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Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ) Catégorie : Blog Journal intime Date de création :
27.04.2006 Dernière mise à jour :
19.08.2008
Lui s’appelait Corbière et le patronyme de Thérèse était Vidal. Joseph était ramonet chez les demoiselles Aïn, deux vieilles filles qui se prénommaient Marie-Louise et Lucie.
Je n’ai pas connu leur père qu’on surnommait « Lo Cagarau » (L’Escargot) ses filles avaient hérité de l’escais, plus ou moins modifié « Las Cagaraulas » ou encore « Las Cagarauletas. » J’ai par contre une anecdote à son sujet.
Ce Cagarau avait des vignes dans un tènement qu’on appelle Martel. Un terrain caillouteux et pas très fertile qu’on désigne par le vocable péjoratif de crès. Il était par ailleurs capitaine de réserve et à ce titre effectuait des périodes.
Il était également chasseur et c’est ici que débute mon histoire. Au cours d’une partie de chasse il avait eu un différend avec un certain Pierre Julia plus connu sous le surnom de Pierrique. Le ton était monté et sur la place du village Pierrique avait ironisé d’un « Lo Cagarau cultiva los cresses et l’art militar ! » (Le Cagarau cultive les mauvaises terres et l’art militaire.)
Le propos avait été relevé comme une insulte grave par Lo Cagarau. Aussi il avait provoqué Pierrique en duel ! Mon oncle Aimé qui était à cette époque là ramonet chez Lo Cagarau découvre dans le « magasin » où il arrivait pour prendre son service un mannequin en paille et son patron un sabre à la main se jetant sur lui en annonçant « Pierrique touché, Pierrique mort ! » On doit à la vérité d’ajouter que le duel n’a pas eu lieu.
Mais je reviens à Joseph et Thérèse. Joseph était de l’âge de mon père et quand il était jeune il habitait la campagne de Coumiac distante d’une paire de kilomètres de Cessenon. En hiver les écoliers qui avaient un trajet à faire pour rentrer chez eux étaient autorisés à quitter l’école un peu avant les autres.
Joseph était un homme mince, avec une moustache et une voix de fausset. Avec Thérèse ils habitaient aux Tendes, aux Tendes hautes plus précisément. Ils avaient un poste de radio qui avait la forme d’un vaissel (un foudre) et je pense que c’est en écoutant « Le bal champêtre » du grenier de Toulouse qu’ils dansaient dans leur cuisine après avoir poussé les meubles pour faire de la place.
A l’inverse de mon père Joseph n’était pas braconnier. Toutefois il lui était arrivé de placer un piège à oiseaux « amb una mica de pan ! » (avec une mie de pain) ce que mon père avait rapporté avec une certaine ironie.
Je ne sais pas si Thérèse avait du poil au menton mais elle était autoritaire et mon père ne manquait pas de rappeler à son sujet le dicton « Luna mercruda, femna barbuda, cada cent ans n’i a pro amb una ! » (Lune venant un mercredi, femme barbue, chaque cent ans il y en a assez avec une !)
J’en ai parlé par ailleurs, pour les vendanges Joseph conduisait le cheval des demoiselles Aïn, un petit cheval gris, très vaillant, baptisé Mignon. Quand il a été en fin de carrière ce cheval a été remplacé par un autre qui lui ressemblait comme une goutte d’eau.
Je l’ai dit les demoiselles avaient l’essentiel de leur propriété dans le tènement de Martel distant de trois ou quatre kilomètres. Il y avait là une baraque de vigne avec un plancher à l’étage où était entreposé du foin. Je peux vous en parler ! Elles avaient trois autres vignes, l’une à Mascarinié, l’autre au Viala et la troisième vers Ribaute.
A la cóla, outre mon père qui pressait les comportes et les charriait avec Joseph, il y avait Thérèse la menaire, Berthe Guiral, la femme de Lucien Guiral le serrurier, sa fille Lucette et son fils Roger, mort jeune des suites d’une tumeur au cerveau. Marie-Louise, celle des deux sœurs qui était en meilleur état, venait couper elle aussi quelquefois. J’ai également connu une année, sans doute en 1954, un certain Fornel qui venait à la vigne avec un cyclomoteur et repartait chez lui pour y déjeuner.
Thérèse avait avoué sa passion pour Tino Rossi. Information savamment exploitée par ce Fornel qui avait déclaré en revenant au travail qu’il avait entendu à la radio, le temps du midi, que le célèbre chanteur corse venait de mourir
Il y avait des débats théologiques entre mon père et Marie-Louise à propos de l’existence de Dieu. Mon père était mécréant et déclarait qu’il ne l’avait pas vu et que donc… A quoi Louise, fort dévote comme sa sœur, opposait l’argument que mon père ne mettait pas en cause l’existence de Napoléon bien qu’il ne l’ait jamais vu. Ah, certes mais Napoléon n’était pas Dieu !
Je ne sais pas ce qui avait encanaillé Joseph mais un jour il avait touché un des seins de Lucette en déclarant qu’il était étonné de constater que c’était mou. A quoi Lucette avait tranquillement répondu que c’est parce qu’il n’avait pas touché le bout !
Joseph avait une vigne à lui au Clau, sur la rive gauche du Récambis limitée par une haie de cannes de Provence, en amont de son confluent avec le Vernazobre. Quand nous allions la vendanger ma mère était embauchée. Naturellement je suivais ! J’adorais cette journée où je partais le matin alors que d’habitude je n’allais à la vigne que l’après-midi.
Il avait également un jardin, de l’autre côté du pont, un peu au-delà de l’ancien abattoir.
Plus tard Joseph avait acheté à La Baquelle des terres qui avaient appartenu à Louis Garreta (si mes renseignements sont exacts ce Louis Garreta était veuf d’une sœur de Joseph) proche de la vigne que possédait mon père dans le secteur. Mais à cette époque mon père ne travaillait plus pour les demoiselles Aïn.
Les demoiselles Aïn avaient mis leurs biens en rente viagère, sans doute quand Joseph a pris sa retraite. Mon père avait demandé à Joseph si Martel ne lui manquait pas. Eh bien non, il ne semblait pas !
Choix délibéré ou impossibilité, le couple n’avait pas eu d’enfant. Joseph est mort en 1980. J’étais en vacances au Pays Basque, mon frère avait téléphoné pour donner la nouvelle. C’est ma femme qui avait pris la communication et avait oublié de me transmettre l’information. Je n’ai donc su son décès que plus tard !
J’avais rencontré Thérèse quelques années après, je ne l’avais pour ainsi dire pas reconnue !
pour la mémoire d'un vigneron
Posté par jp barthez le 21.07.2008
il les aimait ses vignes,Joseph.Aussi quel ne fut pas son chagrin quand le preneur en viager mis les vignes de la Baquelle à l'arrachage car elles se travaillaient difficilement au tracteur.
Et oui cela sonne le glas d'une époque ....