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Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ) Catégorie : Blog Journal intime Date de création :
27.04.2006 Dernière mise à jour :
19.08.2008
Les statues ci-dessus se trouvent sur la commune de Cazouls les Béziers, à Savignac le Haut plus précisément.
Savignac le Haut ? C'est un ancien château, c’est ainsi qu’apparaît une bâtisse comportant une tour et un mur, à l’origine crénelés. Quelques maisons occupent un espace voisin.
Naturellement qui dit Savignac le Haut dit aussi Savignac le Bas. Cette dernière « campagne » est à quelques centaines de mètres, en contrebas, dans la plaine de l'Orb aujourd'hui criblée des étangs formés par l'exploitation des gravières.
Un circuit de randonnée, balisé en bleu, qui part de Cazouls, passe par Savignac le Haut et juste au-dessus de Savignac le Bas.
Preuve qu'il devait être important, la carte de Cassini de 1770 mentionne le jardin de Savignac le Bas.
Mansum de Savignaco est cité dans un document daté de 972 environ nous dit Frank R. Hamlin dans son dictionnaire des noms de lieux du département de l'Hérault. Savignac signifierait « Domaine (gallo-romain) de Sabinius », Sabinius étant le nom d'une gentilice romaine.
Mais revenons à nos statues. Elles sont en bois, probablement d'olivier. Elles étaient dispersées dans un bout de vigne quasiment à l'abandon mais deux d'entre elles ont été déplacées à l'entrée du chemin qui conduit à une manière de caravane installée à quelques dizaines de mètres. On imagine que le sculpteur s'est inspiré de la forme du tronc pour créer chacune de ses oeuvres.
Qui est le sculpteur ? Nous l'ignorons mais nous sommes preneur de toute information à son sujet. Sans doute est-ce l'habitant de la caravane ? Si c'est le cas sa notoriété n'est pas encore pleinement établie !
Evidement la photo ne rend pas compte de gigantisme de ce platane. Il est immense, à cause sans doute du terrain, humide, dans lequel il a été planté, à cause aussi de son âge.
Où est-il ? Sur la commune de Roujan, à Saint-Majan plus précisément où existe une source d’eau ferrugineuse qui était connue des Romains. Le terrain lui est apparemment favorable.
Il a été planté pour célébrer la victoire de Marengo laquelle a eu lieu le 14 juin 1800. C’est donc qu’il a quelque 200 ans !
La bataille de Marengo ? Elle se situe pendant la deuxième campagne d’Italie. Napoléon n’est encore que Premier Consul. Le 9 juin un engagement à Montebello a vu la victoire des Français. A Marengo le sort de la bataille est indécis et Napoléon, ayant trop dispersé ses forces, va se préparer à la retraite devant le général autrichien Mélas quand surgit Desaix. Quoique tué d’une balle en plein c½ur dès le début, son intervention va permettre à Napoléon d’emporter la décision.
Un soldat originaire de Roujan a-t-il participé à la bataille de Marengo ? C’est possible, mais nous n’avons pas de renseignement à ce sujet.
A Cessenon un café a un curieux nom qui intrigue les étrangers. Il s’appelle « Le Helder ». Deux batailles ont eu ce port de Hollande pour théâtre. Au large de celui-ci s’est en effet déroulé, en 1673, un combat naval, à l’issue incertaine, entre les escadres Anglo-Françaises d’une part et Hollandaises de l’autre. En 1799 le Général Brune, commandant l’armée de Batavie, reprend Le Helder aux troupes Anglo-Russes qui y avaient débarqué.
Un conscrit de Cessenon a-t-il été acteur de cette victoire et en a-t-il rapporté le désir de commémorer l’événement ? Nous n’avons pas davantage de réponse à cette question.
A signaler, tout à côté du platane bicentenaire de Saint-Majan, une stèle en hommage à Jules Roucayrol, un républicain de Roujan, érigée à l’endroit où il a été mortellement blessé par la troupe pour s’être opposé au Coup d’Etat de 1851 de Napoléon III.
Nous avions déjà fait état du Platane de Saint-Majan, planté à Roujan pour commémorer la victoire de Marengo. Nous avions également évoqué le Café « Le Helder » à Cessenon dont le nom n’est certainement pas sans rapport avec la bataille au cours de laquelle le Général Brune, commandant l’armée de Batavie, avait repris ce port de Hollande aux troupes Anglo-Russes qui y avaient débarqué.
Ici nous sommes sur la commune de Pierrerue, à la limite de celle de Saint-Chinian, en descendant de Fontjun, à gauche de la 112, à trois ou quatre cents mètres après le col, tout à côté d’une « baraque », dans une vigne aujourd’hui abandonnée. La colonne portait une croix que l’on appelait la Croix de Sébastopol.
Quelle est sa signification ? Sans doute s’agit-il d’une initiative prise par un soldat (un conscrit ?) originaire de Pierrerue (ou de Saint-Chinian ?) qui avait fait la guerre de Crimée (1854-1855).
Il semble aussi que ce soit le père de jumeaux, nés en octobre 1859, et qui ont été appelés Magenta et Solferino ! Contrairement à ce que nous avions cru dans un premier temps ce n’était pas leurs surnoms, c’est bien ainsi qu’ils ont été déclarés à l’état civil. On peut évidemment imaginer que le géniteur avait de l’admiration pour Napoléon III et était enthousiasmé par ses succès militaires.
Car Magenta et Solferino sont deux célèbres victoires italiennes du Second Empire. Ces deux batailles s’inscrivent dans la campagne d’Italie menée par la coalition franco-sarde contre l’Autriche pour l’indépendance et l’unité de la péninsule, la France y gagnant la Savoie et Nice. Elles eurent lieu respectivement les 4 et 24 juin 1859, quelques mois donc avant la naissance des jumeaux.
C’est Mac Mahon qui est vainqueur à Magenta tandis qu’à Solferino, où on compte Bazaine parmi les généraux, c’est Napoléon III en personne qui est le commandant en chef. La bataille de Solferino fut particulièrement meurtrière. Si les Italiens ont rendu hommage à la furia francesca, la victoire s’est soldée par 40 000 tués ou blessés. C’est à la suite de Solferino, devant l’ampleur des désastres et l’incurie dans les soins apportés aux blessés, que le Suisse Henri Dunant créa la Croix-Rouge Internationale.
La Croix de Sébastopol, qui apparemment était en fer, a disparu, il ne reste que la colonne qui la supportait. Quant aux jumeaux ils seraient morts autour des années 1930, l’un d’eux au moins aurait été employé communal (garde-champêtre ?) à Saint-Chinian.
Le lecteur aura reconnu sur la photo qui illustre le présent article une lavogne. Celle-ci se trouve près de Puéchabon, sur le plateau des Brousses plus précisément, mais il en existe ailleurs dans la région, sur les terrains calcaires qui servaient, servent encore mais de moins en moins, de pâturages aux troupeaux de moutons.
On sait que le calcaire est fissuré et qu’ainsi il laisse passer l’eau. Aussi la question de l’absence de celle-ci sur ce type de sol a de tout temps constitué un problème pour les hommes en général et les bergers en particulier.
Pour les hommes on a construit des citernes. Pour les bêtes on a d’abord utilisé les mares qui se forment naturellement dans les sotchs, petites dépressions tapissées d’argile imperméable.
Par la suite de telles mares ont été aménagées de manière artificielle. Très souvent, c’est le cas ici, la lavogne est bordée de pierres qui évitent aux moutons de s’enfoncer dans la boue. Il arrive, c’est nettement moins esthétique, qu’une simple bâche, une toile goudronnée, serve à rendre étanche le fond de la lavogne.
On emploie aussi, mais plus rarement, le mot lavagne, plus directement lié à l’occitan lavanha, qui signifie mare.
A noter l’abondance de la faune des amphibiens : tritons, crapauds, rainettes… dans le milieu aquatique créé par les lavognes dans un environnement particulièrement sec. Ils trouvent là les conditions favorables à la reproduction de l’espèce.
On l’appelle aussi « La croix des noyés. » Elle est à Saint-Chinian, sur la rive droite du Vernazobre, en amont du village. Les treize petites croix qu’elle comporte évoquent les treize membres d’une même famille, la famille Lacroix, qui ont péri dans les inondations catastrophiques du 12 septembre 1875.
Elle avait été érigée sur l’emplacement de la maison qui fut emportée par la crue du Vernazobre lors de ces terribles vendanges. Elle a été récemment déplacée afin de permettre à l’horticulteur qui cultive le terrain où elle se trouvait de pouvoir effectuer ses travaux plus commodément.
Il y a quatorze noms gravés sur le socle, la plupart sont des Lacroix mais quelques-uns ont un patronyme différent. Treize croix pour quatorze noms ? Oui, l’une des victimes n’était pas un des membres de la famille Lacroix mais se trouvait dans la maison au moment du drame. Il y avait en fait 15 personnes quand l’édifice a été submergé par les flots et l’une d’elles a pu se sauver en nageant.
Une plaque apposée en face rend hommage au 2ème Régiment de sapeurs du génie venu secourir les sinistrés.
Le 12 septembre 1875 était un dimanche. Il avait plu la veille et le matin vers 5 H une accalmie avait laissé espérer que la décrue allait s’amorcer. Hélas, vers 6 H des pluies torrentielles s’abattirent sans discontinuer pendant ¾ d’heure sur les montagnes situées vers l’ouest. En 5 ou 6 minutes la ville fut la proie des flots.
La route reliant Saint-Chinian à Saint-Pons, la sous-préfecture dont dépendait ce chef-lieu de canton, ayant été coupée ce n’est pas de cette direction que purent arriver les secours. Ils vinrent de Béziers.
C’est un spectacle de désolation qui les attendait. On dénombra 97 victimes, 149 maisons furent complètement détruites, 300 durent être démolies, 200 familles furent réduites à la misère. Les dégâts occasionnés dépassèrent les 2 millions de francs-or.
Pour la petite histoire on peut ajouter que le Vernazobre qui se jette dans l’Orb à environ un kilomètre en amont de Cessenon traversa le fleuve et trouva provisoirement un nouveau lit avant de le rejoindre. Dans l’affaire l’arrière arrière-grand-père de l’auteur du présent article eut son cochon noyé dans la porcherie.
La Claretière ? C’est le nom de la bâtisse que l’on devine après la vigne qui est au premier plan et devant le pech qui est à l’arrière.
Ah ! le mot pech ? c’est un nom occitan qui signifie colline, sommet, hauteur… Il dérive du latin podium. Il se décline en puech, pioch, pieg, pog, puig, puy…
Le pech qui est derrière La Claretière s’appelle Calisso et il culmine à 378 m. Où est-ce ? Sur une ligne de crête, entre Roquebrun et Berlou. La Claretière, visible de loin, domine la vallée de l’Orb à l’est et celle du Rieu Berlou à l’ouest. Le point de vue sur Roquebrun, entre arbousiers et bruyères arborescentes, y est tout à fait remarquable.
Au milieu de la vigne un puits couvert, c’est à dire surmonté d’une manière de capitelle (sauf que les pierres sont liées par du mortier) mérite un petit arrêt.
Le nom de Claretière serait dû, mais rien n’est moins sûr, à celui du cépage, la clairette, cultivé tout autour. Pourquoi avoir choisi de vous parler de La Claretière ? C’est que l’activité économique de cette campagne, désertée depuis longtemps, avait quelque chose d’original. On y produisait en effet, sur un sol schisteux, du vin de messe qui était écoulé dans les paroisses des environs. La production était paraît-il d’une centaine d’hectolitres.
La bâtisse appartient à un certain Farines de Roquebrun et sa famille, la mère et la s½ur au moins (cette dernière y étant même née), y avait habité. Elle est assez dégradée et avait même été quelque peu squatté. On peut encore y voir la cuve où se faisait la vinification et une charrette à vendanger, démontée, entreposée dans la cave.
On y accède en voiture depuis Roquebrun et à pied depuis la vallée de Rieu Berlou, via les ruines de l’ancienne campagne de Calisso, maison natale du grand-père maternel de Christian Laux, l’Occitaniste bien connu des lecteurs de L’HERAULT du Jour.
Deux vues de « Fort Albert »
(Photos Guy Bousquet)
Ah, le mot « suca » ? Un mot occitan bien sûr, il signifie « sommet », sommet du crâne en particulier. Il se décline en suc, sucal… On le retrouve dans « assucar » qui signifie « assommer ».
La Suque dont nous vous parlons ici se trouve sur le territoire de la commune de Saint Nazaire de Ladarez. Mais il existe bien d’autres Suque ailleurs ! Notre Suque à nous culmine à 407 m. Depuis le sommet on a une vue panoramique sur la plaine du Biterrois et même largement au-delà.
Un pyromane a sévi car à plusieurs reprises le feu est passé par-là ces dernières années, faisant apparaître les nombreuses murettes qui soutenaient las laissas (c’est à dire les terrasses) où était plantée de la vigne. Une herbe rase, du brachypode rameux, en occitan de la balca, occupe l’espace. Le paysage en est rendu insolite.
En fait de murette il est un mur qui ferait plutôt penser à la muraille de Chine tant il est imposant : une centaine de mètres de long sur peut-être deux mètres de haut et autant, sinon plus, de large. Remarquablement bâti en pierres sèches, il délimitait un terrain qui avait été défriché, probablement au début du XX° siècle, par un habitant de Saint Nazaire dont le prénom était Albert. Un travail pharaonique qui avait valu à l’ensemble le nom de « Fort Albert » par les gens du cru, information recueillie auprès de monsieur Boussières !
Aujourd’hui s’il fallait construire de telles murettes et cultiver les parcelles ainsi dégagées on ne gagnerait pas l’eau qu’on boirait !
Une randonnée au départ de Saint Nazaire de Ladarez permet d’atteindre, hors circuit, le sommet de La Suque. Ladite randonnée est répertoriée, graphie corrigée par l’auteur, sous le vocable de « Rota Saumas » littéralement « La Route des Anesses ». Sans doute parce que le tracé qu’elle suit un moment était un sentier muletier.
Sur le versant est de La Suque ont été exploitées des mines, des carrières plutôt, de phosphate et sans doute de baryte. On connaît quelques utilisations de cet oxyde de baryum (de formule Ba O) : en peinture, pour la photo, en médecine…
En contrebas de Fort Albert on peut rencontrer une curiosité géologique qui n’a rien de spectaculaire pour le néophyte : « la plus belle séquence de conodontes au monde » dit pourtant le topo-guide. En fait on ne voit rien sinon des chiffres peints en blanc sur des strates d’une roche rouge qui affleurent ! Au microscope on aperçoit des « restes fossiles d'organismes animaux, en forme de dents ou de crochets, datant de l'ère primaire et du début de l'ère secondaire », c’est du moins ce qui est écrit dans l’encyclopédie Encarta à propos des conodontes. Leur observation permet de dater avec précision les sédiments dans lesquels on les rencontre.
Au-dessus de cette curiosité géologique, des pierres dispersées sur une butte doivent correspondre aux vestiges de la villa gallo-romaine que signale le descriptif.
Si vous faites la randonnée référencée dans le topo-guide des sentiers de randonnée « Balades en Terres d’Orb », vous passerez devant la croix de Barrac, rejoindrez le ruisseau du Crouset par la Combe Esclafide, découvrirez l’ancien moulin à huile de Lau et vous vous retrouverez dans Saint Nazaire de Ladarez.
Ah, un conseil, faites la balade en janvier / février, quand les mimosas sont fleuris, vous y gagnerez en beauté !
Au cours d’une de ses randonnées le Groupe des Cistes a découvert, entre Labastide Rouairoux et Les Verreries de Moussans un four de verrier comme il y en avait beaucoup dans le secteur. Abandonné depuis longtemps, il a été en partie restauré.
Il est dans une clairière, au milieu de la forêt donc, et apparaît comme un cylindre grossièrement maçonné, aplati, de 1.5 m de haut environ pour 3 m de diamètre peut-être. Au centre une pierre trouée devait servir de berceau pour recevoir un creuset dans lequel on plaçait les ingrédients (silice, chaux…) nécessaires à la production du verre. Le dessus du four, autour du berceau, apparaît vitrifié, sans doute à cause de la pâte tombée du creuset. Une manière de couloir bordé de murettes de pierres, orienté du côté du vent d’autan, le vent dominant le plus fort, devait assurer le tirage dans le four. A l’opposé une ouverture plus importante était probablement destinée à l’entrée du combustible et à l’évacuation des cendres. Un fossé, aujourd’hui comblé, partait de cette ouverture et s’en éloignait de quelques mètres mais nous n’en avons pas compris la fonction. Des bouts de verre, diversement colorés, trouvés dans les environs ont été rassemblés sur le dessus du four. La proximité relative de la mer pouvait permettre aux verriers de se procurer certaines plantes du littoral, de la soude notamment, dont la cendre était utilisée pour la coloration du verre. Encore que la cendre de bois conduit au même résultat.
Comme en de nombreux endroits l’activité de verrier était pratiquée ici par des gentilshommes qui, en application d’une charte de Charles VII datant de 1445, étaient autorisés à travailler le verre. En règle générale le travail manuel était interdit aux nobles à l’exception toutefois de celui du verre, réputé dangereux.
On fabriquait de la vaisselle vinaire (bonbonnes, dames-jeannes, bouteilles…) ainsi que diverses fioles (huiliers, carafes…) La production pouvait être écoulée dans les départements limitrophes de l’Aude, de l’Hérault et du Tarn. Un recensement de 1668 fait état de 26 verriers dans la région de Moussans. En 1827 la société « La Réveillée » livre annuellement 480 quintaux (à l’époque un quintal valait 50 kg) de verre. En 1870 ne subsistent que deux fours : l’un à bois, l’autre à houille. Le dernier est fermé en 1893.
Le nom de « La Réveillée » peut paraître curieux. Il était donné en référence au caractère saisonnier de l’activité des verriers. Peut-être pour éviter la surproduction, celle-ci n’était permise que pendant cinq mois de l’année. L’allumage des fours devait donc être un événement économique et social important.
Les derniers gentilshommes verriers n’étaient pas très fortunés et, à l’image des hidalgos espagnols, devaient être « fatigués de porter leur misère hautaine ». La tradition affirme qu’ils venaient à pied en ville toutefois, avant d’y entrer, ils mettaient leurs éperons !
Du côté du Pic Saint Loup, vers Claret plus précisément, existe un chemin des verriers. Le village de Claret a d’ailleurs retrouvé son activité ancestrale de production de verre mais il s’agit à présent d’une activité artistique et non plus industrielle.
Notre ami Pierre Escande, fidèle lecteur de L’HERAULT du Jour, nous a emmené voir une curiosité qu’il a découverte en chassant du côté de Réals.
Des travaux de terrassement effectués sur le ruisseau de Pécan, à quelques centaines de mètres en amont de son confluent avec l’Orb ont mis à jour une construction curieuse. Sans doute que l’eau de pluie a parachevé le dégagement de celle-ci.
« La chose » se présente comme une marmite de plus d’un mètre de diamètre sur autant de profondeur. Elle est bâtie dans une pierre noire avec un rebord qui paraît avoir été surélevé.
Il semble qu’elle ait servi de four. Oui, de la terre rouge et même quelques morceaux de brique repérés dans le voisinage pourraient être le résultat de la transformation d’argile sous l’effet de la chaleur. De même, plaidant encore pour une utilisation comme four, la surface du rebord est par endroits comme vitrifiée.
Les travaux effectués ont déplacé le lit du ruisseau de Pécan et à présent l’eau de celui-ci traverse notre marmite. En aval on peut rencontrer divers vestiges que les crues ont emportés. Tout à côté on a pu récupérer un morceau d’amphore.
Alors four à chaux, four à gypse, four de tuilier ou autre fonction ? Il nous est difficile de nous prononcer.
Monsieur Elian Gomez, qui travaille aux services archéologiques de la ville de Béziers, et qui est spécialisé dans les fours, conduit sur les lieux, a estimé qu’il pourrait s’agir d’un four de verrier ou d’un four de potier qui se serait « emballé ».
Photo Françoise Deixonne
La Malhaute ? Bien qu’il jouxte le village de Lignan s/ Orb, le quartier de La Malhaute fait partie de la commune de Thézan les Béziers. Le plan d’eau est évidemment au bord de l’Orb et est formé d’étangs qui occupent l’espace laissé vacant par la cessation d’activité des gravières ou sablières qui s’y étaient installées.
C’est un paysage tout à fait insolite que l’on découvre là, fait d’étendues d’eau qui communiquent entre elles et avec l’Orb, lequel coule ici si paresseusement qu’on peut le prendre lui aussi pour un étang. Ce n’est pas immense mais tout de même suffisamment important pour se sentir dépaysé quand on le parcourt.
On se croirait dans la Dombes, cette région si particulière, située au nord est de Lyon, où on peut faire une randonnée de plus de vingt kilomètres avec moins de trois mètres de dénivelé.
Bien sûr contrairement à La Dombes l’économie de La Malhaute n’a jamais reposé sur l’alternance, par immersion des champs, de culture de céréales et de pisciculture.
Toutefois on peut, pour La Malhaute, retenir une bonne partie de la description que donne, de La Dombes, l’encyclopédie Hachette « avant tout un paysage fait de l'association intime de l'eau et de la terre, des horizons bas, des étangs envahis par la végétation, des rives incertaines, l'absence de vraie limite entre l'élément liquide et le monde végétal, les eaux et les hautes herbes mêlées entre des lignes d'arbres, mais aussi des boqueteaux... »
La Malhaute c’est naturellement le paradis des pêcheurs qui y installent leurs longues cannes, fixées sur de petits supports, ciblant ainsi sandre, brochet ou carpe, cependant que dans la plupart des cas, une canne plus légère en main, ils occupent leur attente en taquinant le gardon, l’ablette, la perche-soleil ou la perche française.
Je ne résiste pas au plaisir de rapporter la scène qui est arrivée à une dame qui, modestement équipée d’une canne pour la friture, à sorti de l’eau un brochet de 1.5 kg. On peut imaginer le scénario : le carnassier s’est sans doute précipité sur un petit poisson qui venait de se prendre à l’hameçon. Elle a avoué avoir eu de la chance de ne pas voir son mince fil coupé par les dents acérées du brochet. Son mari avait lui, attrapé une carpe, probablement une carpe cuir et non une carpe miroir comme il l’a affirmé, de 7 kg.
Naturellement dans ces étendues d’eau la faune est variée. Il n’est pas rare d’y voir des ragondins. Les oiseaux sont nombreux. Les mouettes et les goélands ainsi que les cormorans – sale engeance ! – viennent y prélever leur dîme. On y rencontre aussi de petits hérons blancs que l’on appelle des aigrettes garzettes. En amont, du côté du pont Doumergue où les gravières sont présentement exploitées, on peut apercevoir des colonies de hérons de couleur sombre (des bihoreaux peut-être ?)
Ah, l’origine du nom de La Malhaute, qui s’écrivait Malaute jusqu’au XVII° siècle ? En occitan le mot malaut signifie malade. Il n’est pas impossible qu’il y ait eu dans cet endroit à l’écart une maladrerie, c’est à dire un hôpital pour lépreux. C’est une hypothèse avancée par Frank R. Hamlin dans son nouveau dictionnaire topographique et étymologique des noms de lieux du département de l’Hérault.