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cessenon
Description du blog :
Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ)
Catégorie :
Blog Journal intime
Date de création :
27.04.2006
Dernière mise à jour :
22.07.2008
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Actualites du Biterrois

Une chanson bonne à mâcher

Posté le 08.12.2006 par cessenon

Oui c'est Géo Norge

Curieux titre pour un spectacle ! Quel spectacle ? Celui qui était présenté jeudi 7 décembre à la MJC de Béziers. Ah mais c'est aussi le titre d'un poème de Géo Norge ! Vous non plus vous ne connaissiez pas ce poète belge ?
Maintenant qu'on en sait plus sur lui on peut vous apprendre qu'il est né en 1898, qu'il est mort en 1990, qu'il s'appelait Georges Mogin de son vrai nom, qu'il a aussi signé Norge, qu'il a vécu à Saint-Paul de Vence et qu'il avait débuté sa vie professionnelle comme voyageur de commerce. Là vous en saurez autant que nous !
Plusieurs de ses textes nous ont été dits ou chantés par Hélène Azéma avec le concours, sonore et musical, d'Eric Pastor. La mise en scène était de Pierre Astrié.
C'est assez abscons, on pense à Prévert, mais peut-être qu'on a tort. Quoi qu’il en soit c'est ce que j'ai, personnellement, fait ! Après tout la culture c'est la liberté.
Outre sa voix, sa silhouette, son visage et ses yeux, Hélène Azéma disposait de toute une collection de valises. C'est qu'il y avait pour commencer le spectacle une histoire de train. Un train qui accusait beaucoup de retard : 4000 ans, ce n'est pas rien !
Je ne prétends pas que j'ai tout compris des poèmes entendus. Toutefois j'avoue que je ne me suis pas ennuyé pendant les 1 h 10 que dure la représentation. C'est que la comédienne me subjugue. Il m'est difficile de dire pourquoi, c'est ainsi.
Naturellement certains textes sont plus accessibles ou plus intéressants que d'autres. Tiens voici un extrait qui était parfaitement audible :

Si on s'couchait ? Si on faisait l'amour ?
On fait l'amour et ça dure et ça dure.
Quand c'est fini, on recommence encore.
L'amour au ciel, ça c'est une aventure ;
Quand c'est fini, on recommence encore.

Par ailleurs nous avons aimé les histoires des vieilles dames devant le feu de cheminée.
Merci à tous donc de nous avoir fait connaître un poète qu'avait chanté Jeanne Moreau. Merci aussi à Hélène Azéma pour nous avoir rappelé, post-représentation, l'évolution de la situation chez les intermittents du spectacle.



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Missions jésuites en Bolivie, Argentine, Paraguay

Posté le 03.12.2006 par cessenon
L'affiche de l'exposition

C’est le thème de l’exposition de photographies de Geneviève Laffitte, visible au musée du Biterrois depuis le 2 décembre et jusqu’au 21 janvier 2007.
Le vernissage avait lieu samedi 2 décembre. A cette occasion beaucoup de monde, les collègues, les amis de Geneviève, était présent dans la première des deux salles consacrées à l’exposition.
Ce sont de magnifiques photographies prises en 2006 au cours d’un voyage en Amérique du Sud que Geneviève Laffitte présente au regard du public. Ce sont des photographies judicieusement choisies, mises en valeur de manière esthétique dans des cadres adaptés, qu’accompagnent des extraits de ses carnets de voyage.
Discours protocolaires et allocution émouvante de l’auteur ont été prononcés avant que ne s’effectue la visite. Naturellement un vin d’honneur était offert au public dans le hall du musée.
Ici la photographe n’utilise pas ses talents de portraitiste, il n’y a pas ou peu de personnages. Ce sont les édifices des missions jésuites, certains en ruines, témoignages de l’½uvre entreprise ici par la Compagnie de Jésus, qui sont les sujets où dominent l’ocre et le vert.
Il faut parler de ce qu’ont été l’objectif et les méthodes des missions jésuites. L’objectif c’est la conversion au christianisme des populations indigènes, Indiens Guaranis, Chiquitos, Mojos… Les méthodes sont à l’opposé de celles qu’appliquent les conquérants qui avec le système d’encomiendas réduisent les autochtones à l’état de serfs, voire d’esclaves.
Les missions jésuites qui s’implantent vont mailler le territoire de reduccionnes. Ce sont des villages nouveaux, construits autour d’un monastère. Ils vont permettre la sédentarisation des Indiens restés nomades jusque là. Ceux-ci seront initiés aux techniques nouvelles de l’agriculture, seront employés dans des ateliers où ils se révèleront d’excellents artisans du bois et de la pierre.
Ces reduccionnes peuvent être considérées comme les seules réalisations concrètes de la doctrine sur la société idéale de Thomas More développée dans L’utopie.
Les Jésuites ont cette particularité de savoir intégrer la langue des indigènes dans leur projet. Au faîte de leur ascension ils créeront un véritable état théocratique, disposant d’une armée capable de s’opposer aux bandeirantes venus du Brésil pour capturer des Indiens qu’ils réduisent à l’esclavage.
Créées à partir de la fin du 17° siècle les missions seront abandonnées par les Jésuites en 1767, victimes de la rivalité entre le Portugal et l’Espagne et de l’opposition qu’elles ont rencontrée auprès des pouvoirs coloniaux. Le film « Mission » de Roland Joffé, sorti en 1986, rend compte de cette fin dramatique.
Deux de ces missions sont aujourd’hui classées au Patrimoine Mondial de l’Humanité.
A signaler la conférence qui doit avoir lieu sur le thème des missions jésuites en Amérique du Sud le samedi 16 décembre à 15 h dans l’amphithéâtre du musée du Biterrois par Guy Lauraire (prêtre) et Louis Secondy (historien).

Louis-Napoléon Bonaparte socialiste ?

Posté le 29.10.2006 par cessenon
L’ouvrage de Jean Sagnes
Aux éditions Privat
Prix : 19 euros.


Vendredi 27 octobre à l’auditorium de la bibliothèque municipale, Jean Sagnes présentait devant un auditoire d’une trentaine de personnes, son récent ouvrage « Les racines du socialisme de Louis-Napoléon Bonaparte ». C’est par le jeu des réponses aux questions de Gilles Moraton qu’il a développé les résultats de son étude sur le sujet.
Son étude il la fait d’abord à partir d’une brochure du futur Napoléon III au titre significatif : « L’extinction du paupérisme ». Elle a été publiée en 1844 alors que Louis-Napoléon Bonaparte est emprisonné pour tentative de putsch contre la Monarchie de Juillet. Une prison dorée d’ailleurs !
Gilles Moraton interroge : « N’est-ce pas provocateur de parler de socialisme à propos de Napoléon III ? » Jean Sagnes avoue avoir délibérément pris un peu le contre-pied des idées dominantes sur le personnage. Il s’était déjà engagé dans cette voie lors d’une conférence qu’il avait donnée à Béziers le 29 novembre 2001 sur le Coup d’Etat de 1851.
Le mot paupérisme, d’origine anglaise, exprime l’état de pauvreté généralisée et permanente qui caractérise la société au moment de la révolution industrielle. Peut-être vaudrait-il mieux faire référence, plus qu’aux progrès techniques, à l’exploitation du capitalisme naissant qui caractérise cette période ?
Ce paupérisme s’accompagne d’alcoolisme, de prostitution, de délinquance… et d’aucuns considèrent que ces facteurs sont la cause des problèmes. Toutefois il faut reconnaître que dans son avant-propos Louis-Napoléon Bonaparte accorde la primauté à la question des difficultés sociales dans les solutions à apporter. Comme le fera remarquer Edouard Bertouy, on n’est pas loin du débat actuel sur l’origine de la violence dans les banlieues.
La similitude se poursuit avec l’idée avancée par le conférencier que ce qui est nouveau dans la pauvreté observable dans les villes ce n’est pas l’insuffisance des richesses mais le fait que ceux qui les produisent n’en profitent pas.
Dans d’autres domaines Louis-Napoléon Bonaparte se montre plus radical que les socialistes de son temps. Contrairement à Blanqui par exemple il est attaché au suffrage universel (masculin bien sûr !) et l’appliquera quand il sera au pouvoir.
Il faut cependant nuancer cette appréciation. C’est le système des candidatures officielles, c’est aussi le règne du pouvoir personnel, l’empereur se situant au-dessus des classes sociales. On retrouvera plus tard une telle conception de la pratique de la démocratie chez le général de Gaulle ou plusieurs de ses successeurs.
Jean Sagnes souligne que, fruit de sa jeunesse en Suisse alémanique, Napoléon III use et abuse des plébiscites, ce qui n’est pas exactement la panacée en matière de démocratie. On notera que de Gaulle a lui aussi puisé dans ce registre !
« L’extinction du paupérisme » fourmille de détails sur l’organisation de la société. Un peu à l’image des écologistes d’aujourd’hui, le retour à la terre, loin des miasmes des villes, est préconisé pour une frange importante de la population. On ne peut pas parler d’autogestion des colonies agricoles qui devraient être créées puisqu’il est fait état de la nécessité d’une discipline militaire. Toutefois le concept de représentants des ouvriers est établi avec les prud’hommes.
Là c’est sans doute l’engagement du futur Napoléon III dans les sociétés de carbonari italiens, l’influence des Saint-simoniens, qui doivent conditionner tout un échafaudage à tout le moins utopique (et farfelu à bien des égards !) Mais c’est la règle pour tous les socialistes de ce temps.
Ah, tiens on apprend que les fonctionnaires d’aujourd’hui doivent leur système de retraite par répartition aux idées de Louis-Napoléon Bonaparte mises en ½uvre en 1853. On lui doit aussi la législation adoptée en 1864 qui supprimait le délit de coalition contenu dans la loi Le Chapelier votée en 1791.
Jean Sagnes mettra en relief quelques aspects de l’évolution du Second Empire. D’autoritaire celui-ci deviendra libéral et disparaîtra après le désastre de Sedan sous la pression conjuguée des blanquistes et des républicains modérés, ces derniers tirant bénéfice de l’impuissance des premiers à prendre le pouvoir.
Dans son exposé le conférencier n’a développé ni la répression qui s’est exercée contre ceux qui s’étaient opposés au Coup d’Etat, ni l’expédition guerrière ruineuse au Mexique, ni les conquêtes coloniales, ni la recherche du soutien du clergé…
Alors socialiste Louis-Napoléon Bonaparte ? Oui, après tout…

Restaraution des berges de l'Orb

Posté le 26.10.2006 par cessenon
Vue de l'Orb en amont de Cessenon
(Photo Guy Bousquet)

La communauté de communes du Saint-Chinianais a organisé le mardi 24 octobre, dans la salle des fêtes de Cessenon, en présence de son président Christian Francès, une réunion d’information sur le projet de gestion des berges des cours d’eau.
Aidé d’un projecteur, monsieur Vincent Darles, technicien de rivière en charge de ce projet, a développé devant une trentaine de riverains les différents aspects qui avaient été présentés de manière claire dans l’invitation qui avait été envoyée.
Le projet concerne les berges de l’Orb, du Ronnel, de l’Adous, de Coste Bonne, du Vernazobre et de l’Illoure. L’objectif est double : favoriser l’écoulement de l’eau en période de crue en évitant le choc de troncs ou en empêchant que se forment des embâcles en des points sensibles ; donner une autre image de l’environnement qu’un spectacle de désordre peu agréable à l’½il.
Monsieur Darles a rappelé la législation en vigueur. Les riverains sont propriétaires du cours d’eau jusqu’en son milieu. Ils ont obligation d’entretenir les berges. En fait cette obligation est aujourd’hui rarement respectée, à cause des difficultés techniques qu’elle peut présenter et des coûts afférents.
Le projet, d’un montant de 150 000 euros, prend en charge les travaux et leur financement. Celui-ci est assuré majoritairement par l’Etat, la région et le département, 10 % des dépenses restant à la charge de la communauté de communes. La restauration de l’Orb et de ses affluents a été l’objet d’une enquête d’utilité publique et a été reconnue d’Intérêt Général et autorisée par arrêté préfectoral. La validité en est de 15 ans.
Il ne s’agit pas de tout raser, ce qui au demeurant comporterait un risque pour les populations qui sont en aval, mais d’éliminer les détritus, de couper les arbres morts ou fragiles, de gérer de manière écologique l’espace appelé ripisylve.
Des appels d’offres ont été lancés auprès d’entreprises spécialisées et celles-ci seront à l’oeuvre en janvier / février 2007. Le bois utile pourra être récupéré par les propriétaires et les lieux seront, autant que faire se peut, remis en état après la fin du chantier.
Bonne nouvelle, les peupliers morts ou présentant un danger seront coupés en laissant la souche qui permet de produire les fameuses (et délicieuses) piboladas !
Parmi les questions posées par l’assistance on a relevé celle concernant la traversée de la D 14 par le Ronnel. A l’évidence les réalisations antérieures ont été pour le moins entachées d’erreurs.
De même le fait que la rive droite de l’Orb en aval de la base de canoës kayaks de Réals n'est pas intégrée au projet a été l’objet d’interrogation.
Un point qui n’est pas du ressort de l’organisme chargé des travaux de restauration a été également signalé : le comportement peu civique de gens qui pique-niquent en bordure de l’Orb et qui y abandonnent sans scrupules leurs déchets (verres, plastiques, papiers gras…) Vaste problème qui renvoie à la dégradation de notre société !

Activités oléicoles au Foyer résidence de Murviel

Posté le 09.10.2006 par cessenon
Pendant les explications de Pierre.
Photo Luc Mas

J’ai longtemps ignoré son nom de famille, autour de moi je ne l’entendais appeler que Junior. Il habitait près de l’entrée du pont, une maison assez cossue pour l’époque. Une maison de maître disait-on. C’était un viticulteur, aisé sans plus, toutefois tellement économe qu’on pouvait considérer qu’il était riche. Il avait une petite propriété mais à cette époque on pouvait vivre avec 5 ou 600 hectolitres de vin. Il avait un cheval, le dernier en date, le seul que je lui ai connu, était roux.
J’ai même été témoin d’un accident qu’il avait eu avec sa charrette. C’était pendant les vendanges, à la fin de la journée. J’avais une dizaine d’années, je revenais de la vigne, juché sur le cadre de la bicyclette de mon père. La file des charrettes, chargées des comportes et des personnels qui étaient installés au-dessus, s’était arrêtée au passage à niveau de Limore pour laisser passer la Micheline qui venait de Saint-Chinian. Junior était descendu de la charrette pour tenir son cheval par la bride. Son pied se trouvait sous la roue gauche quand le cheval a malencontreusement avancé. Evidemment ce ne fut pas sans conséquence.
Junior était né en 1900. Il suivait donc le siècle. Il avait effectué son service militaire en Allemagne, en partie occupée après la guerre de 14-18. Il n’était pas marié et vivait avec sa mère et son frère, lequel était handicapé, tant au plan physique que mental. Son frère avait pour prénom Julien mais on l’appelait Coco-Bel-¼il. Il avait un regard sournois, assez vicieux. Le père avait dû mourir jeune car je n’ai aucun souvenir de lui. C’est la mère, « La Mamà », qui dirigeait la maison, et ce d’une main ferme.
Les circonstances de la vie ont fait que mon père s’était lié d’amitié avec lui et je tiens beaucoup de choses que je sais de Junior de la fréquentation qu’il en avait eue.
En fait il y a eu deux périodes dans la vie de Junior : avant et après la mort de La Mamà. La période que je connais le mieux c’est la deuxième. Avant, la vie de Junior gardait un peu de mystère, du moins un certain secret.
La Mamà ? Elle est morte âgée, à 96 ans et encore parce qu’elle s’était entravée à une caisse, où Junior mettait le bois, qu’il avait laissée au milieu de la cuisine. Elle s’était fracturée le col du fémur et ne s’en était pas remise. D’ailleurs Junior se culpabilisait à ce sujet estimant dix ans plus tard que s’il n’avait pas eu cette négligence « La Mamà seriá pas morta. » (La Maman ne serait pas morte.) Le frère lui était décédé peu de temps avant.
Le dernier cochon tué l’avait été quand La Mamà vivait mais longtemps après Junior préparait sa soupe en utilisant le lard, il devait être devenu rance, qui restait encore dans le saloir.
J’ai fini par savoir que Junior votait communiste et ce dès la création du parti communiste. Enfin aux élections de 1924 celui-ci n’était pas encore structuré et n’avait pas pu présenter de candidat. Mais l’intention y était, faisant état des gens dans sa situation, il disait : « Voterem Lenina ! » (Nous avons voté Lénine !)
Malgré ce vote il était très individualiste. D’ailleurs il continuait à vinifier sa récolte, en partie du moins, chez lui, bien après la création de la cave coopérative. J’ai vu fonctionner le pressoir dans le « magasin » situé en face de sa maison, de l’autre côté de la rue. Un magasin qui affichait sur la façade un panneau publicitaire de La Marseillaise. Mais ce n’était pas par militantisme qu’il avait accepté que ce panneau soit placé là. Cela lui avait donné droit gratuitement au journal pendant dix ans… et même plus car au terme du contrat on avait oublié d’arrêter de le lui servir !
Après la disparition de La Mamà, Junior avait requis les services d’une certaine Nina… dont les prestations ne se limitaient pas aux seules tâches du ménage. Cette Nina avait fait la Une du journal Midi Libre car elle avait retrouvé sa mère, cinquante ans après l’avoir perdue de vue.
Il y avait dans la famille de Nina une histoire sordide. Le père qui habitait Cessenon avait tué, je ne sais pour quel mobile, un voisin d’un coup de hache. Un oncle par alliance, parent avec le meurtrier avait eu l’occasion de lui rendre visite à Lyon où il avait été incarcéré et où lui-même faisait étape en rejoignant le front. Nina avait alors deux ans et la mère, Albérine, s’était prostituée. Pendant la guerre de 14-18 les Cessenonais qui se saluaient alors qu’ils étaient mobilisés faisaient part de leur rencontre avec Albérine : « Veni de veire l’Alberina » (Je viens de voir l’Albérine.) On avait l’impression qu’elle couvrait tout l’espace entre Dunkerque et Les Dardanelles ! Nina avait, elle aussi, vécu semble-t-il, de cette activité.
Junior employait un ouvrier, Roger Marcoul, qui avait connu l’époque stricte pendant laquelle La Mamà dirigeait la maison. Avec sa disparition il y avait évidemment un certain relâchement dans les m½urs. Roger avait donc apostrophé son patron d’un : « Me sembla Juniòr que se La Mamà sortissiá… » (Il me semble Junior que si La Maman sortait…) A quoi Junior, conscient de la dégradation des choses, avait répliqué « Paure enfant, se La Mamà sortissiá, veriás quanes còps de balaja ! » (Mon pauvre enfant, si La Maman sortait, tu verrais quels coups de balai !)
Le dimanche La Nina était invitée à manger chez Junior et en général celui-ci préparait un potage qu’il servait dans un plat en terre, une jatte plus précisément, ébréchée mais qui était disait-il commode pour l’appliquer contre le pot où avait eu lieu la cuisson afin d’en retirer les légumes et la viande. Comme du liquide coulait il construisait avec les poireaux ou le céleri une espèce de digue afin de le contenir. Una passièra commentait mon père qui se trouvait souvent là au moment de l’opération !
Mon père avait droit à quelques détails de la vie intime de Junior. Il y avait eu cette appréciation générale : « N’ai margat de pus polidas me n’ai margat que l’eran pas tant » (j’en ai emmanché de plus jolies mais j’en ai emmanché qui l’étaient moins !) Une autre fois il avait reçu cette confidence : « Uèi avem fatch aquò sus potatgièr » (Aujourd’hui nous avons fait cela sur le potager.) A quoi mon père avait répondu : « Vos cal ensajar sus la pendula ! » (il vous faut essayer sur la pendule !) Plus tard, mon père était à l’agonie et Junior était venu lui rendre visite comme il le faisait très régulièrement. S’installant sur une chaise dans la chambre du mourant, il avait eu cette entrée en matière : « Veni d’aveire de relacions sexualas » (Je viens d’avoir des relations sexuelles.) Mon père qui ne pouvait plus parler mais qui était encore conscient avait eu un sourire jusqu’aux oreilles. Il faut dire que Junior avait alors quelque 82 ans. Ce n’était d’ailleurs plus Nina qui était en cause, elle avait été placée d’autorité dans un hôpital car, souvent ivre, elle offrait, aux gens de Cessenon, aux jeunes notamment, un spectacle assez peu ragoûtant !
Junior racontait volontiers à Roger Marcoul qu’il n’avait pas été très heureux dans la vie avec son frère fada. Il évoquait notamment l’histoire de l’expédition à Saint-Chinian où il conduisait son cheval à ferrer. Oui, ce cheval étant vieux il fallait un travail pour le soutenir pendant l’opération et les maréchaux-ferrants de Cessenon n’en disposaient pas. Rendez-vous était donc pris et c’était un événement que de partir à Saint-Chinian distant d’une dizaine de kilomètres. Hélas toute la nuit Coco-Bel-¼il tapait à la cloison de la chambre de son frère en lui rappelant « Juniòr, pensas que deman te cal anar faire farrar lo chaval ? » (Junior tu penses que demain il te faut aller faire ferrer le cheval ?) Et Junior qui voulait dormir en était ainsi empêché. Roger s’était permis un conseil : « Me sembla que se l’aviatz tustat… » (Il me semble que si vous l’aviez frappé…) A quoi Junior avait répondu : « Tustat ? Paure enfant, un ase n’i seriá mort ! » (Frappé ? Mon pauvre, un âne en serait mort !)
Junior s’était offert un poste de télévision couleur à une époque où c’était encore une rareté. Aussi dans le quartier plusieurs personnes, dont mon père, allaient voir la télévision chez Junior. Une manière de télé-club en somme. Junior aimait cette compagnie et les absences étaient remarquées. La Lolotte, le copain de mon père, était passionné par une émission pour les enfants dans laquelle entraient en scène Croque-Tout le renard, Sidonie une jeune truie naïve et Agénor un coq (ou un jars ?) Un soir La Lolotte n’était pas au rendez-vous quotidien d’avant « souper. » Le lendemain des quasi-reproches avaient été formulées par le maître des lieux. «Siás pas vengut ièr al ser, i aviá lo rainal ! » (Tu n’es pas venu hier soir, il y avait le renard !)
Le télé-club était fréquenté par une voisine, Jeanne, l’épouse de Denis Jean, qui, quand passait l’émission « La Piste aux Etoiles », ne manquait pas de dire, devant les numéros de trapèze ou autre, avec une voix peu féminine, « Je ne le ferais pas ça moi ! » Elle avait été soupçonnée, peut-être non sans raison, d’avoir volé un ½uf dans le réfrigérateur de Junior. Si elle était coupable elle avait été bien maladroite. Au lieu de prendre un ½uf au bout de la rangée, elle l’avait pris vers le milieu laissant ainsi une alvéole béante, parfaitement évidente !
Quand mon père partait chez Junior avant le « souper » il annonçait « M’en vòi veire Garcimore » (Je m’en vais voir Garcimore.) C’est ainsi qu’il avait pendant un temps, baptisé son ami Junior, en référence à un magicien espagnol de ce nom qui se produisait régulièrement sur l’antenne.
Détail pittoresque, Junior allait chaque semaine chez le coiffeur Martial Azorin pour se faire raser et ce dernier avait gardé, spécialement à son intention, un fer à friser les moustaches qu’il chauffait préalablement avant de s’en servir.
Tout économe qu’il était Junior pouvait engager des dépenses importantes quand l’envie lui en prenait. Cela avait été le cas avec le poste de télévision couleur. Mais cela pouvait se produire en d’autres circonstances. C’est ainsi qu’un soir, accompagné de la fille d’un copain de régiment et du mari de celle-ci il était allé dîner à Londres ! L’affaire avait coûté 5000 F !
Pour Noël ou le Jour de l’An il payait le restaurant à ce couple et en enfilade, du moins les derniers temps de sa vie, il allait « au porno » (c’était l’expression qu’il employait) c’est à dire qu’il allait voir un film X dans une salle de Béziers.
Le compte en banque de Junior était assez garni. Je ne sais pas comment mon père avait eu l’information mais il avait fait état de plus de 400 000 F. Il y avait d’ailleurs dans la chambre de Junior, encastré dans une cloison, un coffre-fort. Un jour Junior était malade et mon père était allé lui rendre visite. Intrigué par la porte de ce coffre-fort, dispositif assez rare sans doute dans le village (chez nous il n’y aurait pas eu grand chose à mettre dedans !) mon père avait regardé les choses de près. Il s’était fait sermonner d’un : « T’apròcha pas ! » (Ne t’approche pas !) C’est du moins la version que mon père nous avait rapportée, mais je me méfie car il savait très bien enjoliver les histoires !

Ti Julo et la baleine

Posté le 16.07.2006 par cessenon
Ho, hisse !
Photo Céline Le Tensorer


C’est le titre d’un spectacle présenté samedi 15 juillet au réfectoire des Abbés par la Compagnie La Loue dans le cadre de la Festa d’Oc. C’est Bernadette Boucher qui interprète ce conte de Jean-Paul Cathala.
Ah, si on excepte quelques passages, cela n’a rien de vraiment occitan mais c’est d’une telle fraîcheur ! Julot Cui-Cui n’a pas comme ses congénères l’instinct grégaire. Aussi quand ce sera le moment, c’est tout seul qu’il va affronter la traversée de la mer pour rejoindre l’Afrique.
Pas évidente cette traversée ! Eh oui un oiseau individualiste ne profite pas de l’abri que constitue un vol groupé. C’est dur, il y a le vent, il y a dans l’eau du pétrole qui englue les ailes, il a faim, il a soif Ti Julo !
Il a déjà croisé le sage goéland qui sait des choses mais là il est épuisé. Fort heureusement il va pouvoir se reposer sur le dos d’Adrienne la baleine. Celle-ci va lui permettre de se ravitailler en puisant dans les interstices de ses fanons.
Et de plus elle va l’approcher des côtes d’Afrique. Las ! Elle s’échoue Adrienne. Il en faudra de la solidarité organisée autour d’elle pour la sortir de ce mauvais pas. Le goéland bat le rappel et aidé des enfants, des femmes, des hommes, des oiseaux, des chiens, des poissons… et de deux baleines remorqueurs on finira par remette Adrienne à flots.
Côté spectateurs, les enfants tirent sur des bouts de laine tandis que les adultes crient « Ho, hisse »… Un seul brin de laine ça casse mais ensemble ça fait un cordage solide, l’histoire est morale !
Seule en scène, Bernadette Boucher change de décor avec différents panneaux en rapport avec l’évolution de la situation. Elle utilise les ressources de différents accessoires pour le bruitage des vagues, celui du vol des oiseaux. Elle a une voix et un visage très expressifs. Les jeunes sont sous le charme… les autres aussi !
Chaque enfant recevra un brin de laine de couleur différente (ah, turquoise ça se dit turquesa en occitan soufflera Patrice !) à attacher autour de son poignet.
Rafraîchissant quant au fond, il y a beaucoup de métier dans la réalisation. Bien !

Aux armes citoyens

Posté le 13.07.2006 par cessenon
Louis Calaferte

Mercredi 28 juin nous avons assisté, dans le cadre du 13ème festival de théâtre amateur de Sérignan à la représentation de la pièce de Louis Calaferte « Aux armes citoyens ! ». Elle était interprétée par la compagnie « Les Mots-dits » et le spectacle avait lieu en plein air, place de la Libération.
Louis Calaferte ? Il est né à Turin en 1928, a vécu dans le Lyonnais et est mort à Dijon en 1994. Il publie « Requiem des innocents » en 1952 et prend alors contact avec le succès.
« Aux armes citoyens ! » est écrit en 1985. C’est une comédie avec chants, légère mais elle peut se lire à différents degrés, le second étant naturellement le plus engagé. Le décor est une épicerie. Divers personnages s’y côtoient. Le boutiquier, grippe-sou, la boutiquière qui, décolleté avantageux, joue dans le registre lubrique, sont chez eux. Débarquent en clients une midinette sucrée qui annonce constamment qu’elle va réciter un poème et un étudiant paumé, amoureux de la précédente au point de la mettre enceinte, bien qu’il passe l’essentiel de son temps à répéter « Elle est exquise ». Le personnage principal c’est un général déjanté qui suit à la lunette les offensives et les retraites de ses troupes. Il y a aussi une vieille nounou qui en fait n’est pas si âgée que ça et qui a, dans sa jeunesse, été « déshonorée » par le général (lequel n’était encore que lieutenant de spahis !) Elle envoie des messages codés en tournant la manivelle d’un moulin (à poivre ?) Il y a aussi, ils sont inénarrables, un couple de fossoyeurs, parfaitement grimés. L’un prend des mesures avec son mètre à ruban, l’autre les note sur son calepin. Un pianiste contribue à l’animation musicale.
La guerre c’est l’occasion de faire des sous. L’épicier compte et recompte. Il peut même fournir des mitrailleuses, il en a en stock dans l’arrière-boutique. La défaite consommée, le général se reconvertit, provisoirement, dans le commerce, dans le marché noir sans doute. A la fin, au bout de presque une heure, il y aura une hécatombe de morts, la plupart par suicide. Mais la guerre n’est-ce pas un suicide collectif ? Surtout avec l’arme nucléaire a-t-on envie d’ajouter ! Le malheur des uns fait le bonheur des autres, ici des fossoyeurs.
Les acteurs ont un rythme soutenu, la pièce est enlevée. C’est une troupe amateur mais Max Gazulla dans le rôle du général est presque un professionnel ! L’épicier est très convaincant. Les fossoyeurs… mais on l’a déjà dit, ils sont parfaits !
Un moment agréable donc pour un public de quelque soixante et dix, quatre-vingts personnes. Il n’y a eu que l’inquiétude de la pluie, il est même tombé quelques gouttes au début de la soirée, mais finalement nous sommes passés à travers.

Départ à la retraite à Vendres

Posté le 13.07.2006 par cessenon
Paul au milieu de ses élèves
Photo Mme Couronne-Chiniard


Il y avait de l’animation ce mardi 13 juin au groupe scolaire de Vendres. On y fêtait, en grandes pompes, le départ à la retraite de notre ami Paul Barbazange, le directeur de l’école primaire qui termine là, après cinq années occupées dans cette fonction, sa carrière d’instituteur.
On se serait cru dans un autre temps : une cour d’école avec des arbres, un préau, des logements de fonction au-dessus des salles de classe, des enfants extraordinairement gentils, des parents attentionnés et un enseignant qui a, il faut le reconnaître, bien des aspects d’un instituteur IIIème République.
Il en a fallu du temps à Paul pour déballer tout ce que ses élèves lui offraient. Il a eu droit aussi à la prestation d’une chorale de jeunes enfants qui, sur l’air de « Adieu foulards », a interprété un chant de circonstances.
On a quand même fini par pouvoir entendre l’allocution de sa collègue Cathy, la directrice de l’école maternelle laquelle, à la rentrée de 2006, va prendre le poste qu’il quitte.
Pour qui connaît Paul on ne pouvait qu’être sidéré par la fidélité du portrait qu’elle en a dressé. Il était quasiment parfait. Oui, pour commencer elle a évoqué la stature, la voix, la dimension militante du personnage. Un personnage impressionnant et en même temps attachant… quoique ayant souvent un temps de retard dans l’écoute de l’autre. C’était toutefois dit « autrement » ! Cathy c’est à la fois la collègue, l’élue du village, l’amie de Paul. Et tout cela était parfaitement perceptible dans son discours.
Lui ont succédé François et Danielle, l’un secrétaire départemental de la FSU, l’autre ancienne responsable du SNUIpp, aujourd’hui à la retraite. On en a appris des choses : la pêche des poissons rouges à minuit dans le bassin du Peyrou à laquelle s’était livré Paul quand il était normalien par exemple ! Ah, ses voitures aussi, remplaçant ses vieux clous agonisants par des clous maintenus en vie par acharnement thérapeutique.
Il y a eu aussi un mot de la présidente du conseil local de la fcpe qui a exprimé toute la sympathie dont l’enseignant jouissait auprès des parents. Des parents qui connaissaient parfaitement les passions du futur retraité : le gâteau confectionné par les mamans reproduisait… eh oui vous l’avez deviné, une tortue !
Un mot aussi du Délégué Départemental de l’Education Nationale pour clôturer et on pouvait s’occuper sérieusement de l’apéritif dînatoire offert par la municipalité.
Paul dans tout ça ? Eh bien devant ses élèves, leurs parents, ses collègues, ses amis de son syndicat ou de son parti, il a réussi à rester serein ! Curieusement on n’avait pas l’impression d’un départ, plutôt d’une continuation. Ah oui c’est vrai, précisons-le, il a accepté de devenir DDEN !
Mais bonne retraite quand même Paul, pour toi, tes tortues, tes copains et ton dévouement au service de l’école de la République.
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