La Chevolution selon Jean Ortiz
Posté le 06.04.2008 par cessenon

Une vue de la salle
Photo Odéna Nébot
Une nouvelle initiative de la très active association France-Cuba Hérault avait lieu samedi 5 avril à partir de 17 h au Minotaure qui, face à la carence maintes fois constatée en matière de salles municipales disponibles, accueillait les Biterrois désireux de participer à une soirée d’information, de réflexion, de culture et de convivialité aussi.
Après les congratulations d’usage entre Mme Trébaol, la propriétaire des lieux, et Alain Berthélémy, le nouveau président de France Cuba les choses pouvaient commencer.
C’est par la projection du film « Confidences cubaines » produit par Jean Ortiz et Dominique Gautier que le public, nombreux, plus de 80 personnes sans doute, a pris pied dans la grande île.
Le film ? Un diaporama complet de la société cubaine avec les différents secteurs géographiques, professionnels, la diversité des engagements, des générations… Un film sans langue de bois où l’adhésion au régime et à ses résultats confronte les difficultés économiques et sociales parfaitement perceptibles. Oui, le pays est pauvre, sous développé, cela se voit, même si la beauté des paysages coupe quelquefois le souffle.
Le conférencier ? Ah c’est un personnage Jean Ortiz. Universitaire, fils de guérillero espagnol, il a une faconde qui rompt avec le classicisme traditionnel en la matière ! Il est passionné, passionnant aussi… mais ne laisse guère le choix. Il a sa vision des problèmes. Comme il est très compétent sur le sujet, il connaît tout et tous, il serait difficile de contester.
Reconnaissons qu’il apporte un éclairage autre que ceux que nous avons eus jusqu’ici. Certes on va retrouver au cours du débat, qui n’en est pas vraiment un, les thèmes chers aux amis de Cuba : ce qu’était la dictature de Batista, l’espoir qu’a apporté l’expérience cubaine aux pays d’Amérique latine, les réalisations dans le domaine de l’instruction, de la santé, la dignité retrouvée… mais en même temps il fait état des besoins, des insuffisances, des perspectives….
La première question de l’auditoire concernait le titre de l’ouvrage collectif « Che, plus que jamais » coordonné par Jean Ortiz. Cela nous a valu un développement détaillé sur Ernesto Guevara, le théoricien d’un socialisme moderne. Les notes du Che, celles notamment prises lors de son voyage en URSS, mettent en lumière les défauts relevés dans le système soviétique lesquels finalement expliquent la fin… non pas de l’histoire, mais d’une histoire.
A quoi auraient conduit les divergences entre Fidel et le Che si celui-ci n’était pas mort jeune ? Difficile de répondre, d’autant que pour la période concernant les lendemains du 1er janvier 1959, il y a plutôt accord sur la stratégie à suivre.
Jean Ortiz défend bec et ongle la mémoire de Guevara qui ne correspond en rien à l’image que tentent d’en donner aujourd’hui certains médias. Le Che est une synthèse d’éthique et d’engagement révolutionnaire. Les conceptions qui étaient les siennes en matière d’évolution de la société ont une résonnance actuelle avec ses aspects concernant la mondialisation, la place de l’homme dans l’économie…
Quelques interventions venues de la salle ont permis au conférencier de préciser sa pensée. La jeunesse par exemple a pour revendications la satisfaction de ses besoins de consommation ou de voyage. Si elle n’est pas tentée par l’américanisation de la société cubaine elle n’est pas dans le même registre que les anciens qui ont connu la dictature d’avant 1959.
Le tourisme aussi, nécessaire à l’économie cubaine n’est pas sans danger, la prostitution, fléau du temps de Batista, par exemple avait fait sa réapparition et s’était développée lors de la période spéciale.
La terre n’est plus majoritairement la propriété de l’Etat mais des paysans organisés en coopératives de production.
Jean Ortiz livre au fil de ses réponses ses appréciations sur divers points : il ne peut pas être contre la peine de mort ici et pour là-bas. Le parti unique ? Ce n’est pas véritablement un problème à Cuba car pour des raisons historiques il n’est pas dans ce pays monolithique. Révélateur de son impuissance à présenter un programme, le parti communiste cubain n’a pas eu de congrès depuis dix ans. Les USA ont réglé tous les détails d’un plan visant à remplacer les structures sociales de Cuba par celles qui leur conviendraient.
C’est que Cuba est un mauvais exemple pour toute l’Amérique latine. C’est le seul pays qui, avec la mise en échec du débarquement dans la Baie des Cochons le 17 avril 1961, a résisté avec succès à une des 188 interventions militaires qu’ailleurs ils ont pu mener à bien.
Il reste que Cuba est à la croisée des chemins et que rien n’est jamais définitivement acquis. Il faudra répondre aux exigences nouvelles qui s’expriment. Déjà l’effondrement du blog socialiste avait obligé les Cubains à une autre orientation que l’assistanat. Selon le mot de la fin du conférencier, « Vive la Chevolution » !
La soirée s’est poursuivie de manière sympathique avec une soixantaine de convives autour d’un repas servi dans la salle même du Minotaure.
Jean Ortiz lui devait être rendu à Pau le lendemain matin pour participer au festival CulturAmérica qui s’y déroulait ces jours-ci.
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