Flore
Posté le 27.08.2006 par cessenon

Feuilles et fleurs de laurier-sauce, couronne de lauriers
C’est un arbuste pouvant atteindre six ou sept mètres de hauteur. Son feuillage est persistant et ce sont les feuilles que l’on utilise pour aromatiser les sauces.
Son nom latin est Laurus nobilis. On le désigne aussi sous le vocable de laurier d’Apollon… Pourquoi ce qualificatif ? Parce que, poursuivie par les assiduités du dieu, la nymphe Daphné (en grec le mot signifie laurier) ne dut son salut qu’à sa transformation en laurier.
La Pythie qui officiait à Delphes s’avançait vers ses clients en mâchouillant des feuilles de laurier. Le Guide du Routard prétend que c’est là l’origine du dicton « La Pythie vient en mangeant ».
En occitan c’est lo laurièr mais on voit aussi écrit laurèr et laurèl. Bellibaste, le dernier Parfait cathare (un Parfait très imparfait), brûlé à Villerouge-Termenès en 1321, avait prédit « Al cap de sèt cent ans, verdejera lo laurèl » (Au bout de sept cent ans, le laurier reverdira). Une citation que rappelle le remarquable site Internet du Club-Cathares.
La chapelle de Montalaurou, sur la commune de Pailhès, doit son nom au fait qu’elle est construite sur un sommet où poussaient des lauriers.
Comme l’avocatier, le camphrier, le cannelier… le laurier appartient à la famille des Lauracées. Une famille nombreuse qui comprend 45 genres et près de 1 100 espèces !
On sait qu’une couronne de lauriers récompensait les vainqueurs d’une compétition sportive ou d’une bataille. Un lauréat est celui qui réussit un examen et le mot baccalauréat signifie « baie de laurier ».
Non, non, on ne remplit pas les paillasses de feuilles de lauriers pour se coucher. S’endormir sur ses lauriers a une toute autre signification, certains d’ailleurs s’endormant sur des lauriers-roses, lesquels ne sont au demeurant pas des membres de la famille… des Lauracées !
Par ici, le jour des Rameaux, à défaut de palmier, on faisait (on fait encore, sans doute mais moins qu’autrefois) bénir des branches de laurier que l’on accrochait dans les différentes pièces de la maison. Les feuilles n’y perdaient pas de leur qualité gustative et, prise de cours, ma mère accommodait souvent ses plats avec du laurier béni.
Ah, je ne résiste pas au désir de rappeler ce qu’on disait d’une fille qui se mariait enceinte : « Elle a fêté Pâques avant les Rameaux » ! Avec les moyens actuels de contraception c’est évidemment tombé en désuétude.
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Posté le 01.09.2006 par cessenon

Ah l'article ci-dessous nous a valu une mise au point que nous mettons en ligne en enfilade.
Pennisetum et son plumet soyeux
Photo Paul Barbazange
En cette saison on peut voir sur le bord des routes (dans les terrains non cultivés aussi) une graminée munie d’un plumet qui forme de véritables haies, lesquelles ont entre 30 et 80 cm de hauteur. A présent le haut de la tige, que l’on nomme stipe, est rouge et l’ensemble ne manque pas de cachet.
Pennisetum et son plumet soyeux
Photo Paul Barbazange
De quelle graminée s’agit-il ? A défaut de pouvoir donner le nom de l’espèce avec certitude nous pouvons au moins vous communiquer celui du genre. Il s’agit de Pennisetum. On trouve dans le mot les racines penne, plume, et seta, soie.
Le genre compte environ 80 espèces dont le mil, en latin Pennisetum glaucum.
Stipa pennata serait le nom scientifique d’une espèce plus connue sous celui de Cheveux d’ange (ou de sorcière !) On en trouve du côté de Minerve et elle permet de confectionner des bouquets secs. Toutefois c’est une espèce protégée.
Il existe aussi un Pennisetum alopecuroides plante ornementale que l’on désigne sous le vocable significatif d’herbe aux écouvillons ainsi qu’un Pennisetum cupreum c’est à dire comme l’indique l’adjectif, cuivré, originaire d’Ethiopie.
En Afrique toujours, on trouve un Pennisetum purpureum, à coup sûr de couleur rouge, ou herbe à éléphants, qui peut atteindre 2 m de hauteur.
Pour en revenir à notre Pennisetum local il n’est pas impossible, mais rien n’est moins sûr, qu’il s’agisse de Pennisetum capillata. Si un lecteur en sait plus que nous sur le sujet nous sommes preneurs de toute information.
Posté le 01.09.2006 par cessenon

Ci-dessous l'article rédigé après les informations reçues.
Dans l’édition de vendredi 24 octobre de L’HERAULT du Jour nous avions publié un article concernant une graminée qui en ce moment foisonne en bord de route et dans les espaces non cultivés. Nous n’avions aucune garantie quant au nom de cette espèce botanique
Un lecteur de Bédarieux, Yves Dachy pour ne pas le nommer, nous a proposé Dichantium saccharoides. Il a même suggéré de mâchouiller la tige pour comprendre le pourquoi de l’adjectif saccharoides. L’expérience est toutefois peu probante ! Il nous a précisé que cette plante est une immigrée. Elle est effectivement originaire d’Amérique tropicale et s’est installée récemment dans notre région où elle s’est très bien implantée.
Une connaissance de Gruissan, Jean-Claude Courdil, à la notoriété encore plus établie comme artiste peintre que comme botaniste (pourtant reconnu !), a confirmé l’hypothèse selon laquelle nous avons affaire à un Dichantium. Il a signalé que cette plante était répertorié aussi sous le nom de Barbon faux-saccharum.
Nos deux informateurs nous ont indiqué que, selon l’approche qu’en avaient les spécialistes, le nom des plantes pouvait varier parce que nous sommes dans une période où les dénominations, autrefois nationales et multiples sont maintenant unifiées. Contrairement à ce que nous avions écrit, notre graminée ne serait plus considérée comme appartenant au genre Pennisetum.
Yves Dachy a par ailleurs expliqué que les noms scientifiques des plantes n’étaient pas du latin mais des noms « latinisés ». Une nuance qui a échappé aux profanes que nous sommes !
Autre chose, toujours selon Yves Dachy, Dichantium saccharoides apparaît beaucoup le long des routes. C’est que, fleurissant en automne, cette graminée est favorisée par le passage des gyro-broyeurs qui éliminent ses concurrentes peu avant sa floraison. On peut y voir l’effet d’une sélection artificielle dépendant des activités humaines. Ceci correspond à l’impression que l’on a de la voir se développer depuis quelques années.
Posté le 07.09.2006 par cessenon

Elle n’est pas si rare que ça dans notre région où elle est cultivée aussi bien en appartement que dans les parcs et les jardins. Peut-être que vous connaissez son nom ? Si ce n’est pas le cas nous vous le donnons : il s’agit du yucca.
On peut vous en dire plus. Le yucca est originaire d’Amérique (Amérique Centrale et Amérique du Nord) ainsi que des Antilles. Le mot « yucca » viendrait de l’espagnol « yuca » et aurait pris naissance en Haïti. Mais selon d’autres sources il appartiendrait à la langue des Indiens d’Amérique.
Quoi qu’il en soit, il est classé par les botanistes dans la famille des liliacées. Le genre yucca compte une trentaine d’espèces parmi lesquelles Yucca filamentosa et Yucca gloriosa lequel chez nous pousse en pleine terre.
En ce moment le Yucca est fleuri mais il paraît qu’il faut attendre qu’il ait cinq ans pour voir la première floraison. La hampe, qui porte des fleurs blanches en forme de cloches, s’appelle une panicule.
Il existe une espèce arborescente, Yucca elephantipes, qui, dans de bonnes conditions, peut atteindre cinq ou six mètres de hauteur. Un spécimen de cette taille s’est développé à Béziers devant le centre médical A. Albertini. Pour l’heure il n’est pas fleuri.
On peut citer aussi Yucca brevifolia appelé « Arbre de Josué » par les pionniers Mormons à la conquête du Far West. Oui, la légende affirme que, du côté du Colorado, ses branches, « allongées de manière plaintive », leur montrèrent la direction à suivre pour atteindre la nouvelle terre promise.
Si chez nous le yucca est ornemental dans son pays d’origine c’était une plante utilitaire. les fibres de la tige et des feuilles étaient employées pour tresser des cordages et pour rembourrer les coussins et les oreillers. Les racines de certaines espèces donnent une substance grasse dont on se servait comme savon. Les fruits sont comestibles mais la pollinisation, et donc la fécondation, exige la présence d’un papillon particulier (Tegeticula) qui ne vit pas sous nos latitudes.
On peut évoquer pour finir un tableau rendu célèbre par l’éloge qu’en avait fait Baudelaire. Il s’agit d’une oeuvre d’Antoine Chazal qui a pour titre « Le Yucca gloriosa fleuri en 1844 dans le parc de Neuilly ». « Disparu » du musée du Louvre pendant la Guerre de 70-71, le tableau a été retrouvé au salon des Beaux-Arts à Paris, en septembre 1997 et a réintégré les collections du musée.
Posté le 10.09.2006 par cessenon

Vous en avez vu c’est sûr il y en a un peu partout, particulièrement dans les endroits ensoleillés, au bord des chemins, dans les terrains en friche, les décombres…
C’est une cucurbitacée, une des rares qui poussent à l’état spontané. Les fruits ont la forme d’un ellipsoïde de révolution, un ballon de rugby si vous préférez, de quatre ou cinq centimètres dans sa plus grande dimension.
Particularité, à maturité le détachement du pédoncule provoque le jaillissement des graines qui se dispersent, projetées avec la pulpe à plusieurs dizaines de centimètres dans une manière d’explosion. Le fruit donne l’impression d’être sous pression. On qualifie ce mode de dissémination des graines d’autochore.
La jus dans lequel baignent les graines et qui s’échappe avec elles, est toxique et protège la plante de l’appétit des herbivores. Il est irritant pour la peau. Malgré leurs résultats désastreux, des médecines de bonne femme préconisent des instillations nasales de ce jus !
Le concombre d’âne a d’autres sobriquets : cornichon d’âne, concombre sauvage, concombre à ressort, concombre à réaction, giclet. En espagnol c’est el pepinillo del diablo ! Il est appelé aussi momordique… Son nom scientifique est Ecballium elaterium.
Le concombre d’âne est xérophile, c'est-à-dire qu’il aime (ou supporte ?) les endroits secs. La plante est monoïque, on trouve sur un même pied des fleurs mâles et des fleurs femelles en des endroits séparés. Rien que de très moral en somme mais cela le conduit à être entomogame, c'est-à-dire que la fécondation se fait grâce aux insectes qui transportent le pollen. La floraison a lieu de juin à octobre, les fleurs sont jaunes.
Posté le 12.09.2006 par cessenon

Devant la cave coopérative de Béziers
Photo Hugues Bousquet.
En ce moment on peut voir, ce n'est pas une plante rare, les hampes florales de l'herbe de la pampa, de son nom scientifique Gynerium sagittatum. Originaire d'Amérique du Sud, elle est appelée Caña brava au Pérou et Canne flèche en Guyane, en référence sans doute au fait que les Indiens fabriquent des flèches et des harpons avec les tiges.
Le gynérium connaît d'autres emplois : on extrait de la cellulose de ses chaumes, lesquels servent également de matériau de construction, que le temps n'épargne pas, pour les plafonds ou les parois des habitations. L'herbe de la pampa est aussi utilisée comme fourrage et pour la fixation des dunes. Chez nous elle est surtout un élément de décor d’une pelouse, près d'un bassin notamment.
C'est une plante à l'adaptabilité extraordinaire. On la trouve aussi bien sur la côte désertique du Pérou que dans les zones inondables d’Amazonie. Elle se reproduit grâce à ses graines mais aussi aux stolons qu'elle génère. Elle s'implante ensuite avec ses rhizomes qui s'enfoncent profondément dans le sol et la fixent. On peut la reproduire en plantant un éclat prélevé sur une touffe.
Bien que vivace elle ne tarde pas à dépérir après s'être épanouie, pouvant atteindre sous nos latitudes cinq ou six mètres de hauteur.
Elle semble avoir beaucoup de facilités à coloniser notre espace, on en voit un peu partout à présent, en bord de route, dans des terrains en friche.
C'est une plante dioïque. Certains pieds portent les fleurs mâles, d’autres les fleurs femelles. Si on en croit une spécialiste de la question dont nous avons trouvé une étude sur la toile, les panicules blancs sont les fleurs femelles et les panicules mauves sont les fleurs mâles. Si c'est exact c'est vraiment la polygamie chez cette graminée ! Certains doivent rêver d'être réincarnés en gynérium dans une vie ultérieure !
Ah, sur l’étymologie du mot. Il vient du grec gunê qui signifie « femelle », et erion « duvet ».
Posté le 26.09.2006 par cessenon

Sans doute avez-vous vu au mois de septembre, au bord de l’Orb ou de l’un de ses affluents, des fleurs jaunes perchées au bout de longues tiges. Elles ressemblent assez à des tournesols. Il s’agit de topinambours et c’est spontanément qu’ils se sont introduits dans le rivage où ils se développent librement.
En cette saison, et ce jusqu’au mois de mars, on peut, à l’aide d’un bigòs (une houe à deux dents), récolter les rhizomes tubéreux qui se sont formés. Il est possible de repérer leur présence grâce aux hampes séchées qui se dressent au-dessus du sol. C’est le moment où ils sont à leur taille maximale mais ils ne vont pas tarder à germer. Naturellement ils n’ont pas atteint celle des topinambours cultivés. Toutefois ils sont tout à fait comestibles, simplement ils demandent plus de travail pour être épluchés.
Les topinambours ont mauvaise réputation. Pour les anciens ils évoquent la période des restrictions. Pourtant ils ont un goût agréable qui rappelle celui des artichauts. En ayant offert à un collègue de Coursan, celui-ci les avait préparés avec un rôti de veau et les amis qu’il avait invités avaient trouvé que « les vieux » avaient tort de mépriser ce légume. Ils oubliaient bien sûr que pendant la guerre il manquait le rôti de veau.
Ceci étant, ils se cuisinent comme des pommes de terre. A la vapeur (pas plus de 5 à 6 minutes), on peut alors les manger chauds, avec du beurre, ou froids en salade. On peut aussi les faire rissoler à la poêle ou les y cuire directement, comme pour des frites.
Ah ! Il y a quand même un inconvénient à les consommer, ils provoquent des gargouillements intestinaux, pour ne pas dire plus ! Mais enfin, ce n’est pas un poison, même si d’aucuns prétendent qu’ils contiennent de l’arsenic !
En fait ils contiennent surtout de l’inuline, ce qui leur confère un goût sucré. Par fermentation on peut obtenir de l’éthanol, ce qui a conduit à reprendre la culture des topinambours, tombée en désuétude, comme source d’énergie.
Le mot topinambour vient de ce qu’on pensait que la plante était originaire d’une région du Brésil où vivait la tribu indienne des Topinambous. En fait le pays d’où est sorti le topinambour est le Canada.
Par ces temps de crise, où précarité et baisse du pouvoir d’achat sont le lot de la majorité des salariés, on pourrait considérer que le topinambour est un légume de circonstances. Toutefois on doit ajouter qu’il est servi dans les restaurants de luxe - chez FAUCHON par exemple - à l'intention de ceux qui vivent des profits en Bourse (pour ceux là ça ne va pas trop mal).
Posté le 27.09.2006 par cessenon

Photo Guy Bousquet
La photo qui illustre le présent article a été prise sur le territoire de la commune de Cazouls les Béziers, entre Thézanel et Le Petit Mus plus précisément. Il s'agit d'une leuzée conifère qui, comme son nom l'indique, porte un cône. Un cône déjà ouvert au sommet car la photo date du mois de septembre.
On pourrait d'ailleurs parler d'une forme d'artichaut. Comme pour celui-ci il s'agit… d'un involucre de bractées. En voilà une nouvelle ! Plus simplement c'est un ensemble de petites feuilles. Son nom latin lui n'est pas très compliqué : Leuzea conifera. Et il est dédié à un certain Deleuze, un naturaliste connu des botanistes. On la désigne aussi par le vocable significatif de pomme-de-pin.
Les filaments blancs qui s'échappent du cône sont les fleurons qui composent la fleur (La leuzée appartient donc à la famille des Composées plus savamment appelée Astéracées). Ces filaments donneront des fruits que l'on nomme akènes.
Leuzea conifera est une plante vivace d'une trentaine de centimètres au maximum qui se plaît dans les terrains rocailleux et secs, dans les sous-bois de pins particulièrement. Elle est la seule espèce du genre Leuzea.
La tige est velue avec des poils blancs, non ramifiée. Les feuilles, nombreuses, sont également pourvues de poils blancs.
Vers ici ce n'est pas une plante rare mais dans plusieurs départements, le Gers, la Haute Garonne par exemple, elle est protégée et sa cueillette est interdite. C'est qu'on peut l'utiliser, et c'est ma foi du plus bel effet, pour réaliser des bouquets secs.
Posté le 28.09.2006 par cessenon

Cette année la sortie des champignons pourrait être bonne si on considère le temps et la saison. Pour l'heure j'ai ramassé des pholiotes du peuplier et quelques mousserons ce qui m'a conduit à mettre en ligne un article rédigé en 1999.
La dernière saison avant l’An Deux Mil aura été un bon cru pour les chercheurs de champignons. Averti par un ami Cessenonais, originaire de la commune de Pierrerue, qu’il y avait une « sortie », j’ai effectué ma première récolte le vendredi 10 septembre. J’en suis revenu avec un demi-panier de cèpes. Dans le lot se trouvaient deux oronges pas encore dégagées de leur volve blanche.
Pour beaucoup le mot champignons est synonyme de girolles. Ce n’est pas que je méprise cette espèce là, mais je ne la mets pas tout à fait en haut de l’échelle. J’hésite d’ailleurs, pour cette position, entre les cèpes et les oronges. Les premiers sont plus parfumés mais les secondes ont une chair si délicate ! Leur nom d’amanite des Césars n’est pas usurpé. Quant à leur découverte, avec le rouge orangé qui caractérise le dessus de leur chapeau, leurs lamelles ainsi que leur pied d’une belle couleur jaune, c’est une vraie merveille. Ça l’est bien plus encore quand elles ne sont pas ouvertes mais se présentent à votre regard à l’état de boule.
Certes la vue d’un jeune cèpe n’est pas exempte d’émotion. Les plus gros sont impressionnants mais souvent décevants par la suite. En effet ils sont en général véreux. Evidemment on a toujours la ressource de les couper en lamelles et de les faire sécher. On arrive ainsi à séparer... la partie végétale de la partie animale. Bien sûr il peut rester quelques vers dans le tas mais, il faut être pratique, un ver qui a vécu dans un champignon, qui a séché avec un champignon, qui a cuit avec un champignon... ne peut qu’avoir goût à champignon !
Autrefois on utilisait pour faire sécher les cèpes un buisson épineux, le paliure, qu’on appelle chez moi espina vès et qui n’est autre que l’épine du Christ. On accrochait les tranches de champignon aux épines. Le même buisson servait également pour faire sécher les figues.
Pour en rester au domaine gastronomique, je dirai que les cèpes qui poussent sous les châtaigniers sont les meilleurs. J’ai le souvenir de cèpes ramassés dans des châtaigneraies du Saint Ponais particulièrement crémeux.
Et pourtant on paie plus cher à l’ami Henri BONET, qui livre ses récoltes de champignons dans les restaurants haut de gamme de Béziers, les girolles que les cèpes, 100 F le kilo contre 80. Sans doute parce que celles-ci ne sont jamais véreuses et qu’elles se conservent mieux. Sans doute aussi parce qu’elles sont plus faciles à utiliser en cuisine.
Cette année j’ai commencé à trouver des oronges en plus grand nombre le 13 septembre, du côté de La Maurerie, un hameau de la commune de Prades s/ Vernazobres. A partir de cette date et pendant environ trois semaines j’ai dû manger des champignons pratiquement chaque jour. Pour tout dire je ne m’en lasse pas. Je n’ai toutefois pas fait des cueillettes de cèpes fabuleuses comme ceux qui sont allés vers Saint Nazaire de Ladarez. Non dans le secteur qui est le mien, un triangle dont les sommets sont Prades, Berlou et Roquebrun, il est sorti surtout des oronges et des girolles.
Il faut vous dire que c’est un coin où je vais depuis sans doute une cinquantaine d’années. J’étais tout gamin que j’accompagnais mon père qui me prenait sur le cadre de sa bicyclette, une bicyclette noire qu’il avait achetée à un réfugié Belge, et qui n’avait pas de porte-bagages. Elle n’avait pas d’éclairage non plus et nous avions la hantise de nous faire arrêter par les gendarmes quand nous partions de Cessenon le matin alors qu’il faisait encore nuit.
J’ai quelques souvenirs de ces expéditions. Mon père graissait ses souliers avec une couenne, ce qui conduisait notre chien Médor à lui lécher les pieds ! Je trouvais très injuste qu’il fasse si froid le matin pendant que nous parcourions le bois trempé par la rosée alors que vers les 11 H la chaleur du soleil devenait si pénible. Oh, nous n’allions pas aux champignons chaque jour : les dimanches seulement et il était bien rare que nous fassions plus de trois sorties dans la saison. Les questions d’écologie n’étaient pas encore à l’ordre du jour et mon père abandonnait la bouteille, où il avait mis le vin de son déjeuner, au milieu des buissons pour faire de la place dans sa musette quand la récolte était bonne. Quitte d’ailleurs à la récupérer la semaine suivante quand elle l’était moins.
Le paysage de maquis, « Lo bosc » disait mon père, a un peu changé. Suite au reboisement entrepris par l’ONF, des pinèdes sont apparues. Pins maritimes sans doute, pins d’Alep peut-être, mais on voit aussi des cèdres et, du côté de Lugné, il y a même des eucalyptus. Ils avaient d’ailleurs gelé en 85. Les châtaigneraies ne sont plus entretenues depuis longtemps. Il reste toutefois beaucoup de chênes verts, d’arbousiers, de bruyères, callune ou arborescente, de cistes, notamment de cistes à feuilles de laurier parmi lesquels les oronges se plaisent à pousser. De larges pistes, destinées à la lutte contre les incendies, remplacent les chemins de charrette qui permettaient d’aller « faire » du bois.
Je reviens à la chronologie de cette saison mycologique. Ma première récolte conséquente de girolles s’est effectuée le dimanche 19 septembre. C’était dans la vallée du Rieu Berlou, un tènement qu’on appelle « Les Landes ». J’ai rempli la moitié de mon panier sans guère avoir à me déplacer. Elles étaient fraîches et sortaient en bandes comme elles le font habituellement. Il suffisait donc de tomber sur un ròde. Leur couleur jaune qui tranche avec l’environnement facilite leur recherche.
J’ai poursuivi mes cueillettes de girolles et d’oronges, les complétant quelquefois par d’autres espèces. J’ai par exemple eu par deux fois l’occasion de couper sur le tronc d’un châtaignier des langues-de-b½uf, ou fistulines, que j’ai mangées crues, en salade. Un peu amères, car il aurait fallu les dégorger quelques instants dans le sel, elles étaient cependant excellentes. J’ai également ramassé une variété d’agaric, une psalliote, que l’on désigne sous le nom de Saint-Michel, très bon comestible quand il est jeune et que les lamelles sont encore roses. Oui, je sais certains appellent Saint-Michel la coulemelle, ou lépiote élevée. Un champignon qui ne serait pas mauvais s’il n’avait le défaut de trop « pomper » l’huile dans laquelle on le cuit. J’ai pu cueillir à trois reprises des lyophylles en touffes dont le nom local est (phonétiquement car je n’ai pu en trouver nulle part l’orthographe) ausets. C’est un champignon de fin de saison, délicieux, que l’on peut conserver facilement dans de la saumure. « A l'eau-sel » dit-on en... « Français Languedocien ».
Je vais rédiger un paragraphe particulier sur la pibolada, dont le nom scientifique est la pholiote du peuplier. D’abord marron, elles deviennent blanches... et véreuses au soleil. Elles craquent sous la dent. J’en ai rempli un farat vendemiado (un seau à vendange) au pied des peupliers qui poussent au bord de l’Orb, sous mon jardin de Cessenon. Mais savez-vous que j’en trouve en ville, dans le parc de la cité où j’habite ? Il fut un temps où je surveillais un tronc, aujourd’hui disparu, depuis la fenêtre de ma chambre !
Dimanche 3 octobre les quelques cèpes, les quelques oronges et les girolles qui se côtoyaient dans mon panier étaient bien sèches ! S’il ne pleut pas la saison s’arrêtera là. C’est que le vent du nord stoppe net leur sortie. Toutefois j’ai appris que sur l’Espinouse, ce jour là il se trouvait encore des cèpes. S’il pleut... eh bien en 1996, pour Noël, j’ai mangé des girolles que j’avais cueillies la veille. Et quelques jours plus tard j’ai pu ramasser des pieds-de-mouton ou hydnes sinueux.
Il peut encore sortir des russules, vineuses ou charbonnières, des lactaires sanguins, des espèces que je ne prise guère car je les trouve farineuses. De même le qualificatif du lactaire délicieux me paraît surfait. Le lactaire laquais est un peu meilleur mais il ne vaut pas le lactaire améthyste, violet comme son nom l’indique. Le pied bleu lui aussi est tardif et de bonne qualité. Le clavaire ou bochibarba (en Lozère on dit jallina), qui ressemble à un chou-fleur, est lui aussi un champignon d’arrière saison, mais sans grand intérêt.
A Toussaint on peut se rabattre sur les armillaires couleur de miel, los vèrnhes (ainsi nommés parce qu’ils sont sensés pousser sur les aulnes, mais en fait ils poussent un peu partout, et notamment sur les troncs des acacias). Il y a aussi las coderlas, les pleurotes en huître, qui poussent en touffes sur les souches et que l’on cultive. On en trouve régulièrement au rayon légumes des supermarchés. Après cette période on peut faire provision de grisets, dont le nom scientifique est tricholome prétentieux, dans les bois de pins. Son cousin, le tricholome équestre, est couleur de soufre et dans plusieurs régions on le désigne sous le nom de canari.
On peut signaler qu’il est déconseillé de consommer le coprin - si délicat qu’il faut le manger très rapidement, avant qu’il ne devienne un infâme jus noir - en même temps que l’on boit du vin. Enfin c’est théorique, je l’ai fait et je n’en suis pas mort ! Les coprins croissent sur les décombres et sur les pelouses. A la Toussaint 98, j’en avais cueilli sur les espaces verts du Centre Hospitalier de Béziers !
Je n’ai pas parlé des mousserons qui ne sont pas très présents sur notre secteur. Quoique j’en ai trouvé, et en quantité, après un temps très pluvieux, près du domaine d’Aspiran, sur la commune de Thézan.
Et pas davantage des trompettes des morts, un champignon noir, en forme d’entonnoir, parfumé, trop peut-être, à la chair fine et un peu caoutchoutée. C’est Pierre VILLE, un camarade de Montpellier, Directeur d’Ecole, qui me l’avait fait connaître l’année où il avait pris sa retraite. Les trompettes des morts, ou cornes d’abondance, se sèchent facilement et peuvent même être réduits en poudre pour préparer du velouté de champignons. Je n’en ai véritablement trouvé en quantité qu’en 1976, derrière le Pech de Lugné.
Je vais terminer par les helvelles que je ramasse au printemps dans les campings de bord de mer, à Portiragnes-Plage plus précisément. Je me souviens de 1981. Cette année-là j’en rapportais de pleins sacs. Parmi elles, on peut aussi trouver, mais c’est plus rare, des morilles. Cette fois, lorsque ça craque sous la dent, c’est tout simplement à cause du sable !
La vie des champignons reste assez mystérieuse pour le profane. Quelles sont les conditions qui permettent leur croissance ? On sait qu’il faut de la pluie et de la chaleur pour qu’ils sortent. M. Planes, un viticulteur aujourd’hui retraité, qui habite la campagne de Riels, à un ou deux kilomètres de Prades s/ Vernazobres (et qui m’invite volontiers à prendre un verre quand je passe devant chez lui !) m’a affirmé qu’il avait vu la terre se soulever, comme au moment de la formation d’une taupinière, sous la poussée d’un champignon en train de naître.
(1) Monsieur André BROUILLET de Sauvian, mycologue confirmé, m'a précisé que le coprin contient une substance voisine de celle, l’antabus, utilisée dans les cures de désintoxication des alcooliques.
(2) J'en avais trouvé plus récemment, à partir du dimanche 15 octobre 99, dans une vigne que le propriétaire ne laboure pas, ne désherbe pas. Ce n'est pas moi qui me plaindrai de ce qu'il théorise sa paresse avec des considérations écologiques. Grâce à sa philosophie j'ai effectué de belles cueillettes dans l’unique vigne de la commune de Cessenon qui permet aux mousserons et aux rosés des prés de pousser. Hélas depuis la vigne a changé de propriétaire !
Posté le 01.10.2006 par cessenon

Photo de colchique
… fleurissent, fleurissent …/… c’est la fin de l’été » dit la chanson de Cabrel. Oui cette année la pluie a permis leur floraison. Une plante qui a mauvaise réputation, on la désigne sous le vocable de Tue-chien, en référence au fait qu’elle est vénéneuse. Et d’ailleurs son étymologie est révélatrice, le mot vient de Colchide, le pays de l'empoisonneuse Médée !
Toutefois on ne va pas parler longuement des colchiques plutôt d’une espèce qui a un peu la même allure, le safran. Ajoutons que le colchique a pour surnom safran bâtard.
Quoique pour commencer on pourrait d’abord citer le crocus. Il en est des variétés qui s’épanouissent au printemps, d’autres à l’automne. Dans mon jardin, héritage lointain de ma mère, ils sont jaunes, mais il en est de violets, de blancs. Une plante décorative donc.
Ah, le safran lui c’est autre chose (encore que son nom scientifique, crocus sativus Linnaeus, rappelle qu’il est un cousin de notre crocus familier !) Oui, le safran est utilisé pour aromatiser et colorer les aliments. En fait il ne colore pas seulement les aliments mais également les textiles, les soieries notamment, les tuniques du Dalaï Lama par exemple.
Son utilisation est attestée dès l’Antiquité : Homère, Pline, Virgile… en font mention. Pour les cérémonies religieuses on jonchait le sol de fleurs de safran. On le brûlait à la manière de l’encens, il servait d’infusion que l’on consommait avant de… sacrifier à Vénus ! Peut-être que le safran entre dans la composition du viagra ?
Sa culture est introduite en Afrique du Nord puis en Europe par les Arabes. Et d’ailleurs Le Robert donne pour étymologie zaefaran terme arabo-persan. Bien que le safran soit une épice, ce qui laisse penser que c’est une plante exotique, des champs de safran existaient un peu partout en France au Moyen Age. A Villespassans on trouve Les Safranières comme nom de lieu. De même on a le tènement de La Safranière à Fozières près de Lodève et à Roujan.
Mais la région spécialisée dans la production de safran était le Gâtinais. Un musée du safran a été créé à Boynes dans Le Loiret. Sur le site qui lui est consacré on apprend qu’un important marché, où Allemands et Hollandais venaient s’approvisionner, se tenait à Boynes aux alentours de La Toussaint. Le dernier champ a disparu en 1930, le déclin du safran s’était amorcé avec le froid qui avait régné en 1880 – 1881 et s’était accentué avec l’apparition des colorants de synthèse.
Près de chez nous, à La Salvetat plus précisément, on a pu voir un espace planté en safran, de même à Vendres. A l’automne c’est un beau tapis violet qui recouvre le champ.
La récolte des fleurs de safran est une opération délicate, celle de la séparation des stigmates ne l’est pas moins. Il faut écarter les corolles, repousser les étamines et couper le pistil avec l’ongle. Et quand on sait qu’il faut 85 000 fleurs pour obtenir 1 kg de safran prêt à être consommer on comprend qu’il fut un temps où l’épice était vendue au prix de l’or !
Chez moi, où nous n’avions guère de moyens, j’ai quand même le souvenir d’un bocal, entreposé dans un buffet, contenant du safran que ma mère utilisait pour parfumer et colorer le riz. J’ignore si la provision a jamais été renouvelée !
Le safran se reproduit par ses bulbes et en Gâtinais ceux-ci entraient pour une part dans la constitution de la dot de la mariée.
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