Tranche de vie
Posté le 21.09.2006 par cessenon

Dans le cimetière de Bonneval, les trois tombes de la terre non bénite
Photo Marianne Perrot
Cet été, après une randonnée effectuée avec des amis du côté de La Salvetat, nous avions été invités par l’ami Pepone (de son vrai nom Pierre Escande) à connaître un coin de cette commune où il est né et où il a vécu jusqu’à l’âge de 12 ans.
Nous l’avons retrouvé près de l’église de Bonneval située au lieu-dit Le Gazel. Il n’y a d’ailleurs guère plus qu’une église à cet endroit. Si quand même, à côté il reste l’ancien presbytère, reconverti en gîte par la commune. Il y a aussi la maison que Pierre habite en juillet / août. C’était la maison natale de son grand-père maternel.
L’église de Bonneval a pu être restaurée grâce à l’acharnement de Pierre qui a obtenu de la mairie de La Salvetat que des crédits soient dégagés et des travaux entrepris. Pierre a d’ailleurs participé à la restauration, même qu’il a été vu, dans le cadre de la rénovation des tableaux du chemin de croix, en train de « poncer Pilate » !
Curieusement, et bien qu’elle date du XIX° siècle, l’église de Bonneval a des allures d’édifice roman. On peut s’étonner de la présence ici, en pleine campagne, d’un édifice religieux d’une certaine importance. C’est qu’à l’époque de sa construction il desservait quelque 80 fermes disséminées dans les environs.
Pierre a dégagé le petit cimetière attenant, supprimant les broussailles et les ronces, redressant les stèles renversées… Passée la porte qui permet d’y accéder, on découvre, sur la gauche, trois tombes insolites. Insolite d’abord leur emplacement, en dehors du reste du cimetière. Ici nous ne sommes pas en terre bénite. Oui, l’une des tombes est celle d’un pendu, l’autre celle d’un divorcé et la troisième celle d’un enfant qui n’avait pas reçu le sacrement du baptême. Si cette dernière est quand même pourvue d’une croix en bois, les deux premières n’ont pour pierre tombale qu’une manière de bloc de rocher grossièrement taillé, sans inscription. Ah le curé qui officiait ici ne faisait pas de concession à l’orthodoxie !
Dans le cimetière de Bonneval, les trois tombes de la terre non bénite
Photo Marianne Perrot
Tiens, justement à propos de curé, Pierre croit avoir identifié la tombe d’un de ceux qui ont exercé leur ministère à Bonneval. La croix qui la surmonte porte en effet, ½uvre probable du forgeron du coin, un clou, de la vraie croix bien sûr, et une pointe de lance en fer, celle qui a servi à percer le flanc du Christ. Les grands-parents maternels de Pierre sont enterrés pas très loin.
Le père de Pierre lui était originaire d’Escande, un hameau voisin, qui a donc le même nom que le patronyme de Pierre. Il paraît d’ailleurs que par ici beaucoup de gens s’appellent Escande. Le hameau d’Escande n’est déjà plus dans l’Hérault mais dans le Tarn, sur la commune de Lacaune, limitrophe de celle de La Salvetat.
C’est à Escande que la mère de Pierre aurait dû accoucher quand il est né mais la maison était si petite, si inconfortable, un cagador a-t-il dit, qu’elle est revenue, pour ce faire, dans la ferme de ses parents située au-dessus de Bonneval. Presque un cas de divorce que la décision qu’elle avait prise alors !
Pierre nous a emmenés ensuite jusqu’à ladite ferme, elle s’appelle Caumezelle, où il est donc né. Nous ne la verrons que de loin car aujourd’hui elle n’est plus dans le giron familial, elle appartient à des Hollandais. La route qui y conduit passe devant les bâtiments, à présent désaffectés, de l’ancienne colonie de vacances de la Caisse d’Allocations Familiales de Béziers.
Pierre nous montre une photo prise au début du XX° siècle. Le paysage a un peu changé et le jardin que le curé cultivait est aujourd’hui en friche. Les bois ont gagné sur les terres consacrées à l’agriculture. A l’époque ce devait être une ferme importante : une centaine d’hectares, une quinzaine de vaches, une soixantaine de moutons, des champs produisant des céréales et des prés fournissant du foin… Il y avait même l’électricité nous dit Pierre mais dans trois pièces seulement. Et par souci d’économie les lampes étaient de faible puissance : 25 « bougies » estime Pierre. Il ajoute cependant que quand on saignait le cochon on en plaçait provisoirement une de 100 bougies dans la pièce principale. Elle était remplacée dès le lendemain par celle de plus faible puissance !
A Escande le père de Pierre faisait figure de miséreux avec 4 ou 5 vaches et une quinzaine de moutons ! Aussi il décida de descendre dans le pays bas pour se louer comme « ramonet ». C’est ainsi qu’à l’âge de 3 ans Pierre se retrouvera au domaine de Mus sur la commune de Murviel. Un logement qui ne valait pas mieux que la maison paternelle d’Escande ! Des chambres sans fenêtre, des cafards…
On était à la veille de la guerre. Pierre fut finalement réexpédié à la ferme des grands-parents maternels exploitée par un frère et une s½ur de sa mère, tous deux célibataires. Il devait y rester jusqu’à l’âge de 12 ans. Il allait à l’école – enfin quand il n’y avait pas trop de neige ou qu’il ne fallait pas garder les moutons – au hameau d’Escande distant de quelques centaines de mètres.
Finalement Pierre a rejoint ses parents à Murviel où son père avait changé de place. Il y arrivait avec sa boule à zéro et se sentait, dans un milieu si différent de celui dans lequel il avait grandi, comme un immigré.
Par la suite Pierre a réussi une bonne ascension sociale, devenant propriétaire viticulteur. A Murviel il jouit de la considération générale et c’est aujourd’hui un personnage populaire du village.
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:: Les commentaires des internautes
Belle revance
Posté par
Kate le 13.02.2008
sur la vie pour Pierre.
J'ai perdu une dent !
Posté par
Kate le 13.02.2008
Il faut lire "belle revancHe" et non "belle revance".
Je viens de perdre ma dernière dent de lait.
Avec toutes mes excuses.
A Bientôt.
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