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cessenon
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Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ)
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Date de création :
27.04.2006
Dernière mise à jour :
19.07.2008
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Algerie

Ma permission

Posté le 26.07.2007 par cessenon
Le Kairouan

Oui, nous avions droit à une permission de trois semaines qui coupait notre séjour de vingt six mois en Algérie. Qui a dit que les gouvernements successifs, de Guy Mollet à De Gaulle, n’étaient pas attentionnés avec les soldats du contingent appelés en Afrique du Nord ?
Comme j’avais changé d’unité ma permission n’avait pas été programmée alors que tous ceux de ma classe l’avaient déjà prise. Je ne disais rien bien sûr, souhaitant qu’elle soit retardée au maximum car cela me permettait d’avoir moins de temps à effectuer à son issue.
Finalement je ne suis parti en permission qu’en septembre 1961, au bout de dix-huit mois de service militaire. Au retour de celle-ci il ne me resterait plus que sept ou huit mois à effectuer.
J’avais ce qu’on pouvait appeler une fiancée mais dix-huit mois c’est long ! Enfin pour moi je n’avais pas vraiment le choix. Elle ? C’est plus compliqué, mais à cette époque je ne savais pas !
Curieusement elle m’a proposé que nous nous mariions lors de ma permission. Ma foi comme c’était dans l’air avant et qu’elle aurait droit au versement d’une pension… Quand on n’a pas encore 22 ans !
Partait en permission en même temps que moi Jacques Flotté d’Alençon, comme moi instituteur dans le civil et qui a fini sa carrière d’enseignant comme principal du collège de Dives s/ Mer.
Je me rappelle que nous sommes montés en camions jusqu’à Perrégaux où nous avons pris le train de la ligne Alger / Oran et avons passé une nuit à la Base Arrière. En soirée nous avions eu droit à un film amusant qui nous avait divertis.
Le bateau ? C’était le Kairouan. Un bateau blanc et qui devait rallier non pas Marseille mais Port Vendres. La nuit passée sur un transat a été comme il se doit inconfortable. L’arrivée sur la Côte Vermeille fut un enchantement. Les vignes qui montaient à l’assaut des collines, c’était vraiment très beau !
Sur le mole une jeune femme suivait les opérations d’accostage. C’était elle !
Les retrouvailles ne furent pas l’objet d’effusions excessives. Jacques Flotté avait même été quasiment impressionné par la façon très calme avec laquelle elles s’étaient effectuées !
Nous avions ralliés Béziers en auto-stop. Je n’ai pas le souvenir de l’enchaînement des choses. Je me souviens aussi de l’émerveillement que m’avait valu la vue sur le port de Collioure. Je m’étais promis d’y aller dès que l’occasion se présenterait. Hélas il m’a fallu attendre plus de quarante ans pour le faire, dans le cadre d’un échange scolaire avec l’Allemagne.
J’ai dû arriver à Cessenon dans la journée à moins que ce soit le lendemain ? Je ne sais plus si c’est cette fois que mon père recevait un copain de régiment à lui, un certain Guiraud de Siran avec lequel il avait été à l’initiative d’une pétition contre la mauvaise qualité de la nourriture alors qu’ils étaient à Bizerte. Si c’est cette fois là je revois alors la petite chienne Tou Fou bien dégradée par l’âge !
Ce qui m’a le plus surpris lors de mes premiers jours de permission c’était les coups de feu. Oui c’était la saison de la chasse, peut-être aussi y avait-il un ball-trap, mais en Algérie, les coups de feu…
Donc pour moi c’était la confusion la plus complète qui régnait. Maryse, « L’amie » de mon imminente épouse était fille d’un viticulteur. J’ai été sollicité pour aider à vendanger au domaine qui était du côté de Lespignan me semble-t-il.
Nous nous sommes mariés à Béziers, Maryse et mon frère nous ont servi de témoins. Nous sommes allés manger ensuite à Agde. J’ai toujours eu, j’ai encore, horreur des restaurants ! Enfin mon frère a dû payer, il était d’une générosité maladive.
Quels autres faits marquants de cette permission ? J’étais allé chez le dentiste car une dent s’était cassée sur un pépin de raisin. Naturellement je n’étais pas assuré ou du moins je ne savais pas ce que je devais faire pour me faire rembourser.
A la fin de ma permission, à mon arrivée au Camp Sainte Marthe à Marseille un secrétaire m’a informé qu’il n’y avait pas de bateau avant le surlendemain. J’ai donc bénéficié de deux jours supplémentaires.
Je suis revenu sur Béziers et dans une gare, à Avignon peut-être, j’ai aperçu des collègues qui avaient passé le concours d’entrée de quatrième année à l’Ecole Normale mais qui avaient obligation d’effectuer un certain nombre d’années dans un département déficitaire, l’Yonne en l’occurrence. C’était la rentrée scolaire ils allaient reprendre leur poste pour la troisième année consécutive. Je ne sais pas s’ils changeaient de train ou s’ils étaient simplement descendus du leur.
J’ai pu bénéficier d’une soirée supplémentaire, peut-être deux, en compagnie de mon épouse et… de ma rivale dont j’ignorais toujours le statut ! Oui en fait le mariage qui m’avait été proposé était probablement une solution de ma fiancée pour sortir de la situation dans laquelle elle s’était engagée.
Je me rappelle que nous sommes allés au cinéma voir « Un taxi pour Tobrouk »
Il a bien fallu revenir à Marseille. J’ai observé un arrêt chez mon frère à Montpellier et un de ses collègues m’a ensuite reconduit à la gare avec son scooter en s’excusant de ne pas avoir une mission plus exaltante à remplir. Je l’ai rassuré, je n’avais pas le sentiment de courir un grand risque !
Le retour à Oran s’est effectué sur le Ville d’Alger et je crois que sur le pont je lisais «La condition humaine » de Malraux cependant que les dauphins suivaient en effectuant des sauts, l’avancée du bateau.



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Le drame de la Base Arrière

Posté le 23.07.2007 par cessenon
Je l’ai déjà raconté, j’ai été affecté cinq semaines dans ce qui était une planque : la Base Arrière du 1/66ème Régiment d’Artillerie qui se trouvait à Aïn el Hadjar. Mon premier emploi a été celui de secrétaire dans un service dont le responsable devait être un adjudant-chef du nom de Lambert paraît-il.
Il y avait dans le même bureau un second secrétaire, dont un autre appelé du contingent, un certain Marcel Ferrer, un Pied Noir originaire de Mazagran, retiré à Cabestany après avoir fait carrière dans la gendarmerie, avec lequel je suis entré en contact via Internet, m’a rappelé les nom et prénom. Il s’appelait Claude Douvier. Ils étaient de la même classe.
Claude Douvier était comme moi de taille moyenne, nettement plus carré, il faut dire qu’à l’époque, mais les temps ont bien changé, j’étais très mince. Il était originaire de Reims et était un garçon plutôt discret. En tout cas il ne se manifestait guère.
Il suivait des cours par correspondance et si les renseignements que j’ai pu recueillir par la suite sont exacts, c’était dans le but de devenir préparateur en pharmacie. Ambition modeste donc, à la mesure de sa formation initiale sans doute.
J’ai quitté ce service au bout d’une quinzaine de jours pour un autre bureau où officiait également un adjudant-chef un certain Abache je crois et qui était présumé né en 1911. Oui, en Algérie l’état civil laissait à désirer à cette époque. On trouvait par exemple des gens qui s'appelaient SNP, c'est-à-dire Sans Nom Patronymique.
Je reviens à Claude Douvier. Il était né le 09.05.1938. J’imagine qu’il jugeait que son affectation lui avait permis de ne pas trop souffrir de cette guerre avec laquelle il n’était certainement pas d’accord, pratiquement personne ne l’était parmi les appelés du contingent.
J’ai quitté la Base Arrière en septembre 1960, le temps que revienne l’enquête de la Sécurité Militaire au terme de laquelle on avait jugé que je risquais de vendre le plan des cuisines aux Russes !
Je n’ai pas vécu le drame que je vais raconter à présent, il a eu lieu le 16.12.1960, mais on me l’a rapporté. Claude Douvier n’avait plus que deux mois « à tirer » avant d’avoir la quille.
Un Maghrébin revenait d’Oran où il avait été hospitalisé quelque temps. Il avait reçu de mauvaises nouvelles de sa mère. Il est donc entré dans le bureau de l’adjudant-chef Lambert pour demander une permission. Celle-ci lui a été refusée au motif qu’il avait déjà été absent.
Le ton est monté, le Maghrébin est sorti en claquant la porte et s’est dirigé vers le dortoir. A l’entrée étaient les armes, un câble passant dans chacun des pontets qui entourent les gâchettes. Il a pris la clé qui fermait l’ensemble, a décadenassé, s’est saisi de sa mitraillette et l’a pointée vers la personne qui venait d’entrer derrière lui. Il a tiré, hélas ce n’était pas l’adjudant-chef qui était sur ses pas mais le secrétaire qu’il avait envoyé. Celui-ci a été tué sur le coup et le Maghrébin s’est donné la mort.
Ah, je ne sais quelle a été la réaction de l’adjudant-chef Lambert.
J’ai vérifié sur le site Mémoire des Hommes et j’ai bien trouvé trace du décès de Claude Douvier à la date que j’ai indiquée avec évidemment, comme toujours en pareilles circonstances, la mention « Mort pour la France ». Je ne vais pas épiloguer sur ladite mention mais on sait ce que j’en pense.
J’ai cherché sur l’annuaire des gens de Reims dont le patronyme est Douvier. J’en ai trouvé un, Raymond Douvier. J’ai appelé. C’est le frère du Claude Douvier dont je viens de relater l’histoire.
Il m’a apporté quelques précisions : Claude était son aîné de 18 mois et lui-même effectuait son temps de service militaire en Allemagne avec la perspective de devoir partir en Algérie au retour de son frère. Il en a finalement, encore heureux, été dispensé. Il a d’ailleurs fallu pour cela que ses parents multiplient les démarches.
Raymond Douvier m’a confirmé que Claude était pour la paix en Algérie et pour le droit à l’indépendance des Algériens. Il militait pour cela dans une section de la Ligue des Droits de l’Homme de Reims.
Le lieutenant-colonel Singer qui commandait le 1/66ème RA avait écrit à sa mère. Qu’avait-t-il pu dire pour la consoler ?
« Quelle connerie la guerre ! » a écrit Prévert. C’est assez universel mais dans le cas de celle d’Algérie on a atteint des sommets !

Guerre et guerre d'Algérie

Posté le 10.07.2007 par cessenon
En liaison avec une série d'initiatives prises récemment sur le thème de la guerre d'Algérie et du colonialisme, je mets en ligne un article qui avait été rédigé en octobre 2002.


Rien ne prédisposait Georges Londiche à l’écriture d’un livre. Maçon de métier, ayant travaillé dans une entreprise de Travaux Publics de l’Isère, il est aujourd’hui retiré à Sassenage, une commune de la ceinture (rouge ?) de Grenoble. Effectuant un séjour à Balaruc où son épouse suivait une cure, il a avancé jusqu’à notre agence de Béziers afin de nous faire connaître son ouvrage.
Georges Londiche est un ancien d’Algérie, un appelé du contingent, de la classe 58 / 2A plus précisément. Après une formation à Pau il a participé à la guerre qui ne disait pas encore son nom dans une unité de parachutistes.
Ce qui l’a incité à écrire c’est qu’il a récupéré le cahier journal d’un combattant de l’ALN qu’un compagnon d’armes avait trouvé dans une cache. Il s’agit de deux carnets de notes, parfaitement orthographiées, qui couvrent la période du 21/06/57 au 5/07/58.
Georges Londiche n’a jamais rencontré l’auteur de ces carnets. Peut-être que leurs parcours se sont croisés ? Sans doute ne le saurons-nous jamais, même si l’ancien d’Algérie souhaite remettre ces documents à celui qui les a rédigés. En fait ce qu’il souhaite c’est la réconciliation entre les… belligérants, faisant sien, et à plusieurs reprises, le mot de Prévert « Quelle connerie la guerre ! »
Le livre se déroule au fil des notes du… fellagha. La plupart sont courtes et rendent compte du quotidien qui est vécu par le maquisard. Bombardements et mitraillages de l’aviation française sont les faits les plus souvent signalés. Les B26 et les avions à réaction se relaient, sans grand succès le plus souvent en ce qui concerne les dégâts occasionnés aux combattants de l’ALN. Il n’en est pas de même pour la population civile. Voici par exemple un extrait des notes du 31 août 1957 : « A 13 H 30 bombardement des Ouled Yessâad par quatre avions à réaction et deux B26 noirs. Une femme blessée et une maison détruite (la montagne accouche d’une souris.) » Voici le commentaire qui figure après un bombardement par quatre B26 et deux avions à réaction en date du 2 novembre 1957 : « Des rochers de Bouachir nous avons pu remarquer de quelle façon la France entendait pacifier toute la région et par là même toute l’Algérie. Pauvre nation en plein échec, elle perd son temps, ses enfants et son argent. »
Georges Londiche suspend la relation des notes par ce qu’il appelle des « pauses ». Il s’agit quelquefois de l’état d’esprit de l’appelé du contingent dont la préoccupation constante est « La quille ! » Le chapitre titré « La fille » est explicite en ce qui concerne leur vie affective et leur misère sexuelle !
Quelques témoignages des exactions commises par l’armée française ponctuent les « pauses ». Ainsi celle-ci : « Le chef de section… demanda au prisonnier de se tourner vers le ravin… une détonation de plus viola le calme de la campagne d’Algérie… La France comptait un crime de plus à son actif ».
L’auteur fait référence aux événements qui ont accompagné… et suivi les diverses étapes de la guerre. Certains sont connus : le 17 octobre 1961 par exemple… Charonne le 8 février 1962 aussi… d’autres moins : Constantine le 14 juillet 1958 où en représailles à une grenade lancée dans un bar, des Algériens sont précipités par les hommes du 1er RCP depuis le pont de Sidi Rached dans le Rummel qui coule 175 m plus bas. Des faits que « les jeunes écoliers français n’apprennent pas à l’école »
Georges Londiche a dépouillé beaucoup d’ouvrages relatifs à la guerre d’Algérie. Il ne s’en laisse pas conter et passe au crible de ce qu’il a réellement vécu les informations et les commentaires fantaisistes qu’il a recensés.
Concernant la FNACA, même s’il souscrit aux revendications ou aux réalisations sociales, il est à juste titre assez peu indulgent avec le côté cocardier de cette association d’anciens combattants. C’est que les discours prononcés à l’occasion de la commémoration du 19 mars 62 ont les mêmes accents que ceux entendus les 11 novembre !
Edité à compte d’auteur c’est un livre différent de ceux que nous avons pu lire jusqu’ici. Le dialogue que l’auteur instaure entre le maquisard, l’appelé du contingent… et le lecteur est une formule originale. Loin des consensus ambiants (y compris à gauche !) il présente au contraire une autre vision de ce qu’a été la vie des jeunes qui ont eu 20 ans entre 1954 et 1962. Ces jeunes ont aujourd’hui entre 60 et 70 ans. Il n’est pas étonnant qu’ils demandent des comptes pour ce qu’on a fait de leur jeunesse car « un pays qui ne se penche pas sur son passé est condamné à le revivre. »

Guerre d'Algérie, colonialisme... compte-rendu.

Posté le 08.07.2007 par cessenon
Jacques Inrep présentant son livre.

C’était un peu risqué de programmer un repas à thème au cercle populaire Joseph Lazare un 6 juillet ! Finalement ça s’est plutôt bien passé. C’est en effet quelque 25 personnes qui ont participé à la première partie de la soirée. Soyons honnêtes il y en a eu nettement plus pour le repas proprement dit !
Hugues avait fort judicieusement décoré la salle avec des documents : affiches, tracts, pages de L’Humanité… qui racontaient le contexte de l’époque.
Situant l’initiative dans le cadre des activités du cercle populaire, un moment suspendues au niveau des repas à thème pour cause d’élections, présidentielles ou législatives, ainsi que dans la volonté de poursuivre, à la lumière des prises de posions enregistrées ici et là, la réflexion sur la guerre d’Algérie et le colonialisme, l’introduction au débat s’est faite à partir d’un exposé de Jacques Inrep.
Jacques Inrep ? C’est un ancien appelé du contingent, psychanalyste, à la retraite, de son état. Il a d’ailleurs décrit son parcours personnel d’une manière tout à fait instructive. Il a aussi abordé la question de la responsabilité de l’individu à travers la description de l'expérience dite de Milgram et complété avec le récit de l’histoire de Josefow en Pologne où une compagnie de cinq cents hommes a finalement accepté de massacrer 1800 Juifs.
La guerre d’Algérie est source de souffrances toujours vives chez de nombreux protagonistes. On l’a vu avec l’intervention d’un Pied Noir qui aurait été mieux accueillie si elle avait été plus disciplinée. Mais enfin, son point de vue a pu être entendu.
A vrai dire les appréciations varient en fonction de la place que chacun a eue au cours des événements : combattants de l’ALN, harkis, militaires de carrière, civils, autochtones ou européens, appelés du contingent…
Pour ces derniers il faut le reconnaître la parole a été confisquée pendant plus de quarante ans. A partir de 2001 avec la campagne de dénonciation de la réalité de la torture plusieurs ont pu s’exprimer. C’est encore insuffisant, d’autant que chez de nombreux anciens d’Algérie les séquelles de ce qu’ils ont vécu les ont marqués de manière durable.
Mais sans doute, plus que le besoin de s’épancher, c’est la richesse de témoignages qui permettent d’éclairer le passé et de mieux analyser le présent qui est l’élément précieux dans notre affaire. Il ne faut pas s’y tromper, les jeunes ignorent – ou du moins ne s’intéressent pas – à cette tranche si douloureuse et si peu glorieuse de notre histoire.
Jacques Inrep a pointé les conditions de la résistance à une institution, ici l’armée. Il a mis l’accent sur la solidarité, l’organisation collective du refus de l’injustice et de l’absurde. C’est qu’avec l’état de guerre l’armée ne s’embarrassait pas de problème de conscience, la torture n’étant que l’aboutissement logique d’un système basé sur des rapports de force et de violence ! On retrouve actuellement des comportements analogues en Irak, au Proche-Orient…
Tout cela sans résultat, sinon du sang, des deuils et des larmes, on l’a vu hier, on le voit aujourd’hui, on le verra demain !
Eh non ce n’était pas simple de refuser ! Le débat a porté sur l’absence, ou du moins la faiblesse, de filières permettant à chaque appelé de choisir la voie de l’insoumission. A vrai dire, même si les appelés du contingent sont partis contre leur gré, peu, moins de cinq cents, ont eu le courage de choisir la désobéissance. Quant à ceux qui ont carrément déserté, au nombre de trente six, ils ont pratiquement tous été tués.
La discussion a beaucoup porté sur le mot d’ordre du pcf qui était que les communistes devaient partir pour expliquer aux autres appelés que cette guerre était injuste. Le rôle décisif du contingent lors du putsch des généraux félons en avril 1961 semble confirmer que c’est bien ce qu’il y avait de mieux à faire. Oui, mais ceux qui ont défendu cette orientation n’ont en général pas perdu le temps précieux de leur jeunesse dans une situation particulièrement inconfortable !
On n’a pas abordé au cours de la soirée le vote des pouvoirs spéciaux au gouvernement de Guy Mollet par les députés communistes. C’est fort dommage, cela illustre pourtant les conséquences auxquelles on s’expose quand on n’est pas ferme sur les principes. Ici on a eu droit au rappel des soldats ayant fini leur service militaire, à l’envoi du contingent en Algérie, au Coup d’Etat du 13 mai 1958 et à la poursuite pendant quatre ans de la sale guerre ! On devrait s’en inspirer aujourd’hui devant les abandons, les renoncements, qui sont d’actualité.
Avant de prendre le repas on a laissé un peu de temps à notre invité pour dédicacer son livre « Soldat peut-être… tortionnaire jamais ! »
A la table où était Jacques Inrep, autour de la seiche à la rouille qui a été appréciée comme il se doit, la discussion a continué, détendue, conviviale, avec encore des échanges d’une grande qualité. On vous l’a dit, l’initiative était des plus heureuses même si, on doit l'avouer, elle aurait mérité un public plus nombreux.

Jadis la terre trembla à Sidi Nadji

Posté le 05.07.2007 par cessenon
L'actualité (repas à thème au cercle populaire Joseph Lazare le 6 juillet, débat concernant "la repentance" entendu sur France Inter le 4 juillet) me conduit à mettre en ligne un document publié dans en septembre 2002 dans L'HERAULT du Jour. Je précise que René Domergue dont il est question est décédé en février 2006.

La libération de René Domergue (au centre avec une casquette) à Marseille.

Les progressistes biterrois de plus de 65 ans ont à coup sûr entendu parler de René Domergue. Celui-ci, né à Béziers en 1920, avait en effet provoqué émotion et solidarité active lors de son arrestation en 1958. Une arrestation due à son engagement pour l’indépendance de l’Algérie où il avait exercé son métier d’enseignant de 1950 à 1956 avant d’en être expulsé.
René Domergue a rédigé une manière de relation de ce qu’il a vécu pendant la période qui a précédé le soulèvement du 1er novembre 1954, les deux ans qui ont suivi, puis au moment de sa captivité et enfin lors de son retour à Blida après la fin de la guerre. Deux documents complémentaires ont pour titres respectifs « Jadis la terre trembla à Sidi Nadji » et « Le château de Barberousse. »
Dans le premier l’instituteur raconte son installation, après une année d’adaptation passée à l’Ecole Normale d’Alger dans une école de bled située à 120 km au sud ouest de la capitale algérienne. C’est une école neuve, la première construite depuis 120 ans que la France occupe les lieux, qu’investit… Rémy Donat (puisque c’est le nom qu’il donne à son personnage.)
Il y débarque à la rentrée scolaire de 1950 avec sa femme Madeleine et Dominique leur premier enfant. Le récit est très concret et on découvre un univers rural particulièrement désolant. L’administration de cette « commune mixte » est confiée à des notables musulmans avec lesquels Rémy Donat ne tardera pas à entrer en conflit alors qu’il est… bien vu du reste de la population.
C’est que l’instituteur fait ce qu’il peut pour ses élèves et leurs parents. Il crée une cantine scolaire, utilise des méthodes inspirées de la pédagogie Freinet (emploi en classe de l’imprimerie), s’occupe des problèmes de chacun et… intervient pour que le vote à des élections locales qui se déroule dans son école soit démocratique.
Hélas il lui faudra se rendre à l’évidence. En Algérie tout est truqué et il enregistrera la déclaration d’un candidat du MTLD (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques) selon laquelle il n’y avait d’issue dans ce pays que dans un soulèvement armé.
On découvre tout un monde à coup sûr différent de la France même si pour l’heure l’Algérie c’est, officiellement, trois départements français. Ici le colonialisme aggrave encore l’exploitation du capitalisme ordinaire !
La famille Donat reste deux ans à Sidi Nadji puis rejoint Berrouaghia, petite ville pour laquelle Rémy a demandé sa mutation. Il y deviendra secrétaire de la section du PCA (le Parti Communiste Algérien.) Les conflits avec l’administration locale ne sont pas prêts de se terminer !
Le 9 septembre 1954 la terre tremble à Orléansville provoquant des dégâts considérables et quelques centaines de morts. 52 jours plus tard, le 1er novembre 1954, c’est un autre séisme qui va ébranler l’Algérie… et la France. Il devait durer 2 696 jours occasionnant lui aussi, et à une autre échelle, des destructions, des victimes, des morts…
Le PCA est interdit mais ses militants se regroupent dans une organisation nouvelle : les « Combattants de la Libération. » Recrutant dans le milieu européen progressiste, y compris donc parmi les Pieds-Noirs, la participation à la lutte pour l’indépendance du pays est patente. Mais l’Histoire va prendre un certain tournant et finalement c’est autour de l’identité autochtone et musulmane que se construira l’Algérie future.
Rémy Donat est expulsé d’Algérie en avril 56. Après une année sans affectation, mais en conservant son salaire, il obtient un poste d’enseignant dans un Cours Complémentaire de Béziers. C’est dans son logement biterrois qu’un petit matin de la fin des vacances de Pâques deux policiers procèdent à son arrestation.
Il est incarcéré à la Maison d’Arrêt de la ville et la mobilisation pour sa libération est rapidement engagée. Engagée dans Béziers même – et de nombreux Biterrois doivent en avoir le souvenir – engagée aussi dans le milieu enseignant, plus particulièrement dans celui des instituteurs regroupés au sein de leur syndicat, le SNI.
Rémy Donat est transféré à Marseille puis à la prison Barberousse à Alger. Il y restera deux ans, le temps d’un procès dont le jugement sera précisément deux ans de détention. Le récit de la vie à la prison de Barberousse est révélateur du climat qui prévaut en ce moment du côté de la communauté européenne, de la justice, de l’armée… et de l’état d’esprit des hommes politiques en France.
Si Rémy Donat ne subit pas la torture on le doit certainement à la campagne qui est menée, à l’initiative de son épouse Madeleine, en France métropolitaine.
Le deuxième document évoque également le dernier séjour des Donat en Algérie où Rémy enseigne à Blida. Eh non, comme pendant la lutte pour l’indépendance du pays, la place des Européens n’est pas vraiment reconnue. On « arabise » et dans les pires conditions, avec renfort de ceux qu’on n’appelle pas encore les intégristes, venus d’Egypte, du Liban, de Syrie ou d’ailleurs.
En fait Rémy Donat est resté Biterrois. Le dimanche soir il s’intéresse aux résultats de l’équipe de rugby de l’ASB et chaque été la caravane familiale traverse l’Espagne pour rejoindre le Midi natal. Aussi en 1970 Rémy Donat regagne la France et prend un poste de Pegc dans un collège situé à une trentaine de kilomètres de Béziers.
Voilà toute une tranche de vie qui est un point de rencontre avec l’Histoire. Avec plus précisément une période difficile pour les Français qui ont aujourd’hui entre 60 et 70 ans (ce sont ceux qui ont été les « Appelés du contingent »). Les analyses qui sont contenues dans le document méritent d’être connues. Elles permettent de comprendre l’engrenage au terme duquel des jeunes de 20 ans ont perdu entre 26 et 30 mois de leur vie (quand ce n’est pas leur vie elle-même) pour une cause qui n’avait rien de noble.
Aussi on ne peut que souhaiter qu’une maison d’édition accepte de publier l’ouvrage de René Domergue, aujourd’hui retiré à Pézenas.

Soldat, peut-être… tortionnaire, jamais !

Posté le 23.06.2007 par cessenon
C’est le titre, insolite, d’un livre qui ne l’est pas moins, que l’on doit à Jacques Inrep. L’auteur y raconte son vécu de la guerre d’Algérie à laquelle il a participé en tant qu’appelé du contingent entre mai 1960 et août 1961. En fait il déborde des deux côtés de cette période, avant, pendant ses classes effectuées en France et après son retour.
Mais parlons d’abord de Jacques Inrep. Un itinéraire peu banal. Il n’a que son certificat d’études et un emploi à la préfecture d’Alençon quand il est appelé pour effectuer ses « trois jours » à Guingamp. Les tests révèlent un Quotient Intellectuel supérieur à la moyenne. Après son service militaire il reprendra ses études et deviendra psychanalyste.
Il commence sa « carrière » militaire en suivant à Toul le peloton des Elèves Officiers de Réserve. Il refusera de poursuivre sa formation dans cette voie. Cela lui vaudra des ennuis avec la hiérarchie et les petits gradés l’accableront de sanctions diverses.
Il sera également victime de mutations disciplinaires et se retrouvera dans Les Aurès où il sera affecté à diverses tâches qui auront des points communs, patrouilles embuscades, tours de garde, opérations, accrochages, … et des spécificités. Il sera témoin d’un attentat qui à Batna fait huit morts et cinquante six blessés. Sa violence le marquera durablement et sera l’objet d’un retour lors d’une séance d’analyse chez une psychanalyste.
Il est sur le terrain quand les généraux félons déclenchent le putsch d’Alger en avril 1961. L’auteur rend compte de manière très fidèle du rôle décisif qu’ont joué les appelés du contingent dans son échec.
Jacques Inrep a refusé d’être intégré à l’équipe de tortionnaires embauchés pour « tourner la gégène ». Cela n’a pas facilité ses relations avec son supérieur !
Lors de son dernier emploi comme secrétaire au 2ème bureau il sera confronté à la réalité de la torture pratiquée dans les locaux de son cantonnement. Outre les gémissements entendus il aura accès à des dossiers confidentiels confirmant que la torture n’est pas ici ou la une bavure mais que son recours est organisé, planifié par l’autorité militaire.
Il prendra le risque de photographier ces documents compromettants et rapportera les négatifs en France. Ceux-ci seront exploités dans un livre de Pierre Vidal-Naquet « La Raison d’Etat » publié en 1962 et réédité en 2001.
Le retour à la vie civile ne va pas sans difficulté. Comme tous ceux qui reviennent d’Algérie, l’ancien appelé est déphasé par une déconnexion de plusieurs mois. De plus c’est le temps où l’OAS sévit en France, la Normandie n’étant pas épargnée.
Jacques Inrep s’engage et en fait sa vie durant, il aura toujours le souci de défendre les droits de l’homme mis à mal par une guerre qui pendant longtemps n’a pas voulu dire son nom.
Une guerre coloniale au demeurant dont il serait juste de situer aujourd’hui les responsabilités de ceux qui l’ont engagée, continuée, permise !
Un livre certes très personnel mais qui recoupe le sentiment d’inachevé qui occupe l’esprit de nombreux anciens d’Algérie devant l’absence d’analyse de ce qu’ils ont vécu là pendant de la part de divers organismes et qui a des retentissements dans le monde actuel.
Rappelons que Jacques Inrep animera le repas à thème du 6 juillet prochain au cercle populaire Joseph Lazare de Béziers.

Aux Editions SCRIPTA 4, Rue du Lubéron 30230 BOUILLARGUES
20 euros + éventuellement 4 euros pour frais de port à l’ordre de Jacques Inrep

Les Arbaouat

Posté le 23.05.2007 par cessenon

Sance chez le coiffeur dans l'enceinte du cantonnement


C’est sans doute en janvier 1962 que nous occupé Les Arbaouat. En tout cas nous y étions le 8 février au moment des événements de Charonne qui avaient si fortement indigné Jacques Flotté, un Normand, comme moi instituteur dans le civil, lequel a fini sa carrière à Dives s/ Mer en tant que principal de collège.
Les Arbaouat ? C’est une manière d’oasis située à une centaine de kilomètres au sud ouest de Géryville. Il y avait un ksar, c'est-à-dire un village plus ou moins fortifié. Il y avait des palmiers, je peux vous dire que le tronc est un excellent combustible ! Il nous est arrivé d’en brûler.
Nous logions dans un cantonnement aménagé par la Légion. Les légionnaires qui nous avaient précédés avaient construit avec des palmes un plafond décoré aux couleurs, rouge et vert, de leur régiment.
Bien que la fin de la guerre soit proche nous continuions les opérations. Je vais raconter l’une d’elles. Le commandement avait obtenu des renseignements sur la présence à quelques kilomètres d’une katiba. Une expédition avait donc été organisée.
Je revois un harki, équipé d’un MAS 56, embarqué dans notre camion. Il avait un visage révélateur de l’engagement qui était le sien, déterminé, dégageant une impression de force. Le bruit a couru que par la suite il avait été tué. Je ne garantis rien à ce sujet !
Nous avons formé le carré des véhicules, dans un endroit plat et nous avons attendu la tombée de la nuit. Comme j’avais déjà vécu plusieurs fois de ces manœuvres qui n’étaient suivi d’aucun effet j’avais enlevé mes rangers pour être plus à l’aise !
Le capitaine avait envoyé une escouade de harkis (ben oui, la tactique c’était de faire se battre les Algériens entre eux !) en reconnaissance sur une espèce de terrasse que formait le relief.
L’endroit était occupé par des nomades qui vivaient dans des rheïmas. C’est le nom que l’on donne aux tentes en poils de chameau qu’utilisent ceux qui ne sont pas sédentarisés.
Nous avons été alertés par des coups de feu et les fusées de toutes couleurs. Les « nôtres », enfin ce n’étaient pas les miens, étaient entrés en contact avec des fellaghas venus se ravitailler ou se reposer là !
Grand branle-bas de combat, je remets mes rangers mais je ne trouve pas le chargeur de ma carabine US qui avait dû quitter son logement. Oui, avec l’ancienneté j’étais passé d’un Garand à une MAT 49 puis à une carabine US, beaucoup plus légère !
J’ai averti mon capitaine de la situation. Il m’a demandé de chercher le chargeur perdu. J’ai fini par le retrouver. Cela nous a retardés quelque peu, sans doute suffisamment pour que nous n’arrivions sur les lieux qu’après que les fellaghas eurent décroché.
Les occupants des rheïmas eux aussi avaient pu disparaître sauf un chibani (un ancien) qui avait été blessé à une jambe dans cette affaire. Il fut emmené avec nous et le pauvre, laissé sans soin, mourut le lendemain. Des objets ont été pris dans les tentes : une djellaba par exemple qui a été vendue je ne sais plus à qui par celui qui l’avait dérobée. Moi-même j’avais récupéré une théière bleue que j’avais rapportée en France.
La guerre conduit aux pires des comportements !
Le capitaine était plutôt satisfait de l’opération qu’il avait conduite, ne regrettant qu’une chose, que nous n’ayons pas pu faire état de deux ou trois macchabées !
C’est aux Arbaouet, à quelques jours du cessez-le-feu que nous a été lu un ordre du jour du Général Ailleret, commandant supérieur interarmées en Algérie. Aux termes de cet ordre du jour les militaires de tous grades étaient félicités pour avoir eu la maîtrise du terrain pendant toute la durée des opérations.
Il n’empêche, cette guerre nous l’avons perdue et le mieux aurait été à coup sûr de ne pas la faire ! Mais comme on dit chez moi « Lo piquet es pas jamai dintrat dins lo cap d’un borriquet ! » expression qui rend compte du fait que certains sont inaccessibles à la compréhension des choses (littéralement : le piquet – il s’agit du jeu de cartes – n’est jamais entré dans la tête d’un petit âne !)

Toujours à Bou-Ktoub

Posté le 20.05.2007 par cessenon
Tiens ça c’est une vue de l’activité économique à Bou-Ktoub
Le charroi d’alfa et des meules derrière

Il va de soi que je m’y ennuyais ferme ! Aussi quand j’ai été désigné par l’adjudant Chassagne pour servir d’escorte et de rabatteur à deux Nemrod, en l’occurrence un capitaine et un commandant, cela m’allait plutôt !
Mais voilà, avais-je fait un déplacement de plus de 1500 km hors de chez moi pour ce type de mission ?
Aussi, si je n’en disais pas plus, je n’en pensais pas moins. Et j’ai toujours eu cette particularité qu’on pouvait lire ce que je pensais sur mon visage et dans mon regard, ce que n’ont pas manqué de comprendre les gradés que j’accompagnais. Je ne les ai pas démentis !
Par ailleurs à cette époque j’étais mince et bon « crapahuteur ». J’ai eu droit à des éloges à ce sujet. Crapahuteur, je le suis encore, mince beaucoup moins !
Nous sommes donc partis dans une zone qui devait être interdite, en tout cas la chasse l’était. Qu’est-ce que nous avons pu lever comme lapins et perdreaux ! Lever et tirer naturellement. Enfin moi je ne faisais que rabattre et peut-être ramasser, je ne sais plus. Je n’ai aucune précision à apporter sur le tableau de chasse. Qu’ont-ils fait du gibier abattu ? Je l’ignore.
Une autre anecdote. Un dimanche l’armée avait prêté un camion pour emmener à Méchéria l’équipe de football de Bou-Ktoub. J’avais prétexté que j’avais là-bas un copain pour demander l’autorisation de m’y rendre. Elle me fut accordée. Ce Chassagne aura finalement mérité le Ciel !
Je n’ai guère de souvenir du match, par contre de celui des autochtones chantant quelque chose que je vais essayer de rapporter « Harkia, arbia… ! » oui. Quelle est la traduction ? Je l’ignore, absolument !
Il y avait des passages de poids lourds qui se dirigeaient vers le sud. Les chauffeurs faisaient halte devant le café situé en face du chenil et par temps froid laissaient tourner leur moteur diesel. Je crois même que du feu était entretenu sous le capot.
Ah, une image, entre l’entrée du bordj et la gare, distance d’environ deux cents mètres, un autochtone élevait un veau en plein air. Un veau ? L’autochtone devait être quelqu’un d’aisé ! Ce veau s’était trouvé une occupation : il courait après les hirondelles !
Moi aussi j’avais tenté de me trouver une activité qui m’aurait permis de supporter l’imbécillité de notre situation. Des bandes de moineaux venaient dans les fils de fer barbelés qui entouraient le cantonnement. J’avais demandé à mon père de m’envoyer des tendas (des pièges à oiseau). J’en ai reçu six mais je ne crois pas avoir attrapé un seul des ces muralhièrs ! Par contre l’ami Serge Roccaz (ou un nom approchant, il était de Grenoble) nous avait convenablement cuisiné le hérisson que j’avais rapporté !
Autre chose : j’étais de garde à l’entrée du bordj, une activité passionnante vous vous en doutez ! Je ne sais pas ce que réclamaient des Algériens qui sont venus manifester devant moi mais l’adjudant Chassagne était impuissant à les calmer. Complètement dépassé il m’a dit « Mais tirez donc dans le tas ! » Pour toute réponse j’ai souri. Ça ne me déplaisait pas de voir l’autorité militaire en difficulté !
Peut-être vais-je mentionner pour finir ce chapitre l’histoire de ce Corse qui dégageait sur lui une odeur de rance. Ayant appris que l’huile permettait de bronzer il avait ouvert une boîte de sardines et s’en était badigeonné les bras et les épaules.
L’armée rend ingénieux !

Ma période à la Base Arrière

Posté le 19.05.2007 par cessenon
Une carte postale ancienne d'Aïn El Hadjar

Nous étions au mois d’août 1960. Le capitaine Casademont qui commandait la BCS m’a accosté dans le cantonnement pour m’informer qu’on m’avait trouvé un emploi plus adapté à ma qualification. J’allais partir pour la Base Arrière située à Aïn El Hadjar où je devais travailler dans un bureau.
La Base Arrière ? Comme son nom l’indique c’était là qu’était entreposé tout un tas de matériel. Je revois une quantité incroyable de casques empilés les uns sur les autres ! Les diverses batteries venaient s’y approvisionner. Le site est devenu Ferme expérimentale d’état après l’indépendance.
Il existait à Aïn El Hadjar une papeterie qui fabriquait du papier de boucherie, épais et vert, comme on en utilisait autrefois. J’ai le souvenir d’une carriole, tirée par un âne, qui en était chargée. Dans « Bel-Ami » Maupassant fait décrire par Madeleine Forestier une aventure imaginée entre son héros et une ouvrière espagnole de cette manufacture d’alfa.
C’est un lieutenant, Guérin je crois, qui en avait le commandement. Il ne semblait pas avoir vraiment besoin d’un secrétaire. J’étais disposé à m’employer aux cuisines ou aux fournitures vestimentaires mais il considérait que c’eut été ne pas utiliser mes compétences !
J’ai donc été installé dans un bureau dans lequel je devais coucher pour répondre au téléphone, ce qu’au demeurant je ne savais pas faire ! J’étais donc dispensé de monter la garde, ce qui n’était pas rien. En fait la solitude c’était pire !
Fort heureusement je ne suis pas resté dans cette situation, on m’a envoyé avec les autres dans une grange immense reconvertie en dortoir. Nous devions être une soixantaine là-dedans.
J’ai quelques souvenirs de ce dortoir. Le matin on nous servait du café et… des boîtes de sardines ! Mais non nous ne trempions pas les sardines dans le café ! Je revois aussi le tube de lait concentré que je m’étais procuré pour améliorer les choses.
Je me rappelle aussi un numéro du Canard Enchaîné montrant de Gaulle en survêtement. Devant l’échec des Français aux Jeux Olympiques de Rome le dessinateur avait commenté « Dans ce pays, si on ne fait pas tout soi-même ! »
En fait j’ai été successivement dans deux bureaux. Arrivé dans le premier j’avais rempli un curriculum vitae que je soupçonnais destiné à la Sécurité Militaire. C’était bien cela et j’ai cru savoir qui à Cessenon s’occupait de répondre à l’enquête !
Pour l’heure je suis dans un des deux bureaux. Dans le second sans doute. L’adjudant chef qui en était responsable, un Maghrébin qui devait être complexé, avait eu l’occasion de m’agresser d’un « Ce n’est pas la peine d’être instituteur pour être si con ! »
Ben oui, j’ai beaucoup plus souffert des gradés que des fellaghas. Tiens à propos de fellaghas. Un jour le passage d’une katiba (une compagnie) de l’ALN a été signalé pas très loin de la Base Arrière. Grand branle-bas de combat chez nous. Tout le monde prend son arme et sus aux rebelles.
Tout le monde ? Non, je n’ai pas bronché ! Après coup le lieutenant m’a demandé des comptes. Je lui ai répondu que je n’avais pas reçu d’ordre. Je n’allais quand même pas faire du zèle ! Et si cela n’avait dépendu que de moi nous aurions présenté les armes aux hommes de la katiba !
Un autre ennui avec mes supérieurs a lieu un dimanche en fin d’après-midi. Je suis de garde à la porte d’entrée. Je suis à la fin de ma faction, il doit me rester une dizaine de minutes. Après moi il n’est pas prévu de relève. Je ferme la barrière et je me dirige vers le dortoir. Hélas je ne sais plus quel gradé m’a vu et m’a imposé de monter la garde une ou deux heures de plus !
Dans le deuxième bureau j’ai accès aux archives du régiment. C’est ainsi que j’ai trouvé sur une fiche le nom d’un Cessenonais : André Ibanez de deux ans plus âgé que moi. Je n’ai pas eu l’occasion de le lui dire.
Aucune explication ne m’a été donnée quand le lieutenant m’a annoncé mon départ de la Base Arrière. Je prenais sur-le-champ mon paquetage et mon fusil (j’avais encore mon Garand) et je remontais en zone opérationnelle. Je me suis naturellement douté de ce qui était en cause, le retour de l’enquête de la sécurité militaire !
Je n’étais plus là quand s’est déroulé le drame que je relaterai plus loin !

La quille !

Posté le 14.05.2007 par cessenon
Convoi de camions ralliant Mers el-Kébir via le Murdjajo


Je me trouvais à Ghassoul, une manière d’oasis située au sud est de Géryville quand a commencé mon long rapatriement vers la France.
Ghassoul ? Qu’en dire ? Il y avait je crois un oued avec dans la vallée quelques cultures. Nous étions en avril et le printemps était là.
A côté du casernement, un village, aujourd’hui une commune de la Wilaya de El Bayadh, ex Géryville.
Je me rappelle avoir proposé d’aller déposer un chargement de poutres résultant d’une démolition non pas à la décharge comme prévu mais sur la place de ce village. J’avais obtenu satisfaction !
Il me semble que bien que le cessez-le-feu soit intervenu le 19 mars nous avons encore effectué des « opérations » dans le secteur. Le mot « opération » me semble d’ailleurs usurpé car une opération donne un résultat et des résultats…
Dans l’armée c’est colossal finesse. Il y avait un code, par exemple on pouvait entendre dans le poste radio « De roulettes… à ventilateur ». Là c’était un message envoyé depuis un camion à un hélicoptère.
Des fois ça compliquait la vie de celui à qui il était adressé. Ainsi à l’interrogation « Carmen-bolivien 43 ? » qui signifiait que le récepteur devait être le chef de la troisième section de la quatrième batterie du 1/66ème Régiment d’Artillerie il avait été répondu « Non, ici le maréchal des logis Ziouane » !
Notre cantonnement était en aplomb d’une espèce de ravin. Naturellement je comptais le nombre de « jours au jus. » J’étais là quand est arrivé le moment du départ.
J’avais glissé une cartouche dans une enveloppe, mis comme adresse celle de notre adjudant et déposé le tout dans la boîte à lettres. Heureusement que le vaguemestre n’a pas dû donner suite, j’aurais pu avoir des ennuis !
Nous sommes partis pour Géryville où nous avons dû rendre nos armes. Nous avons dû y passer une nuit. J’ai d’ailleurs oublié là la plaque qui nous avait été remise au moment de notre incorporation. Elle était perforée par le milieu et en cas de décès l’autorité militaire en envoyait une moitié à notre famille, l’autre moitié étant clouée sur le cercueil !
Nous avons rejoint Oran en camions, faisant me semble-t-il étape à la base arrière près d’Aïn el Hadjar où nous avons dû remettre l’essentiel de notre paquetage. Je revois des Maghrébins, incorporés dans l’armée comme appelés du contingent, cuisinant des tripes de mouton dans une poêle. J’ai su qu’ils avaient pu déserter peu de temps après. La France avait réussi ce tour de force de faire se battre les Algériens entre eux !
A Oran nous avons été hébergés au District de Transit où j’étais arrivé 26 mois plus tôt ! Ben oui, c’était long !
Nous entendions des fusillades dans la ville et en écho cela était reproduit par les postes à transistors. L’OAS tentait désespérément de remettre en cause les accords d’Evian ! L’état d’esprit qui régnait parmi les libérables était que nous n’avions pas à nous en mêler. J’aurais volontiers accepté d’en découdre !
Le lendemain matin une colonne de camions, précédée et suivie d’un half-track, survolée par un hélicoptère, a emmené les 800 hommes qui allaient embarquer dans le port militaire de Mers el-Kebir. C’est que la ville et le port d’Oran n’étaient pas sûrs. Nous avons donc traversé le Murdjajo et… ouf, nous nous sommes trouvés en sécurité dans l’enceinte de Mers El-Kebir.
C’était le 23 avril 1962 et je suis monté une nouvelle fois sur le « Ville d’Alger », direction Marseille où j’ai débarqué le 24.
Ah, il fallait changer la monnaie algérienne contre la monnaie française. Oui, l’Algérie c’était la France mais il y avait quand même une monnaie différente. A la descente du bateau il fallait donc faire la queue mais on n’avait droit qu’à changer 100 ou 200 f. Eh bien j’ai fait deux fois la queue et j’ai pu ainsi changer les deux billets algériens dont je disposais.
J’avais le projet de rendre visite aux parents de José Bianco qui habitaient le quartier des Crottes à Marseille. Comme je disposais d’un peu de temps avant le départ de mon train je m’y suis rendu. J’avais même offert une paire de babouches achetées à bon prix je ne sais plus où à la jeune sœur de José.
J’ai pris mon train et je suis arrivé dans la nuit à la gare de Béziers. Evidemment il n’y avait plus de car à cette heure là ! Je me suis arrêté à l’Agence de La Marseillaise et devant l’affiche : « Le fascisme ne passera pas ! » j’avais exprimé mon scepticisme. Il était déjà bien passé dans l’armée
Comme je demandais à deux messieurs où on pouvait trouver un taxi, ils ont été super sympathiques et m’ont emmené à Cessenon avec leur voiture. C’est que j’avais hâte de renter chez moi.
Il était tard et la maison était naturellement fermée. J’étais jeune et j’ai escaladé la façade pour atteindre le premier étage où la fenêtre de la cuisine avait été laissée entrebâillée. J’ai donc pu rejoindre mon lit et la personne qui l’occupait !
Quelques jours plus tard les gendarmes de Saint-Chinian sont venus récupérer les affaires militaires que j’avais encore avec moi : un pantalon, un blouson, une chemise, une cravate et des chaussures. Il n’y a pas eu de problème avec le fait que je n’avais pas ma plaque matricule.
La vie est ainsi faite que j’ai fini par évacuer de mon esprit cette période de ma jeunesse. A l’occasion du récit que j’en fais les souvenirs reviennent !
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