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cessenon
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Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ)
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Date de création :
27.04.2006
Dernière mise à jour :
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Ecole

Souvenirs du temps de l'école maternelle

Posté le 30.06.2006 par cessenon

Oeuvre et photo de Gisèle Gast

Mes plus anciens souvenirs scolaires remontent bien sûr à l’école maternelle. Elle comptait deux classes et évidemment deux institutrices : Mme Roger, qui s’occupait des plus petits et Mlle Delphine qui avait les plus grands et devait être la directrice. Il y avait aussi une femme de service, Jeanne Fulcrand, une veuve.
Mme Roger était une dame divorcée, plutôt bien physiquement. De son séjour dans sa classe je n’ai que des souvenirs assez flous. Ma mère m’a eu rapporté l’appréciation qu’elle avait sur moi : « Il est intelligent mais qu’est-ce qu’il est bavard ! »
J’ai appris à lire à l’école maternelle sans je crois le secours de personne. Il y avait chez moi, dans une pièce qui servait de débarras, un syllabaire et j’avais compris tout seul me semble-t-il le mécanisme de la formation des syllabes et des mots.
Des quelques clichés que j’ai de cette époque il y a les deux portiques où je n’ai jamais vu accrochée de balançoire. L’un était moins haut, avec des montants cylindriques de plus grand diamètre que celui qui était dans un coin. J’ai dû connaître là, en y grimpant, mes premières – très modestes – érections !
Il y avait aussi un bassin avec un rocher moussu dans lequel nageaient des poissons rouges. Vers la fin de l’année scolaire il arrivait que nous jouions à pêcher dans ce bassin. Nous n’avions aucune chance d’attraper un poisson car nous nous contentions de plonger un fil attaché à un bâton avec une pierre à l’autre bout. Et pourtant, à la surprise de nos maîtresses, Bébert, un garçon de deux ans plus âgé que moi, en avait sorti un ! Oui mais voilà, il avait placé au bout de son fil une agrafe de cahier qu’il avait cachée dans de la mie de pain.
Comme il se doit il y avait dans la cour de l’école des platanes avec tout autour de chacun une bordure circulaire d’oxalis. Je revois une scène au cours de laquelle André Blanc nous faisait une démonstration de la méthode qu’il fallait employer pour se saisir d’un papillon. Celle-ci se faisait son béret à la main et commençait par une mise en situation : « une supposition qu’il y ait là un papillon… » Dans sa démonstration fictive le papillon était censé être posé sur une oxalis.
Pour en rester à l’extérieur des salles je peux citer aussi l’épisode de grands travaux au cours desquels les employés municipaux avaient dégagé mauvaises herbes et broussailles. Le feu y avait été mis et des escargots y avaient été grillés. Les élèves avaient été invités par Mme Roger à en manger. J’avais personnellement trouvé la chose excellente, ce qui ne s’est jamais reproduit par la suite.
Avant de rentrer en classe arrêtons-nous un moment dans le préau. En fait c’était une grande salle. Nous y faisions des jeux notamment l’un au cours duquel une ribambelle d’enfants tournait en cercle en chantant « Laissez-les passer les olivettes… » A chaque tour le dernier de la chaîne devait s’arrêter. Et puis le tout dernier avait droit à trois tours qu’il effectuait en courant. Là nous chantions « Laissez-la passer la grosse bombe, trois fois passera… » Le plus souvent celui qui était choisi pour jouer le rôle de « La grosse bombe » était Robert Sigé, un vague cousin à moi, de mon âge, qui avait perdu son père à la guerre en 1940. A l’époque il était plutôt costaud par rapport aux autres.
J’ai un autre souvenir de ce Robert Sigé. Nous sommes en classe et je ne sais trop à quelle activité nous nous livrons. Peut-être à l’exécution d’un dessin libre. Robert s’énerve sur sa feuille qu’il gribouille avec son crayon, le déplaçant vigoureusement de façon à obtenir… rien de vraiment significatif. Interrogé sur le sens de son œuvre il déclare que ce sont des « Parisiennes. » Le mot désignait une variété de haricots alors en vogue chez les Cessenonais qui avaient un jardin !
Tout le monde n’était pas bon élève et Michel Peytavi interrogé pour voir quelle lettre il reconnaissait dans l’alphabet qui était affiché au mur n’en avait identifié qu’une. Sur quoi Mlle Delphine avait conclu qu’il était moins savant qu’un âne puisqu’un âne connaissait « I et A » !
Il y avait aussi des cubes portant des lettres et on pouvait s’essayer à les assembler pour former des mots. Salvador Mendez ne savait pas ce qu’il avait écrit en alignant quatre de ces cubes. Eh bien c’était tout simplement le mot « CACA » avait, très peu enthousiaste, indiqué la maîtresse.
Au début on m’accompagnait puis on venait me chercher à la sortie de l’école. Mais je me rappelle que les derniers temps je faisais les trajets tout seul. Je passais devant une maison dont la balustrade en ciment imitait des branches de bois. Je suis resté longtemps indécis quant au matériau employé là. Etait-ce vraiment du bois ou une imitation ? Par moments j’étais convaincu d’une chose et par moments de son contraire.
Quand il pleuvait à la sortie de l’école les mamans accouraient avec des imperméables et des parapluies. Enfin cela ne valait pas pour moi car je n’avais pas d’imperméable, je ne suis pas sûr que ma mère avait un parapluie. De toute façon elle n’avait guère le temps. Cette discrimination ne fut à vrai dire jamais trop traumatisante.
Il est arrivé une fois que mon père vienne me chercher à l’école. Je crois même que c’était un peu avant l’heure de la sortie. C’est parce que l’après-midi nous devions aller vendanger chez un oncle et que ma mère devait être occupée à faire le repas au plus tôt. Cette journée fut une journée de vrai bonheur : mon père qui venait me chercher, la perspective de ne pas avoir école l’après-midi et d’aller aux vendanges !
Un autre détail concernant mes relations avec mon père m’avait marqué. Il était question de jouer une saynète pour la fête de l’école. Le titre en était « Les petits nains de la montagne. » Nous avions été prévenus qu’il faudrait, pour pouvoir jouer dans la pièce, être pourvus de rameaux d’oliviers. Convaincu que c’était quelque chose d’impossible à obtenir j’avais quand même donné l’information chez moi. Eh bien peu de temps après mon père avait apporté des branches d’olivier qu’il était allé couper dans une oliveraie voisine d’une des deux vignes qu’il possédait. A vrai dire la saynète fut jouée avec des manches de balai et je ne sais plus si j’avais été retenu.
J’ai le souvenir, vague aussi, d’une autre fête (la même peut-être ?) où il avait fallu teindre un pyjama récupéré je ne sais où pour servir de tenue de scène. On avait rajouté aux manches des rebords jaunes. Accroché à ce souvenir il y a aussi un chapeau de forme conique, sans doute tonkinois. Mais là ma mémoire est défaillante et il est possible que j’emmêle des choses différentes.
Ce dont je me souviens bien ce sont les napperons que nous décorions avec application. La maîtresse marquait au crayon les traits que nous devions recouvrir de fils de différentes couleurs. C’étaient des motifs simples qui étaient dessinés, essentiellement des fleurs, des pâquerettes plus précisément. Ces napperons ont longtemps été gardés par ma mère.
Je n’ai jamais su chanter, peut-être parce qu’on ne m’a pas vraiment appris. En maternelle on chantait cependant, notamment une chanson où se mêle l’occitan et le français et qui raconte l’histoire d’un pèlerin qui veut aller à Bethléem.. Le refrain répète : « La camba me fa mal (la jambe me fait mal), boute-selle, boute-selle, la camba me fa mal, boute-selle mon cheval. »
Les jeudis ou pendant les vacances scolaires ma mère m’emmenait chez une dame âgée, elle s’appelait Philippine, pour me faire garder. La bouteille de verre jaune dans laquelle elle mettait le lait pour mon goûter est longtemps restée dans le buffet de la salle à manger. Chez cette dame il y avait un balcon qui surplombait un chantier de construction de wagons-foudres en bois destinés au transport du vin. Le spectacle m’intéressait beaucoup et m’avait inspiré pendant quelque temps une vocation de tonnelier ! A vrai dire cette entreprise périclita rapidement, concurrencée par l’apparition des wagons-foudres métalliques.

Le temps de l'école primaire

Posté le 01.07.2006 par cessenon
Moi au CM2 en novembre 1949


Je suis rentré à l’école primaire en octobre 1946. Celle-ci était à l’extérieur du village. Il y avait naturellement une école de filles et une école de garçons, parfaitement séparées, avec dans chacune trois classes, toutes à deux cours. Dans la première classe de l’école de garçons officiait Mme Auriol qui avait donc le CP et le CE1.
Je ne suis pas resté longtemps au CP : une quinzaine de jours peut-être. La maîtresse s’étant rendue compte que je lisais couramment je suis rapidement passé au CE1. Je n’ai pas tardé à me hisser à la première place lors du classement établi après les compositions mensuelles. D’abord 8ème puis 4ème puis second j’ai eu le Premier Prix à la fin de l’année scolaire. Je faisais figure de « savant » !
Ce Premier Prix consistait en un livre qui racontait une histoire où les jeunes héros étaient confrontés à un serpent de mer et terminaient leur voyage sur le dos d’une baleine sympathique sur laquelle on avait chargé le coffre contenant le trésor qui avait été découvert. A la fin il était écrit que le garçon et la fille, se tenant par la main, descendaient ensemble le grand fleuve de la vie (ou quelque chose d’approchant.)
Mme Auriol était quelquefois absente. Peut-être était-elle sujette à de la dépression. Il faut dire qu’elle avait une fille handicapée mentale. Le meilleur souvenir que j’ai gardé de mon séjour dans sa classe c’est une après-midi, lorsque M. Rouaix, qui exerçait au cours complémentaire, était venu la remplacer. Il nous avait apporté du compendium de physique une petite machine à vapeur modèle réduit qui fonctionnait à merveille. Il nous avait fait aussi une leçon sur les hommes préhistoriques qui m’avait passionné au plus haut point. Et pour couronner le tout il nous avait amenés sur le terrain de sports où nous avions joué au jeu de l’épervier.
L’hiver 46 / 47 a été caractérisé par de fortes chutes de neige, ce qui est exceptionnel dans notre région. Je n’en ai jamais vu tomber autant depuis. Je crois que la couche avait atteint 70 cm. Beaucoup d’élèves n’étaient pas venus en cours et comme nous n’étions que quelques-uns Mme Auriol nous avait gardés chez elle, elle habitait pratiquement la dernière maison du village à deux ou trois cents mètres de l’école.
Je peux ajouter ici que mon père n’étant pas très organisé nous n’avions plus de bois à la maison pendant cette chute assez imprévisible de neige. Il était donc parti avec une brouette chercher des ceps morts qui avaient été entreposés sous un mur dans une des deux vignes que nous possédions. Je l’avais accompagné.
En janvier 1947 eut lieu l’élection de Vincent Auriol à la présidence de la République. Comme toujours en pareilles circonstances les élèves eurent droit à une journée de congé. Eh bien nous n’étions pas loin de penser que nous le devions à ce que notre maîtresse, Mme Auriol, était une cousine du nouveau Président de la République.
L’année suivante je rentrais en CE2, dans la classe de M. Tournet. J’y ai retrouvé un autre élève de mon âge, Henri Joucla, qui lui avait « sauté » le CE1. Monsieur Tournet était un jeune instituteur dynamique que je trouvais sévère et que je craignais beaucoup. Il a terminé sa carrière professionnelle à Toulouse comme Inspecteur Départemental de la Jeunesse et des Sports. Les circonstances ont fait que j’ai correspondu avec lui de 1997 à sa disparition en 2000. Je vais extraire quelques passages des quatre premières lettres que je lui avais adressées.
« Voici quelques images que j’ai gardées de ma scolarité dans votre classe. Les rideaux par exemple, faits de bandes jaunes. Des gravures aussi, dont une représentant Vercingétorix déposant ses armes devant Jules César. Nos livres de lecture ou de français encore : Le DUMAS et le LYONNAIS. Je me souviens d’un texte, ce devait être dans l’histoire du violoneux suivi par un loup, qui nous faisait rire à cause d’une liaison « Le loup était sur ses talons. » Je nous revois changeant de place après le classement mensuel. Je ne changeais pas souvent, j’étais en général, mais pas toujours quand même, au premier rang ! Une remarque m’avait frappé lors de la correction collective d’une rédaction. Vous aviez souligné, dans le devoir d’André Ibanez, une incorrection à propos de la phrase « le tronc reste immobile malgré les feuilles qui remuent. » Il fallait s’exprimer différemment, et écrire par exemple « malgré le vent qui remue les feuilles. » J’entends Jean-Pierre Clavel incapable de dire un vers d’une récitation de Sully Prudhomme « les autres les croient riches parce qu’ils se lavent les mains », autrement qu’en le chantant. Je me remémore les élèves venant, en fin de journée, à votre bureau pour vous montrer leurs punitions. C’est que vous ne badiniez pas : nous avions à copier dix fois un mot que nous avions mal orthographié alors qu’il était sous nos yeux. A propos des noms en ail qui prennent leur pluriel en ails André Blanc avait expliqué ce qu’était un soupirail en faisant une inspiration profonde suivie d’une expiration de même longueur.
…/…
Le premier jour chez vous, au CE2 j’avais été troublé par ce que vous aviez écrit au tableau. Après la date du jour il y avait ce texte :
MAXIME :
« Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es. »
J’ai essayé de trouver une police de caractère, monotype corsiva, qui tienne compte de l’écriture que vous utilisiez avec ses pleins et ses déliés ! Le mot maxime m’avait perturbé. Je ne le connaissais pas et j’avais fait un rapprochement avec le nom de certains de mes voisins qui s’appelaient Maximo.
En fait la situation dans cette famille était fort complexe et traditionnellement, quand on avait besoin de renseignements à son sujet, on me les demandait car celui qui était de mon âge, Robert Ciscar, n’arrivait pas à se situer dans le dédale de sa parenté. La mère, Antoinette, Ciscar de son nom de jeune fille, était mariée à un Maximo dont elle avait eu deux enfants qui portaient le nom de leur père. Le second, Gaston, avait eu la poliomyélite au moment de l’adolescence et en était resté boiteux (décidément !) On l’avait surnommé « El cojo de Malaga » puis les choses avaient évolué et il était devenu « Le coco de Malaga » puis tout simplement « Le coco. » Maximo père était parti à Barcelone, pour participer à une manifestation, contre Franco je crois. Il n’en est jamais revenu. La mère avait par la suite vécu avec un certain Royo Médard dont elle avait eu trois enfants qui, bien que reconnus par lui, n’avaient pu que porter son nom de jeune fille.
Je vous ennuie peut-être ? Mais moi j’avais à régler le problème de ce MAXIME qui disait des choses un peu mystérieuses pour tous. Diantre ce « hantes » n’était pas une évidence. D’ailleurs Roger Guiral vous avait trafiqué votre texte, en lui gardant une phonie voisine mais en lui donnant un sens résolument... obscène. Vous m’avez suivi !
Je reviens à vos maximes. Je ne sais pas quelle est celle qui était écrite au tableau le lendemain mais je sais que revoir le nom de MAXIME m’avait convaincu qu’il s’agissait de tout autre chose que d’un personnage !
Je vais vous parler un moment de ce Roger Guiral qui est mort très jeune d’une tumeur au cerveau. Nous devions énoncer les règles de grammaire et donner un exemple pour les illustrer. Ainsi je me souviens de celle-ci : « les noms terminés par OU prennent leur pluriel en OUS, à l’exception de BIJOU, JOUJOU... Exemple... » Il fallait donc trouver un exemple : trou, fou, filou, sou... Ceux-ci étant difficiles à trouver nous râlions après vous parce qu’il nous semblait qu’il y avait davantage d’exceptions (qui donc prenaient leur pluriel en OUX) que de mots obéissant à la règle générale.
J’en reviens à Roger Guiral. Là, l’histoire se passe dans la classe de M. Bourdier mais c’est la même technique qui est en œuvre. Au programme du jour, la règle à réciter et à illustrer était : « En général les noms terminés par AL prennent leur pluriel en AUX, exemple, un CHEVAL des CHEVAUX. » Guiral amorce le début « En général... » mais se perd dans son texte et conclut au plus tôt d’un « Des GENERAUX. » A quoi M. Bourdier, assez accablé, renonce d’un « c’est ça, un GUIRAL, des GUIRAUX. »
Encore quelques mots sur Guiral et son ami Maudet (celui-ci, peintre en bâtiment, s’est électrocuté très jeune en touchant des fils électriques alors qu’il ravalait une façade.) Donc Guiral et Maudet étaient en Fin d’Etudes alors que j’étais au CM2. Après la classe il y avait des devoirs à faire, notamment des problèmes. Les pauvres n’y comprenaient rien. Nous partions donc derrière Caville et je leur faisais leurs problèmes, ils n’avaient plus qu’à recopier. Une fois, étant pressé, je n’avais pas fait l’opération dont le résultat était nécessaire pour la suite. Je leur avais dit vous ferez le calcul et j’avais appelé X la valeur qu’ils devaient trouver et utiliser pour finir. Ils n’ont pas réussi à aller jusqu’au bout !
Je vais encore vous raconter une anecdote sur mes voisins. Nous habitions « Les Rues Basses », tout un symbole ! Ces gens étaient encore plus paupérisés que nous et je me rappelle qu’ils faisaient reposer les troncs d’arbre, dont une extrémité était engagée dans le foyer de leur fourneau, sur une chaise qu’ils avançaient au fur et à mesure que le bois se consumait. Il y a eu chez moi un feu de cheminée un peu plus sérieux que ceux que nous avions connus jusque là. Pendant que mes parents s’affairaient, on m’a expédié dans la famille Maximo / Ciscar / Royo. Comme c’était l’heure du repas, on m’a fait manger. Mais le nombre des assiettes était strictement réduit au nombre de personnes vivant sous le toit. On m’a attablé à la même assiettée que Gaston. Il y avait une espèce de purée et je puisais dans l’assiette sans organisation particulière. Oh là, là, qu’est-ce que j’ai pu être sermonné par Gaston qui m’a montré comment opérer, de façon méthodique, un peu à la manière dont on bêche un jardin, après qu’il eut divisé le contenu de l’assiette par une corde qui se voulait un diamètre.
…/…
Il n’y avait pas de contrat entre vos élèves et vous. Vous étiez dépositaire d’une autorité que nul ne vous contestait, ni les parents, ni leurs enfants, ni personne. C’était la règle et elle pouvait paraître immuable. Quel impact cela a-t-il eu sur notre devenir ? Je vais égrener ici quelques souvenirs, ils souligneront les limites du système.
Je revois, dans votre classe, une mappemonde avec, en rose, l’Empire colonial Français. Je trouvais la France puissante, j’en étais fier je crois. Malgré ce, quand la Guerre d’Algérie a interpellé les gens de ma génération, j’ai tout de suite compris que les Algériens avaient droit à l’indépendance. Et pourtant à cette époque je ne connaissais pas encore la célèbre phrase « Un peuple qui en opprime un autre ne saurait être un peuple libre. » Bien sûr ce n’est pas seulement parce que j’allais sacrifier 26 mois de ma jeunesse que j’étais pour La PAIX en ALGERIE.
Vous m’aviez fait vibrer avec l’épopée Napoléonienne. Mais je dois être juste, vous étiez lucide au moment du bilan. J’avais noté, au détour d’un cours d’Histoire, votre mise en cause du principe de la conscription. Cela ne m’a pas empêché et, quelque respect que j’aie pour vous, je l’affirme, d’être pour.
La relation simple que vous aviez faite du retrait de la guerre de la jeune Union Soviétique en 1917, puis la signature du pacte Germano-Soviétique en 1939 m’avait donné à croire que ces gens là nous avaient trahis par deux fois. Comme vous l’aurez compris mon jugement là dessus a depuis bien changé.
N’allez pas croire que ce sont des critiques que je vous adresse là. Vous étiez, et parfaitement sans doute, dans votre rôle d’Instituteur de la République. J’ai failli écrire de la IIIème ! Ah, vous étiez un peu sourcilleux du côté de l’Eglise. J’entends votre mauvaise humeur parce que, pour parler de l’importance de la religion au Moyen Age dans la conscience des gens, un élève avait employé l’expression « Le Bon Dieu » au lieu simplement de « Dieu. »
Allez, j’arrête de vous faire des misères. Je vais encore vous raconter deux ou trois clichés que j’ai gardés de ma scolarité dans votre classe. Il y avait une carte de France et, au-dessus de je ne sais plus quelle altitude, c’était en blanc. Je rêvais devant ce blanc, surtout en hiver, de neiges éternelles. Je me souviens aussi d’une carte d’un paysage de Noël que nous avions dessinée, j’étais au CE2, et où la neige du toit apparaissait en grisaillant le reste. J’étais positivement enthousiasmé par cette technique élémentaire.
Des récitations, j’ai gardé en mémoire quelques vers des Fables de La Fontaine « Un lièvre en son gîte songeait / Car que faire en un gîte à moins que l’on ne songe ? », « C’était un animal qu’on avait mis au vert... Et te lui met en marmelade les mandibules et les dents. » Des poésies de Victor HUGO aussi « C’est le moment crépusculaire... Le geste auguste du semeur », « Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. » Ici je m’embrouillais, ne sachant pas si c’était «plus longtemps loin de toi. »
…/…
Que puis-je ajouter, sorti du « sac de mes souvenirs » dans votre classe ? Il y reste moins de choses après mes trois premières lettres.
Il m’est arrivé de vomir sur mon pupitre et dans ce cas vous m’autorisiez à revenir chez moi. Une fois, je ne devais pas être si malade que ça car, rentré dans ma maison, j’étais ressorti dans la rue et j’avais regardé l’aîné des fils Montul qui jouait avec un cheval et une charrette de vendanges réalisés avec du fil de fer. Vous l’aviez su et vous m’aviez sermonné à mon retour en classe, je n’étais pas très fier.
Je me souviens, cela a dû être unique dans ma scolarité, d’être arrivé en retard à 8 h (heure solaire s’entend !) Nous rentrions en effet à cette heure là. J’étais effrayé par cette perspective. Eh bien ça c’était passé tout à fait en douceur. Plus tard ma mère s’était excusée auprès de vous, expliquant que c’est elle qui était en cause. Un matin j’avais été absent pour cause de maladie et ce matin là vous aviez été inspecté. J’avais regretté de ne pas être présent !
Une autre fois, c’était la fin de la journée, nous faisions une composition d’Histoire et nous n’avions plus trop de temps. Vous nous aviez dit d’avancer notre travail sans tenir compte de l’orthographe. J’avais écrit « guère » en lieu et place de « guerre », un mot qui était au tableau. Appliquant vos consignes je n’avais pas corrigé ma faute alors que je l’avais repérée. Hélas vos instructions ne concernaient pas ce que nous avions sous les yeux. Aussi j’ai eu à copier le mot « guerre » dix fois. Je n’avais pas été trop traumatisé par ce que j’aurais pu considérer comme une injustice. A mon cousin Jeannot Cros qui s’étonnait de me voir rester en punition - lui par contre était un habitué - j’avais expliqué que j’avais « dix mots à copier. » Croyant qu’il s’agissait de dix mots à copier chacun dix fois il avait trouvé cela assez effrayant. Mais, après mes explications, il avait trouvé la punition dérisoire. J’ai le souvenir d’une perle de lui : il avait écrit dans un devoir « Chandelier » pour Chancelier (d’Autriche me semble-t-il.)
Une autre perle concerne un garçon d’origine espagnole qui venait de La Bousquette, ou plus exactement de la Grange de Saint Denis qui est juste en dessous. Il s’appelait Vicente. Il fallait répondre à la question « A quelle famille appartient le lapin ? . » La réponse devait être sans doute « A la famille des rongeurs. » Il avait trouvé la question saugrenue, le lapin ne pouvant, selon lui, qu’appartenir à la famille de celui qui l’élevait !
Je vais encore ajouter une chose. Je n’étais plus dans votre classe, peut-être étais-je déjà au Cours Complémentaire, mais, c’était la fin de l’année, nous étions rentrés dans votre salle et vous nous aviez fait jouer au Jeu de « Quitte ou Double. » Vous choisissiez vos sujets en fonction de votre public. Personnellement j’avais buté sur une question de géographie concernant le Popocatépetl. Par contre Pierrot Millian, que nous appelions « Petit Homme », avait su, et cela m’avait impressionné, trouver le nom de « Chiquita de Cambo » à une question de sports. J’étais assez surpris de vous découvrir dans un autre contexte que celui de la classe. »
En 1949 je suis entré en CM2, dans la classe de M. Bourdier. J’étais toujours aussi menu (je me suis bien rattrapé depuis !) et pendant une période mes camarades m’avaient appelé « Squelette » ! J’ai d’ailleurs une photo de moi à mon pupitre d’écolier où je fais très studieux.
Oh, je n’étais pas très soigneux. Je n’avais pas une très belle écriture et je n’étais pas très habile pour dessiner, décorer mon cahier, présenter mon travail de manière esthétique… comme savaient le faire de moins bons élèves que moi. Bien que très sérieux je ne pense pas avoir été un gros travailleur, je n’étais pas assez solide pour cela. Par contre j’avais une très bonne mémoire, liée à une capacité d’attention je crois assez peu commune. Naturellement je comprenais vite ce qui m’était expliqué et j’avais, sans l’avoir jamais vraiment apprise, une orthographe sûre. M. Bourdier avait fait circuler auprès de ses collègues mon cahier de classe avec une dictée de certificat d’études où je n’avais fait qu’un quart de faute.
J’étais dans un autre monde que les grands qui étaient en Fin d’Etudes. La scène que je vais rapporter ici témoigne de cette différence. Elle met en cause Jean-Jacques Bullich que j’ai connu plus tard comme adhérent du parti communiste. Il n’était pas bon élève, encore qu’il a été reçu cette année là au certificat d’études. En fin de journée, profitant sans doute de l’absence du maître, il s’était masturbé en classe et m’avait passé sur le visage sa main pleine de sperme ! Heureusement pour moi j’ai pu évacuer rapidement de mon esprit cet épisode sordide et humiliant.
Je ne suis restée qu’une année dans la classe de M. Bourdier qui comptait outre le CM2 le cours de Fin d’Etudes dont je viens de parler et dans lequel restaient presque systématiquement tous les élèves avant d’entrer au cours complémentaire. Mais comme je réussissais toujours bien on m’a fait passer l’examen d’entrée en sixième à l’âge de dix ans.
Oui, il y avait un examen pour être admis en classe de sixième. Mais il ne devait pas être très sévère si j’en juge par le niveau ce ceux que j’ai retrouvés l’année suivante dans cette classe, pour la plupart issus de Fin d’Etudes.
Ce que je peux préciser c’est que la nuit qui a précédé la tenue de cet examen d’entrée en sixième, c’était en juin 1950, il y a eu un tremblement de terre qui, vers minuit, a réveillé toute la rue et sans doute tout le village. Aucun dégât bien sûr mais la secousse avait été ressentie. Pas par moi d’ailleurs qui ne suis sorti de mon sommeil que par l’agitation qui en a découlé.

Evocation du Cours Complémentaire

Posté le 02.07.2006 par cessenon
Aline je ne sais toujours pas si tu es partie ou si tu dois t’en aller. Mais de toute façon tu n’es déjà plus là. Comme dirait notre collègue, et néanmoins ami, Claude MANOIR : « Dans la salle des profs. depuis quelque temps on n’entend plus RADIO CESSENON, avec en particulier sa chronique nécrologique qui est, évidemment, la chronique la plus importante. »
Bon, alors tu bénéficies de ces dispositions, récemment arrachées - là, si j’ai mis le mot en caractère gras, ce qui m’a conduit, par souci pédagogique, à crier plus fort, c’est que ces dispositions ne sont pas venues seules - dispositions donc qui permettent, par le biais du Congé de Fin d’Activité, de partir dès l’âge de 58 ans, pourvu toutefois que l’on ait 37 annuités 1/2. Ah, tu n’en bénéficies pas pleinement ! Eh oui, si mes comptes sont bons on t’a volé un an. Pour toi en effet il aurait fallu obtenir ces mesures dès l’année dernière. Mais à cette date ce n’était pas l’abaissement de l’âge de la retraite, ni les 37 annuités 1/2, qui étaient à l’ordre du jour, c’était plutôt l’allongement de cet âge, via les 40 annuités demandées pour bénéficier à taux plein de la pension civile. J’engage chacun à réfléchir à cette donnée et à apprécier l’évolution des choses !
Il est bon parfois de prendre la mesure de certains avantages. La Hors Classe d’abord, la Cessation Progressive d’Activité ensuite, la Classe Exceptionnelle enfin, avec l’indice 731 à la clé, voilà des bonifications de fin de carrière dont plusieurs d’entre nous ici ne sont pas sûrs de pouvoir profiter. Je le dis en tant que syndicaliste : ce système de promotions est imparfait car il laisse sur la touche des collègues qui n’ont pourtant pas démérité. Mais rassure toi Aline, ce disant, je n’entends rien retrancher à tes qualités que j’ai ici en charge de mettre en exergue. Pour cela je vais prendre les choses à leur début.
Le souvenir le plus ancien que j’ai de toi c’est celui d’une élève de 5ème, blonde, installée au premier rang, à un pupitre qui s’ouvrait. Il y avait toi, ta voisine Andrée, et quelques autres peut-être, qui avaient droit à ce type de mobilier. Déjà une privilégiée en somme ! L’image que j’ai gardée c’est celle d’une écolière sage, sérieuse, appliquée, soignée. Allez, ferme tes oreilles Jacques, mais disons le tout de suite : j’étais un peu amoureux ! Rassure toi quand même, les garçons étaient d’un côté, les filles de l’autre. Et de plus je ne suis pas doué dans ce domaine ! C’était en 51/52. Aline avait 13 ans, j’en avais 10, j’étais en 6ème mais nous étions dans la même salle.
C’est qu’il n’y avait en tout et pour tout que deux salles pour l’ensemble du Cours Complémentaire. Il en résultait des situations cocasses : par exemple en Histoire Géographie le menu était le même pour tous les élèves, ceux de 6ème comme ceux de 5ème. C’est comme ça que j’ai fait en 6ème le programme de 5ème et en 5ème celui de 6ème. Aline, toi par contre, tu as dû subir cet avatar pour les Sciences Naturelles. On retrouvait le même principe de fonctionnement en 4ème et 3ème.
Il y avait déjà des élèves en situation d’échec mais à cette époque c’était moins dramatique qu’aujourd’hui. On avait toujours la ressource d’aller pousser des brouettes à la tuilerie. Celle-ci offrait en effet des emplois de manutention qui ne demandaient pas de compétence particulière. Ces élèves en situation d’échec ne manquaient pas par ailleurs d’un certain sens de l’organisation. Je me rappelle mon cousin Jean CROS, sanctionné pour je ne sais quelle faute, qui avait à faire 50 lignes. C’était long et fastidieux de lire et de recopier un document. Il avait trouvé une méthode plus économique. A partir d’un chapitre du livre de Sciences il avait improvisé un texte qui donnait : « La sauterelle... relle... relle... relle verte... verte... verte... a des pattes pattes pattes... ». Dommage que la méthode ait été récusée par M. ROUAIX !
En Education Physique et Sportive on réunissait, de la 6ème à la 3ème spéciale, d’un côté tous les garçons et de l’autre toutes les filles. Il y avait, les mercredis après-midi, d’interminables matchs de football au cours desquels les grands, certains avaient plus de 18 ans, qui dirigeaient les équipes, lançaient à l’assaut des buts adverses des meutes d’ailiers. C’est que nous étions bien plus que 11 dans chacune des deux équipes. Aussi, à certains postes, on ne lésinait pas sur le nombre de joueurs !
Je revois les rangs d’élèves attendant quelquefois, au passage à niveau qui précédait l’accès au stade, que la locomotive en ait fini avec ses manoeuvres, près de la gare, sur les voies de la ligne de chemin de fer d’intérêt local qui reliait alors BEZIERS à SAINT CHINIAN.
Ah ce n’était pas, comme aujourd’hui, une époque opaque. Tout y était clair. Il y avait au village quelque 300 ouvriers agricoles et à peu près autant de chevaux. Ton père conduisait l’un d’eux : un cheval gris pommelé. C’était un homme de petite taille, avec me semble-t-il una faja autour de la taille, comme en portaient les Espagnols. Je ne sais pas s’il était taciturne mais je crois bien ne l’avoir jamais entendu parler. Je me rappelle le logement que vous occupiez alors, un logement de fonction dirait-on aujourd’hui, le ramonétage disait-on alors, près de la Fontaine Sucrée. Mais non, l’eau n’y donnait pas le diabète. Elle y était certes calcaire mais fraîche surtout. Une qualité précieuse l’été, en un temps où les réfrigérateurs n’avaient pas encore fait leur entrée dans les maisons. Il est amusant de noter qu’après avoir abreuvé des générations de Cessenonais elle ait été par la suite déclarée NON POTABLE.
J’ai aussi en mémoire le souvenir de tes deux frères, l’aîné Ernest, que tu as perdu très tôt, et le second Georges qui formait, avec les jeunes de sa classe d’âge, une bande dont la forte personnalité m’impressionnait. Je les entends entonner : « La Marche des trieurs de phosphate de GAFSA », une chanson qu’ils avaient créée, en référence aux événements de 1907, avec la mutinerie du 17ème de ligne, ainsi qu’en signe d’opposition à la Guerre d’ALGERIE, laquelle préoccupait notre génération.
Revenons à notre scolarité. Nous nous sommes revus deux ans plus tard, dans... l’autre salle. Tu étais en 3ème, j’étais en 4ème. Nous avions le même programme en sciences naturelles et en sciences physiques. Nous faisions les mêmes dictées et, en Espagnol, les mêmes versions. Dans cette matière, et dans les autres aussi sans doute, la pédagogie était assez limitée : le mardi M. COMBES, le Directeur, nous donnait la traduction d’un texte qu’il nous avait dicté le vendredi puis il nous en dictait un deuxième. La même méthode était appliquée le vendredi. C’est que, s’il n’y avait que deux salles, il n’y avait aussi que trois « professeurs » (là j’ai mis en italique et entre guillemets) pour l’ensemble des matières.
Je ne vais pas tout raconter, je crois que je pourrais, il me faudrait toutefois du temps et de la place. Le mieux serait que j’écrive un livre mais ce n’est pas l’objectif d’aujourd’hui ! Au risque d’allonger qu’on me permette cependant d’ajouter qu’à partir de la 6ème les filles passaient leurs récréations sans surveillance, sur un stade en dehors de la cour intérieure. Pour les garçons cette liberté quasi totale ne commençait qu’en 4ème. Nous en profitions raisonnablement. Serge ROCA par exemple, qui venait chaque matin à bicyclette depuis LE MEYNARD, partait vers 10 H pour le centre du village où il achetait, pour ses commanditaires, petits pains, croissants ou autres brioches. Il nous arrivait aussi de piquer du carbure de calcium dans le compendium de chimie. Au contact de l’eau retenue par une petite digue de terre formant un bassin circulaire nous obtenions de l’acétylène que nous recueillions dans une boîte de conserve renversée, percée d’un trou. Il suffisait de l’enflammer au dessus du trou, nous obtenions, avec l’explosion du gaz, une propulsion de la boîte jusqu’à une hauteur quelquefois spectaculaire.
Après la classe de 3ème il y avait, dans les Cours Complémentaires, une 3ème spéciale où on préparait divers concours. La mutation du monde agricole et rural était amorcée et CESSENON fournissait en ce temps là à la FRANCE une quantité incroyable de fonctionnaires : employés des PTT, de la SNCF, des Douanes, des Impôts,... d’enseignants aussi. Mais là c’était plus rare. On ne présentait, où ne se présentaient, à l’Ecole Normale, que les meilleurs. Tu en étais !
Résultat plus qu’honorable, la première année tu as été reçue à l’écrit. Nous nous sommes retrouvés à la rentrée 1954 dans cette 3ème spéciale, avec pour objectif commun la préparation du concours d’entrée à l’Ecole Normale. Cela semblait une gageure, il y avait neuf ans que personne de CESSENON n’avait été reçu. Et après nous il a fallu attendre neuf ans pour qu’il y en ait un autre.
Tu dois avoir le souvenir des problèmes posés, à la fin du premier trimestre de cette année scolaire, par le départ de Bébert que ses parents avaient envoyé à BEZIERS, au Cours complémentaire Louis BLANC, à cause des conditions matérielles dans lesquelles nous nous trouvions. C’est qu’en effet nous étions tous, élèves de 4ème, de 3ème et de 3ème spéciale, dans la même salle. Et qu’en plus était arrivé, en cours de trimestre, le fils du pharmacien, en situation d’échec dans les filières nobles de lycée, dont le comportement était source de désordre. Andrée, elle, était partie dès la rentrée, tenter sa chance à SAINT PONS.
La Direction du Cours Complémentaire a alors pris la décision d’ouvrir une autre classe. Ce n’était pas encore l’ère des préfabriqués, dont l’Education Nationale s’est fait par la suite une spécialité. Non, notre nouvelle salle, réservée à ceux qui préparaient le concours d’entrée à l’Ecole Normale, ce fut la cuisine du logement de fonction du Directeur. Il faut vous dire que celui-ci avait connu, suite aux fluctuations des états d’âme de son épouse, des allers retours entre ce logement et celui de ses beaux-parents qui habitaient au village. Pour l’heure le logement, et donc la cuisine, était libre. Après le départ de Bébert nous n’étions que cinq, plus ou moins surveillés par M. BOURDIER, aux heures où nous n’étions pas avec les 4ème et 3ème pour nos versions, nos dictées, ou pour suivre le cours de mathématiques de 3ème de M. ROUAIX.
On doit à la vérité de dire que nos « Professeurs » ont fait de leur mieux et nous de même je crois. Te rappelles-tu qu’un jeudi après-midi nous sommes allés à bicyclette jusqu’au chef-lieu de canton pour obtenir l’extrait du casier judiciaire qui était nécessaire à la constitution de notre dossier de candidature ? Enfin, nous avons été reçus, pas dans les premiers tout de même, 17 ème et 18 ème seulement ! Quand je dis nous je n’inclue ni Georgette, ni Annette, ni Danielle, qui se sont retrouvés Postières. C’est à peu près ce qui nous attendait en cas d’échec à l’Ecole Normale. Tiens Aline, je t’aurais très bien vue en Postière. Si elles avaient vécu quelques années plus tard ces trois là auraient sans doute passé leur bac, même si Danielle avait parlé dans un devoir d’Histoire du Général « Lissime JOFFRE ». Il y a d’ailleurs d’autres perles qui sont restées célèbres, comme celle de René BLANC qui décrivait, sans avoir la maîtrise des mots, l’expérience du bouillant de FRANKLIN. Oui, dans cette expérience on verse de l’eau froide sur un ballon contenant de l’eau encore chaude. Cela a pour effet de condenser la vapeur d’eau et donc de diminuer la pression. A une pression plus faible le point d’ébullition de l’eau est abaissée. Comme l’eau est encore chaude, elle se met à bouillir, le côté paradoxal de l’expérience c’est qu’on obtient l’ébullition en refroidissant. Et bien dans sa description du phénomène René BLANC versait de l’eau froide sur le côté paradoxal du ballon. Mais ne vous inquiétez pas pour lui je l’ai revu récemment, il gagne plus que moi ! C’est qu’à cette époque on n’avait pas le bac mais on avait du travail. N’en déduisez pas de manière hâtive que je suis contre les diplômes ou contre une formation de qualité !
Je ne sais pas ce qu’a été pour toi l’été 1955. Je sais que nous avions discuté, c’était au bord de l’ORB, près de mon jardin, aux arbres de BERLAN plus précisément, sur le commentaire de texte que nous avions eu au concours. Un texte de BALZAC, dans lequel GRANDET annonce à son neveu, le cousin d’Eugénie, que son père s’est suicidé et surtout qu’il est ruiné. Ah, il fallait dire qu’il était cynique ! Ce fut pour moi un été exceptionnel.
A la rentrée, pour ce qui me concerne, j’ai assez rapidement déchanté. La vie à MONTPELLIER et la scolarité à l’Ecole Normale où nous étions internes, c’était un tout autre univers que celui que nous avions connu. Nous nous revoyions en cours d’Espagnol. Les cours de langue étaient en effet les seuls qui étaient mixtes. Mlle SAINT ANDRE, que nous appelions LA TITE, était extraordinairement consciencieuse mais avait des à priori contre quelques garçons, notamment un certain Jean-Marie SICARD. Ça donnait par exemple : « Quiere hacer el favor de venir aca, a ver... SICARD ». Par ailleurs il y avait beaucoup de pudeur dans son enseignement. A propos des Majas de GOYA, elle nous parlait de « la Maja vestida y... de la otra ». Mais elle avait le souci de notre culture et nous présentait les reproductions des toiles, y compris La Maja desnuda, en nous faisant remarquer le réalisme du dessin,... en particulier « le détail du pied » !
En 1959 à la sortie de l’Ecole Normale nous nous sommes un peu perdus de vue. C’est que je n’ai pas tardé à partir faire flotter le drapeau Français aux confins du SAHARA. Pendant ce temps tu prenais ton premier poste à l’Ecole de Filles de SAINT CHINIAN puis, l’année suivante, tu étais nommée au Cours Complémentaire de la même ville, où tu as retrouvé, en tant que Directeur, M. DONNADIEU que nous avions eu comme « professeur ». Tu as ensuite, de 1961 à 1963, été affectée à CESSENON, au Cours Complémentaire, lequel n’a pas tardé, comme tous les établissements de ce type, à devenir un CEG. On te retrouve à NISSAN de 1963 à 1970. Entre temps, 63/64, tu t’es mariée et Nathalie est née. J’ai encore refait les calculs, il n’y a pas d’anomalie ! 1970/1971, tu es à OLONZAC, l’année suivante à MURVIEL. De 72 à 75 tu effectues un séjour à HENRI IV avant de prendre ton dernier poste à Jean PERRIN où tu vas rester 22 ans et un « petit chouia ».
C’est là qu’en 1987 je t’ai retrouvée, comme collègue, et que... RADIO CESSENON a commencé à émettre. J’avais cependant l’occasion avant cette date de te rencontrer, notamment le dimanche, quand tu revenais du jardin en compagnie de ta mère, de ton mari et de ta fille, très souvent chargée de légumes ou d’un bouquet de fleurs. Je t’avais revue ailleurs bien sûr, tiens, et ça m’avait fait plaisir, en mars 1977, au Palais des Congrès, à l’occasion de l’élection d’un Maire pour lequel j’avais beaucoup de sympathie ! Même si cela n’a pas eu pour toi les mêmes conséquences que pour moi, j’avais noté que tu avais gardé, du milieu dont tu es issue, ce que nous appelons dans notre jargon une certaine conscience de classe. Au fait, j’y ai réfléchi depuis, « nous étions un peu cousins puisque mon père travaillait pour le demi-frère du patron de ton père ».
Je ne vais pas développer longuement tes qualités professionnelles. J’ai envie cependant de préciser, pour t’avoir observée à l’occasion d’une formation que j’avais assurée en informatique, dans le domaine du traitement de texte plus particulièrement, que tu as l’esprit vif et logique. Par ailleurs ce que j’ai dit concernant le côté consciencieux que j’avais remarqué chez toi dès la classe de 5ème a été une constante tout au long de ta carrière. Assez souvent on t’a vue, en salle des professeurs, accablée par le déphasage entre tes exigences et celles de tes élèves. La situation en la matière, résultat de tout un faisceau de raisons objectives, s’est dégradée au point de devenir quasiment surréaliste. Et devant cet état de fait, prendre sa retraite aujourd’hui est vécu par de nombreux enseignants comme un profond soulagement. C’est révélateur de l’ampleur de la crise de notre société : nous sommes très loin de la nostalgie qui prévalait autrefois au moment de cette étape importante de l’existence.
Bon voilà, j’arrive au bout. Mon discours a été long, je m’en excuse. S’il n’a pas l’éclat de la lampe qui t’est offerte, j’ose espérer qu’il aura éclairé, fusse d’une faible lueur, une tranche de vie, un monde et une époque que peut-être quelques uns ici, notamment les plus jeunes, ne connaissaient pas.
Aline tu vas disposer à présent de tout ton temps. Repose toi, occupe toi de Manuel et de Mathilde. Ah, évite quand même de jouer les super-mamy comme tu l’as fait le soir du 17 décembre 94 quand on t’a pris ton sac à l’arraché. Si cela devait se reproduire, abandonne ton sac, je n’ai pas envie, pour cause de décès, de refaire un discours. Profite de ton appartement du CAP D’AGDE, entretiens moi ce jardin de CESSENON, va ramasser des poireaux, de la salade ou des asperges de campagne. Bref tâche de bien remplir une retraite que je te souhaite active... A présent tu n’auras aucune excuse pour ne pas participer aux randos que j’organise, même quand je les annoncerai comme un peu longues, voire sportives. Pour tout dire je n’accepterai plus que tu feintes.

A quels jeux jouions-nous ?

Posté le 02.07.2006 par cessenon
Cela dépendait des saisons, de l’âge, de l’endroit, des circonstances. En gros il y avait les jeux d’hiver, les jeux d’été, les jeux sportifs, les jeux calmes, les jeux de la cour d’école, ceux de la rue, ceux du jeudi, ceux de quand nous étions grands, ceux de quand nous étions plus petits…
Celui qui à coup sûr faisait le plus courir c’était « A barres ». Les uns attrapaient les autres et les alignaient en une chaîne dont ils pouvaient être délivrés si l’un de ceux qui étaient libres touchait celle-ci. Je ne crois pas qu’une telle partie ait jamais connu de fin !
Un jeu qui n’en était pas vraiment un c’était « A l’òli ». Les premiers étaient coincés dans un recoin et les autres s’agglutinaient en formant au-dessus un tas de plus en plus fourni. Les derniers sautaient sur les premiers en criant « A l’òli » c'est-à-dire « A l’huile ».
Question billes, qu’on appelait d’ailleurs des boules, il y avait diverses façons de jouer. L’une d’elles consistait à placer une pièce verticalement, tenue par un peu de terre, et d’essayer de la déquiller en lançant ses billes. Si la pièce tombait elle revenait au tireur, sinon celui qui l’avait placée gardait les billes. La distance à laquelle on tirait variait avec la valeur de la pièce.
J’ai connu deux autres jeux de billes assez largement courus. L’un consistait à pratiquer cinq trous dans le sol, quatre aux sommets d’un carré, le cinquième « la capitale », qu’on désignait par « la capich », au centre. Il fallait être entré dans les cinq trous et, après avoir conquis les villes et sans que vos adversaires vous en prennent une en y entrant à leur tour, toucher ensuite les billes de ceux qui n’en possédaient pas. On défendait l’entrée des villes qu’on avait conquises en visant les billes ennemies qui s’en approchaient. On pouvait avancer de deux doigts à partir d’une ville qui n’était pas la capitale, de quatre pour celle-ci, d’un pan pour la capitale et une ville et de deux pans si on les possédait toutes. En général l’un des trous situés aux sommets du carré était creusé dans un environnement caillouteux et était considéré comme étant « La Rochelle ».
Au moment du Tour de France, mais il faut dire qu’à l’époque les vacances ne commençaient que le 14 juillet, on réalisait des circuits sinueux, des petits remblais délimitant une piste qu’il fallait suivre. Il y avait sur cette piste des traits qui symbolisaient les étapes.
J’ai le souvenir en cette période de fin d’année des interminables activités de tricotin. On utilisait pour cela soit un tuyau en roseau dans lequel on avait découpé deux ou quatre montants formant des créneaux, soit des bobines pourvues de clous. On obtenait ainsi avec de la laine des cordons diversement colorés dont je n’ai jamais connu d’usage.
Tout à fait exceptionnellement à cette saison de la fin de l’année scolaire où les récréations duraient pratiquement toute la journée, il arrivait que les maîtres fassent couler le robinet pour arroser leurs jardins qui étaient à l’arrière des bâtiments. Un ruisseau suivait deux des côtés de la cour et on pouvait faire naviguer de petits bateaux que l’on réalisait dans de l’écorce de pin. Personnellement je n’étais pas habile pour ce genre d’activité mais d’autres, le plus souvent pas très bons élèves, confectionnaient des modèles réduits de barques tout à fait remarquables.
La chaleur incitait à des jeux où il n’y avait pas de dépense physique. On jouait par exemple aux noms de métier. Deux élèves choisissaient un nom de métier, communiquaient la première et la dernière lettre du mot et mimaient le métier. Celui qui trouvait le métier remplaçait l’un des deux, suivant une procédure où entrait le hasard. Il était admis que le métier d’antipantiserpentilope existait vraiment. Quant à ce en quoi il consistait cela restait un mystère et il était impossible de le mimer mais l’annonce du « a » initial et du « e » final amenait nécessairement la solution !
Ah il y avait aussi un jeu intellectuel : « Ringuelette » Un carré était dessiné sur le sol avec ses médianes et ses diagonales. On y jouait à deux, chaque joueur disposait soit de trois pierres soit de trois bouts de bois et il s’agissait de les aligner sur un côté, une médiane ou une diagonale. Hélas l’effort intellectuel n’avait pas à être soutenu, il était facile de comprendre que celui qui commençait était assuré de gagner.
Les garçons aux qualités manuelles confirmées (les non conceptuels a-t-on pu dire d’eux plus tard !) confectionnaient des traîneaux pour lesquels ils utilisaient des roulements à billes récupérés à la tuilerie. Deux à l’arrière, un à l’avant sur un dispositif tournant qui permettait de changer de direction. Les spécialistes oeuvraient longtemps pour obtenir un bolide qu’ils allaient tester ensuite dans la descente de Balos située au nord du village, sous Pisse-Chèvres. Je ne crois pas être jamais guère monté sur ces traîneaux.
Il existait un jeu qui se pratiquait dans ma rue alors peuplée de beaucoup d’enfants. Je ne crois pas qu’il en reste un seul ! Je ne connais pas vraiment l’orthographe mais ça s’appelait « Bòlis » ou « Vòlis ». En quoi consistait ce jeu ? On disposait d’un tronçon de bâton d’une dizaine de centimètres, appointé aux deux bouts comme un crayon. Avec une planche pourvue d’une poignée (cela ressemblait à un hachoir) le lanceur tapait sur un des bouts, le bòlis sautait en l’air et d’un revers de la planche il l’envoyait le plus loin possible. En face on tentait de récupérer le bòlis au vol (il me semble qu’il fallait crier « Bòlis » quand on l’avait attrapé). Celui qui avait réussi le faire le lançait sur la planche qui avait été placée verticalement, dans le sens horizontal. Si elle était touchée celui qui avait lancé le bout de bois devenait le tireur. Je ne crois pas que ce jeu ait jamais été autorisé dans la cour de l’école, il était à l’évidence dangereux.
En haut de ma rue vivait Léon Sanche un garçon qui avait quatre ou cinq ans de plus que moi et qui n’était pas un bon élève. Il était pourtant plein de ressources. Il savait faire des traîneaux, il s’était constitué un petit magot en faisant de la récupération de métaux, notamment de boîtes de conserve en aluminium. Il avait toute une collection de modèles réduits de voitures et nous jouions plus ou moins avec.
Il y avait des jeunes ingénieux. Je me rappelle les charrettes de vendanges faites avec du fil de fer. Certes elles ne roulaient pas car elles n’avaient pas de roues mais tout de même il y avait un cheval, en fil de fer lui aussi.
A partir de la classe de quatrième le football prédominait et on y jouait aux récréations ou avant d’entrer en classe après le repas de midi. Je ne faisais pas partie des premiers couteaux et j’entends Louis Roux, le fils du chef de gare, nettement plus grand que moi, me crier « Pati (c’était le diminutif de mon surnom) laisse ! » pour que je lui permette de shooter.
Naturellement toute la panoplie des jeux classiques était présente : osselets, marelle… La liste n’est pas exhaustive. Il fut une période où, avec l’approche des vacances, nous passions des soirées sur une rue du village qui portait le nom de route de Saint-Chinian et qu’on a baptisée Avenue Raoul Bayou du nom de son ancien député-maire. Nous nous y retrouvions garçons et filles et je me souviens entre autre des parties de « Chameau – chamois » qui s’y déroulaient.
Pour terminer on va citer la construction de cabane qu’en français méridional on désigne par « baraque ». Construction jamais finie, souvent la cible de bandes rivales, destructrices. Ah tiens une fois j’avais failli provoquer un drame. Toute une équipe était rentrée dans un hutte que j’avais faite au bord de l’Orb. J’avais piqué à travers le feuillage avec un roseau que j’avais appointé et ainsi blessé sous un œil André Calas qui s’y trouvait. J’aurais pu l’éborgner !
Le jeudi nous opérions dans un bois de pins qui se trouve sous lo Trauc dels còrbs (le Trou des corbeaux). J’ai ici aussi le souvenir d’un phénomène de physique élémentaire. Dans la plaine, assez loin en contrebas un ouvrier effectuait des travaux. Je voyais nettement son coup de pioche et je n’en entendais le bruit qu’un peu plus tard. Eh oui le son se propage à la vitesse de 340 m/s soit nettement moins que la lumière dont le signal arrive pratiquement instantanément pour une aussi faible distance !

Mon certificat d'études

Posté le 05.07.2006 par cessenon
L'année du cerfi ou l'année avant ?
(Je suis au milieu du rang du haut)

Mon premier examen a été l’entrée en sixième au Cours Complémentaire de Cessenon. C’était en 1950, l’année de mes dix ans. Je n’en ai guère de souvenir. Je l’ai écrit par ailleurs, la nuit qui l’a précédé, le village a connu un séisme de faible amplitude qui a réveillé les Cessenonais. En fait moi je n’ai été réveillé que par le bruit qu’ont fait dans la rue ceux qui étaient sortis.
Outre cet événement, je me rappelle Monsieur Combes, le directeur du Cours Complémentaire, nous montrant avant le début des épreuves que l’enveloppe qui contenait le sujet était bien cachetée. Il est peu probable que personne ait jamais mis en cause la régularité de l’examen !
L’examen d’entrée en sixième ne devait pas être très sélectif si j’en juge par le niveau des élèves qui ont été admis. Il y avait en effet au fond de la classe tout un groupe que je ne sais plus quel maître du Cours Complémentaire appelait « l’Académie ». Dans ce secteur on avait d’autres préoccupations que les cours dispensés. Certains faisaient même un bout de cuisine sur le poêle à charbon qui était dans le coin !
Avec le Certificat d’Etudes Primaires c’était déjà une autre dimension. Les épreuves se déroulaient non plus à Cessenon même mais à Saint-Chinian, le chef-lieu de canton. La plupart des élèves qui s’y présentaient étaient scolarisés en cinquième. Quelques-uns étaient toutefois en classe de fin d’études. Je faisais exception puisque j’étais déjà en troisième. Il faut dire que j’avais « sauté » le cours préparatoire et la classe de fin d’études laquelle se trouvait dans la même salle que le cours moyen deuxième année où officiait Monsieur Bourdier.
D’ailleurs il a fallu négocier une manière de dérogation pour les épreuves sportives qui précédaient le Certificat proprement dit. Le jour où celles-ci avaient lieu était en effet organisé pour les élèves de troisième de Cessenon un brevet blanc. Mes maîtres avaient obtenu que j’aille passer les épreuves sportives hors délai, dans un créneau que me laissait le déroulement du brevet blanc.
J’avais rallié le terrain de sport de Saint-Chinian à bicyclette en fin de matinée où m’attendaient les examinateurs. Je n’avais bien sûr aucune tenue sportive appropriée. Je revois vaguement l’espèce de polo de couleur bleue que je portais à cette époque et il me semble que j’avais un pantalon long. Je crois me rappeler que je n’avais pas franchi ce jour-là les 1 m 40 qu’il m’était arrivé d’atteindre au saut en hauteur… je n’ai rien de plus précis dans ma tête.
Le jour du Certificat, c’était en juin 1954, nous avions pris le car qui partait de Béziers le matin de bonne heure et ralliait Saint-Chinian, distant de 9 km, avec arrêt à Cessenon. Il était de tradition de s’équiper d’un sous-main en carton. Je ne sais trop comment je m’étais procuré le mien. Sans doute qu’on me l’avait prêté, je n’en ai jamais vu chez moi.
Je n’avais guère révisé le programme spécifique de sciences et d’histoire de l’examen mais je pouvais largement me rattraper en arithmétique et en français. Le problème faisait appel à des notions de pourcentage. Pour la dictée c’était un texte d’Alphonse Daudet je crois. Je sais que j’avais fait une faute à « Les mules portant haut leurs petites têtes ». Je n’avais pas mis le pluriel à « leurs petites têtes » Il n’est pas sûr d’ailleurs que la faute a été sanctionnée. Je sais que dans les questions sur la dictée je n’avais pas su trouver le contraire du mot « aubade » qui bien sûr était « sérénade ». En rédaction il fallait raconter une scène au cours de laquelle quelqu’un avait donné de mauvais renseignements à un automobiliste qui demandait sa route. J’avais interprété le sujet de manière volontairement ambiguë, ne sachant pas si c’était exprès ou pas qu’un mauvais chemin avait été indiqué !
Il y avait une épreuve de calcul mental. L’opération ayant été énoncée, il fallait répondre dans l’intervalle de temps que séparaient deux coups de règle frappés sur un bureau. Je n’avais pas dû avoir de difficulté en la matière.
La formulation d’une question de sciences avait été déroutante : « le sulfatage, quoi ? Pourquoi ? Quels sont les différents modèles de machine à sulfater ? » Je savais qu’il fallait mettre de la bouillie bordelaise pour lutter contre le mildiou. J’avais même précisé les formules chimiques des composants, sulfate de cuivre et carbonate de calcium, de la bouillie bordelaise. Par contre pour ce qui est des différents modèles de machine à sulfater… j’ai su plus tard qu’il y avait, entre autre, la Vermoren dont j’avais peut-être entendu parler mais que j’aurais volontiers écrit Vilmorin !
En histoire il y avait eu une perle que je rapporte. Il fallait citer un monument de la Grèce Antique. Salvador Mendez avait cité « La momie » ! Evidemment ce n’était pas très grec et pas très monumental non plus !
Il me semble que certaines épreuves avaient eu lieu après le repas de midi que nous avions apporté avec nous et que nous avions mangé attablés à un café où nous avions dû prendre une consommation pour dédommager le propriétaire. Ce café existe toujours, il fait face à l’entrée de l’esplanade.
Quoi qu’il en soit, avant ou après le repas, il y avait eu du chant. Je n’ai jamais su chanter mais comme, par le jeu des coefficients, la note n’était pas déterminante cela n’a pas dû avoir grande conséquence au niveau du résultat. J’ai quand même chanté une chanson qui dit quelque chose comme « Grimpant sans peur, sur la montagne aride, mulets et muletiers frappent le sol du sentier… Petites campanules qui tintez aux cous des mules partout vous portez la joie et la gaieté… longtemps j’entends leur carillon qui sonne… pourtant dans le lointain leur chant s’apaise et s’éteint » Il devait bien y avoir du dessin aussi, de la lecture encore mais là ma mémoire me fait défaut !
L’heure du retour du car était arrivée et nous n’avions pas encore les résultats. Je décidais, avec quelques autres de les attendre ! J’avais l’espoir que je pourrais être reçu premier du canton. Comment rallier Cessenon ensuite ? Vous en posez des questions vous ! Elle se posait quand même ! Eh bien je suis rentré sur le porte-bagages de la bicyclette de Loulou Gau qui, âgé d’un an de plus que moi, était venu aux renseignements. Mais j’ai quand même quitté Saint-Chinian avant la publication des résultats.
Je ne les ai sus que le lendemain. Oui, j’étais bien premier du canton et la seconde était une certaine Danielle Fajou de Cazedarnes qui était scolarisée elle aussi au Cours Complémentaire de Cessenon. Le mercredi qui a suivi, Monsieur Raoul Bayou, le maire de Cessenon et sans doute déjà conseiller général du canton de Saint-Chinian, pas encore député toutefois, il ne l’a été qu’à partir de 1958, est venu me remettre mon prix dans la cour de l’école de Cessenon. Il s’agissait d’un dictionnaire Larousse de couleur rouge. J’ai naturellement eu droit à un speech devant un public improvisé d’élèves et de maîtres où était mentionné l’honneur que je faisais à mon village, à mon école, à mes parents et à mes maîtres.
Quelques jours plus tard il y avait la distribution des prix organisée comme toujours à la fin de l’année scolaire. J’en avais naturellement deux : pour avoir été premier au classement général de la classe et pour avoir eu le certificat d’études primaires. Monsieur Combes n’a pas manqué de souligner que « malgré mon jeune âge je devais dans quelques jours me présenter au Brevet d’Etudes du Premier Cycle (le fameux BEPC !) » Oui, la remise des prix avait lieu avant ce deuxième examen auquel je me présentais quelques jours plus tard.
J’avais des instructions de mon père. Elles n’avaient rien d’impératif mais à vrai dire elles me convenaient assez bien. Le conseil municipal était réuni au grand complet sur l’estrade et traditionnellement les récipiendaires embrassaient le directeur du collège et le maire, éventuellement un conseiller municipal si celui-ci était un de leurs proches. Il y avait un élu communiste, Marceau Nobès, qui habitait dans notre quartier. Mineur de bauxite il se tenait discrètement à l’arrière ! J’ai résolument traversé l’estrade pour aller embrasser Marceau ! Il y a eu un rire général dans le public, tout le monde avait compris ! Quant à Marceau, sans doute très ému, il m’avait encouragé d’un « C’est bien continue ! »

Evénement périodique

Posté le 10.07.2006 par cessenon
Il y avait un événement qui devait se produire à intervalles réguliers, peut-être chaque année, aux écoles et qui amenait beaucoup d’animation : la vidange des cabinets.
Ceux-ci étaient sous le préau et comme partout sans doute c’étaient des WC à la turque avec des portes à mi-hauteur. La porte de celui qui était réservé aux maîtres allait toutefois jusqu’en haut. Mais à peu près systématiquement Monsieur Rouaix utilisait un des WC des élèves quand il avait besoin d’uriner.
Il n’y avait qu’une fosse, je ne sais pas si elle était septique, en ajoutant un « c » je le suis assez, pour recevoir… tout ce qu’on avait à déposer !
Il arrivait donc, en général vers midi, un camion citerne assez court, muni d’une pompe, que nous appelions, cela n’avait rien de grossier dans notre bouche, « La pompe à merde ». D’où venait-elle et que faisait-elle de son chargement ? Je ne l’ai jamais su.
Il y avait forcément dans la fosse autre chose que des matières fécales. Il y avait en particulier les balles qui y étaient tombées. Eh bien il y avait des élèves, les grands, et les moins délicats il faut le dire, qui surveillaient les opérations pour récupérer ce qui pouvait l’être.
Evidemment tout ce qui avait séjourné longtemps dans la fosse était attaqué par l’acidité du milieu ambiant. Je me souviens de balles complètement rongées sur lesquelles apparaissait la structure alvéolée de la mousse.
Il y en avait bien sûr d’autres, perdues plus récemment, en moins mauvais état. Ah ce n’était pas vraiment ragoûtant mais ça n’arrêtait pas cependant les chercheurs de trésors. Et ma foi je crois que nous étions plutôt impressionnés par les résultats obtenus par les spécialistes.
Oui naturellement, même passées longtemps sous le robinet, les balles ainsi soustraites à une fin misérable devaient garder encore quelque temps sur elles une odeur nauséabonde soutenue mais cela ne devait pas empêcher de jouer avec !

La visite médicale

Posté le 10.07.2006 par cessenon
Elle avait lieu tous les ans et comme au cours complémentaire il n’y avait que deux salles (pendant longtemps le directeur n’avait même pas de bureau !) nous allions la passer à la mairie qui est au centre de village.
C’est en vagues successives que nous nous y rendions, sans le moindre surveillant pour nous accompagner, la fonction n’existait pas dans les cours complémentaires. Il n’y a toutefois jamais eu le moindre incident. Il faut dire qu’à cette époque il y avait moins de risques qu’aujourd’hui, du fait notamment d’une circulation beaucoup plus réduite.
Il me semble que le docteur de l’hygiène scolaire officiait dans le bureau du maire qui devait le lui abandonner pour la durée des opérations. J’ai le souvenir de l’odeur d’alcool à brûler qui régnait dans la pièce. Je crois me rappeler qu’il était utilisé en tant que combustible pour un chauffage d’appoint. Nous subissions un examen qui devait être sommaire. On nous pesait, nous mesurait. Il y avait des tests au niveau de la vue. Point délicat de la visite c’est quand le docteur De Barthès auscultait notre sexe. Il y avait également, je ne sais plus à partir de quel âge, celui de la cuti-réaction et sans doute que quelquefois on nous administrait certains vaccins.
Nous attendions notre tour sur le plan de la mairie en jouant le plus souvent avec une balle. Je revois l’activité qui consistait à essayer d’en envoyer une, de couleur bleue, au niveau du toit de l’église, au risque d’ailleurs de l’y laisser. Seuls quelques très bons tireurs étaient en mesure d’y arriver.
Quand une vague était passée elle revenait vers le groupe scolaire qui est à l’entrée du village et croisait celle qui prenait la suite. Une fois ceux qui montaient nous ont transmis les instructions qu’un maître du cours complémentaire avaient données pour ceux qui descendaient. Nous devions ne pas traîner car ce jour-là il y avait visite de l’inspecteur.
Mon cousin Jeannot Cros avait exprimé sa crainte que celui-ci n’aille fouiller dans les bureaux. C’est qu’il avait entreposé dans le sien une livre de moules qu’il avait j’imagine l’intention de faire cuire sur le poêle qui ronflait au fond de la classe. Je ne pense pas que l’inspecteur ait jamais eu le projet de prendre une telle initiative.

Le jour du cadeau

Posté le 13.07.2006 par cessenon
Oui, c’était la tradition, un des derniers jours du premier trimestre de l’année scolaire, chaque classe, à tour de rôle n’allait pas à l’école l’après-midi. Elle partait dans la nature et rentrait vers l’heure de la fin des cours en apportant au maître ou la maîtresse le cadeau.
Ainsi, sans aucun accompagnateur, les élèves, fussent-ils au cours préparatoire, s’absentaient. Ils n’allaient pas très loin, en général au bord de l’Orb, le plus souvent en aval du pont, sur la rive gauche, dans un endroit sablonneux. Là on consommait des gâteaux, des bonbons et même on fumait des cigarettes ! On jouait aussi… et on revenait ensuite en classe quand il était raisonnable de le faire.
Il y avait toute une logistique dont personnellement je ne me suis jamais mêlé, me contentant de suivre. Il fallait avoir : choisi le cadeau qu’on voulait offrir, collecté l’argent nécessaire, acheté des friandises, décidé du jour… et préparé un petit discours. Je suppose que certaines mamans participaient à l’opération.
Au cours complémentaire on faisait trois cadeaux : les sixièmes et les cinquièmes s’occupaient de celui de M. Donnadieu, les quatrièmes, troisièmes et troisièmes spéciales de celui de M. Rouaix et l’ensemble des élèves de celui de M. Combes le directeur. Je crois me rappeler qu’ainsi on avait droit à deux demi-journées chômées !
J’ai le souvenir aussi d’une valise qui avait été offerte à M. Combes. Mais non, il n’y avait aucune arrière pensée là dedans !
Je revois aussi Louis Roux, un grand de troisième spéciale, devenu par la suite et comme beaucoup, agent des PTT, prononcer le… compliment disait-on où il déclamait « Au gui l’an neuf ! »
J’imagine que cela devait être l’inquiétude pour les maîtres de savoir leurs élèves partis seuls pour une après-midi. Pourtant il n’y a jamais eu aucun incident d’aucune sorte, si on exclut la nausée que pouvait provoquer le fait de fumer une cigarette.
Quoi qu’il en soit M. Combes avait fait part à plusieurs reprises de ses angoisses de directeur devant une telle situation. André Calas, qui avait beaucoup d’ascendant sur nous, avait parfaitement entendu et concocté de supprimer « le cadeau » !
Cela était arrivé aux oreilles de M. Rouaix et nous avions eu droit à une leçon de morale comme on n’en imagine pas aujourd’hui. Je l’entends encore : « Un simple bouquet de fleurs ! Je ne voudrais pas que l’on dise : c’est à l’époque d’un tel et d’un tel qu’on a supprimé cet hommage rendu aux maîtres ! »
Le speech eut son effet, ce n’est donc pas de mon temps que s’est arrêtée la tradition du cadeau !

Mon BEPC

Posté le 27.08.2006 par cessenon
Le sigle BEPC signifie Brevet d’Etudes du Premier Cycle. Je l’ai passé en 1954, quelques jours après le certificat d’études. Ah, là c’était déjà un autre monde. Oui, il fallait aller à Béziers et les épreuves avaient lieu au lycée de jeunes filles devenu aujourd’hui le collège Paul Riquet. La salle dans laquelle je composais était très grande mais je ne sais pas si c’était un gymnase, une salle d’études, un préau couvert… Je sais que l’entrée se faisait par un portail et que j’étais assez près de celui-ci.
Comme pour le CEP nous avions emporté notre repas et nous l’avions mangé au Bar de l’Aviation qui se trouvait dans l’avenue Saint-Saëns. Ce bar existe toujours mais il a changé de nom. Les propriétaires d’alors, Mme et M. Douarche, avaient longtemps tenu le café Le Helder à Cessenon. Je sais qu’après le repas certains avaient joué au billard, il y en avait un dans la salle.
Je crois que les épreuves écrites se déroulaient sur un jour et demi. Je n’ai pas beaucoup de souvenirs de celles-ci. Je me rappelle quand même le sujet de rédaction : « La visite de l’inspecteur dans votre classe ». J’avais fait en sorte d’apparaître comme un bon élève dans le récit que j’en avais fait ! En physique chimie, qui était une des options possibles, j’avais eu la fabrication du vinaigre.
J'avais été confronté au problème de ma montre, un cadeau, sans doute de mon frère, qui m'avait été offert pour ma communion solennelle deux ans plus tôt. Elle s'arrêtait et il me fallait la remettre approximativement à l'heure pour savoir de quel temps je disposais !
Un voisin assez déluré composait en latin et disposait d’un dictionnaire volumineux. Lui-même d’ailleurs faisait « beaucoup de volume », j’entends par là qu’il créait beaucoup d’animation ce qu’à l’époque je ne savais pas faire.
L’après-midi du second jour nous devions être libres mais il fallait attendre l’heure du départ du car pour revenir au village. J’ai le souvenir d’être allé au marché aux puces du vendredi qui se tient toujours au Champ de Mars. Je me revois en train de déambuler avec André Clerc. J’ai dans ma tête une scène entre un client et un vendeur à propos d’un objet métallique. Le client marchandait et déclarait : « C’est du clinquant ! ». Je sais que je m’étais interrogé : le clinquant, était-ce le nom d’un alliage ?
A cette époque là le BEPC comprenait un oral qui se passait à Montpellier. Peut-être au Lycée Joffre, mais rien n’est moins sûr. Accompagnés de Monsieur Combes, le directeur du cours complémentaire, nous avions pris le train en gare de Béziers. Ah, c’était autre chose que celui que nous empruntions quand j’allais à Millau avec mes parents. Les portes s’ouvraient automatiquement libérant en bout de wagon un espace impressionnant. Sans compter la rapidité du départ et la vitesse au cours du trajet.
J’ai quelques images des épreuves. En français la dame qui interrogeait m’avait laissé le choix du texte. Hélas celui que j’avais choisi, « Les éléphants » de Leconte de Lisle n’était pas reproduit intégralement dans le livre dont elle disposait. Il était juste cité avec deux vers. Mais le pire c’est que je le savais ! Nous nous étions rabattus sur un poème de Victor Hugo, sans doute « Oceano Nox » et j’avais tardé à trouver le détail réaliste, probablement « Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus » qu’on m’avait demandé de relever. En sciences naturelles il avait été question de luxation et en histoire c’est mon maître de cours complémentaire, Monsieur Bourdier, qui m’avait « interrogé ». En fait il s’était contenté de me donner le sujet : « Les relations internationales en Europe avant la guerre de 1870 » et m’avait congédié sur-le-champ en me gratifiant d’un 18 / 20 !
J’ai encore deux anecdotes sur ce voyage à Montpellier. J’avais demandé à un agent où était la route de Palavas qui était l’adresse de parents chez qui je devais me rendre. Il dut être perplexe car il avait sans doute imaginer que je voulais aller à Palavas, distant tout de même d’une quinzaine de kilomètres !
La seconde c’est, toujours accompagnés de Monsieur Combes, la visite du Peyrou avec un commentaire sur l’absence d’étriers aux pieds de la statue équestre de Louis XIV et, au passage devant un Christ en croix foulant un serpent à ses pieds, une confidence sur la phobie de son épouse à l’égard des serpents !

Méthodes de lecture

Posté le 31.08.2006 par cessenon
Le débat qui a cours ces jours-ci sur France Inter m'amène à mettre en ligne l'article ci-dessous qui date de plusieurs mois.
Ci-dessus le syllabaire de Danielle et Edgar Fabre


C’est un public assez fourni, près de 75 personnes, qui a participé vendredi 7 avril, dans l’amphithéâtre de l’antenne universitaire Du Guesclin, au débat dont Paul Barbazange a été l’initiateur.
Celui-ci a rappelé que les déclarations de Gilles de Robien posaient des questions à la fois pédagogiques et politiques, ce qui au demeurant est tout à fait de la compétence d’un ministre de l’éducation nationale.
Un exposé fort documenté a été présenté par Edgar Fabre, conseiller pédagogique de son état et auteur d’une méthode d’apprentissage de la lecture. Le conférencier a précisé la chronologie des derniers événements.
Il s’est interrogé : pourquoi la guerre, éteinte depuis des lustres, entre la méthode globale et la méthode syllabique a-t-elle été rallumée ?
Il a avancé une hypothèse. La hache de guerre a été déterrée au moment de la crise des banlieues. N’y a-t-il pas un lien entre les deux ? En d’autres termes, le ministre ne cherche-t-il pas une explication technique aux difficultés que connaît le système éducatif ? Certes ce ne sont pas directement les enseignants qui sont mis en cause mais à travers les méthodes employées ils sont quand même rendus responsables.
Sur les mécanismes d’apprentissage de la lecture Edgar Fabre s’est montré particulièrement compétent, soulignant que ce n’est pas le déchiffrage qui pose problème mais la compréhension de ce qui est lu.
En fait les enfants issus de certains milieux sociaux apprennent à lire sans difficulté. Comme l’a fait remarquer un humoriste il n’existe pas de méthode pour les en empêcher.
Contrairement à la fabrication du camembert ce n’est pas parce qu’on revient à une méthode à l’ancienne qu’on va obtenir de meilleurs résultats dans l’enseignement pourrait-on ajouter !
C’est pourtant ce que ne manquent pas de faire divers organismes l’un d’eux, SOS Education, se montrant particulièrement rétrograde en la matière.
Dans son intervention Claude Lassalvy a mis en exergue le caporalisme du ministre de tutelle, considérant que ce qui se passe aujourd’hui nous renvoie à la période sombre du pétainisme. Et c’est vrai que les pressions sur le corps enseignant, les élus, les éditeurs, l’utilisation abusive des travaux des chercheurs… tout cela a quelque chose d’inquiétant.
Nous avons relevé l’appréciation donnée par un participant. Ce n’est pas la première fois que devant la crise du système éducatif, qui n’est qu’une des facettes de la crise globale de la société, les enseignants sont pris comme boucs émissaires. Nous avons en effet connu cela avec Claude Allègre. Si la solution au problème n’était qu’une question de méthode de lecture celui-ci serait résolu depuis longtemps.
Mais à travers ce retour au passé, avec la nostalgie de l’uniforme, de l’obéissance sans condition, de l’absence d’esprit critique, de l’observation de règles simplistes… ne s’agit-il pas avant tout du conditionnement des esprits qui est visé par le pouvoir ?
Si on considère ce qui est mis en ½uvre au plan international, aux Etats-Unis avec Bush, en Angleterre avec Tony Blair… n’y a-t-il pas une offensive générale contre les « risques » d’émancipation qu’offre l’Ecole ?
Ajoutons que dans notre pays existe tout un héritage qui remonte à la Révolution Française, aux lois de Jules Ferry, aux luttes pour un enseignement démocratique et de qualité… Il y a toute une pratique qu’apparemment on veut remettre en cause.
Ah, certes, comme l’a souligné Pierre Boutan, il ne serait pas juste de prétendre que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes et qu’il n’y a qu’à laisser les choses en l’état. Non, compte tenu de l’évolution de la société, des sciences, de la technologie… la situation appelle des transformations profondes. Toutefois on ne peut se saisir des difficultés reconnues pour aggraver encore les choses. C’est semble-t-il cela qui est à l’ordre du jour.
En ce qui concerne la place des parents d’élèves, la formulation d’Edgar Fabre a sans doute été maladroite (mais à sa décharge il faut dire que de par sa fonction il est l’objet du regard hostile de ceux qui sont confrontés à une crise dont ils ne situent pas la nature). Cela lui a valu une réaction assez vive de la part d’une militante de la fcpe. Oui, nous ne pouvons que souscrire, les parents ne sont pas tous dans le registre des idées lepénistes en matière d’éducation, à juste titre dénoncé, que l’on rencontre chez certains d’entre eux. Aussi leur participation active, consciente à l’acte éducatif reste en effet souhaitable.
Il était déjà presque 20 h 30 et la parole n’a pu être donnée à quelques personnes qui l’avaient demandée. C’est un peu dommage mais l’initiative était des plus heureuses et aura permis à chacun d’approfondir sa réflexion sur un sujet d’actualité.
Complétons en faisant état du repas qui suivait au Cercle Populaire Joseph Lazare auquel étaient conviés les participants au débat. Comme toujours le menu était de qualité et l’ambiance sympathique.
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