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cessenon
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Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ)
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27.04.2006
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Histoire

A Murviel il y a cent ans (ou presque !)

Posté le 27.10.2007 par cessenon
Un lecteur de Murviel nous a prêté un exemplaire de l’Annuaire de l’Hérault de 1908. C’est un volume qui comporte plus de 1500 pages, les dernières étant d’ailleurs abîmées ou ayant disparu.
Nous avions déjà publié dans nos colonnes, c’était en 1997, un article sur une édition de 1928 de cet annuaire, nous n’allons donc pas en refaire une analyse complète.
Rappelons quand même qu’il ne s’agit pas d’un annuaire au sens où nous l’entendons aujourd’hui. Peu de gens en effet avaient le téléphone et s’il ne s’était agi que de publier leurs numéros le document n’aurait pas été très épais !
Nous allons donc limiter notre étude à Murviel et ses environs. La ville a alors 2 456 habitants (la population de l’Hérault dépasse les 482 000 celle de la France approche les 40 000 000). Le maire, greffier de son état, s’appelle Laurent Fabre, l’adjoint Eloi Laissac. Le conseil municipal compte 15 membres.
Le conseiller général du canton est Jules Cadenat, maire de Saint Geniès le Bas. Il a donné son nom à un pont sur le Taurou. Le conseiller d’arrondissement est un certain Guilhem dont le prénom n’est pas indiqué.
Nous trouvons dans l’Hérault trois sénateurs dont Casimir Delhon, viticulteur à Puissalicon et arrière-grand-père de l’actuel maire de Thézan les Béziers. Il s’appelle d’ailleurs Casimir en hommage à Casimir Péret, les républicains du Biterrois donnant ce prénom à leur fils aîné. Un autre sénateur est Razimbaud père.
Il y a sept circonscriptions dans le département, les deux députés du Biterrois sont Louis Lafferre et Justin Augé. Razimbaud fils est député dans l’arrondissement de Saint Pons.
On pourrait ajouter qu’à cette époque le Président de la République est Fallières, le Président du Conseil des Ministres Clemenceau, également Ministre de l’Intérieur. Dans le Ministère on relève les noms de Doumergue (un élu du Gard qui a inauguré le pont sur l’Orb entre Murviel et Cazouls) au Commerce et à l’Industrie, Caillaux aux finances, Aristide Briand à l’Instruction Publique, aux Beaux-Arts et aux Cultes.
Un syndicat agricole a été fondé à Murviel en 1889. Dix neuf ans plus tard il compte 141 membres. Toutefois aucune précision n’est apportée sur la nature de ce syndicat.
En 1908 trois médecins (Louis Lau, L. Carratié, Edouard Guy), un vétérinaire (François Chauris) et deux sages-femmes habitent Murviel. La pharmacie est tenue par Joseph Guy.
Onze instituteurs ou institutrices exercent dans les écoles primaires et maternelle. C’est une dame, Mme Hermet, qui est receveuse des Postes. La perception de Murviel, confiée à un certain Vacher, dessert aussi Causses et Veyran, Thézan, Pailhès et Puimisson. Couderc, chanoine honoraire, est curé-doyen de la paroisse.
Les Murviellois peuvent se ravitailler auprès de six boulangers, deux pâtissiers-confiseurs, sept bouchers, huit épiciers, deux marchands de volailles et se désaltérer dans neuf cafés. Il y a aussi quatre laitiers.
Quatre coiffeurs et quatre cordonniers sont établis à Murviel. Il y a aussi un sabotier et deux marchands de chaussures.
Il existe des métiers, liés à la présence de nombreux chevaux, qui ont depuis disparu des villages. En 1908 on recense à Murviel quatre bourreliers, quatre forgerons (sans doute des maréchaux-ferrants), deux charrons, deux affenages. Deux magasins de fourrages, grains et farines, sont tenus par Henri Vidal et Rosa Mas. Robert Vincent est spécialisé dans les engrais.
On relève les noms de trois personnes faisant commerce de tartres. Il y a aussi quatre tonneliers, deux ferblantiers et deux tailleurs d’habits. On trouve encore quatre menuisiers, trois maçons, trois plâtriers, deux horlogers, un serrurier et un mécanicien.
Sont signalés dans le document deux professeurs de musique exerçant leur art dans la localité, Guy et Birot, celui-ci étant Officier d’Académie, ce qui devait sans doute être l’équivalent de Chevalier des Palmes Académiques, encore qu’on note par ailleurs la mention « Officier de l’Instruction Publique ».
A Murviel on peut se loger dans cinq hôtels : Nouvel, Saïsset, Lugagne, Marc et Carrière. On retrouve le nom de Nouvel dans la liste des six courtiers en vins.
Un service de voitures (de voitures hippomobiles cela s’entend !) est assuré par Henri Vidal et Estimbre cadet. Il y a cinq départs de Murviel en direction de Béziers : 4 h, 7 h, 10 h, 12 h et 17 h. Les retours ont lieu à 9 h, 17 h 30, 18 h et 18 h 30. La ligne dessert Thézan et Lignan. Au départ de Murviel comme de Thézan le prix d’un aller et de 1 f. Si le voyageur monte à Lignan il est de 0.50 f.
L’annuaire indique aussi les horaires en gare de Montpellier sur la ligne de chemin de fer d’intérêt local qui relie la préfecture à Saint-Chinian. Il y a cinq départs et cinq retours. Il faut en déduire que la station de Réals doit voir le passage de dix trains par jour.
La distance entre Murviel et Paris est de 837 km. On suppose qu’elle est comptée en ligne droite, auquel cas elle n’a pas changé depuis !
Une quinzaine de propriétaires viticulteurs est répertoriée. Le domaine le plus important est sans conteste celui de Coujan qui récolte 19 500 hectolitres de vin. Suivent ensuite : Saint Martin 8 000 hl, Mus 7 600, La Grangette 7 500, Limbardié 5 000. Les noms de leurs propriétaires respectifs sont Guy, de Rocous-Cahuzac, Lagarrigue (Chevalier du Mérite Agricole), Pélissier G., Donnadieu.
En vérité cet annuaire, dont la première édition remonte à 1818, est une source prodigieuse de renseignements sur notre département. Il mériterait une étude encore plus complète que celle que nous en avons faite.




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Les Juifs à Béziers

Posté le 07.06.2007 par cessenon
La pierre hébraïque de Béziers

Il s’agit d’une étude effectuée par un universitaire anglais Cyril P. Hershon publiée dans la revue de la Société Archéologique et Littéraire de Béziers dans une édition parue en 1997 / 1998.
La date de l’implantation d’une colonie juive dans notre ville n’est pas connue avec précision. Signe qu’ils sont présents dans la région au début du Moyen Age, le concile d’Agde qui s’est tenu en 506, interdit aux Chrétiens de manger chez les Juifs ou de les inviter chez eux.
Une inscription funéraire remontant à l’époque romaine fait état d’un certain Abraham qui a fait souche à Béziers et qui décède à Javols en Lozère où il avait effectué une manière de pèlerinage.
Selon Hershon, Béziers compte rapidement deux quartiers juifs, l’un proche de la cathédrale et connu sous le nom de « Petite Jérusalem » (à cause paraît-il de la vue qui ressemble à celle que l’on a de Jérusalem quand on y pénètre par la route venant d’Amman), l’autre vers l’actuelle rue du 4 septembre.
Il est fait état de deux synagogues, d’une boucherie, d’un four communal pour préparer le pain azyme, d’un cimetière juif extra-muros, situé entre l’avenue Saint-Saëns et la rue Victor Hugo et sans doute d’un Mikveh (bain rituel).
La façade de la cathédrale Saint Nazaire représente une allégorie du judaïsme. Il s’agit d’une femme vaincue, la Synagoga, pourvue de tous les attributs de la déchéance : couronne et hampe de lumière brisées, Tables de la Loi tombées, yeux bandés… à côté d’une Ecclesia triomphante et souveraine !
Les Juifs biterrois sont plutôt mieux lotis que leurs coreligionnaires narbonnais. En 1160 l’Evêque Guilhem abolit la coutume de la lapidation traditionnelle des Juifs et de leurs demeures pendant la Semaine Sainte qui jusque là était prêchée en chaire. Evidemment c’est en échange du paiement de quatre livres melgoriennes.
Les Juifs font commerce avec le vicomte de Béziers qu’ils fournissent en miel, cannelle et poivre. La communauté juive ne participe pas à l’assassinat de Raymond Trencavel qui a lieu en l’église de La Madeleine le 15 octobre 1167. Aussi sera-t-elle épargnée par les représailles sanglantes de Roger II, le fils de la victime, et les soldats aragonais.
La tolérance des Biterrois à l’égard des Cathares s’étendra aussi aux Juifs avant la croisade des Albigeois. Ils vivent alors en bonne intelligence avec l’ensemble de la population. A noter toutefois que judaïsme et catharisme sont inconciliables d’un point de vue théologique.
Après le Sac de Béziers le 22 juillet 1209 la situation se dégrade. Dans un premier temps l’essentiel de la communauté juive quitte Béziers. Elle va séjourner quelque temps à Olot en Catalogne espagnole, après peut-être s’être arrêtée un temps à Carcassonne, emportant son bien le plus précieux, les rouleaux sacrés.
Une inscription en caractères hébraïques, gravée dans une pierre scellée dans une maison de la rue du 4 septembre rend compte de cet exil et du retour des juifs à Béziers. Cette pierre est exposée au musée de la ville.
Les divers conciles qui vont se succéder verront codifier la répression à l’encontre des Juifs. Celui de Narbonne en 1227 prend sept ordonnances qui confirment et aggravent celle prises par les conciles antérieurs : interdiction de pratiquer l’usure et obligation de remboursement au cas où elle aurait été perçue ; interdiction d’avoir des domestiques chrétiens, des nourrices chrétiennes ; obligation de porter la rouelle (l’équivalent de l’étoile jaune de sinistre mémoire !) ; interdiction de travailler le dimanche et jours de fêtes ; interdiction de vendre de la viande les jours de jeûne et aux marchés chrétiens ; interdiction de consulter un médecin juif sous peine d’excommunication.
Encore que là un assouplissement de l’ordonnance est prévu. En effet, sous couvert de nécessité, un arrangement avec le Ciel permet de passer outre. C’est que les médecins juifs, qui ont des contact avec la civilisation arabe, sont réputés !
Sont réputés également divers savants juifs qui cumulent souvent, comme c’est de tradition au Moyen Age, les fonctions de poètes, théologiens, médecins, mathématiciens…
Parmi eux Hershon cite Abraham Bedersi et son fils Yedaiah Bedersi, Bedersi étant un surnom qui désigne Béziers en hébreu. On a trace d’une controverse avec un juif espagnol, Juda ben Sabbetai Lévi, sur le statut des femmes. Le second rédige un « Celui qui hait les femmes » auquel le premier répond par un « Celui qui aime les femmes ». On le voit les juifs de Béziers, peut-être influencés par les troubadours sont en avance sur leur temps !
La prospérité des juifs de Béziers, et du Languedoc, disparaîtra sous Philippe IV le Bel qui, pour renflouer ses caisses, expropriera carrément les juifs, tuant ainsi la poule aux œufs d’or !
On découvre à l’occasion des actes rendant compte de ces expropriations que les biens des juifs de Béziers sont de franc alleu (c'est-à-dire qu’ils ne sont soumis à aucune redevance) et que par ailleurs des chrétiens habitent dans les quartiers juifs.
Bref, toute une organisation sociale juive existait dans notre ville jusqu’au XIV° siècle !

Conférence de Jean Sagnes sur 1851

Posté le 02.11.2006 par cessenon
En relation avec l'exposé de Jean Sagnes sur "Les racines du socialisme de Louis-Napoléon Bonaparte", voici le compte-rendu de la conférence qu'il avait donnée à Béziers le 29/11/01.

Une trentaine de personnes avait répondu à l’invitation du Cercle Occitan de Béziers pour assister, jeudi 29 novembre, à la conférence / débat donnée par Jean Sagnes sur le Coup d’Etat de 1851.
Le conférencier a apporté un éclairage original sur la personnalité de Louis Napoléon Bonaparte et sur son rôle face à la Chambre des Députés issue du vote de 1849.
On sait que celle-ci est conservatrice, royaliste dans sa composition, et qu’elle n’a pas répondu au besoin de démocratie et de justice sociale présenté par les Républicains les plus radicaux.
Si le Prince Président a des ambitions de pouvoir personnel évidentes, il est aussi le représentant de la bourgeoisie rurale qui a assis son statut social depuis 1789 avec l’acquisition des Biens Nationaux. Il s’est rendu populaire par diverses circonstances : son nom, son opposition aux restrictions du suffrage universel, sa désapprobation de l’intervention contre les Républicains Italiens dans leur conflit avec le Pape… Son échec dans sa tentative de modifier la constitution en juillet 1851 est perçu comme une entrave à la démocratie puisqu’une minorité de députés a empêché qu’il puisse se représenter aux suffrages des électeurs en 1852.
D’ailleurs, les votes qui se succèdent : pour son élection en 1848, lors du plébiscite des 20 et 21 décembre 1851 ou à l’occasion du référendum du 20 novembre 1852 qui consacre le retour de l’Empire, confirment l’adhésion du peuple à ce qu’il représente.
Il faut en convenir, et ce n’est pas sans résonance actuelle, les petites gens n’ont aucune raison de défendre une République qui n’a pas répondu à leur attente. C’est d’ailleurs ce qui se passe à Paris où si quelques barricades sont dressées la résistance n’est pas véritablement massive. Il y aura davantage de morts du côté des gens en « gants jaunes » (la petite bourgeoisie) qui ont apostrophé la troupe sur les boulevards !
Il en est tout autrement en province et notamment dans l’aire d’expression Occitane. Pour Jean Sagnes ceux qui se lèvent ne le font pas seulement pour défendre la légalité républicaine bafouée par le Coup d’Etat. L’insurrection a un caractère social indéniable. Les républicains organisés dans les sociétés secrètes se saisissent de l’occasion pour devancer 1852, date à laquelle ils avaient mis leurs espoirs de changement.
Si Jean Sagnes n’a pas accablé Louis Napoléon Bonaparte il a toutefois dénoncé la Terreur Blanche qui va sévir sur les Républicains qui se sont dressés contre le Coup d’Etat. A Béziers la troupe tire sur les manifestants qui se sont avancés devant la Sous-Préfecture, laquelle se trouvait alors à côté de la cathédrale. Les rapports font état de « 70 morts ou blessés ». Après cet affrontement sanglant, les insurgés tueront par erreur un certain Bernard, un républicain pourtant, mais qu’ils ont pris pour le commissaire de police. Suite à cette affaire, quatre condamnations à mort seront prononcées et deux seront effectives. La sentence sera exécutée sur la place de la Citadelle.
Du débat qui a suivi on peut retenir l’intervention de Patrick Béziat qui fait état de la situation de crise, et de misère, qui affecte un village agricole comme celui de Capestang. Dans une Europe en proie à des difficultés générales, il y a ici un phénomène de mévente du vin, avec pour contexte une viticulture qui devient dominante. Concernant les aspirations des Sociétés Secrètes, il les trouve modestes : droit à l’éducation, à la santé, (à la gratuité des Sacrements religieux ajoutera quelqu’un)… Mais, et on en a la confirmation aujourd’hui, les droits les plus élémentaires (droit au travail, à la Paix… ) ne sont pas respectés quand un système est bloqué.
L’attitude des Républicains qui se retrouvent en Algérie souligne qu’ils n’ont pas intégré des valeurs devenues universelles depuis. Ils sont colonialistes, racistes… On notera que le comportement de la majorité des Communards exilés en Nouvelle-Calédonie est du même type à l’égard des Canaques.
Concernant l’entourage de Napoléon III, il sera fait état d’un milieu complètement corrompu, l’un d’eux ayant déclaré pour justifier la nécessité d’un Coup d’Etat : « il vaut mieux mourir dans le sang que dans la merde ». Le conférencier relèvera cependant que les divers acteurs de la conspiration contre la République disparaîtront rapidement de la scène politique.
La corrélation entre la carte de l’Occitanie et celle de l’insurrection, que l’on peut retrouver pour d’autres épisodes de notre Histoire, interroge. Pour Jean Sagnes un événement a toujours des causes multiples. En l’occurrence la revendication Occitane de reconnaissance de son identité, certes diffuse, est sans doute un élément de ces causes.
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Un tombeau différent

Posté le 31.10.2006 par cessenon
Photo Françoise Deixonne

Si vous en avez l’occasion, vous pourrez voir, dans le petit cimetière de CEBAZAN, un tombeau qui tranche, par sa décoration, sur les sépultures environnantes. Il s’agit du tombeau de la « Famille Pierre MIQUEL ». Son fronton porte un casque à visière. Quelle explication à cette particularité ? Il s’agit du tombeau d’un proscrit de 1851.
C’est que les événements de 1851/1852 ont marqué fortement l’HERAULT et le Biterrois, tant par l’opposition au coup d’Etat de Napoléon III que par la répression qui s’en est suivie.
Rappelons brièvement la situation. En décembre 1848 Louis Napoléon Bonaparte est élu Président de la République. C’est la Deuxième République laquelle, avec la Révolution de Février 1848, a succédé à la Monarchie de Juillet.
Le Prince-Président est coincé par la Constitution. Il ne peut pas se représenter aux élections, prévues pour le printemps 1852, élections qui doivent permettre, outre la désignation d’un nouveau Président de la République, le renouvellement de la chambre des Députés. Aussi, le 2 Décembre 1851, jour anniversaire de la victoire d’AUSTERLITZ, Louis Napoléon dissout l’Assemblée Nationale, décrète l’état de siège, annonce un plébiscite et rétablit dans son intégralité le suffrage universel, mis à mal par la Loi du 31 Mai 1850.
En fait, hors l’aspect positif du rétablissement du suffrage universel, c’est un pouvoir autoritaire qui se met en place et qui va évoluer vers la restauration de l’Empire. A l’image du référendum du Général De GAULLE en 1958, le plébiscite du 21 décembre 1851 légitimera le Coup d’Etat.
A PARIS la résistance est faible. Elle est plus forte en province, notamment dans l’HERAULT, à BEZIERS et BEDARIEUX par exemple indique l’Encyclopédie Universalis qui ajoute . « Cette opposition sera vite réduite ; 32 départements furent mis en état de siège, 27 000 arrestations opérées. Des commissions mixtes... condamnèrent 10 000 prisonniers à la transplantation, la plupart en ALGERIE ; 239 furent envoyés aux travaux forcés à CAYENNE. ».
Parmi ces derniers se trouve Casimir PERET, Maire de BEZIERS, qui après quelques hésitations, avait pris la tête d’une manifestation contre le coup d’Etat. On sait qu’il périt noyé en tentant de s’évader du bagne. Ce que l’on sait moins c’est que, dans les familles républicaines du Biterrois, le prénom de « Casimir » était donné au fils aîné.
A PREMIAN les gendarmes se postent à l’entrée des usines et, sur un signe de tête des patrons, embarquent les ouvriers suspects de s’être opposés au futur Napoléon III. On peut imaginer que ce sont les mêmes qui organisaient la lutte revendicative dans les entreprises. On peut voir, sur la commune voisine de RIOLS, une stèle, longtemps restée dans les broussailles, mais aujourd’hui parfaitement dégagée et accessible en voiture, érigée en hommage aux Proscrits de 1851, à l’endroit où s’était tenue une réunion pour la défense des droits de l’Homme.
Un cahier journal, rédigé, dans une langue populaire, par un Républicain de Saint THIBERY, SINGLA, qui avait connu la transplantation en ALGERIE, avait été trouvé sur un marché aux puces par Claire TOREILLES, une agrégée qui avait enseigné plusieurs années à HENRI IV. Elle en avait fait en son temps une étude détaillée.
L’examen des documents nous apprend que CEBAZAN est une des communes qui, proportionnellement à leurs populations, comptent le plus de déportés. Parmi eux se trouve Pierre MIQUEL, un propriétaire aisé si on considère l’importance du tombeau qui a été construit pour lui et les siens.
Après le désastre de SEDAN, la déchéance de Napoléon III et la proclamation de la République, prononcées par le Corps Législatif le 4 Septembre 1870 (à BEZIERS la Rue du 4 Septembre commémore l’événement !), Pierre MIQUEL sera, comme l’ensemble des proscrits, réhabilité. Il recevra la pension allouée, au titre de la loi de réparation de 30 juillet 1881, aux victimes de la répression. Après sa mort sa veuve en jouira et, comme elle vivra longtemps, elle sera la dernière de l’HERAULT à être inscrite sur la liste des bénéficiaires.
Une collègue habitant BERLOU m’a signalé posséder un tout petit bout de terrain attribué (par la commune ?) à un ancêtre proscrit, en compensation du préjudice subi. Un habitant de MONTOULIERS, rencontré au cours d’une randonnée pédestre, nous a dit qu’un de ses ancêtres avait été déporté à CAYENNE et qu’en dédommagement on lui avait octroyé un Bureau de Tabac. La famille conserve un ½uf d’autruche rapporté de sa déportation.
Je tiens les informations concernant Pierre MIQUEL de son petit-fils, lequel a fini sa vie à CESSENON. Il m’avait raconté qu’à la mort de son grand-père on avait cherché une sculpture pour son tombeau. On avait finalement choisi un casque parce qu’il était un... guerrier... avait il dit. Je préférerais le mot de combattant et j’ajouterai même de la Liberté. Ce petit-fils est d’ailleurs enterré dans ce même tombeau et sa plaque mortuaire ne manque pas d’originalité : elle est en forme de Fer à Cheval !

Béziers sous la Monarchie de Juillet

Posté le 24.09.2006 par cessenon
Voici un article rendant compte d'une conférence qui a été faite au mois de mars 2000. Il est illustré par une photo du théâtre.

Tel pourrait être le titre de l’exposé qu’a fait, jeudi 9 mars, Denis Rouquette, le Président de l’Université du Tiers Temps, à la Maison de la Vie Associative. Un exposé qui remplaçait la conférence sur « Le verre dans l'Antiquité », initialement programmée, mais reportée pour cause d’indisponibilité de M. Landes, le conservateur du Musée Henri PRADES de Lattes, qui devait l’assurer.
On ne peut pas parler d’improvisation. Apparemment la solution de remplacement était prête et le sujet pleinement maîtrisé. C’est un auditoire de plus d’une cinquantaine de personnes qui a, pendant près d’une heure et demie, écouté ce puits de savoir en Histoire locale qu’est Denis Rouquette.
Celui-ci a pris comme point de départ de son étude les annales d’Auguste FABREGAT, longtemps Maire de Béziers, et qui concernent le budget de la ville durant une période qui s’étend de 1830, fin de la Restauration, à la Révolution de 1848.
Ce budget, à l’origine modeste, 100 000 francs-or, sera multiplié par 3.5 à l’avènement de la Seconde République. Les recettes et les dépenses sont jusqu’ici équilibrées, mais en 1842 la ville a recours à l’emprunt pour entreprendre des réalisations. Les hommes nouveaux, parmi lesquels on compte FABREGAT, un jeune avocat ambitieux, se veulent en rupture avec le passé routinier. On pourrait résumer leur politique financière dans la célèbre phrase « Qui fait des dettes s'enrichit ».
Les ressources municipales sont essentiellement dues aux taxes sur les marchandises qui transitent par la ville. Perçues au niveau des octrois, elles assurent 80 % des recettes. Quelles sont ces marchandises ? Les Trois-Six d’abord, Béziers étant une place de premier plan, la première en France peut-être, dans ce domaine. Mais Béziers est également un important marché à bestiaux, ovins et bovins, qui se tient chaque vendredi Place de la Citadelle.
Ce ne sont pas les employés communaux qui ruinent la ville. Ils ne sont en effet qu’une dizaine pour une population de 18 000 habitants. S’y ajoutent toutefois six agents de police. Une des dépenses qui affectent le plus le budget municipal c’est l’enseignement. Comme toutes les villes soucieuses de leur prestige, Béziers a un Collège Municipal. Par ailleurs des écoles primaires laïcisées commencent à coexister avec celles tenues par la Congrégation des Frères des écoles chrétiennes.
Mais le chapitre le plus contraignant des dépenses c’est le Bureau de Bienfaisance. Il faut dire que la situation sociale d’une partie de la population est très difficile. Les registres de délibérations municipales font état d’aides qui doivent être allouées à telle famille ou telle personne, complètement démunies. Il faut aussi subvenir aux indigents hospitalisés à Béziers et aux aliénés qui le sont à Montpellier. Ces derniers apparaissent nombreux, indice de difficultés matérielles qui conduisent à de multiples dérives psychiques.
Pendant ce temps la bourgeoisie biterroise prospère. Si la vigne n’est pas encore en plein essor, elle commence à se développer. Toutefois elle ne produit que du vin destiné à la chaudière. Les distilleries sont nombreuses et groupées dans des secteurs qui facilitent l’expédition. C’est le cas à Port Notre-Dame, au bord du Canal du Midi. Le commerce de l’alcool est spéculatif et comporte des risques. Après une ascension fulgurante, le gendre de Casimir PERET, lequel était un distillateur qui avait pignon sur rue avant le Coup d’Etat du 2 décembre 1851, se trouvera acculé à la ruine.
Quelles réalisations mettre à l’actif des municipalités qui se sont succédé à Béziers pendant la Monarchie de Juillet ? La construction du Pont Neuf semble la plus importante. Elle est devenue une nécessité urgente que souligne l’accident que connaît en 1836 le Maréchal SOULT, dont la voiture verse à l’entrée du Pont Vieux alors qu’il se rend sur ses terres. Il faut toutefois quatre ans de délibérations avant de voir prise la décision de le construire. On complète ce pont par l’ouverture d’une nouvelle voie permettant d’accéder au plateau sur lequel est bâtie la ville. C’est la Rampe des Casernes que nous connaissons aujourd’hui.
L’ensemble sera achevé arec un boulevard de ceinture, l’actuel Boulevard d’Angleterre, dont la création s’accompagnera du déplacement de l’ancien cimetière sis au Capnau. Cette nouvelle nécropole n’est autre que le Cimetière Vieux et la partie du Capnau qui apparaît à présent en damier sur un plan de la ville a été fondée sur l’emplacement de celui auquel il a succédé. Mais il faut attendre 1857 pour que la ligne de chemin de fer qui relie Sète à Montpellier arrive jusqu’à Béziers.
La machine de CORDIER, qui permet à l’eau de monter jusqu’à la ville, fournit en 1827 200 m3 du précieux liquide par jour. En 1848 ce débit est multiplié par 4. A titre de comparaison en l’an 2000 Béziers consomme quotidiennement quelque 25 000 m3.
L’éclairage au gaz, timidement entrepris sous la Révolution, est étendu. M. Rouquette a retrouvé tous les détails concernant la couleur (vert bronze) des lampadaires, le renouvellement (chaque trois ans) de leur peinture, la forme (en éventail ou en papillon renversé), les dimensions et la qualité (non odorante) de la flamme exigés par les édiles dans le contrat signé avec des industriels Lyonnais. Cet éclairage ne sera remplacé qu’en 1930 et les vieux Biterrois se souviennent des gazomètres installés à l’Usine à Gaz dont on n’a conservé que la colonne de distillation. On apprend au passage que les capitalistes Lyonnais ont beaucoup investi à Béziers, notamment dans le domaine du commerce.
Un long développement est fait sur l’érection de la statue Paul RIQUET que l’on doit à l’initiative de Jacques AZAIS et de la toute nouvelle Société Archéologique parmi lesquels on trouve les noms de BOUDARD et, plus tard, de PERREAL. Les héritiers du célèbre constructeur du canal, lesquels, avec la Restauration, ont récupéré leurs droits, qu’ils avaient perdus sous la Révolution, sont intéressés par cet hommage à leur ancêtre. C’est David d’ANGERS, le célèbre sculpteur, qui accepte, pour des honoraires modestes, d’exécuter l’½uvre commandée. Elle est inaugurée en 1838, placée à l’endroit que nous connaissons mais à cette époque elle se trouve en dehors de la ville.
Dans la même période est programmée la construction du Théâtre Municipal, ½uvre d’ISABELLE qui sera achevée en 1844. Béziers avait une longue tradition en matière de pièces de théâtre. On jouait devant l’Hôtel de Ville, sur des tréteaux. MOLIERE en personne et le grand TALMA lui-même, l’illustre tragédien, se sont produits dans notre cité. Une salle de spectacle avait bien été aménagée, Rue de l’Ancienne Comédie, mais elle est inconfortable. Les riches Biterrois prêtent, sans intérêt, de l’argent pour que la ville soit enfin pourvue d’un théâtre digne de ce nom. Seule compensation, le créancier a droit, après avoir payé sa place, à occuper une loge. La perspective qui va de la statue de Paul RIQUET au Théâtre Municipal délimitera pendant plusieurs années la périphérie de Béziers. Le dégagement de la Citadelle, ½uvre d’urbanisme d’intérêt général, se heurtera longtemps aux intérêts particuliers de ses riverains.
Dans le même registre l’ouverture de ce qui est aujourd’hui l’Avenue Alphonse MAS attendra le début du XXème siècle pour être entreprise. Pourtant c’est une nécessité eu égard aux problèmes sanitaires que connaît la cité enfermée dans un espace trop réduit. La mortalité est alors de 50 pour 1000, contre 9 pour 1000 aujourd’hui. Si la population ne diminue pas c’est, suivant le schéma de la démographie de l’Ancien Régime, grâce à un nombre élevé de naissances. Deux publications biterroises, « La Propriété » et « L'Hebdomadaire » ont été consultées par M. Rouquette. Elles sont riches de précisions en matière d’état civil. Le décès des enfants de moins de 5 ans est toutefois mentionné par un simple nombre. L’été, période particulièrement néfaste pour la santé en raison des miasmes qu’engendre la chaleur, il peut atteindre le chiffre effarant de 17 par semaine !
Nous n’allons pas redire ici tout le bien que nous pensons du Président de l’Université du Tiers Temps de Béziers, sa modestie finirait par en souffrir ! Nous lui disons simplement « Encore merci » !

Les anciennes arènes de Béziers

Posté le 23.09.2006 par cessenon
Voici ci-dessous le récit d'une visite guidée des anciennes arènes de Béziers effectuée en juin 2001

Dans l'ambulacre, M. Denis Rouquette,
le président de L’Université du Tiers Temps à cette date,
avec une partie du groupe.

Quelle chaleur sur le coup de 15 H ce samedi 23 juin quand la quarantaine d’adhérents de l’Université du Tiers Temps ont été réceptionnés sur le parvis de l’Hôtel de Ville par Mme Bérangère Hue pour la visite programmée des anciennes arènes de Béziers !
En guide de préambule notre guide nous rappelle que Béziers a été fondée par les Romains sur un oppidum Gaulois. La ville, dénommée Baeterra, a été construite suivant deux grands axes : nord / sud d’une part et est / ouest de l’autre. En fait, à cause du relief du terrain, les deux axes ne sont pas exactement perpendiculaires.
Les terres du secteur ont été attribuées aux vétérans de la Septième Légion, ce qui a valu à la province ainsi créée le nom de Septimanie. Ses habitants avaient le statut de citoyens Romains.
La ville était sans doute importante et pourvue des différents édifices d’une métropole de cette époque. Le forum était au niveau de l’Hôtel de Ville, le théâtre tout à côté, les thermes étaient peut-être situés sur l’emplacement d’une pharmacie qui se trouve vers l’entrée de la Rue de la Citadelle. Un aqueduc amenait l’eau depuis Gabian. Son débit était considérable puisqu’on estime qu’il fournissait 2 000 m3 d’eau par jour à la cité. La machine de Cordier, installée sur l’Orb au XIXème siècle, n’en montait que 300.
Nous suivons Bérangère qui nous arrête pour un petit commentaire devant la statue de Saint Aphrodise nichée à l’angle d’une maison. Rappelant la légende, le premier Evêque supposé de Béziers porte sa tête, couronnée d’une mitre, dans ses mains. Venu d’Egypte avec son chameau, l’animal totémique de la ville, Saint Aphrodise s’est arrêté ici pour évangéliser la région cependant que son compagnon Paul-Serge continuait jusqu’à Narbonne.
La ville était sans doute prospère comme en témoignent les inscriptions sur certaines amphores découvertes à Rome lesquelles prouvent que dès cette période la région produisait et exportait du vin. Rien n’incitait les Gallo-Romains qui vivaient à Béziers à changer quoi que ce soit à leurs croyances. On peut penser qu’ils n’avaient que faire d’une religion monothéiste, ce qui expliquerait le martyre de Saint Aphrodise.
Nous arrivons à l’entrée des anciennes arènes, fermées par de hautes barrières. Si elles avaient disparu sous les constructions nouvelles, les vues aériennes permettaient d’en voir le plan. Des noms de rues, Rue des Anciennes Arènes, Rue du Puits des Arènes… attestent que l’on connaissait leur existence. Et d’ailleurs des travaux effectués au XVIIème siècle avaient permis de trouver les fondations.
Mais c’est à partir de 1990 que le site a commencé à être déblayé de manière systématique. Il a fallu pour cela acheter et démolir des maisons qui le recouvraient. La mise à jour complète n’est pas encore terminée mais on a déjà une vue d’ensemble significative.
Les arènes ont été utilisées jusqu’à la fin du IIIème siècle puis abandonnées. Elles ont alors servi de carrière pour l’édification des remparts ou des maisons particulières qui ont été bâties sur leur emplacement.
La construction des anciennes arènes de Béziers, vers l’An 80 de notre ère, sous l’Empereur Flavien, est contemporaine de celle du Colisée de Rome. C’était un édifice important : 108,30 m de long sur 86,60 de large. Il pouvait accueillir 13 000 spectateurs. La cavea, c’est à dire la partie occupée par les gradins, avait 25 m de large. Ceux-ci étaient fermés vers l’extérieur par deux étages d’arcades et on peut voir ce qui reste des murs qui les soutenaient. Huit ou neuf vomitoires, permettant de les évacuer, ont été recensés.
Nous avançons jusqu’à ce qui était le podium, situé à l’extrémité ouest du grand axe, où prenaient place les dignitaires. On sait que les places d’en haut étaient abandonnées aux gens de peu. Elles étaient occupées par les femmes souligne malicieusement Bérangère.
Tout à côté une pièce rectangulaire a pu recevoir les fauves avant leur entrée dans l’arène. En face, les colonnes qui ont été redressées ne sont pas d’époque. Elles sont du XVIIème siècle et avaient dû supporter un élément d’une riche maison.
Nous entrons dans l’ambulacre, la galerie qui faisait le tour des arènes. Il y fait bien meilleur que dehors. Il était long de 309 m, 165 m sont aujourd’hui dégagés. Large de 3,35 m, il était haut de 5,60 m. On peut voir la corniche sur laquelle s’appuyait la voûte des gradins et les traces des planches qui ont servi au coffrage. L’ambulacre a été compartimenté pour diverses utilisations, caves et garages notamment. On y a retrouvé les vestiges de deux fours de potiers du XIVème ainsi qu’un four pour la métallurgie. L’eau, venue de la montagne Saint Nazaire, qui ruisselle le long des murs a formé par endroits stalactites et stalagmites.
Une pièce carrée, de 2 m de côté, a laissé perplexes les archéologues. Quelle était sa fonction ? La réception des eaux ? Leur arrivée ? Elle se situe dans un enchevêtrement de murs dont l’agencement logique est difficile à appréhender. Il est le résultat des constructions successives qui se sont superposées au cours du temps. Nous sommes d’ailleurs ici sous une rue qui en recouvre une autre, plus ancienne, qui présente l’étroitesse caractéristique des rues du Moyen Age.
Nous retrouvons la lumière et… le soleil, toujours aussi chaud. Mais la visite se termine. On peut toutefois avancer encore pour voir, dans une cour voisine, la plus belle fenêtre de Béziers. Une fenêtre à meneaux, richement sculptée, d’une maison qu’aurait habité Injalbert.
Encore une bonne initiative de l’Université du Tiers Temps. Une remarque toutefois, compte tenu de la saison, n’aurait-il pas fallu programmer cette visite à un autre moment de la journée ?

Si La Madeleine m'était contée

Posté le 20.09.2006 par cessenon
Il y avait beaucoup de monde à La Madeleine ce jeudi 19 octobre à 15 heures pour écouter la conférence de Robert Cavalié, l’ancien secrétaire général de la Mairie de Béziers et actuel Président de « REUSSIR A BEZIERS », sur l’histoire de l’église.
Denis Rouquette, le toujours dynamique Président de l’Université du Tiers Temps, laquelle avait programmé cette conférence a présenté le conférencier et le sujet traité. Il a bien sûr adressé les remerciements de circonstances à tous ceux qui ont permis cette initiative culturelle.
Les travaux de rénovation sont à présent achevés, à l’exception toutefois de l’orgue qui a été enlevé et qui n’a été ni restauré ni remis en place. Comme l’a fait remarquer Michel Fournier, le tableau du Jugement Dernier, qu’il cachait largement, se découvre aujourd’hui mais reste en partie masqué par une tribune et par le haut du tambour.
L’église de La Madeleine apparaît à la fois dépouillée et, malgré ce, accueillante dans sa sobriété.
Il est fort dommage que des problèmes de sonorisation mal réglée aient rendu l’audition très inconfortable vers les derniers rangs du public. Pour tout dire à ce niveau c’était à peu près inaudible !
Robert Cavalié a rappelé la légende, diversement présentée par les évangélistes et les exégètes modernes, de Sainte-Madeleine. Originaire de Magdala, sur la rive occidentale du lac de Tibériade, Marie-Madeleine est connue comme une pécheresse repentie qui aurait oint de parfum les pieds du Christ. Elle a suivi le Messie et a été la première à bénéficier de son apparition après sa Résurrection. Elle aurait fait retraite à la Sainte Baume en Provence et son tombeau aurait été identifié à Saint-Maximin.
A Béziers l’église de La Madeleine est consacrée vers l’An Mil. Il était rare que le protecteur d’un lieu saint soit une femme. Mais nous sommes en Occitanie et déjà les troubadours chantent l’amour courtois dans lequel la Femme a une place de choix. Par ailleurs Marie-Madeleine est la patronne des tonneliers. Sa fête se célèbre le 22 juillet époque où mûrissent les cépages (les madeleines précisément) les plus précoces.
On sait que Béziers a été christianisé par Saint Aphrodise, venu lui aussi du Proche-Orient. Ce qu’on ne sait pas avec certitude c’est la date de son arrivée dans la ville. Ier siècle ? IIIème siècle ? Un vitrail de La Madeleine, situé après le tambour à gauche représente Saint Aphrodise et son chameau.
La Madeleine est certes la Maison de Dieu, mais c’est aussi en quelque sorte la Maison du Peuple. C’est en tout cas l’église des consuls de la ville, la cathédrale Saint Nazaire étant celle de l’Evêque.
C’est à La Madeleine que se déroulent quelques-uns des épisodes les plus marquants de l’histoire de la cité. C’est notamment à La Madeleine que le Vicomte Raymond Trencavel est assassiné le 15 octobre 1167. « Meurtre commis par une bourgeoisie naissante qui teste son pouvoir devant celui de la féodalité » estime le conférencier.
La vengeance du fils, Roger Trencavel, sera terrible. Elle s’exercera deux ans plus tard et sera perpétrée par des soldats Aragonais qui tueront toute la population mâle et violeront les femmes. Seul sera épargné le ghetto, les Juifs ayant payé pour avoir la vie sauve.
Mais la date del grand masèl, la grande boucherie, c’est le 22 juillet 1209, lors de Sac de Béziers, qui précisément aura lieu, pour partie du moins, dans l’église de La Madeleine. Nous avons regretté que le conférencier ait glissé aussi rapidement sur cet épisode sanglant de l’histoire de notre ville et n’ait pas pleinement exploité son évocation, dans le cadre où il s’est déroulé, pour communiquer à son auditoire la charge émotionnelle qu’à coup sûr celui-ci attendait.
Ce n’est pas exactement dans l’église de La Madeleine, mais dans son annexe, le cimetière de Saint-Félix (sur l’emplacement des halles actuelles), que le 7 avril 1247 Raymond Trencavel annonce aux Consuls et à la population qu’il vient de céder au Roi ses domaines en Languedoc.
En 1530, c’est à La Madeleine que les notables de la cité implorent Saint Charles Borrhomée afin que soit enrayée l’épidémie de peste qui frappe la ville. Ils seront exaucés.
D’autres faits seraient à mentionner, notamment le serment du fustier (charpentier) Bernard Pourquier et des émeutiers dont il était le meneur, fait en 1381 sur l’un des autels, d’égorger le viguier épiscopal Bernard Guitard. Un serment qui fut suivi d’effet.
Les tribulations de Monseigneur Pouderous, évêque constitutionnel, qui eurent pour théâtre l’église de La Madeleine, avant que celle-ci ne devienne pour un temps le Temple de la Raison (ou de l’Etre Suprême ?), méritent également d’être citées.
Trois interventions suivirent la conférence : celle de Michel Fournier, déjà indiquée, une autre de Denis Rouquette, qui mentionna l’existence dans l’édifice religieux d’une fontaine, la Fontaine de Moïse, où l’on pouvait venir prendre de l’eau quand une coupure avait lieu. Une interrogation de Jean Nougarret enfin : la signification de la lettre M dans deux cartouches, dont l’un a disparu. Signature d’un des artisans des travaux de construction ou de rénovation ? Faute d’éléments il était difficile à Robert Cavalié de répondre.

Als Catars

Posté le 15.09.2006 par cessenon
Sans doute chacun aura reconnu, dans la photo qui illustre le présent article, le monument "Als Catars" (Aux Cathares), oeuvre de Jean-Luc Séverac, sculpteur et peintre, dont l'atelier se trouve à Minerve.
La colombe évoquant le catharisme est une création de l'artiste, il n'y a jamais eu un tel logo dans la symbolique de cette religion disparue. Ceci étant le logo a fait recette et a été adopté de manière universelle.
Jean-Luc Séverac nous a confié comment il a choisi d'illustrer le sacrifice des 142 Parfaits qui, après la reddition de Minerve en août 1210, se sont jetés dans les flammes plutôt que d'abjurer leur foi. Il s'est refusé à reproduire un quelconque Monument aux Morts. Il a au contraire voulu représenter un appel à la vie et une colombe, qui n'est pas celle du Saint-Esprit descendant sur Terre puisqu'au contraire celle-ci s'élève vers le ciel, lui a paru adaptée à son projet.
Le monument "Als Catars" est érigé devant l'église de Minerve, à l'emplacement présumé du bûcher du mois d'août 1210. C'est le premier bûcher collectif qui est dressé pendant la Croisade des Albigeois. Dans la forme qu'elle prendra par la suite, l'Inquisition n'est pas encore née. A Montségur le monument aux victimes de la répression de l'Eglise et de la Royauté, représentant une croix cathare, n'est pas placé sur le lieu du supplice (en mars 1244) des 205 Parfaits. Immoler par le feu autant de personnes a nécessité le creusement d'une fosse dans laquelle se sont précipités les condamnés. On a longtemps parlé du "prat dels cremats" (pré des brûlés) où la sentence aurait été exécutée. Il faut savoir que les Tribunaux de l'Eglise laissaient la vie sauve aux cathares qui abjuraient mais dans des conditions telles que peu le faisaient. Les apostats étaient en effet condamnés aux fers à perpétuité, c'est à dire qu'ils étaient constamment enchaînés à un mur, et réduits au pain et à l'eau. La durée de vie était ainsi de cinq ans en moyenne. Aussi l'appréciation d'Arnaud Amaury, le légat du Pape rendu tristement célèbre pour la célèbre phrase qu'il aurait prononcée lors du Sac de Béziers le 22 juillet 1209 (cf. le "Brûlez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens"), qui estimait que peu de cathares choisiraient d'abjurer s'est révélée exacte.
Le dernier Parfait connu a avoir été brûlé est Guilhem Bélibaste. Le bûcher avait été allumé en 1321 à Villerouge-Termenès. Le registre d'Inquisition de Jacques Fournier, évêque de Pamiers, devenu plus tard Pape en Avignon sous le nom de Benoît XII, a permis de reconstituer la théologie, les sacrements et les rites des derniers cathares ainsi que le quotidien rural dans le Razès de cette époque. Leroy Ladurie s'en est servi pour son livre Montaillou, village occitan, de 1294 à 1324.

Assassinats à Montblanc

Posté le 14.09.2006 par cessenon
Le four banal de Montblanc

Qu’on se rassure, il s’agit d’une histoire ancienne, elle date du 4 août 1789, pendant la période de la Grande Peur qui a succédé à la prise de la Bastille. Plus précisément pourrait-on dire le jour (la nuit plutôt) de l’abolition des privilèges.
Quelles sont les victimes ? Henri de Nauthon, conseiller au sénéchal de Béziers et propriétaire du domaine de Bellevue et son postillon François Loupy (ou Deloupy).
Voici un extrait des faits qui ont été rapportés par le subdélégué de Béziers : « Le sieur Nauthon… venant de sa campagne située dans le terroir de Montblanc fut assassiné hier soir à l’entrée de la nuit dans sa voiture, de même que son domestique qui lui servait de postillon, sur le grand chemin de Pézenas à Béziers. Ce magistrat… reçut deux coups de fusil à balle, le domestique un coup à mitraille ».
Quelle est la situation politique et sociale à Montblanc à cette époque ? Une délibération du conseil municipal donne, rétrospectivement (elle date du 2 février 1792), le climat au moment de l’abolition des privilèges : «… dans un temps où l’esprit de supériorité régnait et rendait pour ainsi dire tout permis, parce que le despotisme était parvenu chez les personnes revêtues de quelques fonctions publiques à un si haut degré que leurs inférieurs n’osaient ni les contredire ni encore moins leur résister… »
En 1789 un contentieux oppose une partie de la communauté de Montblanc à M. de Nauthon au sujet de communaux devenus vacants que celui-ci a acquis et mis en culture. L’affaire se cristallise en une querelle politique entre le parti noir dans lequel se rassemblent les notables du village et le parti blanc où se retrouvent des bergers et des forains (c'est-à-dire des personnes ne résidant pas à Montblanc).
Les soupçons s’orientent rapidement du côté du parti des blancs. L’enquête fait état de menaces de mort qui auraient été proférées par plusieurs de ses sympathisants à l’encontre du conseiller Nauthon. Citons un certain Laux, qui se prétend premier consul depuis le mois de mai, « Il se prépare une sauce pour un noir dont il ne pourra faire la digestion ».
Le témoignage le plus important est celui de Vieu, charretier de Saint-Chinian venu charger des pierres à la carrière de Saint Adrien, qui a assisté à la scène et remarqué les chapeaux des assassins. On l’interroge : « L’un d’eux n’avait-il pas un lambeau de toile sur son chapeau ? » Mais ce témoin fera défaut quand il sera convoqué ultérieurement.
Le 19 septembre 1789 on arrête Jean-Baptiste Vassal, ménager (il gère un domaine) de Montblanc. Cette arrestation se fait avec le concours de la maréchaussée, d’une compagnie de grenadiers du régiment du Médoc et de cinquante autres soldats en garnison à Béziers. Prévenus, les autres accusés ont pris la fuite.
L’étude de l’instruction est une source de renseignements précieux sur le quotidien dans un village méridional à la fin de l’Ancien Régime. Par exemple Vassal donne son emploi du temps de la journée du 4 août : « dans l’après-midi il labourait un champ du bourgeois Amiel… avant de rentrer chez lui il a salué la femme du chirurgien Derois, son voisin, puis a mené son troupeau paître dans la prairie de l’abbé de Rives, en attendant l’heure de s’allonger sur l’herbe pour… passer la nuit, comme il avait coutume de le faire depuis le retour de la belle saison et de rentrer chez lui à 5 h du matin, avant de repartir labourer ».
Vassal met en cause plusieurs des témoins à charge : Jean-Baptiste Amiel n’a-t-il pas été décrété de prise de corps pour avoir « assassiné » Blaise Feuillé ? Jean Devès a déserté de son régiment. Routié est prévenu de vol avec effraction. La s½ur d’Amiel a été décrétée d’ajournement pour vol de raisins muscats. Sébastien Castan a été décrété au corps pour vol au presbytère et il est « malfamé » (cependant il a été « blanchi » de ce vol de jeunesse : un poulet !) Quelle est la valeur de la déposition de la demoiselle Rigal qui a eu trois enfants de trois personnes différentes même si elle considère qu’elle a eu le malheur dès l’âge de seize ans de se laisser séduire mais qu’elle s’est bien conduite depuis ?
La situation évolue et le parti des blancs est entré à la municipalité. Malgré la tentative des noirs de créer un club, la Société Populaire des Amis de la Liberté, il y sera majoritaire jusqu’à la Restauration. Y a-t-il une relation ? Les témoins à charge deviennent plus évasifs ! Si les blancs ont été débarrassés de Nauthon, les noirs n’ont-ils pas saisi l’occasion de les faire passer pour coupables ?
Le 11 juin 1791 1’accusateur prononce un réquisitoire modéré. Le jugement rendu le même jour par le tribunal de Béziers relaxe Vassal dont le nom sera « rayé et biffé sur le livre de geôle » et le concierge de la prison sera tenu de lui en ouvrir les portes.
Mais il y a appel des parties civiles. Finalement la sentence du tribunal de Lodève sera l’acquittement de Vassal le 11 janvier 1792. Le prévenu est resté dix-huit mois incarcéré. Le fils d’Henri de Nauthon et la veuve du cocher seront déboutés et condamnés aux dépens et au versement d’une indemnité à l’accusé qu’apparemment celui-ci n’a jamais perçue. Quant aux auteurs des assassinats, nous n’en savons pas plus.

De l'origine du nom de Saint-Chinian

Posté le 31.08.2006 par cessenon
Vous aurez beau chercher au Panthéon de tous les saints vous n’en trouverez pas un qui réponde au nom de « Chinian »
Alors quelle explication à cette appellation ? A l’origine on trouve Aignan ou Agnan (358-453), évêque d’Orléans qui en juin 451, aidé du général romain Ætius, sauve sa ville assiégée par Attila.
Le nom actuel vient d’une mécoupure de la forme médiévale Sanch Anhan. Le vocable « Saint Chinian » apparaît pour la première fois en 1567 (source : l’ouvrage de l’Américain Frank R. Hamlin « Les noms de lieux du département de l’Hérault, nouveau dictionnaire topographique et étymologique ») 1567 ? C’est peu de temps après l’ordonnance de Villers-Cotterêts prise par François 1er en 1539, ordonnance au terme de laquelle le Français va remplacer le Latin (et la Langue d’Oc) dans les actes officiels.
On peut imaginer la méconnaissance, en matière de linguistique, du curé chargé des registres paroissiaux, le Sanch Anhan devenant San Chanhan dans un premier temps.
Aujourd’hui les panneaux signalant les entrées de Saint-Chinian doublent l’écriture en Français d’une graphie occitane qui donne Sanch-Inhan.
On peut ajouter que le nom primitif de Saint-Chinian était Vernodubrus, mot gaulois signifiant « le ruisseau des aulnes ». Vers 972 on trouve pour désigner la ville (toujours dans l’ouvrage de Hamlin) ad s. Anianum Vernedubrio.
Le site a été occupé à l’époque romaine, dans la partie appelée La Corne qui, vers l’ouest, domine le village actuel. L’abbaye bénédictine a joué un rôle important dans l’économie locale avec la construction du canal de l’Abbé lequel, prenant l’eau du Vernazobres, permettait d’irriguer les terres et de faire fonctionner divers moulins. Plus tard, après les guerres de religion, sous l’influence de Dom Tarisse, qui en était devenu le Supérieur Général, l’Abbaye fut rattachée à la Congrégation de Saint-Maur. Il faut préciser que Dom Tarisse, originaire de Pierrerue, avait été Curé Prieur de Cessenon.
Voilà donc pour l’Appellation (d’Origine Contrôlée) actuelle de Saint-Chinian.
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