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Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ) Catégorie : Blog Journal intime Date de création :
27.04.2006 Dernière mise à jour :
08.09.2008
Oui, oui, c’est ainsi que sont appelés des fruits qui ont la couleur, le goût… mais pas tout à fait la forme, des pêches classiques.
J’en ai vu une première fois au Petit Casino et elles étaient annoncées comme étant des Paraguayos et venant d’Espagne. Le prix affiché était de 3.9 euros le kilo.
On ne peut pas dire qu’elles soient vraiment plates. Disons plutôt aplaties. En Amérique on les appelle pêches saturnes.
J’en ai acheté au marché du vendredi, là le prix était plus bas : 2 euros seulement. Une amie m’avait affirmé qu’elles étaient délicieuses. Je les ai trouvées banales. Mais il en est des pêches, fussent-elles plates, comme des hommes, il en est de bonnes et de moins bonnes !
Une autre personne craignait que ces pêches ne soient le produit de manipulations génétiques. Des OGM en quelque sorte. Mais ma brave dame, tout est OGM ici bas ! Sans cela nous en serions encore au stade de la bactérie !
D’ailleurs la pêche plate vient paraît-il de Chine où elle porte le nom de Peen Too qui signifie soucoupe ! On la désigne aussi par le vocable « pêche (presque péché !) de miel » Une étude en avait été faite au 19ème siècle par Joseph Descaine, chef du carré des semis au Muséum d’histoire naturelle de Paris.
Les pêches plates seraient à l’origine des pêches blanches auxquelles personnellement j’ai toujours préféré, quoique ayant régulièrement suivi tout au long de ma carrière les consignes de mon syndicat quand il appelait à la grève, les pêches jaunes. J’ai même un faible assez fort pour la pêche de vigne et ceci bien que le pêcher de vigne soit lui originaire de Perse, c'est-à-dire d’Iran ! Toutefois comme je ne suis ni raciste ni xénophobe…
Ah, on ne va pas prétendre, qu’à l’instar des légumes décrits par Georges Coulonges dans son livre amusant « Le pays des tomates plates » les Paraguyos aient toutes les qualités requises pour faciliter l’emballage et l’expédition ! Non, mais elles sont, nous devons le reconnaître, commodes à manger. De plus le noyau se détache facilement de la pulpe.
Le caroubier est absent de notre région, le seul que je connaisse se trouve à l’arboretum de Saint Christol, sur la commune de Nissan les Ensérune.
Il est par contre présent, encore qu’assez rare, du côté de Nice. Dans une des chansons populaires qu’interprète Patric figure le texte « Calant de Vilafranca / Souta d'un caroubié / Faioun la contradansa / Em'un sarjan fourié » (En descendant de Villefranche / Sous un caroubier / Elles faisaient la contredanse / Avec un sergent fourrier.)
Essence thermophile, le caroubier est originaire des régions méditerranéennes. Il est cultivé en Espagne, au Maroc, dans le sud de l’Italie, en Sicile… Cultivé pour ses fruits, les caroubes, qui sont un aliment pour le bétail. J’ai le souvenir de sacs de caroubes entreposés au fond du magasin du syndicat agricole qui était à Cessenon à droite à l’entrée du village. Elles étaient destinés aux chevaux.
En allant à l’école j’entrais clandestinement dans les profondeurs du magasin et j’en volais des poignées que je mâchonnais. J’aimais le goût très sucré de la pâte que j’obtenais ainsi. Dans les pays pauvres la faine de caroube était consommée par les gens comme nourriture.
Aujourd’hui elle est utilisée comme additif dans l’industrie agro-alimentaire. Elle remplace le cacao, ayant l’avantage sur celui-ci de ne pas contenir de caféine.
On emploie la gomme de caroube, provenant de la mince enveloppe brune qui entoure les graines, dans l’industrie (papier, textile), en pharmacie, en cosmétique…
Le mot caroube vient de l’arabe karrubah. En occitan c’est coròpia tandis que le nom scientifique du caroubier est Ceratonia siliqua.
Particularité des graines de caroube, elles sont d’un poids à peu près constant, de l’ordre de 2 dg, ce qui est à l’origine du carat, unité de masse employée par les joailliers.
De vue certainement, on en trouve partout. Mais de nom ? Il s’agit du buddleia de David et il fleurit de juin à septembre. La couleur de ses inflorescences va, suivant les diverses variétés, du magenta au bleu en passant par toutes les nuances du mauve et du violet.
L’arbuste est originaire de Chine, de l’Himalaya plus précisément, mais il s’acclimate très bien sous nos latitudes. Il colonise les remblais, les espaces en friche.
Le buddleia est dédié au révérend Adam Buddle, médecin pasteur et botaniste amateur anglais (1660-1715). Toutefois les premières graines n’arrivèrent en Europe qu’en 1893.
Mais on l’appelle aussi « Arbre aux papillons » car ses fleurs attirent les papillons. Il porte aussi le nom, le surnom plutôt, de lilas d’été.
L’inflorescence forme une grappe que les botanistes désignent par le terme de racème. Les fleurs sont hermaphrodites, entendez par là qu’elles portent à la fois pistil et étamines. La pollinisation est entogame, c'est-à-dire que le pollen est véhiculé par les insectes.
Le buddleia accepte à peu près tous les sols et ne nécessite ni arrosage ni engrais, autant dire que c’est l’arbuste de rêve pour les jardiniers amateurs !
Qu’ajouter ? Que le feuillage est caduc, qu’il contient une substance toxique, l’aucubine… En fait nous n’en dirons pas davantage, nous n’en savons pas plus !
La photo ci-dessus a été prise le 31 juillet, sur Le Caroux à peu près au niveau de l’arrivée du ravin des hêtres qui permet d’atteindre le plateau à partir du hameau d’Eric. Les rochers sur la droite sont les aiguilles du Rieutort et sur la gauche se trouve ce que les randonneurs désignent par le vocable de « Salle à manger du Rieutort »
Le photographe ? C’est notre ami Jean-Christophe Plagliarin dont nous avons déjà eu l’occasion de parler.
Ce jour-là la lumière était très belle et la bruyère cendrée particulièrement fleurie, donnant à divers sommets de l’ensemble du massif cette teinte rose, presque pourpre, absolument superbe. Depuis elle a un peu fané et la couleur est nettement moins vive.
La bruyère cendrée ? Son nom scientifique c’est Erica cinerea. Elle est en général associée à la bruyère callune, Calluna vulgaris, moins abondante sur le Caroux et moins belle aussi !
Callune ? Le mot vient du grec kallunein qui signifie «nettoyer». Oui on faisait des balais avec la bruyère callune.
En occitan bruyère se dit bruc qui est à rapprocher du latin populaire brucaria. Mais l’occitan est parfaitement identifié comme un latin vulgaire ! Encore que là on puisse faire référence au gaulois bruko.
Quant à Erica, cela vient encore du grec ereikein et rend compte de la facilité qu’ont les tiges à se briser.
La bruyère cendrée est un petit arbuste de 30 à 60 cm de haut qui croît sur les sols siliceux, granit ou schiste par exemple, exposés au soleil. C’est une plante mellifère qui donne un miel épais et coloré.
La terre sur laquelle ont poussé des bruyères est employée en horticulture et est vendue sous l’appellation de terre de bruyère.
La bruyère cendrée est aussi utilisée en pharmacopée pour ses propriétés antiseptiques urinaires et diurétiques ainsi que pour éliminer l'excès d'acide urique. Oui moi aussi je vois comme vous que nous nous éloignons ici de la poésie qu’engendre la photo !
La photo ci-dessus a été prise le dimanche 16 septembre par Guy Bousquet à Montouliers près de la fontaine romaine (oui, une fontaine qui aurait été construite par les légions de Jules César !)
Montouliers ? C’est une petite commune, quelque deux cents habitants, du canton de Saint-Chinian à la limite de l’Aude, à côté de Bize Minervois plus précisément. Un très joli village, mais nous avons eu l’occasion d’en parler.
Tout le monde aura reconnu une haie de figuiers de Barbarie avec sur la gauche un agave et plus loin des cyprès. Un paysage très méditerranéen donc !
Nous avons cherché à en savoir plus sur ce cactus arborescent. Nous avons appris qu’il est originaire d’Amérique Centrale et du Mexique. Il figure d’ailleurs sur le drapeau mexicain.
Là bas on l’appelle Nopal mais il a bien d’autres noms : figuier d’Inde, raquette, oponce… Le terme scientifique est Opuntia ficus-indica.
C’est évidemment une plante grasse, succulente disent les botanistes, en ce sens qu’elle est gorgée de suc. Les raquettes sont désignées par le vocable de cladodes et les nombreuses fines épines qui les garnissent par celui de glochides. Pas commodes les glochides, elles s’incrustent !
Par ailleurs les cladodes sont pourvues de vraies épines qui font que le figuier de Barbarie est utilisé pour former des haies difficiles à franchir. Allez savoir, c’est peut-être à cause de cela qu’on emploie l’expression « de Barbarie » !
Les fruits, dont la couleur va du vert au rouge, de forme ovoïde, qui succèdent aux fleurs jaunes, sont comestibles avec un effet « bloquant » au niveau digestif ! En Algérie où les figues de Barbarie sont consommées, j’ai entendu parler de « bouchon » à ce sujet !
Les jeunes raquettes aussi se mangent. C’est le cas au Mexique où on cuisine des nopalitos qui ont des tas de vertus au niveau alimentaire. C’est plein de bonnes choses dit Wikipédia : vitamine C, cuivre, fer, magnésium…
Les variétés inermes (sans épines) sont utilisées comme fourrage pour les animaux. Même qu’un cheloniophile bien connu de beaucoup de mes lecteurs cherche à en bouturer pour nourrir ses nombreuses tortues.
On ne citera que pour mémoire ses effets bénéfiques contre le cholestérol, l’excès de glucose dans le sang… Elle aurait même des propriétés anti-âge. Plutôt que du chewing-gum mâchez donc des morceaux de cladodes ! C’est plus économique et ça peut aider à réduire le déficit de la sécurité sociale.
De même nous ne ferons que mentionner son usage pour la production de colorant à partir de l’élevage sur la plante d’une cochenille.
Quant aux perspectives en matière de biocarburant ça ne « carbure » pas encore pleinement mais il ne faut peut-être pas désespérer. Si Kouchner nous entraîne dans une guerre contre l’Iran il faudra bien trouver une solution à la pénurie prévisible de pétrole.
Le figuier de Barbarie se plaît dans les terrains secs, ensoleillés. Il supporte le gel jusqu’à – 5° C. Aussi, juste retour des choses, depuis la découverte de l’Amérique il a colonisé le pourtour méditerranéen.
La photo ci-dessus a été prise sur une berge de l’Orb. Elle montre un morceau de tige de houblon avec des feuilles et des cônes.
Oui le houblon pousse à l’état sauvage sous nos latitudes, particulièrement dans les ripisylves (c’est le nom qu’on donne à la végétation qui s’est développée au bord des cours d’eau). Plante grimpante, le houblon s’agrippe aux arbres et arbustes pour atteindre sinon le septième ciel du moins une hauteur pouvant atteindre six mètres.
Il est par contre cultivé dans les Flandres et en Alsace, les houblonnières donnant au paysage un aspect particulier. Le premier producteur mondial de houblon est l’Allemagne… et c’est à Munich qu’a lieu chaque année la fête de la bière !
C’est que les inflorescences femelles en forme de cônes sont particulièrement odorantes et sont utilisées pour parfumer la bière, celle-ci étant obtenue par fermentation de l’orge. Outre sa fonction aromatique, le houblon stabilise le produit.
Le houblon est appelé salsepareille indigène, vigne du Nord… mais il a aussi un nom curieux : Herbe à oreiller ! Pourquoi ? Eh bien il paraît que « les femmes qui participent à sa cueillette sont réglées deux jours après, quelle que soit la période de leur cycle ! » avons-nous lu sur la toile.
Il paraît aussi, toujours de la même source, que « ses fruits glissés sous la tête provoquent un sommeil réparateur, en revanche, il annihile tout désir sexuel il est donc plutôt recommandé de ne prendre le houblon que sous forme d'un bon demi bien frais ! »
Revenons sur le nom du houblon. Scientifiquement c’est Humulus lupulus et il fait partie des cannabinacées. Vous avez bien lu, il est de la même famille que le cannabis !
Marianne sous un eucalyptus
Photo prise par Paul Barbazange le 28/10/07.
Dans le Topo-guide des sentiers de randonnée qui a pour titre « Balades en terre d’Orb » un circuit est répertorié sous l’appellation « Les eucalyptus ». Il y a en fait deux variantes, l’une compte une dizaine de kilomètres, l’autre un peu plus de la moitié.
Le départ est entre Cessenon et Lugné. Un parking est prévu au-dessus d’un tènement qui porte le nom de Ribaute, le mot, qui à l’origine s’écrivait « Riba auta », signifiant rive haute.
Nous sommes ici en aplomb de la vallée du Recambis et on accède au parking en question en prenant, à gauche en venant de Cessenon et après avoir traversé le pont sur le Vernazobre, un chemin que l’on trouve au-delà d’une « baraque » de vigne à côté de laquelle est un pin parasol.
Un incendie, dû à l’imprudence d’un chasseur, avait ravagé le secteur en 1950. Il a été depuis reboisé, en général avec des résineux. Toutefois sur la partie est on a planté, après les gelées de 1956, sur un terrain schisteux, des eucalyptus.
L’eucalyptus est originaire d’Australie et de Tasmanie. Des agents de l’ONF étaient d’ailleurs allés dans ces pays pour étudier les conditions de son implantation chez nous. Il existe diverses espèces d’eucalyptus, entre 450 et 600 disent les spécialistes. Certaines peuvent donner des sujets qui atteignent 100 m. Ce n’est pas le cas ici. Il faut dire que les hivers rigoureux de 1984 – 1985 et 1985 – 1986 avaient provoqué le gel de la plupart d’entre eux.
Les gens avaient été autorisés à aller faire provision de bois auprès des arbres morts. Depuis les souches ont produit des rejets et on a à nouveau une forêt, pas très fournie, d’eucalyptus. Rien à voir avec ce que l’on peut rencontrer en d’autres endroits, au Portugal par exemple.
Le bois d’eucalyptus est impropre à la menuiserie. On en fait de la pâte à papier, sa résine rouge entre dans la composition de cirages et son essence, l’eucalyptol, a des propriétés désinfectantes et favorisent le décongestionnement des voies respiratoires. On en fait des cigarettes pour les asthmatiques et il est utilisé pour parfumer le chewing-gum !
La floraison est originale, les étamines restent enfermées dans le calice dont elles ouvrent l’opercule en grandissant. L’étymologie du mot eucalyptus (du grec eu, bien et kaluptos, couvert) en rend compte. La fleur d’eucalyptus est mellifère. Un rucher est visible en contrebas dins la canal de Totsants (dans le ravin des Toussaint).
Les feuilles aussi sont particulières : rondes, sessiles et opposées sur les arbres jeunes, elles deviennent alternes, pétiolées et allongées ensuite. En période de sécheresse elles offrent une surface minimale au soleil.
Non pardon, là c’est d’autre chose qu’il s’agit ! Pour tout dire c’est un poème d’Antonio Machado qui évoque le crime de Franco perpétré contre Federico Garcia Lorca.
Oui la photo montre mes grenades à moi, sans majuscule et au pluriel. Elles sont au bout d’une branche qui pend au-dessus du toit du cabanon de mon jardin. Avec l’Orb qui coule devant lui, « c’est un jardin… extraordinaire » aurait dit Trenet.
Mon grenadier ? Il a quelque chose comme vingt cinq ans. Je l’avais planté me semble-t-il en 1982, l’année où mon père est mort. C’est un collègue, Jean Gayraud, tiens il est décédé lui aussi, qui me l’avait fourni.
Ce n’est pas un grenadier greffé aussi les fruits sont plutôt acides. Mais ils sont tellement jolis dans leur écorce qui va du jaune au rouge en passant par toutes les teintes de l’orange. Sans compter les fleurs en forme de pipe qui au printemps embellissent le paysage. Elles entrent dans des compositions florales.
Les grenadiers ne sont pas rares dans le secteur et on en voit à l’abandon sur des talus, en bord de vigne.
J’avais offert des grenades, c’est sa passion, à une amie lyonnaise qui m’avait hébergé lors des Journées du Désarmement Nucléaire de Vénissieux qui s’étaient déroulées à La Toussaint 2003. Je les avais tout simplement cueillies en bord de route du côté de Corneilhan.
Le grenadier serait originaire d’Iran, enfin de Perse plutôt puisque c’est l’ancienne appellation du pays. On en trouvait dans les jardins suspendus de Babylone et on peut voir des grenades sur les bas-reliefs égyptiens. Elles auraient été introduites en Europe par les Berbères et auraient donné son nom à la ville de Grenade. Finalement je n’étais pas si loin que ça avec ma citation !
Les Romains l’avaient connu via les Phéniciens qui l’apportaient du Liban d’où la première partie de son nom scientifique Punica granata. En anglais c’est la pomegranate et en occitan la milgrana ou miugrana.
D’aucuns prétendent que la grenade pourrait être le fruit défendu, celui que le serpent aurait fait manger à Eve. Que n’a-t-on médit sur les pommes qui seraient la cause de nos discordes et de nos pépins ! Mahomet affirmait lui que la grenade chassait la haine et l’envie.
Elle a des tas de vertus médicales. Que ceux qu’inquiète le trou abyssal de la Sécu en prennent bonne note ! Elle augmenterait la libido et aurait quasiment le même effet que le viagra !
Au café le patron offrait du sirop de grenadine aux enfants tandis que les hommes consommaient des demi-panachés ou de la bière.
J’ai le souvenir de deux grenades que Joseph Grasset, Lo Secado, avait données à ma mère pour mon frère et moi. L’une était nettement plus grosse que l’autre et, comme mon frère avait neuf ans de plus que moi je m’attendais à hériter de la plus petite. Il y eut, sinon du commerce, du moins un partage équitable, ma mère coupa chacune en deux et nous eûmes mon frère et moi une moitié de la grosse et une moitié de la petite. J’avais tout simplement été ébloui par cette façon d’opérer !
Olivier Rodriguez m'a envoyé les photos qui illustrent le présent billet.
Elles ont été prises sur la commune de Reynés dans les P.O. et le chêne-liège dont elles sont le sujet serait le plus haut du monde. L'occasion de mettre en ligne un article rendant compte d'une conférence sur le thème "Des chênes et des hommes" faite en juillet 2004 par Mme Josiane Ubaud dans le cadre de la Festa d'Oc.
Nous étions entre trente et quarante personnes à écouter, dans des conditions matérielles inconfortables, la première des causeries qui avait lieu ce jeudi 15 juillet, dans le cadre de la Festa d’Oc.
Conditions inconfortables en effet car en l’absence de moyens techniques qui auraient permis de créer une certaine obscurité il n’était guère possible de voir grand chose sur l’écran où étaient projetées les nombreuses diapositives qui étaient présentées.
Par ailleurs le bruit des voitures qui passaient, celui d’un enfant qui pleurait sous la tente où avait lieu la conférence, ne favorisaient guère l’écoute.
Pourtant Mme Josiane Ubaud maîtrisait parfaitement son sujet et l’a présenté avec beaucoup de clarté.
Son sujet ? C’était les différentes espèces de chênes qui peuplent l’espace occitan. On en compte quatre : le chêne vert, le chêne blanc, le chêne au kermès, le chêne-liège.
Le premier est particulièrement apprécié pour ses glands qui donnent à la chair du cochon une saveur particulière. C’est ce qui explique la réputation dont jouit la charcuterie corse. Une seconde utilisation de l’yeuse c’est son écorce, la rusca, qui servait à tanner les cuirs. Elle donnait lieu à toute une activité. Le bois pouvait également servir à fabriquer des outils, notamment des manches. Mme Ubaud nous a montré un rabot en bois de chêne vert.
Elle a signalé que les galles qui, conséquence de la ponte d’insectes, se forment souvent sur les chênes ont servi de billes pour les enfants et de matière première pour l’encre et pour une teinture vermillon.
Le nom latin, Quercus ilex, se décline en euse, alzina… On le retrouve dans la toponymie : Leuzières, Lauzières… ainsi que dans l’anthroponymie : Deleuze, Deleuse…
L’yeuse n’est pas un arbuste mais un arbre véritable pouvant atteindre une dizaine de mètres de hauteur. Il est associé à un concurrent redoutable le pin d’Alep dont les graines peuvent germer en l’absence d’eau.
Le chêne blanc lui pousse jusqu’à 800 mètres. Ses glands sont moins prisés, son feuillage devient roux à l’autonome et tombe au printemps. On dit de ses feuilles qu’elles sont marcescentes, en d’autres termes qu’elles se fanent. A ce stade elles peuvent servir de fourrage, pour les chèvres notamment.
Le chêne blanc c’est Quercus robur mais on l’appelle rore, rove, roire…. Il est lui aussi à l’origine de nombreux noms de lieux : Roueire, Rouvelane… et de personnes : Roure, Rouvre, Rouyre, Rouvière…
A noter qu’un lieu planté de jeunes chênes blancs, éventuellement de jeunes chênes verts, voire de jeunes châtaigniers est une blaca, voir Blaquière, Vidal de la Blache…
Il a plus besoin d’humidité que l’yeuse et pousse donc plutôt à l’ubac qu’à l’adret. Il cohabite avec le pin sylvestre.
Comme le chêne vert il permet la production d’or noir : la rabassa, la truffe si on préfère. Tiens, voilà qu’on découvre le lien avec un outil qui a pour nom lo rabassièr !
Le troisième de la série c’est le chêne au kermès. Il a des tas d’appellations, mais dans le Biterrois c’est lo garrol ou la garrolha. A Cessenon « faire une garrolhada » c’est emmener une fille… pas exactement dans un garrol quand même !
Ses glands sont méprisables et méprisés. Ce qui faisait sa valeur c’est la cochenille qui le parasitait. Elle était récoltée en mai / juin et servait à la confection d’une teinture rouge particulièrement prisée. Mme Ubaud a fait ici tout un développement sur cette cochenille devenue extrêmement rare (mais ce n’est pas à cause des femmes ou des enfants qui la collectaient).
On l’a noté, la conférencière a de la passion pour le chêne-liège. Il est rare chez nous, même si François Charras se rappelle avoir joué quand il était enfant, du côté de Montpellier, au milieu de quelques chênes-lièges. On le rencontre dans les Maures et dans le Roussillon. Il demande pour se développer un sol acide, humide et une certaine température.
Lui c’est Quercus suber et un lieu planté de chênes-lièges est une siurade ou une suvrieras. On peut traduire par suberaie. Saint André de Sorrède dans les Pyrénées Orientales, bien que plus connu pour les manches de fouet en micocoulier, doit son nom aux nombreux chênes-lièges qu’on y rencontre.
L’exploitation du chêne-liège demande travail et patience. Il faut dans un premier temps enlever l’écorce mâle (le travail du desmasclaire) et attendre une dizaine d’années avant de pouvoir récolter la rusca femèla. Il faudra encore faire sécher, bouillir, sécher à nouveau le liège avant d’en faire… des tas de choses (un immense chapelet de pèlerin par exemple !) et des taps (bouchons) en particulier.
Des bouchons en liège il en existe de toutes les qualités et c’est sans doute plus un élément culturel que fonctionnel dans la mise en bouteille et la conservation du vin.
On ne va pas résister au plaisir de rapporter ici une phrase musicale citée par la conférencière : tap tarat taparà pas, tap pas tarat taparà (bouchon abîmé ne bouchera pas, bouchon pas abîmé bouchera), qui imite le roulement du tambour.
A vrai dire l’emploi du liège est très divers et son usage remonte aux Romains qui en faisaient des semelles, en fermaient leurs amphores…
Aujourd’hui les bouchons en liège sont surtout produits au Portugal. On peut s’interroger sur la disparition de cette activité, autrefois lucrative, en Roussillon et dans les Maures.
Mme Ubaud a par ailleurs indiqué que le paysage de garrigue que nous connaissons n’est pas une donnée originelle. Il est le résultat de l’action des hommes qui en coupant le bois pour se chauffer, fabriquer des outils ou essarter en vue de la mise en culture des sols a fait reculer et presque disparaître, la chênaie qui couvrait tout l’espace de la Terre d’Oc.
Le fragon, vous connaissez ! On l’appelle encore petit houx. Avec ses baies rouges on l’utilise à la place des fleurs pour garnir les vases particulièrement au moment de Noël lorsque celles-ci ne sont pas présentes. On le badigeonne quelquefois avec une peinture argentée.
C’est un petit arbuste, il peut atteindre 1 m de haut, qui se plaît dans les sous-bois ombragés. Il n’a rien de rare dans notre région et fréquente aussi bien les sols calcaires que schisteux.
Son nom scientifique c’est Ruscus aculeatus, en occitan on l’appelle bresegon ou verboisset. On le surnomme « Plante aux jambes légères » à cause des vertus circulatoires de son rhizome. En fait il a des tas de noms : frelon, buis piquant, épine de rat, myrte épineux…
L’étymologie du mot « fragon » ? Selon Le Robert il viendrait du bas latin frisco (houx) et aurait une origine gauloise.
Ses propriétés diurétiques sont connues depuis longtemps.
Vous dire que Ruscus aculeatus appartient à la famille des Liliacées ne vous sera sûrement pas d’une grande utilité. Et d’ailleurs les choses ayant évolué on le classe dans la sous-famille des Ruscaceae.
Ce qui est curieux c’est que ce que l’on prend pour des feuilles sont en fait des rameaux aplatis que l’on appelle des cladodes. Oui évidemment ça ne vous avance pas davantage !
Naturellement c’est une plante vivace. Elle est dioïque c'est-à-dire que certains pieds sont mâles d’autres femelles. Contrairement aux apparences ceux qui ont des boules, lesquelles sont les fruits, ne sont donc pas les plus virils !
Qu’ajouter de plus ? Qu’en certains endroits on emploie le fragon le jour des Rameaux comme ailleurs on fait avec le laurier, le buis ou l’olivier.
Ah autre chose encore : les drageons qui sortent du sol au printemps peuvent être paraît-il consommés à la manière des turions d’asperges sauvages. Mais là je n’en parle que par ouï-dire !