Controverse sur le Moulin du Roc
Posté le 22.10.2006 par cessenon

Dessin de Edgar Debove
A la suite de la parution dans l’édition du vendredi 22 juin de L’HERAULT du Jour, de l’article consacré à l’inauguration du Moulin du Roc, j’ai été contacté par M. Edgar Debove de Saint Chinian. S’il avait apprécié le ton humoristique de mon papier, il tenait à me donner une version de l’histoire du Moulin du Roc différente de celle que j’avais rapportée et que je dois à M. Claude Pinel.
Après un premier contact téléphonique j’ai été reçu chez lui en présence de M. H. Legéant qui, comme M. Debove, est Saint Chinianais de c½ur mais non d’origine. Ils m’ont remis un fascicule contenant, en abrégé, les résultats des recherches de M. Legéant sur le sujet qui fait débat. Ce fascicule comporte les photocopies des archives consultées et en regard leur « traduction » dans une écriture plus lisible.
Selon les documents, difficilement contestables, le Moulin du Roc n’a jamais été un moulin bladier. En particulier une correspondance entre la Mairie de Saint Chinian et la sous-préfecture de Saint Pons, fait état d’une vente par la commune d’une parcelle en nature de rocher à Eustache Bessières qui veut construire un moulin à broyer le plâtre.
La vente, pour une somme de 15 F, a eu lieu le 22 décembre 1851. Un problème est évoqué dans les délibérations du conseil municipal dans sa session de novembre 1851. Il s’agit de l’étendage des draps et lessives sur le site où doit se construire le moulin. Le conseil observe qu’il restera suffisamment d’espace pour cela.
Par la suite, des actes notariaux, dressés à l’occasion de ventes ou de contrat de mariage, confirment la fonction du Moulin du Roc de broyer le plâtre. En voici la chronologie.
Le moulin est vendu par Bessière à Fourés et Fieuzet le 6 avril 1857 pour 4000 F payables en 4 ans. L’acte précise qu’il s’agit d’un four à cuire le plâtre et d’un moulin à vent, pour moudre le plâtre, avec remises et hangars.
Le 26 octobre 1865 le même Bessière, fondé de pouvoir de Fourés, devenu seul propriétaire du moulin, revend l’ensemble pour 900 F à Guilhaume Négrier, fabricant de tuiles. L’acte précise qu’il s’agit d’un moulin à vent pour moudre le plâtre, entièrement délabré et abandonné depuis plusieurs années.
L’année suivante, le 24 octobre, le moulin est revendu par Négrier à Germain Fanjaud pour 1200 F. Le sieur Fanjaud se réserve de pouvoir acquérir la machine dite moulin ramasseur ainsi que la grue servant à monter le plâtre.
Dans le contrat de mariage avec Gratien Cros, de Léontine Fanjaud, fille de Germain Fanjaud, celui-ci fait donation à celle-là, outre 4 vignes et une cave, d’un moulin à plâtre avec un four à cuire le plâtre, et les remises et terrains avec tous les accessoires au tènement du Rocher et, servant à l’exploitation dudit moulin, 2 chevaux avec tous les harnais, une charrette et un tombereau estimés 2000 F.
Une facture produite par Gratien Cros, fabricant de plâtre à Saint Chinian, datée du 10 février 1884, adressée à M. Constans de Bize, concerne une livraison de sacs de plâtre gris. Son montant est de 368 F.
D’autres documents font état de carrières de gypse à Cazo et Brabet, le charroi de la matière première nécessaire à la production du plâtre occasionnant des dégâts dans les chemins vicinaux.
Le fascicule indique l’achat le 11 juin 1918 par M. Gimeno, d’une pièce de terre en herme. L’un des fils Gimeno, Manuel, en hérite en 1948. Référencée AT 171, la mairie de Saint Chinian en est acquéreur en 1999.
Un dernier point : il est bien question de poursuites judiciaires à l’encontre de M. Carcanade pour 7 fournées de plâtre mais il s’agit d’impayés, lesquels se montent à 700 F.
J’avais trouvé l’inauguration du Moulin du Roc plutôt rigolote et j’avais choisi un ton délibérément irrévérencieux pour traduire le climat. Ce que j’ai appris depuis rend l’affaire encore plus cocasse !
M. Debove, ancien artisan bijoutier, fait de très jolis dessins à la plume. La vue de Saint Chinian à l’époque médiévale qu’il a reproduite à partir des informations recueillies par M. Legéant et qui a été exposée le 16 juillet 2000 à l’occasion de la Fête du cru des AOC en témoigne.
Le dessin qu’il m’a offert et qui illustre le présent article me semble de nature à rendre compte de l’état d’esprit qui prévaut à Saint Chinian avec la controverse sur l’histoire du Moulin du Roc.
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