Ecole
Posté le 17.11.2006 par cessenon

S.O.S.
La cellule des enseignants communistes du Biterrois s’est réunie le mercredi 8 novembre au siège de la section du PCF. Huit personnes ont participé à la réunion. Il paraît intéressant de faire état de l’exposé présenté par une institutrice qui exerce dans une classe d’enfants en difficultés majeures de l’école Gaveau.
Il faut d’abord parler du cadre. Gaveau est à cheval sur le Faubourg et le quartier Saint Jacques. Dans 70 % des familles qui alimentent le groupe scolaire aucun membre n’a de travail. Il n’y a donc pas de revenu digne de ce nom.
La population du secteur est majoritairement étrangère, maghrébine, gitane, venue des pays de l’Est… Il y a aussi des Français dont la situation sociale n’est guère meilleure.
Conséquence des mesures prises au titre du contrat ville, de nombreuses maisons du quartier Saint Jacques sont en voie de rénovation. Où seront logés les gens qui les habitent présentement ? Dans quelles conditions ?
Quel est le comportement des enfants ? A l’agressivité et à la violence a succédé une phase d’apathie qui n’est guère plus supportable.
La déshérence des parents pose des problèmes insurmontables. Par exemple les retards désormais quotidiens pour venir chercher les enfants à la sortie de l’école.
La précarité d’une partie du personnel est généralisée. De plus les postes créés ne correspondent pas nécessairement aux besoins recensés. Les sigles ne manquent pas qui cachent mal l’absurdité des réponses.
Par contre des suppressions sont intervenues pour des fonctions essentielles. C’est le cas avec les psychologues scolaires pourtant indispensables, même si nous refusons la médicalisation de l’échec scolaire.
De plus les enseignants nommés sur le groupe scolaire n’y restent pas et chaque année l’équipe pédagogique est renouvelée ce qui évidemment n’assure pas la continuité de ce qui pourrait être entrepris.
Que faire ? Bonne question ! Il faudrait à notre avis que les parties concernées puissent être réunies, pour au moins débattre de la situation et prendre la mesure de l’ampleur de sa gravité. De ce point de vue, et tout en prenant conscience que les choses ne sont pas simples, il faudrait pour commencer que les syndicats, le SNUIpp notamment puisqu’il est majoritaire dans l’enseignement élémentaire et préélémentaire, retrouvent l’activité régulière que dans le passé ils se sont montrés capables d’avoir.
Ah, certes la dégradation est telle que rien n’est facile. Mais précisément à cause même de cette dégradation il nous paraît qu’on ne peut pas faire l’impasse sur le syndicalisme.
--
Posté le 28.12.2006 par cessenon

Une publication de l'association
Mémoire pédagogique
Je suis entré à l’Ecole Normale d’Instituteurs de Montpellier en 1955. Il y avait à cette époque une collection de professeurs dont certains valaient « leur pesant de confiture ».
Celui qui nous enseignait la botanique en classe de Seconde était une de ces figures. Il s’appelait Luquet mais peut-être que cela s’écrivait Lucquet, je ne jure de rien. Au demeurant nous l’appelions « La Lucque ». Il avait atteint, et même dépassé, la limite d’âge, je dirais qu’il avait à peu près soixante et dix ans.
Nous avions cours avec lui le samedi après-midi. A cette époque il y avait deux sortes de week-ends. Il y avait ceux qualifiés de grande sortie, où on était libre à la fin des cours à 17 h et pour lesquels les normaliens qui n’habitaient pas trop loin pouvaient aller chez eux pourvu qu’ils soient revenus le lundi matin à 8 h et les petites sorties où on ne pouvait quitter l’établissement que pour la journée du dimanche.
Les samedis de petite sortie Luquet nous amenait herboriser du côté de La Valette. Pour l’occasion il s’équipait de guêtres et d’une canne. Nous ramassions chacun une vingtaine de plantes dont il nous donnait les noms en latin. Cela ne nous apprenait pas grand-chose mais enfin j’ai retenu le nom latin de quelques plantes ! Vers la fin de l’après-midi il fallait nommer ces plantes et nous étions notés. La note allait en général de 20 à 17.
Les jours de grande sortie nous restions en classe et Luquet nous dictait un cours que nous devions prendre sur un cahier « Art et technique » sur lequel alternaient des pages quadrillées et des pages de dessin. Le texte n’avait sans doute pas varié depuis des années. Par ailleurs Luquet n’avait pas conscience que la page sur lequel il voulait que nous mentionnions tel détail n’était pas forcément au même endroit sur son cahier et sur le nôtre. Nous recevions par exemple l’instruction : « Ecrivez sur la page de gauche… »
Il était d’origine gasconne et avait une voix du terroir caricaturale que je sais imiter mais qu’il m’est difficile de qualifier !
En fin de trimestre, le jour de la composition, il annonçait : « Vous ne copierez pas, je suis Gascon, on ne trompe pas un Gascon ! » Pour précisément éviter que les élèves copient les uns sur les autres, les sujets alternaient avec les rangs : « Sujet N°1, sujet N°2, sujet N°1, sujet N°2… » En fait la composition consistant à reproduire un des chapitres qui avait été dictés, la plupart des élèves préparaient des « pompes » reproduisant l’ensemble desdits chapitres. Certains même se contentaient de sortir le chapitre qui correspondait au sujet attribué, préalablement écrit sur une feuille double comme l’ensemble de ceux qui pouvaient être demandés. Personnellement j’ai toujours eu la flemme de préparer des pompes !
Pendant que nous composions Luquet visait nos cahiers et nous mettait une note pour sa tenue. J’ai le souvenir de la phrase qui était tombée comme un couperet avec le cahier de Rami, un élève qui fumait, : « Rami tabac, votre cahier sent le tabac, vous aurez zéro ! »
Il faut vous dire que Luquet était très antitabac et très antialcool. Il avait, à l’intention des générations d’élèves qu’il avait connus, composé un poème sur ce thème : « Bistrot, mégot, zéro ! » C’était complété par diverses mises en garde du genre « Les pentes du vice sont perpendiculaires ! » le mot « perpendiculaire » signifiant sans doute ici « verticale ». Il y avait des variantes « Les plantes du vice poussent entre les pavés des rues de Montpellier » Il était également question du danger des estaminets.
Aussi le jour où Morgo fut surpris une cigarette dans la bouche il fut violemment interpellé d’un : « Morgo, dont le nom commence par Mor comme morve et finit par go comme gogo ».
Lors de notre première sortie botanique il y eut un psychodrame. Je ne sais pas si les plus anciens avaient prétendu que Luquet aimait les chansons paillardes mais à peine hors de Montpellier, qui à l’époque s’arrêtait au niveau de l’hôpital Saint Eloi, les plus délurés de la promotion avaient entonné : « C’est à boire, c’est à boire, c’est à boire qu’il nous faut ! » La réaction fut très vive. Rassemblés sous un olivier nous eûmes droit à un speech que je vais résumer ainsi : « Si c’est à boire qu’il vous faut, faites-vous bistrot, ne vous faites pas instituteur. Vous passerez sur mon cadavre mais il n’y aura pas de pagaille ». La canne tournoyait rageusement et il fut ordonné : « Saumade venez me ramasser cette plante ! » ce que l’intéressé alla faire je crois en rampant !
Il me semble que c’est au cours de cette première sortie que j’appris le nom latin « Cucurbita pepo » de la courge aperçue dans un jardin.
Je ne sais si c’est parce qu’il l’avait vu fumer ou parce qu’il avait su que Maffre était communiste mais il avait beaucoup d’animosité à son encontre. Pour ne rien arranger, un jour qu’il composait Maffre s’était trompé dans l’ordre de ses feuilles de pompes et avait écrit en sautant une page « Les choux de Kerguelen poussent sur les rochers… de la première nomination » ce qui évidemment n’avait aucun sens. Une autre fois, ne voulant pas mettre le mot à mot il avait modifié le texte dicté ce qui avait donné « Les Incas étaient les ancêtres de Solanum tuberosum » pour « Les Incas cultivaient Solanum tuberosum sur les pentes de la Cordillère des Andes » ce qui lui avait valu un « Mais qu’allez-vous écrire que les Incas étaient les ancêtres de la pomme de terre ? » De même il avait malencontreusement écrit à propos de la variété de choux « c½ur de b½uf », « les choux ont un c½ur de b½uf ».
L’ensemble faisait beaucoup et un jour de petite sortie, alors que nous écrivions notre cours sous la dictée, Juers, qui se trouvait à côté de Maffre, n’avait pas entendu ce qui venait d’être dit. Il s’était penché sur le cahier de son voisin pour combler sa lacune. Luquet lui signifia « Juers, vous copiez ! » ce qui, vu le contexte n’était pas vraiment une réalité ! Et de plus Luquet enchaîna : « Mais vous êtes bien modeste de copier sur Maffre ! » Nous nagions on le voit en plein surréalisme.
Revenons sur la pomme de terre. Ses bourgeons sont disposés en hélice suivant un certain sens. Luquet commentait son temps de service militaire (au cours duquel il n’a jamais dû accéder à un quelconque grade) par cette phrase : « j’ai épluché des mètres cubes de patates sans me rendre compte qu’elles avaient un sens ». Il ajoutait à propos de ses rapports avec son colonel, celui-ci voulant connaître le « type Luquet » qui devait avoir une réputation de farfelu, il s’était présenté à lui d’un : « Type Luquet mon colonel ! »
La veille des vacances de Noël nous bénéficions de quelques variantes. Luquet avait choisi de nous lire la vie de Darwin. C’est ainsi que nous avons eu droit à un passage de son périple autour du monde, malheureusement coupé par le fait qu’il était à cheval sur le recto et le verso d’une même feuille, ce qui donnait « C’est alors que le jeune Darwin, de retour sur Le Beagle [le bateau sur lequel il naviguait], s’embarqua pour monter… vidéo. » Oui, ici la voix s’élevait d’abord et retombait rapidement car il s’agissait de Montevideo !
Ah, on ne peut pas dire que tous les professeurs de l’Ecole Normale étaient de gauche. Luquet était carrément colonialiste et raciste. En 1955 / 1956 il y eut l’affaire de Suez. Notre professeur de biologie nous livra en plein cours, alors que rien ne se prêtait à en parler, son appréciation sur la situation : « Ce bicot de Nasser qui veut nationaliser notre canal ! »
Une autre fois Lévy, surpris peut-être en train de copier ou de faire je ne sais quoi d’autre d’illicite, se vit infliger cette injure : « Cha, là, là, mais des gens comme vous, Hitler n’en a pas tué assez ! » Personne ne broncha dans la classe sauf Lévy qui sortit de la salle sur-le-champ pour aller rapporter le fait au directeur.
Comme quoi l’Ecole Normale n’était pas forcément l’endroit idéal pour faire éclore des idées progressistes !
Posté le 04.01.2007 par cessenon

Dans la collection des professeurs qui exerçaient à l’Ecole Normale d’Instituteurs de Montpellier au milieu des années soixante il faut citer Arnavielle, le prof de gym qui avait été baptisé Nestor par nos prédécesseurs.
Des rumeurs circulaient sur son compte, l’une affirmant qu’il avait été consul de France au Libéria, l’autre qu’il avait bien été au Libéria mais qu’il y vendait des savonnettes !
Ce qui est sûr c’est que nous ne l’avons pratiquement jamais vu en survêtement. L’hiver il était vêtu d’une canadienne et l’été il arborait une casquette à visière. Il avait le don d’employer des phrases qui se gravaient dans les mémoires, du genre « Loubet montrez-nous comment il ne faut pas faire ! » après que l’élève ainsi appelé ait raté l’exercice demandé. Ou encore « Il fait beau, marchons au pas ». Il nous en était resté l’expression « Il fait un temps à marcher au pas ».
A la fin de la quatrième année d’Ecole Normale, l’année de Formation Professionnelle, certains présentaient le concours du CREPS. Plusieurs étaient reçus dans les premiers. Les collègues de notre prof de gym lui demandaient quelles étaient ses méthodes d’enseignement. « Un peu de méthode Hébert et beaucoup de méthode naturelle » répondait-il.
Mme Poulenard, que nous appelions La Poule, était notre prof de maths. En 1955 elle s’excusait de ne pas avoir ses cours à jour car elle avait perdu ses préparations dans un bombardement en 1944.
Busine, professeur de français de son état, avait carrément perdu la raison. Il avait pour surnom Nastou. Une légende prétendait que c’est parce qu’il écrivait des romans policiers sous le pseudonyme d’Athanase. Le seul cours que nous avons dû suivre a été le premier. A cette occasion Buisine avait lu en déclamant avec conviction l’épigramme de François Villon que voici :
Lorsque Maillard, juge d'enfer, menait
A Montfaucon Semblançay l'âme rendre,
Lequel des deux, à votre avis, tenait
Meilleur maintien ? Pour le vous faire entendre,
Maillard semblait homme qui mort va prendre,
Et Semblançay fut si ferme vieillard,
Que l'on cuidait pour vrai, qu'il mena pendre,
A Montfaucon, le lieutenant Maillard
J’ai quand même quelques souvenirs de ses autres cours. En fin de trimestre la lecture de « L’homme invisible » et de « Ubu Roi » ainsi qu’une méthode pour bourrer et fumer la pipe. Des pipes, on pouvait s’en procurer en abattant une panthère avec laquelle, tenue par la queue, on effectuait un cercle complet. On obtenait ainsi « Deux Pi panthères ».
Il paraît, mais ce n’était pas vérifiable, que dans les années précédentes un élève avait eu une note correcte à une dissertation dans laquelle il avait raconté un match de football entre les Parnassiens et les Romantiques. Quelque chose qui donnait « Leconte de Lisle drible Victor Hugo, centre sur José-Maria de Heredia qui de la tête trompe Lamartine » On prétendait en effet qu’il ne lisait pas les copies !
J’ai retrouvé Buisine en classe de FP (Formation Professionnelle). Nous avions passé plusieurs mois sur la première strophe du Cimetière Marin de Paul Valéry :
Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes ;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée
O récompense après une pensée
Qu'un long regard sur le calme des dieux!
Il fut à plusieurs reprises victime d’élèves qui jetaient de la grenaille de plomb sur l’estrade, provoquant un bruit angoissant dont il n’a jamais sans doute su l’origine et qui aurait pu lui provoquer une crise cardiaque.
Le jeudi nous le retrouvions à City Sports en train de jouer au flipper avec un air passionné.
Lecuanet, que naturellement nous désignions sous le vocable de La Couenne, me faisait véritablement peur. Nous l’avions en atelier et en agriculture. En atelier il y avait deux options : reliure et menuiserie. Ceux qui ne réussissaient pas très bien en reliure, option qui avait la faveur de la majorité, étaient envoyés en menuiserie comme une manière de condamnation accompagnée de la sentence « Vous irez au bois ». Ce qui avait emmené Rami à chanter « Nous irons tous au bois ».
En agriculture nous avions déterminé la nature du sol du jardin potager qu’abritait l’enceinte de l’Ecole Normale. Nous avions effectué un prélèvement que nous avions consciencieusement malaxé, fait agir sur lui un acide, sans doute chlorhydrique. La quantité de dioxyde carbone dégagé avait été pesée et nous en avions déduit la teneur en calcaire. A cette occasion nous avions appris le principe philosophique qui préside à la double pesée : « Les mêmes causes produisent les mêmes effets » principe que je n’avais pas manqué de citer lorsque, trois ans plus tard (j’ai toujours eu bonne mémoire), en classe de formation professionnelle, il avait à nouveau été question de double pesée. Eh non, entre temps la formulation du principe avait évolué et était devenue « Les mêmes effets sont produits par les mêmes causes ».
Lecuanet officiait en pédagogie de l’arithmétique et dans les sciences d’observation. Il avait une façon particulière d’interroger les élèves maîtres en commençant par ceux qui réussissaient le moins et en poursuivant jusqu’à ceux qui arrivaient à répondre correctement. Il menait son affaire avec lenteur et efficacité. Je crois que c’est avec lui que j’ai appris à rassembler sur un sujet donné tout ce que j’en savais avant de l’approfondir.
En formation professionnelle il avait encore en charge l’enseignement de l’agriculture. A ce titre nous étions allés déterrer un pêcher qui n’avait pas démarré au départ de la végétation. On soupçonnait les vers blancs de l’avoir tué et nous devions en voir des quantités autour de ses racines. En fait nous n’en vîmes aucun et La Couenne avait commenté : « Cet arbre n’était probablement pas mort ».
Il venait à l’EN avec un invraisemblable engin à deux roues qu’il avait comparé avec la superbe moto que possédait un surveillant. Il avait interpellé celui-ci d’un « Avec votre cylindrée vous devez bien faire du 60 km/h ». Et le surveillant qui devait rouler régulièrement à 100 km/h avait concédé « J’atteins même les 80 km/h ». A quoi Lecuanet avait rétorqué : « Pour plus de prudence j’ai bloqué mes gaz à 40 km/h ».
Pierre Monteils, que nous appelions Pétrus, était notre professeur de physique. Ses cours n’étaient ni structurés ni structurants mais on ne va pas l’accabler, j’ai quand même fini ma carrière d’enseignant comme certifié de physique chimie ! Les mêmes blagues étaient ressorties chaque année aux élèves. A titre d’exemple on va citer l’histoire de φ. Dans une démonstration il supprimait une quantité négligeable qui était un flux qu’il désignait par φ. Nous avions droit à un « Je fais fi de phi ». Cela provoquait un rire collectif et bruyant savamment amplifié par la classe.
J’ai par ailleurs parlé de Mme Saint André, le professeur d’espagnol, particulièrement sérieuse dans son travail. Je ne sais pas pourquoi elle avait été surnommée La Tita tandis que l’assistante était La Titita.
Je crois, mais je ne jure de rien, que la dame qui nous enseignait la musique s’appelait Mlle Gaumont. Nous l’appelions Nana. Elle faisait de son mieux et nous invitait à écouter de la musique classique dans la grande salle en affichant le programme dans le hall. Ah, l’annonce de l’½uvre célèbre de Smetana avait quelque peu été falsifiée par Delcung qui l’avait complétée, ce qui donnait « La Moldau » Florine.
En histoire géographie Pfister, militant de la CFTC puis de la CFDT, faisait quasiment figure de prof normal. Particularité, quand il s’était présenté, il avait écrit son nom au tableau, ce que je n’ai pas manqué de faire chaque année à la rentrée scolaire lors de mon premier contact avec une classe.
Je ne sais plus le nom de celui qui officiait en dessin. Je sais par contre qu’il m’avait mis à dessiner des chaises pendant que d’autres reproduisaient des statues. Son successeur qui s’appelait De Crecenzo m’avait adressé des reproches en ces termes : « Voyons Crô (oui il escamotait le « s », sois logique avec toi-même ! »
Oui, musique, dessin, travail manuel… je n’étais vraiment pas doué. Ou du moins je n’ai jamais réussi !
Posté le 19.12.2007 par cessenon

Le groupe scolaire de Cessenon
Tel qu’il était dans les années 1950
C’était donc en juin 1955, j’avais eu 15 ans au mois de février. J’étais vraiment très gamin à cette époque !
La veille du concours j’étais allé emprunter chez une institutrice qui était logée dans le groupe scolaire un dictionnaire unilingue d’espagnol que nous pouvions utiliser pour la version que nous devions faire. Je n’avais jamais eu l’occasion de m’en servir !
Camille Allué qui était de Murviel les Béziers, avait apporté son rasoir électrique, la maquina de afeitar avait-il dit ! Il n’a été pris que l’année suivante.
Je ne sais plus dans quel ordre était prévu le déroulement des épreuves. Je me rappelle certaines d’elles.
Le commentaire de texte d’abord. Un texte de Balzac, mais le nom de l’auteur n’était pas cité, extrait de « Eugénie Grandet ». C’était le passage où Grandet annonce à neveu que son père s’est donné la mort et surtout qu’il est ruiné ! Il fallait dire qu’il était cynique, un terme que j’ai employé !
La dictée ? Elle était éliminatoire, si on avait zéro, quels que soient les résultats par ailleurs on ne pouvait pas être pris. C’est Lecouanet qui avait dicté le texte. Il était question d’atomes qui se mouvaient en une étrange bacchanale. Henri Rami qui ne connaissait pas le mot avait écrit je crois « bas canal » ou quelque chose d’approchant.
En espagnol le titre était « El Pim Pam Pum ! » quelque chose que l’on pouvait traduire par « Le jeu de massacre » avec toutefois des variantes au niveau des règles ! Je n’avais pas traduit, j’avais laissé « Pim Pam Poum ». Je n’ai pas dû être trop pénalisé, peut-être même pas du tout.
Il me semble que c’est à l’écrit qu’était l’exposé. On nous lisait un document et sans avoir le droit de prendre des notes il nous fallait en faire un compte-rendu. Je me débrouillais assez bien dans ce domaine. Le sujet était quelque chose qui devait être formulé par « Pays techniquement évolués et pays techniquement arriérés ». C’est Pfister qui avait lu le texte.
Tiens j’ai le souvenir d’André Diguet qui était en short pour cette épreuve, peut-être pour les autres aussi.
Je n’ai pas d’autre souvenir de l’écrit du concours sinon qu’en mathématiques ça avait dû bien se passer !
Pour l’oral j’avais emprunté une planche qui appartenait me semble-t-il au fils de Monsieur Combes, le directeur du cours complémentaire, en vue du modelage. Je n’avais jamais fait de modelage !
Pour l’écrit j’avais été hébergé chez une nièce de ma mère qui logeait avec son mari et son fils route de Palavas. Pour l’oral ils n’étaient pas là mais j’avais eu la maison à ma disposition et j’avais pris mes repas chez les beaux-parents de ma cousine.
Que dire de cet oral ? Eh bien, en mathématique ce ne fut pas vraiment génial. J’avais à démontrer la formule qui permet de calculer l’aire d’un trapèze. C’est vainement que j’ai tenté d’en faire un rectangle ! En fait il suffisait de le couper en deux par une diagonale, de faire apparaître ainsi deux triangles, d’utiliser la formule de l’aire de chacun d’eux et d’additionner !
En français cela s’était très bien passé. Je crois que les examinateurs étaient Messieurs Durand et Buisine. J’avais eu un texte de Voltaire sur le parlement de Toulouse il me semble. J’avais été très à la hauteur m’avait dit Michel Combes qui était passé après moi et qui avait porté jugement à partir des échanges qu’il avait noté entre les examinateurs, ceci alors que j’étais plutôt scientifique que littéraire !
Que restait-il ? L’épreuve de sports. Bien, bénéficiant du barème accordé aux candidats plus jeunes j’avais eu la deuxième note. Et comme celui qui avait eu la meilleure, Marc Valada, n’avait finalement pas été reçu, j’étais le premier ! Oui, j’avais mes chaussures à pointes, mon sac de sports… j’avais eu la sympathie appuyée d’une autorité qui connaissait un des instituteurs que j’avais eus quelques années plus tôt ! Ah, j’avais choisi le grimper à la corde plutôt que le lancement du poids !
En musique évidemment cela n’avait pas été très brillant, j’ai toujours chanté faux, et pour tout dire je n’y ai jamais rien compris ! Il fallait solfier une partition. Certes je savais lire une portée. Quant à solfier ! Encore pire que pour chanter. Pour le chant j’avais eu à interpréter « La petite farandole ». A vrai dire si ce n’était pas aussi bien et de loin, que la prestation de Michel Combes qui chantait en battant la mesure, c’était nettement moins catastrophique que celle d’André Diguet !
Pour ce qui est du dessin il fallait dessiner un morceau de pain avec le matériel de notre choix : crayon, peinture, encre de Chine… J’avais choisi le crayon. Nous avions deux heures pour composer. Dans ce temps là je crois que j’aurais été capable de dessiner toute une flûte découpée en tranches !
Ah, le travail manuel ? J’avais choisi, par défaut, le modelage. J’ai failli avoir des problèmes. Le beau-père de ma cousine germaine m’avait généreusement servi en vin frais sorti du puits de son jardin. J’étais presque pompette et pour un peu j’arrivais en retard à l’Ecole Normale ! J’ai modelé une feuille de figuier. J’ai dû limiter les dégâts !
Je n’ai guère d’autres souvenirs, sinon deux. Une discussion avant les épreuves, avec d’autres candidats, dont Jean-Claude Lévy lequel m’avait fortement impressionné par sa décontraction. Pourtant Jean-Claude Lévy n’avait pas été reçu ! Il avait quand même intégré l’ENG de Montpellier ayant postulé pour un emploi d’instituteur en Guyane où il n’a sans doute jamais mis les pieds !
Le seconde c’est la façon dont j’ai compris que j’avais été reçu. Je remontais à pied pour connaître les résultats et dans le bus qui descendait vers la gare Denis Ladet de Sète, qui n’a pu intégrer l’EN que l’année suivante, m’a fait signe que… oui, je pouvais penser que j’étais sur la liste.
C’est ce que j’ai vérifié sur la porte d’entrée, vitrée, de l’Ecole Normale où étaient affichés les résultats. 17ème sur 20, ouf ! En fait cette année là on a pris 21 normaliens sur les quelque 400 candidats qui s’étaient présentés à l’écrit. Un concours très sélectif donc !
A Cessenon je faisais figure de héros ! Encore que nous ayons été trois à rentrer à l’Ecole Normale d’Instituteurs ou d’Institutrices en 1955 ! Après une éclipse de neuf ans le village fournissait à nouveau des normaliens : outre moi, Aline Galy et Albert Flourens, lequel avait quitté le cours complémentaire de Cessenon en janvier pour celui de Louis Blanc à Béziers, allaient eux aussi être élèves-maitres à la rentrée d’octobre.
Je suis revenu quelques jours au cours complémentaire pour savourer mon succès mais une page de ma vie et de mes études était déjà tournée !
Belles vacances que celles de l’été 1955 !
Posté le 09.02.2008 par cessenon

Parmi les maîtres de cours complémentaire que j’ai connus à Cessenon il y a monsieur Donnadieu.
Il nous enseignait l’espagnol et l’histoire géographie en sixième et cinquième. Je l’ai eu ensuite en quatrième où il nous assurait les cours de géologie et encore ceux d’histoire géographie.
C’était un homme plutôt grand, mince, que nous appelions, c’était chargé d’agressivité car il était sévère, Le Long ! Il était originaire de Vieussan où j’ai eu l’occasion d’acheter du vin à son neveu. Celui-ci avait trouvé un slogan pour son commerce : « Pour vivre heureux, pour vivre vieux, buvez du vin de Donnadieu ! »
Monsieur Donnadieu avait un logement de fonction dans le groupe scolaire et un jardin à l’arrière. Il me semble qu’il avait quatre enfants et j’ai eu l’occasion de rencontrer la plus jeune de ses filles lors d’un stage de physique chimie.
Je me rappelle qu’il m’avait commandé des plants de tomates et que, les ayant moi-même pris au jardin, je lui en avais donné beaucoup plus que ce qu’il avait à payer. Il avait déclaré : « Je suis confus ! »
Il a quitté Cessenon en 1953 pour prendre la direction du cours complémentaire de Saint-Chinian et a été remplacé par monsieur Bourdier.
Je me souviens des premières leçons d’espagnol. Il y avait eu la question de l’accent tonique. Je n’avais aucune idée de ce que cela pouvait signifier ! Nous avions eu à souligner la syllabe sur laquelle il portait dans un texte qui avait pour titre « El taller del sastre » (l’atelier du tailleur.) Je n’avais absolument rien compris à la question et je m’étais contenté de souligner les syllabes qui avaient un accent ! En plus j’étais perturbé par le fait que pour moi c’était le mot « taller » qui désignait le tailleur et non « sastre » !
Nous avions un livre qui s’appelait « Primeros pinitos » (Premiers pas). En cinquième lui succédait « Andando » (En marchant).
De la sixième je me souviens des « preguntas / respuestas » qui donnaient par exemple « ¿ Que es esto ? - Esto es un tintero » (Qu’est ceci ? – Ceci est un encrier.)
Un poème qui faisait état de "La escarpada roca" avait valu à Serge Roca le surnom de "La Escarpada" !
J’avais reconnu le monde familial dans lequel je vivais avec les extraits du « Lazarillo de Tormes » premier roman du genre picaresque.
Il y avait aussi des passages de Don Quichotte commentés par monsieur Donnadieu. J’ai le souvenir de celui où le héros se confectionne un heaume avec un panier à salade ou quelque chose d’approchant.
Ah, encore un souvenir de cet « Andando ». Il était décrit la sortie d’une pièce de théâtre et l’un des personnages commentait « ¡ Talente tiene Benavente ! » (Benavente a du talent !) Toutefois un élève avait rapproché le terme « talente » du mot occitan « talent » presque homonyme qui signifie « faim » et comme après le spectacle il était tard, il en avait conclu que l’un des spectateurs avait faim !
J’étais tout à fait capable d’enregistrer une leçon et de la ressortir sans qu’il y manque grand-chose ! Aussi je me rappelle la note de 19,5 obtenue à ma première composition d’histoire.
Ah, un souvenir aussi : les élèves de 6ème et de 5ème étaient tous dans la même salle. Moi qui n’avais que 10 / 11 ans je me retrouvais avec des adolescents qui étaient déjà d’une autre génération, d’une autre état d’esprit aussi. Je fus effrayé le jour où Pierrot Vigne sortit un couteau et le planta sur son bureau en invectivant monsieur Donnadieu d’un « Le Long » !
En 4ème nous eûmes droit à une sortie géologique sur le terrain. C’était un jeudi et nous avions ralliés à bicyclette la passerelle de Varailhac pour observer le méandre d’un ruisseau avec son dépôt dans la partie convexe et le creusement de la rive dans la partie concave.
Nous étions montés au sommet de Pecan, peut-être pour voir l’érosion spectaculaire de certaines parties plus sensibles que d’autres.
Dans les jours qui ont suivi nous avions dû reproduire une carte du site. A cette époque il n’y avait pas au cours complémentaire de moyens de reproduction, même pas un duplicateur à alcool ! Aussi monsieur Donnadieu avait donné l’original à un élève qui, une fois le travail effectué devait faire passer les deux exemplaires à deux autres élèves qui à leur tour… Un des exécutants avait fait une tache d’encre en forme de haricot qu’il n’avait pas eu la possibilité d’éliminer. A partir de ce modèle là les cartes avaient toutes eu leur tâche en forme de haricot !
Je vais encore ajouter un dernier souvenir : ce devait être à la fin de la classe de 4ème, en 1953 donc, c’était presque les vacances, monsieur Donnadieu nous avait fait une leçon, hors programme, sur un atoll, qui m’avait émerveillé !
Ce
blog est hébérgé par centerblog. Créer un blog c'est simple, rapide et gratuit sur centerblog.net !
Signaler un abus