Si La Madeleine m'était contée
Posté le 20.09.2006 par cessenon

Il y avait beaucoup de monde à La Madeleine ce jeudi 19 octobre à 15 heures pour écouter la conférence de Robert Cavalié, l’ancien secrétaire général de la Mairie de Béziers et actuel Président de « REUSSIR A BEZIERS », sur l’histoire de l’église.
Denis Rouquette, le toujours dynamique Président de l’Université du Tiers Temps, laquelle avait programmé cette conférence a présenté le conférencier et le sujet traité. Il a bien sûr adressé les remerciements de circonstances à tous ceux qui ont permis cette initiative culturelle.
Les travaux de rénovation sont à présent achevés, à l’exception toutefois de l’orgue qui a été enlevé et qui n’a été ni restauré ni remis en place. Comme l’a fait remarquer Michel Fournier, le tableau du Jugement Dernier, qu’il cachait largement, se découvre aujourd’hui mais reste en partie masqué par une tribune et par le haut du tambour.
L’église de La Madeleine apparaît à la fois dépouillée et, malgré ce, accueillante dans sa sobriété.
Il est fort dommage que des problèmes de sonorisation mal réglée aient rendu l’audition très inconfortable vers les derniers rangs du public. Pour tout dire à ce niveau c’était à peu près inaudible !
Robert Cavalié a rappelé la légende, diversement présentée par les évangélistes et les exégètes modernes, de Sainte-Madeleine. Originaire de Magdala, sur la rive occidentale du lac de Tibériade, Marie-Madeleine est connue comme une pécheresse repentie qui aurait oint de parfum les pieds du Christ. Elle a suivi le Messie et a été la première à bénéficier de son apparition après sa Résurrection. Elle aurait fait retraite à la Sainte Baume en Provence et son tombeau aurait été identifié à Saint-Maximin.
A Béziers l’église de La Madeleine est consacrée vers l’An Mil. Il était rare que le protecteur d’un lieu saint soit une femme. Mais nous sommes en Occitanie et déjà les troubadours chantent l’amour courtois dans lequel la Femme a une place de choix. Par ailleurs Marie-Madeleine est la patronne des tonneliers. Sa fête se célèbre le 22 juillet époque où mûrissent les cépages (les madeleines précisément) les plus précoces.
On sait que Béziers a été christianisé par Saint Aphrodise, venu lui aussi du Proche-Orient. Ce qu’on ne sait pas avec certitude c’est la date de son arrivée dans la ville. Ier siècle ? IIIème siècle ? Un vitrail de La Madeleine, situé après le tambour à gauche représente Saint Aphrodise et son chameau.
La Madeleine est certes la Maison de Dieu, mais c’est aussi en quelque sorte la Maison du Peuple. C’est en tout cas l’église des consuls de la ville, la cathédrale Saint Nazaire étant celle de l’Evêque.
C’est à La Madeleine que se déroulent quelques-uns des épisodes les plus marquants de l’histoire de la cité. C’est notamment à La Madeleine que le Vicomte Raymond Trencavel est assassiné le 15 octobre 1167. « Meurtre commis par une bourgeoisie naissante qui teste son pouvoir devant celui de la féodalité » estime le conférencier.
La vengeance du fils, Roger Trencavel, sera terrible. Elle s’exercera deux ans plus tard et sera perpétrée par des soldats Aragonais qui tueront toute la population mâle et violeront les femmes. Seul sera épargné le ghetto, les Juifs ayant payé pour avoir la vie sauve.
Mais la date del grand masèl, la grande boucherie, c’est le 22 juillet 1209, lors de Sac de Béziers, qui précisément aura lieu, pour partie du moins, dans l’église de La Madeleine. Nous avons regretté que le conférencier ait glissé aussi rapidement sur cet épisode sanglant de l’histoire de notre ville et n’ait pas pleinement exploité son évocation, dans le cadre où il s’est déroulé, pour communiquer à son auditoire la charge émotionnelle qu’à coup sûr celui-ci attendait.
Ce n’est pas exactement dans l’église de La Madeleine, mais dans son annexe, le cimetière de Saint-Félix (sur l’emplacement des halles actuelles), que le 7 avril 1247 Raymond Trencavel annonce aux Consuls et à la population qu’il vient de céder au Roi ses domaines en Languedoc.
En 1530, c’est à La Madeleine que les notables de la cité implorent Saint Charles Borrhomée afin que soit enrayée l’épidémie de peste qui frappe la ville. Ils seront exaucés.
D’autres faits seraient à mentionner, notamment le serment du fustier (charpentier) Bernard Pourquier et des émeutiers dont il était le meneur, fait en 1381 sur l’un des autels, d’égorger le viguier épiscopal Bernard Guitard. Un serment qui fut suivi d’effet.
Les tribulations de Monseigneur Pouderous, évêque constitutionnel, qui eurent pour théâtre l’église de La Madeleine, avant que celle-ci ne devienne pour un temps le Temple de la Raison (ou de l’Etre Suprême ?), méritent également d’être citées.
Trois interventions suivirent la conférence : celle de Michel Fournier, déjà indiquée, une autre de Denis Rouquette, qui mentionna l’existence dans l’édifice religieux d’une fontaine, la Fontaine de Moïse, où l’on pouvait venir prendre de l’eau quand une coupure avait lieu. Une interrogation de Jean Nougarret enfin : la signification de la lettre M dans deux cartouches, dont l’un a disparu. Signature d’un des artisans des travaux de construction ou de rénovation ? Faute d’éléments il était difficile à Robert Cavalié de répondre.
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