Algerie
Posté le 04.04.2008 par cessenon

Katiba de retour à Alger,
sa ville natale
"Algérie, histoires à ne pas dire", c’est le titre du film de Jean-Pierre Lledo qui était projeté au Palace jeudi 3 avril en présence du réalisateur.
Il y a une filiation évidente avec « Un rêve algérien. » Lledo poursuit son rêve : celui d’une Algérie multiethnique, multiconfessionnelle, dans laquelle chacun, Arabe, Kabyle, Juif, Européen, musulman, chrétien, israélite… aurait sa place.
L’image choc qui accueille le spectateur c’est le drame des Pieds-Noirs quittant leur pays en 1962 dans les conditions que l’on sait.
Le réalisateur va pointer quelques événements qui se sont enchaînés à partir du 20 août 1955 jusqu’aux violences du 5 juillet 1962. Il fait appel à témoins et la caméra nous promène de Mostaganem à Oran en passant par Skikda, Alger, Constantine.
Le débat qui a suivi la projection du film n’a pas permis un vrai dialogue. D’un ton cassant et d’un professoral « Hors sujet » Lledo a refusé de prendre en considération la remarque qui lui a été faite d’une absence d’analyse sur ce qui avait conduit à creuser le fossé entre les communautés.
Le réalisateur tient absolument à sa vision idyllique, qui est celle de son enfance et du milieu social qui était le sien, d’une bonne entente entre Européens, Juifs, Arabes ou Kabyles.
Ce faisant il évacue ce qu’ont été les 132 ans de colonialisme et les 8 ans de guerre. Si ses histoires étaient « à ne pas dire » dans le contexte de l’Algérie indépendante, là c’est véritablement un silence lourd qui nous a été infligé.
Certes quelques éléments de réflexion ont quand même émergé : le statut et les comportements de l’armée française dans cette affaire, une armée coloniale, à caractère parfois fascisant (qu’on se rappelle, outre les exactions diverses aujourd’hui reconnues, la tentative de putsch des généraux en avril 1961) par exemple.
Lledo dénonce le terrorisme aveugle qui a été le fait des militants de l’indépendance algérienne ainsi que le recours au nationalisme ou à la dimension religieuse de la lutte. Oui, sans doute, mais quand il y a la guerre, elle ne se fait jamais en dentelle et chacun utilise les armes à sa disposition. Ce qui devrait être l’essentiel, et cela devrait nous éclairer pour ce qui se déroule au Proche Orient aujourd’hui, c’est qu’il ne peut pas y avoir de paix s’il n’y a pas de justice.
Que s’est-il passé en Algérie entre le 19 mars et le 5 juillet ? Quel climat a été entretenu par ceux qui refusaient l’indépendance du pays ? On ne gagne rien à se voiler la face devant les réalités. Les Pieds-Noirs en ont fait la triste expérience. Conditionnés par une idéologie fondée sur la force ils ont été piégés par elle et même des petites gens qui avaient des idées progressistes se sont retrouvés dans l’impasse à laquelle les ont conduits les conceptions et les pratiques de l’OAS.
Reconnaissons que cela a été dit ! Mais il faudrait aujourd’hui accepter cette idée que le maintien des Européens dans un pays qui était aussi le leur était parfaitement compatible avec son indépendance. Il faudrait ajouter aussi que les rapports entre les communautés, quelles qu’aient pu être leurs qualités au plan individuel, passaient par une autre logique que celle du colonialisme qui avait prévalu.
Il me semble également qu’il y a une certaine confusion entre ce qu’ont été les dirigeants de la lutte pour l’indépendance et ce qu’ils sont devenus par la suite. Incurie, corruption… les images d’Oran ou d’Alger sont de ce point de vue éloquentes ! La dégradation économique et sociale contribue à renforcer les nostalgiques du passé colonial ou la montée de l’intégrisme qui a affecté le pays. Mais c’est déjà une autre histoire !
Posté le 18.12.2007 par cessenon

Tiens ça avait assez cette allure !
Là j’ai dans ma tête plusieurs images qui se chevauchent. Nous étions partis en opération, sacs à dos accrochés aux rambardes des GMC.
A quelle période et où était-ce ? Je dirais, sans rien pouvoir garantir, à la fin de l’hiver 1961 / 1962, quelques semaines avant le cessez-le-feu, dans le secteur de Géryville. Il me semble que je n’avais plus mon chien.
J’étais avec un certain Martinez, je ne sais plus son prénom. Fils de Républicain espagnol exilé après la victoire du Franquisme, il était né à Oran et était proche du parti communiste. Il avait vécu en métropole et nous avions sympathisé. Il m’avait fait des confidences sur sa vie... sexuelle ! Il aurait aimé que je connaisse sa sœur… mais je ne l’ai jamais vue !
Sur le terrain nous ne faisions pas grand-chose, sinon une longue station debout pour assurer, avec un déploiement de troupes considérable, le bouclage d’un espace immense. Toute cette opération ne servait strictement à rien, c’était l’évidence ! Martinez m’avait dit en espagnol : « ¡ Y todo eso para independencia de Algeria ! »
Il avait un peu plu et la couverture que nous avions emportée pour la nuit était mouillée. La nuit ? Nous l’avions passée à même le sol en ciment d’une construction en dur, désaffectée, une longue bâtisse dont je n’ai jamais su quelle avait été la fonction originelle.
Je revois un oued, parfaitement à sec, avec son lit de galets qui me rappelait le Vernazobre, l’affluent de l’Orb qui se jette dans celui-ci quelques centaines de mètres en amont de Cessenon.
Ce qui me marquait par-dessus tout c’était l’aspect désertique du paysage des hauts plateaux dans lequel nous nous trouvions. Au mieux quelques arbustes ou, ici et là, un arbre isolé, avec partout de l’alfa bien sûr. Je rêvais d’eau, de végétation… En plus je sentais le printemps proche et j’imaginais le vivre dans d’autres conditions de ce qu’elles étaient ce jour là tout en percevant que j’appréciais qu’il arrive !
Avec une couverture mouillée il était difficile de ne pas avoir froid et de trouver le sommeil ! Dans tous les cas c’est ce que j’ai vécu, les autres je ne sais pas, et dont je me souviens.
Le lendemain je crois nous nous étions arrêtés quelque part où se tenait un marché pour ainsi dire en pleine campagne. Un commerçant maghrébin vendait des dattes, sèches et plutôt dures, contenues dans un sac en toile de jute. Quelqu’un devait en avoir acheté et en avait probablement offert autour de lui. Je me rappelle que j’en avais mangé et que j’avais aimé !
Quelles images ai-je encore de cette expédition ? Avec nos sacs accrochés aux rambardes nous avions impressionné les soldats d’une unité rencontrée là ! Nous faisions figure de commando ! Ah, là, là, il ne faut pas se fier aux apparences !
Mais que diable allions nous faire dans cette galère ?
Posté le 15.12.2007 par cessenon

Cela ressemblait à cela !
Il s’appelait Simorre et il était originaire de Toulouse. Il était devait avoir une quarantaine d’années et était maréchal des logis, c'est-à-dire l’équivalent de sergent. Pas un foudre de guerre donc au plan intellectuel. Pourtant je ne crois pas qu’il était plus idiot que la moyenne mais comme il avait l’air benêt…
C’était un grand gaillard, qui s’appliquait du mieux qu’il pouvait dans ce qu’on lui confiait. Il n’était pas spécialement désagréable, loin de là.
Je l’entends mettre en garde ceux qui fumaient pendant qu’ils montaient la garde, « Cela pouvait leur être fatal ! » Je le revois donnant dans le poste radio le résultat de l’avancée de notre section auprès d’un douar autour duquel nous effectuions un bouclage : « RAS (Rien A Signaler) autour de la mechta ! » Ce n’était pas un scoop, c’était toujours RAS !
Il y avait comme ça des tas de sigles. Je peux traduire le RAB qui signifiait Rien A Branler. Il y avait aussi NTPUB, Ne Touche Pas Une Bille, que je complétais quand cela concernait un gradé d’un « Oui mais il touche sa solde ! »
On avait essayé Simorre à différents postes. Tiens par exemple à l’intendance. Il ne fut pas pire que d’autres. Toutefois il y eut des situations cocasses, c’est du moins les bruits qui circulaient.
Pour le réveillon de la Noël ou de la Saint Sylvestre 1961 il avait prévu des huîtres. Voici l’échange qu’on lui prêtait à ce sujet avec le capitaine. « Combien par homme ? – Une – Une douzaine Simorre ? C’est bien ça ! – Ah non mon capitaine, une huître par canonnier ! – Mais enfin Simorre ça ressemble à quoi ? – Je pouvais fournir trois huîtres pour deux mais j’ai pensé que cela ferait des histoires ».
Lors d’un opération où nous devions coucher sur le terrain il avait eu en charge les lits Pico. Il en manqua un, le sien ! C’est du moins ce qui s’était dit !
L’armée française était confrontée à des militaires de carrière qui n’étaient pas vraiment à la hauteur de ce qu’on attendait d’eux. C’était semble-t-il le cas du maréchal des logis Simorre. Sous peine de ne pouvoir renouveler son contrat il devait passer un examen. Il y eu donc tout un branle-bas de combat, on accrocha les obusiers de 105 aux GMC (Général Motors Company) afin de procéder à des manœuvres permettant de donner le diplôme nécessaire à Simorre pour rempiler.
Il vérifia beaucoup de choses, notamment si les boutons étaient bien dans les boutonnières. Il oublia quelque chose d’essentiel à savoir si la goupille de sécurité du canon avait été bien mise lors de son attelage au camion. Eh non, à peine avions-nous parcouru quelques centaines de mètres qu’on vit passer un obusier qui ne suivait plus le GMC auquel il aurait dû être accroché !
L’erreur corrigée on put continuer. Peut-être est-ce cette fois là que nous allâmes dans une zone strictement interdite à toute personne. Il y avait quelques mechtas abandonnées. Dans le cadre de nos manœuvres les servants de la pièce reçurent un ordre du lieutenant Baguet qui n’était pas au répertoire de ce que nous avions appris lors de nos classes. C’était « Alerte au char ! »
L’obusier de 105 fut pointé sur une des mechtas et un tir tendu fut exécuté. Je revois à peu près l’environnement et deux ans plus tard, le 24 décembre 1963, alors que j’arrivais pour la première fois chez mes futurs beaux-parents, l’image de leur ferme au fond d’un chemin creux me rappela curieusement la mechta sur laquelle nous avions effectué un tir au but !
Ce sera tout pour le maréchal des logis Simorre !
Posté le 13.12.2007 par cessenon

La première page de mon livret militaire.
Je vais essayer de me rappeler ce qu’ont été mes « Trois jours » effectués à Tarascon. Ayant consulté mon livret militaire je constate qu’ils se sont déroulés du 4 ou 6 novembre 1959. Ce devait donc être pendant les vacances de La Toussaint et effectivement je n’ai pas le souvenir d’avoir demandé une autorisation d’absence à mon travail.
Je revois une grande salle où nous étions je ne sais plus combien, une soixantaine peut-être, à subir des tests. Il s’agissait d’un questionnaire à choix multiples. Nous devions cocher au crayon à papier la case qui nous paraissait être la bonne réponse à la question posée.
Je me souviens de deux d’entre elles : quel était, parmi une série d’appareils électriques (rasoir, fer à repasser…), celui qui consommait le moins d’énergie ? Quelle avait été la première victoire de la Révolution française (Valmy, Jemmapes…) ?
J’avais été retenu parmi les quatre meilleurs. Il me semble que j’avais subi des tests complémentaires, mais là je ne suis sûr de rien ! De toute façon cela ne m’a pas amené bien loin !
Je n’ai jamais pu suivre l’Ecole des Officiers de Réserve, pas même le peloton pour être sous-officier, j’ai juste passé celui de brigadier (l’équivalent de caporal dans l’artillerie) sans jamais accéder à ce grade, je suis resté 2ème CST (Canonnier Servant Tireur) jusqu’à la fin de mon service militaire.
Je me rappelle l’entretien avec un officier supérieur, un commandant me semble-t-il, à qui j’avais fait part de mon désir d’intégrer le bataillon de Joinville. Eh non, malgré une bonne performance sur 800 m (1mn 58 s) je n’avais pas été pris, les places étaient chères.
Restait à choisir une arme. A vrai dire je n’avais pas grand-chose à en faire. Espérant me soustraire au contact avec l’ennemi (qui pour moi n’en était pas un !) j’avais demandé la marine et l’artillerie.
C’est dans cette deuxième arme que j’ai été affecté. Eh bien cela ne m’a pas empêché d’aller crapahuter comme un quelconque fantassin, j’ai dû tirer des coups de canon lors de l’école à feu qui clôturait nos classes, une seconde fois peut-être lors de manœuvres destinées à faire passer un examen à un sous-officier et une troisième pour préparer une DZ. Ah, une DZ ? Après recherche j’ai appris que cela signifie Drop Zone c’est à dire un terrain destiné à recevoir un héliportage. Donc nous canonnions la DZ afin de permettre aux unités héliportées d’atterrir sur le site sans danger majeur. Il paraît que l’artillerie était plus efficace que l’aviation.
De toute façon cela n’a eu aucun effet quant au résultat de la guerre. Devant le manque d’enthousiasme des appelés du contingent nous avons dû abandonner trois départements français.
Mais devant les protestations des nostalgériques qui condamnent les derniers propos de Sarkozy, lequel a récemment déclaré que le colonialisme n’était pas une bonne chose, je ne désespère pas de voir avant la fin de mes jours prêcher une croisade moderne pour envoyer un corps expéditionnaire en Algérie afin de les reconquérir !
Mes trois jours n’ont pas duré le temps indiqué, je suis revenu chez moi le deuxième je pense, rapportant de mon expédition une serviette de toilette que quelqu’un avait oubliée !
Posté le 11.12.2007 par cessenon

André Berger lors de l'édition 2006 de la Marche de la Paix
Photo François Peralta
Dans le spectacle « Passe la colombe » que présente la chorale Les Bramaïres André Berger chante en solo « Le Soudard », une chanson de Jean-Claude Darnal écrite en 53 – 54, qu’interprétait Catherine Sauvage.
Oh, vous la connaissez, « Dans le canon, le canon, le canon de son fusil, il a mis, il a mis, une rose de son pays que lui a, que lui a, que lui a donné sa mie… »
André Berger est un ancien appelé du contingent en Algérie. Il a connu André Gazut, lequel a choisi la désertion plutôt que d’être, ne serait que par son silence, complice de la torture que pratiquait alors l’armée coloniale.
Avant de chanter André nous raconte son vécu pendant et après ses vingt sept mois de service militaire. La guerre c’est d’abord la garde qu’il monte derrière un petit mur avec son fusil dont il n’aura fort heureusement pas l’occasion de se servir. Il a alors le loisir de méditer sur la situation à laquelle il est confronté : 10 % de la population fait la loi dans le pays et il comprend parfaitement l’aspiration à l’indépendance des 90 % qui la subissent.
Pour autant il ne choisira pas l’insoumission. C’est que ce n’est pas la voie de la facilité. Toutefois une fois libéré, il aidera les Algériens appelés à faire leur service militaire dans l’armée française à rejoindre la Suisse. C’est ainsi qu’avec son scooter il les amène de Saint Etienne où il réside jusqu’à Grenoble où une filière leur permet de se soustraire à leur incorporation forcée.
Oui la France avait réussi ce tour de force qui consistait à enrôler dans les rangs de son armée les Algériens que l’on envoyait ensuite se battre contre leurs compatriotes. Une guerre civile en quelque sorte.
C’était déjà très difficile pour un Français qui souhaitait la paix par l'indépendance d'être embarqué dans la galère, alors pensez les Algériens ! J’avais d’ailleurs eu l’occasion d’interpeller un jeune Maghrébin qui était dans le même régiment que moi. Dans le civil il vivait à Saint Ouen où il était aux Jeunesses Communistes et je lui avais demandé comment il avait accepté d’être enrôlé dans l’armée française. Eh bien il m’avait raconté qu’il avait tenté par deux fois de fuir en Belgique et par deux fois avait été pris. Là il attendait la permission pour réussir son évasion.
Quoique laïque, la République distinguait les Français Musulmans, les F.M., des Français de Souche Européenne, les F.S.E. Vous me direz les Maghrébins étaient quasiment tous musulmans, il n’y avait pas de risque de se tromper à ce sujet, il n’empêche !
Les Français Musulmans n’avaient guère de droits mais ils avaient des devoirs, celui d’effectuer leur service militaire dans les rangs de l’armée de la puissance coloniale !
Aujourd’hui chacun y va de sa complainte, les Pieds Noirs, les harkis… Peut-être qu’un jour, avant qu’ils ne soient tous morts, les appelés du contingent, qu’ils aient été Européens ou Maghrébins, diront aussi ce qu’on a fait de leurs vingt ans !
Posté le 28.09.2007 par cessenon

Depuis quelque temps l’épisode douloureux de la guerre d’Algérie est revenu sur le tapis. Après les témoignages qui ont afflué à partir de 2001 sur la réalité de la torture pratiquée par l’armée française on a assisté à une tentative de réhabilitation du colonialisme.
La loi du 23 février 2005 a ouvert le bal. Il s’agissait ni plus ni moins que de reconnaître le "rôle positif de la présence française outre-mer" ! Ben voyons !
A Montpellier un quidam du nom de Frèche a défendu bec et ongles sa vision de l’histoire en proposant la création d’un musée de la présence française en Algérie. La situation misérable des autochtones, le mépris à leur égard, les bouclages, les arrestations, la torture, les exécutions sommaires… allaient être dévoilés ? Allons donc !
Il s’est laissé aller aux propos que l’on sait à l’encontre de ceux qui n’avaient pas vraiment compris… tout le bonheur qu’il leur voulait !
Ce n’étaient là que les prémisses. Depuis tout le monde emboîte le pas. Ah que la guerre était jolie ! Et quel dommage qu’on ne l’est pas poursuivie plus longtemps. De dernier quart d’heure en dernier quart d’heure ça pouvait durer jusqu’à encore aujourd’hui, peut-être même jusqu’à la fin des temps.
Et d’ailleurs le 26 mars 1962 à Alger, rue d’Isly plus précisément, des gens qui hélas n’ont pas été suivis, avaient fermement réclamé que soit remis en cause le cessez-le-feu qui était intervenu la semaine précédente.
Parce qu’au fond, si le bras séculier de l’idéologie colonialiste n’avait pas été défaillant on pouvait régler ça ! Mon Dieu quel bonheur… Un bonheur universel en quelque sorte. Hélas les Arabes, les Kabyles étant d’un naturel masochiste, ils ne voulaient pas de ce bonheur là.
Remarquez que les appelés du contingent non plus. Plutôt réticents ceux-là ! C’est qu’on trouvait parmi eux des gens qui avaient plus de sympathie pour les Algériens que pour… les autres !
Au fait quel rôle jouaient-ils à plus de mille kilomètres de chez eux ? Il y avait des problèmes entre les communautés ? Ah oui ? Qu’est-ce qui était donc en cause ? Mais qu’avaient-ils à voir avec ces différends ? Quelle était leur responsabilité à eux dans la querelle ?
A Perpignan on s’est inscrit dans le renouveau d’une idéologie qui s’est traduite par un système qui au quotidien a fait les preuves de son efficacité ! Tiens, dans un registre voisin, l’exportation de la démocratie, on voit ce que cela donne en Irak !
Ah certes les choses ne sont pas aussi claires que ça et on vous enveloppe le tout dans de bons sentiments : ces chers disparus !
Les pauvres ! Si on ne les avait pas bernés avec des conceptions anachroniques au terme desquelles on les avait persuadés que le recours à la force armée résoudrait les difficultés, peut-être seraient-ils encore en vie dans un pays qui était aussi le leur ! Il y a des exemples : au Kenya, en Afrique du Sud… où des communautés ethniques peuvent cohabiter en toute sérénité !
Mais l’offensive est de grand ampleur et on injurie ceux qui se sont opposés, et qui s’opposent toujours, aux conceptions colonialistes (ainsi qu’aux pratiques qui en découlent) les assimilant à des nazis. Je me console, jugeant que les insultes des sots sont pour moi des éloges.
J’ai trouvé un renfort inattendu, deux zozos qui jouent les Zorro (Cf. « Zorro est arrivé ! ») Ah certes ils crachent sur le mot « communiste » et ne se sont guère bousculés au portillon ces derniers temps pour protester contre le révisionnisme qui s’est instauré à propos du colonialisme et de la guerre d’Algérie mais là ils reconnaissent que dans le passé les communistes ont lutté contre le nazisme et que donc… Bref ils sont indignés. Ah bon ?
Ils m’ont inspiré un petit poème :
Zozos,
Zorro,
Zéro !
Ceci étant j’ai bien l’intention de continuer !
Posté le 19.09.2007 par cessenon

C’est le titre d’un livre écrit par Albert Nallet. L’auteur était présent le samedi à la fête de La Plantade et s’était installé près de l’exposition sur le colonialisme et la guerre d’Algérie pour dédicacer son ouvrage.
Albert Nallet ? Il est originaire de l’Ain où il est retiré après avoir été successivement ouvrier agricole, ouvrier d’usine et professeur d’enseignement professionnel. En 1957 il a vingt ans et comme tous les jeunes de son âge il est appelé sous les drapeaux et effectuera entièrement son service militaire en Algérie, en grande Kabylie plus précisément, après avoir fait ses classes à Alger.
Albert Nallet est issu d’une famille où l’on s’engage pour la paix, en l’occurrence la paix en Algérie. Comme son père il est communiste et à ce titre il sera confronté à la dichotomie de son idéologie et du rôle qu’on lui fait jouer.
Ce qu’ont vécu les appelés du contingent en Algérie est variable selon l’époque, le lieu, l’affectation… Albert Nallet lui est confronté au pire. Le danger d’abord comme cette embuscade dans laquelle tombe son convoi le 9 mai 1958 qui fait cinq morts et sept blessés graves.
Il y a aussi les exactions des militaires auxquelles se laissent aller des appelés. Eh oui, il ne faut pas avoir une vision idyllique de ce qu’ils ont fait là bas. Chez beaucoup le racisme s’insinue en réaction sans doute à ce qu’ils subissent et au matraquage de l’action psychologique. C’est que l’armée permet le saccage, le vol, le viol… Elle frappe, torture, abat les prisonniers… et méprise !
Certes plusieurs résisteront à l’engrenage et Albert Nallet rend compte des positions qu’il peut défendre avec des communistes, des chrétiens qui n’acceptent pas cette guerre.
A partir du 9 mai 1958 Albert Nallet tient un journal. Il y raconte son quotidien : les patrouilles, les opérations, les tours de garde… les morts, beaucoup plus nombreux dans les rangs de l’ALN que dans ceux de l’armée française même s’il en tombe aussi de ce côté !
Il dit ses moments de forte déprime qui le conduisent à « bénéficier » de quelques jours de repos à Alger où la vie des Européens n’a rien de comparable avec celle que connaissent les soldats qui sont dans le bled. Une manière de paradis pour ceux-là qui évidemment n’ont qu’un souhait, que ça dure !
Il décrit son départ, l’épisode de sa permission, le retour, la quille en vue, l’arrivée définitive en France… Il fait état de ce qu’est le contexte avant et après son service militaire, après la fin de la guerre aussi.
L’auteur dresse une chronologie des événements et rappelle les positions des hommes et des partis politiques dans cette période. On y apprend que Mendès-France est alors sans nuance. Il déclare le 12 novembre 1954 : « Il n’y a pas de sécession concevable ». Mitterrand lui aussi a tout compris qui affirme à la même date : « On tente d’exciter des foules qui ne peuvent mesurer les bienfaits de la présence française ».
L’ancien d’Algérie refuse l’oubli. Son livre est de ce point de vue un témoignage précieux et le titre révélateur de ce qu’était son état d’esprit. A la demande réitérée de l’officier d’effacer l’inscription « L’Algérie vivra libre » peinte sur un mur d’un village kabyle il répond « On n’efface pas la vérité ».
Aux éditions ALÉAS : 16 euros.
Posté le 16.09.2007 par cessenon

Le film de Méhdi Charef "Cartouches gauloises" reprend l'idée contenue dans celui de Jean-Pierre Lledo "Un rêve algérien". Tous les deux expriment leur regret que ne se soit pas construite une Algérie multiethnique. Une différence quand même c'est que Jean-Pierre Lledo s'appuie sur l'engagement d'une minorité d'Européens contre le colonialisme et pour l'indépendance. Mais afin de mieux juger je mets en ligne un article rédigé en 2005.
C’était une initiative heureuse que celle prise le week-end dernier par le ciné-club de Béziers, en partenariat avec l’Association France Algérie et l’Appel des Cent pour la Paix que la programmation, dans le cadre des Rencontres Méditerranéennes, de deux films consacrés à l’Algérie.
Le premier « Le soleil assassiné » d’Abdelkrim Bahloul évoque la vie et la mort de Jean Sénac, poète Pied-Noir qui en 1973 est victime de la montée de l’intégrisme. Européen, homosexuel… malgré la popularité de l’émission de radio qu’il anime il sera rejeté et finalement assassiné.
Le second est dû à Jean-Pierre Lledo et son titre « Un rêve algérien » rend compte de l’objectif du cinéaste. Celui-ci souhaite montrer qu’une Algérie indépendante multiethnique Arabes – Berbères – Juifs – Européens était possible.
Il s’appuie dans sa démonstration sur le retour en Algérie d’Henri Alleg, le directeur du journal Alger Républicain rendu célèbre par son livre « La Question » dans lequel il relate la pratique de la torture à laquelle se livrait l’armée française et dont lui-même a été l’objet.
Dans le film Henri Alleg joue son propre rôle. Il est accueilli par ses amis et collaborateurs d’Alger Républicain, européens ou arabes. Parmi eux on compte Denise et René Duvalet, aujourd’hui retirés à Cazouls les Béziers et présents dans la salle. Henri Alleg se rend à Ouenza où il a soutenu une grève des mineurs de fer, dans la Mitidja où vivait Mme Loup, une femme colon dont la fille Eliette avait rejoint le maquis. Il rencontre d’anciens combattants de l’Armée de Libération Nationale, on le voit à Cherchell, à Oran… Partout l’accueil est chaleureux. Il visite avec nous la sinistre prison Barberousse où il a été incarcéré en même temps que René Domergue, également présent dans la salle.
Lledo est amer, malgré leur engagement pour la cause de l’indépendance algérienne les Européens progressistes n’ont pas trouvé leur place dans l’Algérie indépendante. Celle-ci n’est pas fraternelle, elle est arabo-musulmane et s’il n’y a pour Mohamed aucune difficulté à obtenir la nationalité algérienne quoi qu’il ait collaboré avec le colonialisme, pour Pierre, Paul ou Guillaume, c’est quasiment impossible même s’ils ont pris les armes contre la France ! Il est dommage qu’une certaine crispation de sa part n’ait pas vraiment permis que le dialogue s’instaure après qu’un appelé du contingent a donné son sentiment sur son vécu de 1960 à 1962.
C’est que les Pieds-Noirs qui se prononçaient pour l’indépendance, n’étaient pas la majorité. La cohabitation entre les communautés ne pouvait se faire sur la base des rapports entre Européens et Musulmans qui avaient prévalu jusque là. Les atrocités d’une guerre qui a duré plus de 7 ans et qui s’est inscrite dans 132 ans d’un colonialisme non exempt d’exactions, la politique de terre brûlée menée par l’OAS, en particulier dans l’Oranais, ne pouvaient guère laisser espérer d’autre issue que le départ des Pieds-Noirs !
Ceci étant, nous pouvons souscrire aux arguments de Jean-Pierre Lledo dénonçant la politique de la métropole sur l’Algérie qui mettait le pays en situation de dépendance et d’infériorité. Certes les Pieds-Noirs n’étaient pas tous d’affreux colons faisant suer le burnous des autochtones. Il y avait aussi des exploiteurs parmi les Arabes et des exploités parmi les Européens. Et des villes comme Oran ou Sidi Bel Abbés avaient des municipalités communistes. L’affaire, citée dans le film, des dockers, européens ou arabes, refusant de charger dans le port d’Oran le matériel destiné à la guerre en Indochine est particulièrement révélatrice.
Henri Alleg qui participait au débat qui a suivi la projection du film, un événement exceptionnel dans notre ville a tenu à souligner Annie Piquemal, a apporté son éclairage sur la situation. On avait réussi à convaincre les Pieds-Noirs que seule une Algérie française pouvait leur permettre de rester dans le pays qui était le leur. On les a ainsi menés dans une impasse qui s’est révélée cruellement douloureuse pour eux.
Un peu dommage quand même que le débat n’ait pas vraiment pu se développer comme c’était souhaitable, mais bravo quand même à tous ceux qui ont contribué à permettre ce regard sur une histoire qui n’est pas que celle de l’Algérie mais la nôtre également.
Posté le 15.09.2007 par cessenon

L'affiche du film
L’association « Les amis du Palace » présentait ce jeudi 13 septembre le film de Méhdi Charef « Cartouches gauloises » avec la participation du réalisateur et de l’actrice Zahia Saïd. Le public était nombreux et il faut remercier ceux qui ont été la cheville ouvrière de cette soirée.
Le synopsis ? Nous sommes dans l’Oranais pendant la période qui précède ou qui suit l’indépendance de l’Algérie. Encore que ce n’est pas très structuré au niveau de la chronologie et qu’il n’est pas facile de se situer. Le film commence-t-il avant le cessez-le-feu qui intervient le 19 mars ?
C’est de la fiction s’expliquera Médhi Chérif qui n’a pas voulu faire un film sur la guerre d’Algérie. Il se refuse à porter jugement sur qui est responsable de la guerre, de ses atrocités. Toutefois les images doivent lui avoir échappé, elles sont éloquentes !
Ali (Ali Hamada) a, il serait étonnant qu’il en soit autrement, des copains européens, notamment Nico (Thomas Millet). Mais la situation matérielle n’est pas la même pour tous. Chaque matin Ali fait sa tournée de distribution du journal, L’Echo d’Oran nous a-t-il semblé.
Une cabane en roseaux a été construite par les enfants sous le pont de chemin de fer qui enjambe un oued. C’est là qu’ils se retrouvent quand ils ne jouent pas au foot sur un terrain vague. Les discussions entre eux reflètent l’état d’esprit des parents Le père d’Ali est, selon la terminologie des colonisateurs, un « terroriste ».
L’armée est bien présente. Elle massacre, torture, viole… Nous sommes peut-être avant le 19 mars. Quoique les exactions aient continué au-delà de cette date ! Les femmes cachent et aident les fellaghas. Aïcha (Zahia Saïd) la mère d’Ali est très belle et, en l’absence de son mari, reporte son affection sur son fils.
Un attentat se produit le 14 juillet soit une dizaine de jours après l’indépendance ! Dans les familles Pieds Noirs on prend des dispositions pour quitter le pays. Enfin pas toutes, un couple de personnes âgées décide de rester.
Les représailles commencent à s’exercer sur les Maghrébins qui avaient choisi le camp de la France. Le sort que notre pays a réservé aux harkis illustre cette donnée que la soumission n’est pas payante ! Ceux qui se retrouveront dans les camps de regroupement installés pour les accueillir vivront le même état d’esprit colonialiste et raciste qui avait conduit à la rébellion.
Car si Méhdi Charef regrette le gâchis qui s’est soldé par l’exode de la communauté européenne, celui-ci a des causes objectives qui ont leur source dans 132 ans de colonialisme dont 8 ans d’une guerre pendant laquelle on avait la prétention de régler les problèmes par le recours à la force armée !
C’est un peu le défaut du film que d’avoir voulu évacuer toute analyse de ce qui était en cause dans le drame algérien. Chacun y va de ses doléances : les Pieds Noirs, les harkis, les Algériens… Il manque celles des appelés du contingent, l’un d’eux ayant clairement exprimé lors du débat qu’il n’entendait pas passer l’éponge sur la responsabilité des hommes politiques dans la situation que les jeunes Français de vingt ans ont vécue à cette époque.
Mais cette intervention s’est noyée dans d’autres. Certes Méhdi Charef concède, en citant Albert Camus, que « Le bonheur rend aveugle » Ah, c’est bien ce qui était. Les souffrances du peuple algérien n’étaient vraiment pas prises en considération par les Pieds Noirs. Et presque jusqu’à la fin, et pour certains jusqu’à aujourd’hui, ils n’ont pas compris ce qui était en cause !
Ceci étant, le film est bien fait. Ali est très beau et parfaitement crédible. Certaines répliques ont valeur de symbole : celle du chef de gare par exemple qui estime que les seuls en mesure de le comprendre c’étaient les autochtones. Celle aussi de Nico qui à propos de la cabane, dont Ali va rester le seul « propriétaire », qui estime que c’est aussi « sa » cabane est significative.
Méhdi Charef, qui s’est beaucoup exprimé lors de la discussion, a donné la clé de son film : ce sont les souvenirs d’un enfant de 11 ans qui l’ont guidé. Curieusement il n’a pas entendu parler de l’OAS. Pourtant dans l’Oranais entre le 19 mars et jusqu’après le 5 juillet c’est la politique de la terre brûlée que cette organisation fascisante avait menée !
Naturellement c’est le droit du cinéaste de traiter son propos comme il l’entend. Mais c’est le droit du spectateur de dire ce qu’il en pense, surtout quand il a été confronté à ce qui est décrit.
L’association France / Algérie, partie prenante de cette initiative, avait prévu d’offrir thé à la menthe et pâtisserie orientale, ce qui a permis de continuer la discussion dans une atmosphère conviviale.
Posté le 26.07.2007 par cessenon

Le Kairouan
Oui, nous avions droit à une permission de trois semaines qui coupait notre séjour de vingt six mois en Algérie. Qui a dit que les gouvernements successifs, de Guy Mollet à De Gaulle, n’étaient pas attentionnés avec les soldats du contingent appelés en Afrique du Nord ?
Comme j’avais changé d’unité ma permission n’avait pas été programmée alors que tous ceux de ma classe l’avaient déjà prise. Je ne disais rien bien sûr, souhaitant qu’elle soit retardée au maximum car cela me permettait d’avoir moins de temps à effectuer à son issue.
Finalement je ne suis parti en permission qu’en septembre 1961, au bout de dix-huit mois de service militaire. Au retour de celle-ci il ne me resterait plus que sept ou huit mois à effectuer.
J’avais ce qu’on pouvait appeler une fiancée mais dix-huit mois c’est long ! Enfin pour moi je n’avais pas vraiment le choix. Elle ? C’est plus compliqué, mais à cette époque je ne savais pas !
Curieusement elle m’a proposé que nous nous mariions lors de ma permission. Ma foi comme c’était dans l’air avant et qu’elle aurait droit au versement d’une pension… Quand on n’a pas encore 22 ans !
Partait en permission en même temps que moi Jacques Flotté d’Alençon, comme moi instituteur dans le civil et qui a fini sa carrière d’enseignant comme principal du collège de Dives s/ Mer.
Je me rappelle que nous sommes montés en camions jusqu’à Perrégaux où nous avons pris le train de la ligne Alger / Oran et avons passé une nuit à la Base Arrière. En soirée nous avions eu droit à un film amusant qui nous avait divertis.
Le bateau ? C’était le Kairouan. Un bateau blanc et qui devait rallier non pas Marseille mais Port Vendres. La nuit passée sur un transat a été comme il se doit inconfortable. L’arrivée sur la Côte Vermeille fut un enchantement. Les vignes qui montaient à l’assaut des collines, c’était vraiment très beau !
Sur le mole une jeune femme suivait les opérations d’accostage. C’était elle !
Les retrouvailles ne furent pas l’objet d’effusions excessives. Jacques Flotté avait même été quasiment impressionné par la façon très calme avec laquelle elles s’étaient effectuées !
Nous avions ralliés Béziers en auto-stop. Je n’ai pas le souvenir de l’enchaînement des choses. Je me souviens aussi de l’émerveillement que m’avait valu la vue sur le port de Collioure. Je m’étais promis d’y aller dès que l’occasion se présenterait. Hélas il m’a fallu attendre plus de quarante ans pour le faire, dans le cadre d’un échange scolaire avec l’Allemagne.
J’ai dû arriver à Cessenon dans la journée à moins que ce soit le lendemain ? Je ne sais plus si c’est cette fois que mon père recevait un copain de régiment à lui, un certain Guiraud de Siran avec lequel il avait été à l’initiative d’une pétition contre la mauvaise qualité de la nourriture alors qu’ils étaient à Bizerte. Si c’est cette fois là je revois alors la petite chienne Tou Fou bien dégradée par l’âge !
Ce qui m’a le plus surpris lors de mes premiers jours de permission c’était les coups de feu. Oui c’était la saison de la chasse, peut-être aussi y avait-il un ball-trap, mais en Algérie, les coups de feu…
Donc pour moi c’était la confusion la plus complète qui régnait. Maryse, « L’amie » de mon imminente épouse était fille d’un viticulteur. J’ai été sollicité pour aider à vendanger au domaine qui était du côté de Lespignan me semble-t-il.
Nous nous sommes mariés à Béziers, Maryse et mon frère nous ont servi de témoins. Nous sommes allés manger ensuite à Agde. J’ai toujours eu, j’ai encore, horreur des restaurants ! Enfin mon frère a dû payer, il était d’une générosité maladive.
Quels autres faits marquants de cette permission ? J’étais allé chez le dentiste car une dent s’était cassée sur un pépin de raisin. Naturellement je n’étais pas assuré ou du moins je ne savais pas ce que je devais faire pour me faire rembourser.
A la fin de ma permission, à mon arrivée au Camp Sainte Marthe à Marseille un secrétaire m’a informé qu’il n’y avait pas de bateau avant le surlendemain. J’ai donc bénéficié de deux jours supplémentaires.
Je suis revenu sur Béziers et dans une gare, à Avignon peut-être, j’ai aperçu des collègues qui avaient passé le concours d’entrée de quatrième année à l’Ecole Normale mais qui avaient obligation d’effectuer un certain nombre d’années dans un département déficitaire, l’Yonne en l’occurrence. C’était la rentrée scolaire ils allaient reprendre leur poste pour la troisième année consécutive. Je ne sais pas s’ils changeaient de train ou s’ils étaient simplement descendus du leur.
J’ai pu bénéficier d’une soirée supplémentaire, peut-être deux, en compagnie de mon épouse et… de ma rivale dont j’ignorais toujours le statut ! Oui en fait le mariage qui m’avait été proposé était probablement une solution de ma fiancée pour sortir de la situation dans laquelle elle s’était engagée.
Je me rappelle que nous sommes allés au cinéma voir « Un taxi pour Tobrouk »
Il a bien fallu revenir à Marseille. J’ai observé un arrêt chez mon frère à Montpellier et un de ses collègues m’a ensuite reconduit à la gare avec son scooter en s’excusant de ne pas avoir une mission plus exaltante à remplir. Je l’ai rassuré, je n’avais pas le sentiment de courir un grand risque !
Le retour à Oran s’est effectué sur le Ville d’Alger et je crois que sur le pont je lisais «La condition humaine » de Malraux cependant que les dauphins suivaient en effectuant des sauts, l’avancée du bateau.
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