Louis-Napoléon Bonaparte socialiste ?
Posté le 29.10.2006 par cessenon

L’ouvrage de Jean Sagnes
Aux éditions Privat
Prix : 19 euros.
Vendredi 27 octobre à l’auditorium de la bibliothèque municipale, Jean Sagnes présentait devant un auditoire d’une trentaine de personnes, son récent ouvrage « Les racines du socialisme de Louis-Napoléon Bonaparte ». C’est par le jeu des réponses aux questions de Gilles Moraton qu’il a développé les résultats de son étude sur le sujet.
Son étude il la fait d’abord à partir d’une brochure du futur Napoléon III au titre significatif : « L’extinction du paupérisme ». Elle a été publiée en 1844 alors que Louis-Napoléon Bonaparte est emprisonné pour tentative de putsch contre la Monarchie de Juillet. Une prison dorée d’ailleurs !
Gilles Moraton interroge : « N’est-ce pas provocateur de parler de socialisme à propos de Napoléon III ? » Jean Sagnes avoue avoir délibérément pris un peu le contre-pied des idées dominantes sur le personnage. Il s’était déjà engagé dans cette voie lors d’une conférence qu’il avait donnée à Béziers le 29 novembre 2001 sur le Coup d’Etat de 1851.
Le mot paupérisme, d’origine anglaise, exprime l’état de pauvreté généralisée et permanente qui caractérise la société au moment de la révolution industrielle. Peut-être vaudrait-il mieux faire référence, plus qu’aux progrès techniques, à l’exploitation du capitalisme naissant qui caractérise cette période ?
Ce paupérisme s’accompagne d’alcoolisme, de prostitution, de délinquance… et d’aucuns considèrent que ces facteurs sont la cause des problèmes. Toutefois il faut reconnaître que dans son avant-propos Louis-Napoléon Bonaparte accorde la primauté à la question des difficultés sociales dans les solutions à apporter. Comme le fera remarquer Edouard Bertouy, on n’est pas loin du débat actuel sur l’origine de la violence dans les banlieues.
La similitude se poursuit avec l’idée avancée par le conférencier que ce qui est nouveau dans la pauvreté observable dans les villes ce n’est pas l’insuffisance des richesses mais le fait que ceux qui les produisent n’en profitent pas.
Dans d’autres domaines Louis-Napoléon Bonaparte se montre plus radical que les socialistes de son temps. Contrairement à Blanqui par exemple il est attaché au suffrage universel (masculin bien sûr !) et l’appliquera quand il sera au pouvoir.
Il faut cependant nuancer cette appréciation. C’est le système des candidatures officielles, c’est aussi le règne du pouvoir personnel, l’empereur se situant au-dessus des classes sociales. On retrouvera plus tard une telle conception de la pratique de la démocratie chez le général de Gaulle ou plusieurs de ses successeurs.
Jean Sagnes souligne que, fruit de sa jeunesse en Suisse alémanique, Napoléon III use et abuse des plébiscites, ce qui n’est pas exactement la panacée en matière de démocratie. On notera que de Gaulle a lui aussi puisé dans ce registre !
« L’extinction du paupérisme » fourmille de détails sur l’organisation de la société. Un peu à l’image des écologistes d’aujourd’hui, le retour à la terre, loin des miasmes des villes, est préconisé pour une frange importante de la population. On ne peut pas parler d’autogestion des colonies agricoles qui devraient être créées puisqu’il est fait état de la nécessité d’une discipline militaire. Toutefois le concept de représentants des ouvriers est établi avec les prud’hommes.
Là c’est sans doute l’engagement du futur Napoléon III dans les sociétés de carbonari italiens, l’influence des Saint-simoniens, qui doivent conditionner tout un échafaudage à tout le moins utopique (et farfelu à bien des égards !) Mais c’est la règle pour tous les socialistes de ce temps.
Ah, tiens on apprend que les fonctionnaires d’aujourd’hui doivent leur système de retraite par répartition aux idées de Louis-Napoléon Bonaparte mises en ½uvre en 1853. On lui doit aussi la législation adoptée en 1864 qui supprimait le délit de coalition contenu dans la loi Le Chapelier votée en 1791.
Jean Sagnes mettra en relief quelques aspects de l’évolution du Second Empire. D’autoritaire celui-ci deviendra libéral et disparaîtra après le désastre de Sedan sous la pression conjuguée des blanquistes et des républicains modérés, ces derniers tirant bénéfice de l’impuissance des premiers à prendre le pouvoir.
Dans son exposé le conférencier n’a développé ni la répression qui s’est exercée contre ceux qui s’étaient opposés au Coup d’Etat, ni l’expédition guerrière ruineuse au Mexique, ni les conquêtes coloniales, ni la recherche du soutien du clergé…
Alors socialiste Louis-Napoléon Bonaparte ? Oui, après tout…
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