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Nom du blog :
cessenon
Description du blog :
Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ)
Catégorie :
Blog Journal intime
Date de création :
27.04.2006
Dernière mise à jour :
24.11.2009

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Algérie, histoires à ne pas dire

Algérie, histoires à ne pas dire

Publié le 04/04/2008 à 12:00 par cessenon
Algérie, histoires à ne pas dire
Katiba de retour à Alger,
sa ville natale

"Algérie, histoires à ne pas dire", c’est le titre du film de Jean-Pierre Lledo qui était projeté au Palace jeudi 3 avril en présence du réalisateur.
Il y a une filiation évidente avec « Un rêve algérien. » Lledo poursuit son rêve : celui d’une Algérie multiethnique, multiconfessionnelle, dans laquelle chacun, Arabe, Kabyle, Juif, Européen, musulman, chrétien, israélite… aurait sa place.
L’image choc qui accueille le spectateur c’est le drame des Pieds-Noirs quittant leur pays en 1962 dans les conditions que l’on sait.
Le réalisateur va pointer quelques événements qui se sont enchaînés à partir du 20 août 1955 jusqu’aux violences du 5 juillet 1962. Il fait appel à témoins et la caméra nous promène de Mostaganem à Oran en passant par Skikda, Alger, Constantine.
Le débat qui a suivi la projection du film n’a pas permis un vrai dialogue. D’un ton cassant et d’un professoral « Hors sujet » Lledo a refusé de prendre en considération la remarque qui lui a été faite d’une absence d’analyse sur ce qui avait conduit à creuser le fossé entre les communautés.
Le réalisateur tient absolument à sa vision idyllique, qui est celle de son enfance et du milieu social qui était le sien, d’une bonne entente entre Européens, Juifs, Arabes ou Kabyles.
Ce faisant il évacue ce qu’ont été les 132 ans de colonialisme et les 8 ans de guerre. Si ses histoires étaient « à ne pas dire » dans le contexte de l’Algérie indépendante, là c’est véritablement un silence lourd qui nous a été infligé.
Certes quelques éléments de réflexion ont quand même émergé : le statut et les comportements de l’armée française dans cette affaire, une armée coloniale, à caractère parfois fascisant (qu’on se rappelle, outre les exactions diverses aujourd’hui reconnues, la tentative de putsch des généraux en avril 1961) par exemple.
Lledo dénonce le terrorisme aveugle qui a été le fait des militants de l’indépendance algérienne ainsi que le recours au nationalisme ou à la dimension religieuse de la lutte. Oui, sans doute, mais quand il y a la guerre, elle ne se fait jamais en dentelle et chacun utilise les armes à sa disposition. Ce qui devrait être l’essentiel, et cela devrait nous éclairer pour ce qui se déroule au Proche Orient aujourd’hui, c’est qu’il ne peut pas y avoir de paix s’il n’y a pas de justice.
Que s’est-il passé en Algérie entre le 19 mars et le 5 juillet ? Quel climat a été entretenu par ceux qui refusaient l’indépendance du pays ? On ne gagne rien à se voiler la face devant les réalités. Les Pieds-Noirs en ont fait la triste expérience. Conditionnés par une idéologie fondée sur la force ils ont été piégés par elle et même des petites gens qui avaient des idées progressistes se sont retrouvés dans l’impasse à laquelle les ont conduits les conceptions et les pratiques de l’OAS.
Reconnaissons que cela a été dit ! Mais il faudrait aujourd’hui accepter cette idée que le maintien des Européens dans un pays qui était aussi le leur était parfaitement compatible avec son indépendance. Il faudrait ajouter aussi que les rapports entre les communautés, quelles qu’aient pu être leurs qualités au plan individuel, passaient par une autre logique que celle du colonialisme qui avait prévalu.
Il me semble également qu’il y a une certaine confusion entre ce qu’ont été les dirigeants de la lutte pour l’indépendance et ce qu’ils sont devenus par la suite. Incurie, corruption… les images d’Oran ou d’Alger sont de ce point de vue éloquentes ! La dégradation économique et sociale contribue à renforcer les nostalgiques du passé colonial ou la montée de l’intégrisme qui a affecté le pays. Mais c’est déjà une autre histoire !



:: Les commentaires des internautes ::

Faïza le 16/05/2009
Il y a deux facteurs importants qui ont échappé à votre analyse :

Le premier tient au fait que les dirigeants de l'Algérie indépendante sont étrangers à la lutte sur le terrain de la libération. Reçus comme simples réfugiés en Tunisie et au Maroc, ils ont mis main basse sur l’armée dite des frontières et, l'indépendance conquise, ils sont venus cueillir les lauriers. N'est-ce pas que, comme l'a dit quelqu'un "Toute révolution ne profite jamais à ceux qui la font."

Le second point se rapporte à la population. S'il y avait effectivement 8 millions d'habitants autochtones dans l'Algérie coloniale, aujourd'hui on compte près de 36 millions, un chiffre rendu public il y a trois jours. Cette population ayant donc plus que quadruplé en moins d’un demi-siècle, sur une terre non extensible, les problèmes posés sont autrement plus difficiles à résoudre. Alger, à elle seule, qui recensait quelques 800 000 habitants est devenue, avec sa banlieue, une mégapole de près de 6 millions. Je vous laisse en tirer les conclusions.



Jean MOUROT le 31/10/2009
On a pu rêver d'une Algérie multi-ethnique évoluant à la manière de l'Afrique du Sud... Mais l'attitude des autorités françaises et l'aveuglement de la plupart des Pieds-Noirs qui ont perduré après la 2ème guerre mondiale l'ont rendu impossible. Il était d'ailleurs difficile de faire cohabiter à égalité deux populations tellement éloignées l'une de l'autre sur le plan culturel et religieux. Surtout dans le contexte international qui a vu l'expansion d'un islam de plus en plus radical. L'Algérie ne pouvait pas rester française et l'auteur du blog avait raison de gerber en voyant la pancarte qui l'a accueilli en Algérie "Ici la France". L'Algérie comptait des petits bouts de France ici ou là, mais ce n'était pas la France!
(cf mon livre "La pacification, c'était la guerre!"et mon blog: http://jeanmourot.jimdo.com/