition en Andorre à l’automne dernier. Je guide Michel pour gagner le parking de la cafétéria où nous avions mangé à cette occasion. Il est alors 12 H 30 et nous nous restaurons avant de reprendre la route, moins accidentée à présent.
Après Carcassonne, Michel, qui n’a pas souhaité être remplacé au volant, choisit l’autoroute pour rallier Béziers. Nous y sommes vers 14 H 30. Notre expédition a été assez éprouvante et un peu décevante pour Michel. Pourtant il m’a paru que nous avions fait ce que nous avions pu. Et comme dit le proverbe, « Quand on fait ce qu’on peut, on fait ce qu’on doit ». Si cette affaire connaît un épilogue nous ne manquerons pas de vous en faire part.

En guise d'épilogue j'ajoute que Michel Ibanez est décédé au mois d'août 2005, qu'il a été incinéré et que ses cendres ont été dispersées au dessus de Seo d'Urgel.



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:: Les commentaires des internautes

WAOHHHH
Posté par LEFEVRE le 04.03.2008
Témoigage extrêmement émouvant. Félicitations au rédacteur qui a su trouver le juste ton pour transmettre cette expérience. Merci sincèrement.


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